Histoire mondiale

Église de l’Orient : de la Mésopotamie à la Chine

L’Église de l’Orient s’est développée en Mésopotamie, puis a gagné l’Inde, l’Asie centrale et la Chine grâce aux marchands, aux moines et aux réseaux d’évêques. Son héritage syriaque oriental se perpétue dans plusieurs Églises, tandis que l’appellation courante « nestorienne » reste contestée.

10 min de lecture10 sourcesPublié le: 6 novembre 2026Dernière vérification: 6 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Église de l’Orient : de la Mésopotamie à la Chine
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L’Église de l’Orient (Doğu Kilisesi) était une tradition chrétienne syriaque orientale. Elle s’est développée en Mésopotamie (Mezopotamya), sous la domination parthe, puis sassanide, à l’est de l’Empire romain (Roma İmparatorluğu). Marchands, moines et réseaux d’évêques l’ont diffusée à travers l’Asie centrale (Orta Asya) jusqu’en Chine (Çin). Des liaisons maritimes reliaient aussi ses communautés à l’Inde (Hindistan).

Comment une Église organisée autour de Séleucie-Ctésiphon (Seleukia-Ktesifon) s’est-elle implantée à Chang’an, capitale des Tang ? Vous pouvez suivre ses liens à travers des inscriptions sogdiennes, des ports perses et une stèle érigée à Xi’an en 781. Ces traces expliquent aussi pourquoi l’appellation courante « nestorienne » demande de la prudence.

Comment l’Église de l’Orient s’est-elle développée dans l’Empire sassanide ?

L’Église a grandi en Mésopotamie sous le pouvoir parthe, puis sassanide. Ses premiers développements ont eu lieu à l’est de l’Empire romain. Ce contexte compte : ses institutions se sont formées dans un empire où les sujets chrétiens pouvaient être accusés de fidélité à Rome (Roma).

Les déplacements forcés ont contribué à accroître ses communautés. Pendant les campagnes de Shapur Ier (I. Şapur), au IIIe siècle, des artisans chrétiens ont été déportés d’Antioche (Antakya) et d’autres territoires romains vers l’Iran (İran). Ces chrétiens déplacés ont augmenté la population chrétienne des terres sassanides.

Sous Shapur II (II. Şapur), une persécution a commencé en 339 et duré environ quarante ans. Les chrétiens d’Iran étaient visés sur fond d’accusations d’allégeance à Rome. Les rapports entre les communautés chrétiennes et le souverain sassanide font donc partie de l’histoire institutionnelle de cette Église.

Le synode de Séleucie-Ctésiphon, en 410, s’est ouvert par des prières pour Yazdgard Ier (I. Yezdicerd). Il a adopté la profession de foi du concile de Nicée (İznik) de 325. Son organisation recensait six provinces ecclésiastiques, dont Ray et Abarshahr.

En 410, le catholicos Isaac (İshak) a été reconnu comme chef de la communauté chrétienne et comme son représentant auprès du souverain sassanide. En 424, les évêques réunis sous Dadisho ont décidé que les différends internes à l’Église ne devaient pas être portés devant des autorités religieuses extérieures situées dans l’Empire romain. Cette décision a précédé la condamnation de Nestorius (Nestorius) en 431.

Pourquoi parle-t-on d’Église nestorienne et pourquoi cette appellation est-elle contestée ?

Le concile d’Éphèse (Efes) a condamné Nestorius en 431. L’Église de l’Orient a refusé de le condamner. Ses adversaires l’ont donc qualifiée de « nestorienne ». Cette appellation est née de cette controverse. Elle ne décrit pas les premiers développements de l’Église en Mésopotamie sous les pouvoirs parthe et sassanide.

Le problème théologique tient à ce que ce nom peut laisser entendre. Le terme « nestorienne » a servi à attribuer à l’Église une doctrine affirmant l’existence de deux personnes distinctes dans le Christ. Baum et Winkler jugent cette description théologiquement incorrecte. Vous devez donc distinguer l’usage historique du nom de la doctrine qu’il semble attribuer à cette Église.

Les auteurs de cette tradition ont eux aussi contesté ce nom. Dans son Livre de la perle, daté de 1298, Abdisho bar Brika l’a rejeté en rappelant que Nestorius n’avait pas été leur patriarche. Son objection montre que la contestation de cette appellation existait au sein même de la tradition.

Quelles différences avec l’Église syriaque orthodoxe et les Églises orthodoxes de tradition byzantine ?

L’Église de l’Orient appartient à la tradition syriaque orientale. L’Église syriaque orthodoxe (Süryani Ortodoks Kilisesi) appartient à la tradition syriaque occidentale. Ce sont des traditions liturgiques et ecclésiastiques distinctes, malgré le mot « syriaque » qu’elles ont en commun.

Leurs histoires théologiques diffèrent également. La tradition syriaque orthodoxe est miaphysite. L’orthodoxie de tradition byzantine accepte le concile de Chalcédoine (Kadıköy) de 451. L’Église de l’Orient a développé une tradition christologique distincte.

Au VIIe siècle, Babaï le Grand (Büyük Babai) enseignait que les deux qnoma du Christ étaient unis en un seul parsopa. Ces termes syriaques ne correspondent pas exactement aux concepts théologiques grecs. Les traduire comme s’il s’agissait d’équivalents directs peut obscurcir la doctrine décrite.

Un accord plus récent aide à comprendre cette terminologie contestée. Le 11 novembre 1994, Jean-Paul II (II. Jean Paul) et Mar Dinkha IV (IV. Mar Dinkha) ont signé une déclaration commune affirmant l’union de la divinité et de l’humanité du Christ en une seule personne. Elle fournit un point de référence concret à côté des controverses anciennes.

Comment les routes de la soie ont-elles permis de gagner l’Inde, l’Asie centrale et la Chine ?

L’expansion de l’Église reposait sur des liaisons terrestres et maritimes. Des croix accompagnées d’inscriptions sogdiennes, gravées sur les rochers de Drangtse, au Ladakh, attestent les voyages commerciaux de chrétiens sogdiens. Ces marques relient la présence chrétienne aux personnes qui parcouraient les réseaux commerciaux asiatiques.

Les dirigeants de l’Église soutenaient les missions vers l’est. Pendant son patriarcat, de 780 à 823, Timothée Ier (I. Timoteos) a envoyé des missionnaires vers l’est et consacré des métropolites pour les Turcs et le Tibet. L’expansion passait donc par les nominations des autorités ecclésiastiques autant que par les voyages de chrétiens à titre individuel.

Les liens avec l’Inde suivaient les routes maritimes. Des membres de l’Église de l’Orient participaient au commerce maritime reliant les ports iraniens à l’Inde et au Sri Lanka. Ils bénéficiaient de réseaux de transport qui reliaient les Églises de part et d’autre de ces eaux.

Imaginez un colis qui passe par plusieurs points de livraison reliés entre eux. Pour cette Église, les ports et les centres ecclésiastiques contribuaient à relier des communautés éloignées. Le métropolite de Rēw Ardašīr, un port du Fars, était chargé de consacrer les évêques des chrétiens d’Inde. Vous voyez ainsi que la liaison maritime faisait circuler l’autorité ecclésiastique autant que les voyageurs.

Le récit de l’arrivée en Chine est conservé sur la stèle de Xi’an. Selon ce récit, l’évêque perse Alopen est arrivé à Chang’an, capitale des Tang, en 635. Il a été reçu à la cour impériale. La stèle relatant cette arrivée a été érigée en 781.

En 638, l’empereur Taizong a ordonné la construction d’un monastère pour Alopen et ses moines. Il a également ordonné la diffusion des textes sacrés qu’ils avaient apportés. Selon la stèle, ces textes chrétiens ont été traduits dans la bibliothèque impériale et examinés par Taizong.

La stèle de Xi’an associe un texte chinois à des inscriptions syriaques. Érigée en 781, elle commémorait environ 150 ans de présence syriaque orientale dans la capitale des Tang. Ses langues conservent le lien entre la tradition syriaque de l’Église et son implantation chinoise.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

Une croix conservée dans une église syriaque de Kottayam, au Kerala, porte une inscription en pehlevi. Elle conserve un lien matériel avec l’Iran. Avec la responsabilité de Rēw Ardašīr dans la consécration des évêques de l’Inde, elle donne une forme tangible à cette relation maritime.

À Afrassiab (Afrasiab), près de Samarcande (Semerkant), deux ossuaires ornés de croix suggèrent que certains chrétiens sogdiens continuaient à suivre les pratiques funéraires de leurs voisins zoroastriens. Ces objets témoignent d’une appartenance chrétienne qui coexistait avec des coutumes locales héritées.

Sur l’île de Kharg (Hark Adası), dans le golfe Persique (Basra Körfezi), un monastère organisé autour d’une église comptait une soixantaine de cellules de moines. Chaque cellule se composait de trois petites pièces. Ces vestiges donnent un aperçu concret des espaces occupés par une communauté monastique.

Un ensemble fragmentaire de manuscrits chrétiens a été découvert près de Bulayïq en 1905. L’expédition allemande de Tourfan (Turfan), dirigée par Albert von Le Coq, l’a trouvé à une dizaine de kilomètres au nord de Tourfan. Il comprenait des textes en syriaque, en sogdien, en turc et en persan.

Un fragment de Bulayïq contient le début d’un psaume grec écrit au-dessus de sa traduction sogdienne. Si vous imaginez cette Église à travers son seul nom syriaque, ces manuscrits ajoutent plusieurs langues au tableau. L’ensemble conservé témoigne d’un milieu chrétien multilingue.

Quelles communautés ont perpétué son héritage historique ?

Des églises mises au jour à Hira, datées du VIIe siècle ou peut-être du VIe siècle, sont restées en usage après la conquête musulmane. Leur utilisation prolongée illustre la survie d’institutions chrétiennes après un changement de pouvoir politique.

L’Église de l’Orient a connu une nouvelle période d’expansion dans l’Empire mongol (Moğol İmparatorluğu), aux XIIIe et XIVe siècles. Au XIVe siècle, la fragmentation du monde mongol et l’islamisation ont accompagné le déclin de ses communautés d’Asie centrale.

Son héritage syriaque oriental se perpétue dans l’Église assyrienne de l’Orient (Doğu Süryani Kilisesi) et l’Ancienne Église de l’Orient (Kadim Doğu Kilisesi). Il se perpétue aussi dans les Églises catholiques chaldéenne (Keldani Katolik Kilisesi) et syro-malabare (Siro-Malabar Kilisesi). Ces communautés préservent l’héritage historique d’une tradition dont les liens s’étendaient de la Mésopotamie à l’Inde et à la Chine.

Chronologie

  • IIIe siècle : des chrétiens déportés des territoires romains ont accru les communautés sassanides.
  • 339 : une grande persécution a commencé sous Shapur II et duré environ quarante ans.
  • 410 : le synode de Séleucie-Ctésiphon a organisé les institutions de l’Église et adopté la foi de Nicée.
  • 424 : les évêques réunis sous Dadisho ont rejeté les recours auprès d’autorités religieuses extérieures situées dans l’Empire romain.
  • 431 : le concile d’Éphèse a condamné Nestorius.
  • 635 : selon la stèle de Xi’an, Alopen est arrivé à Chang’an.
  • 638 : Taizong a ordonné la construction d’un monastère pour la communauté d’Alopen.
  • 780–823 : Timothée Ier a soutenu les missions vers l’est.
  • 781 : la stèle de Xi’an a été érigée avec des inscriptions chinoises et syriaques.
  • XIIIe–XIVe siècles : l’expansion sous la domination mongole a été suivie d’un déclin en Asie centrale.
  • 1905 : l’ensemble de manuscrits près de Bulayïq a été découvert.
  • 11 novembre 1994 : Jean-Paul II et Mar Dinkha IV ont signé leur déclaration christologique commune.

FAQ

L’Église de l’Orient était-elle la même que l’Église syriaque orthodoxe ?

Non. L’Église de l’Orient appartient à la tradition syriaque orientale. L’Église syriaque orthodoxe appartient à la tradition syriaque occidentale et suit une tradition théologique miaphysite.

Nestorius a-t-il fondé l’Église de l’Orient ?

L’Église s’est développée en Mésopotamie avant la condamnation de Nestorius en 431. Abdisho bar Brika a ensuite rejeté l’appellation « nestorienne » et affirmé que Nestorius n’avait pas été leur patriarche.

Quand est-elle arrivée en Chine ?

Selon la stèle de Xi’an de 781, Alopen est arrivé à Chang’an en 635. Taizong a ordonné la construction d’un monastère pour sa communauté en 638.

Quels liens l’Église entretenait-elle avec l’Inde ?

Le commerce maritime reliait les ports iraniens à l’Inde et au Sri Lanka. Le métropolite de Rēw Ardašīr était chargé de consacrer les évêques des chrétiens d’Inde.

Sources

  1. Wilhelm Baum et Dietmar W. Winkler — L’Église de l’Orient api.pageplace.de
  2. Encyclopaedia Iranica — Christianisme i iranicaonline.org
  3. Wikipédia en anglais — Église de l’Orient en.wikipedia.org
  4. Encyclopaedia Iranica — Christianisme iii iranicaonline.org
  5. Publication de l’Académie autrichienne des sciences — La mission de l’Église de l’Orient en Inde du Sud austriaca.at
  6. Encyclopaedia Iranica — Christianisme viii iranicaonline.org
  7. Brett Knowles — Alopen, L’Encyclopédie de la civilisation chrétienne onlinelibrary.wiley.com
  8. Encyclopaedia Iranica — Bulayïq iranicaonline.org
  9. Encyclopaedia Iranica — Christianisme ii iranicaonline.org
  10. Vatican — Déclaration christologique commune vatican.va

FAQ

Qu’était l’Église de l’Orient ?

C’était une tradition chrétienne syriaque orientale qui s’est développée en Mésopotamie sous la domination parthe, puis sassanide, à l’est de l’Empire romain.

Pourquoi l’appellation « nestorienne » est-elle contestée ?

Ses adversaires lui ont donné ce nom après son refus de condamner Nestorius. Baum et Winkler rejettent ce que cette appellation laisse entendre : que l’Église enseignait l’existence de deux personnes distinctes dans le Christ.

Quand l’Église de l’Orient est-elle arrivée en Chine ?

Selon la stèle de Xi’an, érigée en 781, l’évêque perse Alopen est arrivé à Chang’an, capitale des Tang, en 635.

Quelles Églises perpétuent son héritage ?

L’héritage syriaque oriental se perpétue dans l’Église assyrienne de l’Orient, l’Ancienne Église de l’Orient, l’Église catholique chaldéenne et l’Église syro-malabare.

Image: Church of St George – Kyustendil.jpg — Plamen Agov (user:MrPanyGoff), CC BY-SA 3.0

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