Histoire mondiale

Qui étaient les Anglo-Saxons ? Aux origines de l’Angleterre

La société anglo-saxonne s’est formée après la fin de la domination romaine, au contact des migrants venus de la mer du Nord et des populations déjà présentes en Bretagne. Les rivalités entre royaumes, la christianisation et l’installation des Vikings ont façonné le chemin vers l’unification de l’Angleterre sous Æthelstan en 927.

11 min de lecture15 sourcesPublié le: 6 novembre 2026Dernière vérification: 6 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Qui étaient les Anglo-Saxons ? Aux origines de l’Angleterre
Harold godwinson, Late anglo-saxon warriors, Hastings 1066.png

Les Anglo-Saxons (Anglosaksonlar) formaient une communauté culturelle de langue vieil-anglaise. Elle est née des échanges entre des migrants venus de la mer du Nord (Kuzey Denizi) et les populations britto-romaines déjà présentes en Bretagne (Britanya). Après la fin de la domination romaine, vers 410, des chefs de guerre ont constitué des royaumes distincts. La christianisation, les conquêtes vikings et l’expansion du Wessex ont ensuite transformé ces royaumes, jusqu’à l’unification de l’Angleterre (İngiltere) par Æthelstan en 927.

Comment les migrations ont-elles donné naissance à des royaumes ? Et comment ces royaumes sont-ils devenus l’Angleterre ? Pour comprendre ce processus, suivez les liens entre voyages en bateau, cadeaux royaux, monastères et villes fortifiées. Même les règles du commerce et les noms de rues conservent des traces de cette histoire.

D’où venaient les Angles, les Saxons et les Jutes, et comment se sont-ils installés en Bretagne ?

Les communautés anglo-saxonnes occupaient une grande partie de l’Angleterre actuelle et le sud-est de l’Écosse (İskoçya). Leur formation s’inscrit entre la fin du gouvernement romain, vers 410, et la conquête normande de 1066. Au fil de ces siècles, Bretons, Anglo-Saxons et Vikings se sont disputé le pouvoir. [1, 2]

Bède (Beda) a livré un récit des origines des migrants qui a fait autorité. Dans un ouvrage achevé en 731, il associait les arrivées de 449 à trois groupes. Les Angles venaient de l’Angeln, les Saxons de l’actuelle Basse-Saxe (Aşağı Saksonya), et les Jutes du Jutland (Yutland). [3]

Ce récit a été écrit plusieurs siècles après les arrivées qu’il décrit. L’archéologie révèle une population plus complexe que les groupes nettement séparés présentés par Bède. Prenez donc ces noms comme un point de départ pour comprendre les migrations. Ils ne décrivent pas à eux seuls toutes les personnes qui ont traversé la mer. [3]

Les contacts étaient aussi antérieurs aux migrations du Ve siècle. Des mercenaires saxons avaient servi dans l’armée romaine en Bretagne. Le service militaire reliait donc déjà l’île au continent avant les mouvements plus importants associés à l’installation des Anglo-Saxons. [4]

Traverser la mer du Nord ne signifiait pas toujours partir définitivement. Les migrants voyageaient en bateau. Certains retournaient sur le continent pour amener d’autres membres de leur famille en Bretagne. L’installation pouvait ainsi se construire au fil de voyages répétés et de liens familiaux. [3]

Quels rapports les migrants entretenaient-ils avec les populations déjà présentes en Bretagne ?

La société anglo-saxonne s’est formée au contact des nouveaux arrivants et des communautés britto-romaines. Elle constituait une communauté culturelle de langue vieil-anglaise. Le terme désigne une communauté culturelle formée au fil du temps, plutôt que l’ensemble des personnes venues d’une même terre d’origine continentale. [1]

L’ampleur des migrations fait débat. Une explication met l’accent sur des déplacements massifs de population. Une autre accorde davantage de poids à l’adoption, par les Bretons déjà présents, de la langue germanique et des modes de vie d’un groupe de migrants moins nombreux. Ces explications divergent sur l’ampleur des déplacements nécessaires pour provoquer le changement culturel. [3]

Une étude publiée dans Nature en 2022 a examiné les génomes de 460 individus anciens, dont 278 provenant d’Angleterre. Ses résultats étayent l’hypothèse d’une migration importante, plutôt qu’une explication reposant uniquement sur l’arrivée d’une petite élite. Chez les individus échantillonnés dans l’est de l’Angleterre, les chercheurs ont estimé une ascendance continentale issue de la région de la mer du Nord pouvant atteindre 76 %. [5]

Ce chiffre concerne les individus échantillonnés dans l’est de l’Angleterre. Il ne représente pas un pourcentage applicable à toutes les communautés anglo-saxonnes. La même étude nuance aussi les idées reçues sur le statut social : les hommes enterrés avec des armes n’étaient pas plus susceptibles d’avoir une ascendance migrante qu’une ascendance locale. [5]

Comment la christianisation et l’installation des Vikings ont-elles transformé la société ?

Le christianisme s’était implanté dans la Bretagne romaine au IVe siècle. Il a survécu au sein des communautés bretonnes après la fin du gouvernement romain. La conversion ultérieure des souverains anglo-saxons s’est donc déroulée sur une île où le christianisme avait déjà une histoire. [8]

En 597, le pape Grégoire le Grand (Büyük Gregorius) a envoyé Augustin (Augustinus) dans le Kent. Augustin a converti le roi Æthelberht et fondé un monastère à Cantorbéry (Canterbury). L’épouse du roi, la princesse franque Berthe (Bertha), était déjà chrétienne. Le changement religieux passait donc à la fois par les familles royales et par une mission venue d’outre-mer. [8]

Les pratiques chrétiennes n’étaient pas uniformes. Au synode de Whitby, en 664, Oswiu, roi de Northumbrie (Northumbria), a choisi la méthode romaine de calcul de la date de Pâques plutôt que la tradition irlandaise. La décision portait sur la manière dont un royaume chrétien suivrait son calendrier religieux. [8]

Les monastères favorisaient aussi le savoir. Dans le milieu savant de Wearmouth-Jarrow, Bède a achevé son Histoire ecclésiastique du peuple anglais vers 731. Au cours de sa vie, il a écrit ou traduit environ 40 livres sur la religion, l’histoire, l’astronomie et d’autres sujets. [9]

Les attaques vikings ont apporté une autre source de changement. L’assaut contre l’église Saint-Cuthbert de Lindisfarne, en 793, figure parmi les premiers raids qui ont attiré l’attention dans toute l’Europe (Avrupa). L’arrivée de la Grande Armée viking en 865 a provoqué un bouleversement politique bien plus vaste. [2, 7]

La Northumbrie, la Mercie (Mercia) et l’Est-Anglie (Doğu Anglia) se sont effondrées sous les campagnes de cette armée. Le Wessex a poursuivi la lutte. Alfred, son roi de 871 à 899, a vaincu une armée viking à Edington en 878. Le chef viking Guthrum a ensuite reçu le baptême chrétien. [4, 7]

Alfred a renforcé la défense grâce à un réseau de centres fortifiés appelés burhs. Son accord avec Guthrum reconnaissait la domination viking sur de vastes territoires du nord et de l’est. Ces territoires ont été associés au régime connu sous le nom de Danelaw. [4, 7]

Comment les différents royaumes ont-ils formé une Angleterre unifiée ?

Avant l’unification, l’autorité politique se développait autour de chefs de guerre victorieux. Les victoires et les cadeaux de valeur leur permettaient de rallier des partisans. En réunissant de petites communautés, ils ont créé des royaumes comme la Northumbrie, la Mercie et le Wessex. Le pouvoir royal reposait sur la capacité à attirer et à récompenser des soutiens. [6]

Vers 650–800, les principaux royaumes anglo-saxons étaient le Kent, la Mercie, la Northumbrie, l’Est-Anglie, l’Essex, le Sussex et le Wessex. Leurs rapports de force ont évolué. La domination de la Northumbrie au VIIe siècle a laissé place à l’essor de la Mercie, implantée dans les Midlands. [4, 7]

La Mercie est devenue particulièrement puissante sous Offa, qui a régné de 757 à 796. Pourtant, cette puissance n’a pas débouché sur le futur royaume unifié. Les conquêtes vikings ont transformé la carte politique. Le Wessex a survécu et poursuivi la résistance à l’armée d’invasion. [7]

À partir des années 910, Édouard l’Ancien (Yaşlı Edward) et sa sœur Æthelflæd ont étendu leur pouvoir dans les territoires du Danelaw au sud de l’Humber. Æthelflæd portait le titre de « dame des Merciens ». Tous deux ont leur place dans le récit du rassemblement des territoires sous l’autorité qui a précédé l’Angleterre unifiée. [7]

Æthelstan a réuni les différents royaumes d’Angleterre sous une seule autorité en 927. Il est reconnu comme le premier roi des Anglais. En 937, il a renforcé sa prééminence en Bretagne par sa victoire à Brunanburh. Il y affrontait une alliance comprenant le roi d’Écosse et des Scandinaves venus de Dublin. [11]

L’unification touche aussi à la vie quotidienne. Sous Æthelstan, les achats et les ventes étaient largement limités aux centres des burhs, ce qui favorisait la vie urbaine. Les règles monétaires visaient à contrôler le poids de l’argent et à punir la contrefaçon. Pensez aux endroits où vous faites vos achats et à la confiance que vous accordez à un paiement : ces règles vous donnent un point de comparaison familier avec le gouvernement royal. [11]

Pourquoi la conquête normande de 1066 marque-t-elle un tournant ?

Le 14 octobre 1066, Guillaume (William), duc de Normandie (Normandiya), a vaincu l’armée du roi Harold à Hastings. Harold a été tué. Guillaume a été couronné roi d’Angleterre le 25 décembre de la même année. La conquête a placé le royaume existant sous l’autorité d’un nouveau souverain. [12]

Ses effets ont dépassé le changement de roi. Des nobles normands de langue française ont remplacé une grande partie de l’élite dirigeante en place. Les nouvelles autorités ont construit des châteaux pour assurer leur contrôle sur le pays. Les changements dans la propriété foncière et les moyens d’imposer le pouvoir ont fait de la conquête un tournant politique majeur. [13]

Les langues montrent à la fois les changements et les continuités. Le français était utilisé au gouvernement et parmi les grands propriétaires fonciers. Le latin servait à l’Église et aux documents juridiques. L’anglais est resté la langue parlée par la population. Le remplacement des dirigeants n’a donc pas fait disparaître l’anglais parlé. [14]

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

À Sutton Hoo, dans le Suffolk, une tombe à bateau du VIIe siècle a posé un problème inhabituel aux archéologues en 1939. Le navire en bois n’avait pas survécu. Ses empreintes dans le sable et ses rivets en fer ont néanmoins révélé la forme d’une embarcation longue d’environ 27,3 mètres. [15]

Des fragments noirs provenant de la tombe ont longtemps été considérés comme du goudron de pin utilisé pour réparer les navires. Une analyse publiée en 2016 les a identifiés comme du bitume. Leurs caractéristiques chimiques et isotopiques indiquaient une origine moyen-orientale. Elles ajoutaient ainsi un lien au-delà de la mer du Nord à l’histoire matérielle de cette sépulture, jusqu’au Moyen-Orient (Orta Doğu). [15]

Vous pouvez aussi retrouver l’installation des Vikings dans une simple adresse. Le dernier élément du nom Fletcher Gate, à Nottingham, vient du vieux norrois gata, qui signifie « rue » ou « route ». Ici, « gate » ne désigne pas une entrée. [10]

Chronologie

  • IVe siècle : le christianisme s’implante dans la Bretagne romaine.
  • Vers 410 : la domination romaine en Bretagne prend fin.
  • Ve siècle : des migrants traversent la mer du Nord pour rejoindre la Bretagne.
  • 597 : la mission d’Augustin arrive dans le Kent.
  • Vers 650–800 : sept principaux royaumes anglo-saxons dominent la carte politique.
  • 664 : Oswiu choisit le calcul romain de la date de Pâques à Whitby.
  • 731 : Bède achève son Histoire ecclésiastique du peuple anglais.
  • 757–796 : Offa règne sur la Mercie.
  • 793 : les Vikings attaquent Lindisfarne.
  • 865 : la Grande Armée viking arrive.
  • 878 : Alfred remporte la victoire à Edington.
  • Années 910 : Édouard et Æthelflæd conquièrent des territoires du Danelaw au sud de l’Humber.
  • 927 : Æthelstan unifie les royaumes d’Angleterre.
  • 937 : Æthelstan remporte la victoire à Brunanburh.
  • 14 octobre 1066 : Guillaume vainc l’armée d’Harold à Hastings.
  • 25 décembre 1066 : Guillaume est couronné roi d’Angleterre.

FAQ

Les Anglo-Saxons étaient-ils uniquement des migrants ?

Non. La société anglo-saxonne s’est formée au contact des migrants et des populations britto-romaines déjà présentes. Une migration de grande ampleur a contribué à ce processus, tout comme les échanges avec les habitants déjà installés en Bretagne. [1, 5]

Quels étaient les principaux royaumes anglo-saxons ?

Vers 650–800, il s’agissait du Kent, de la Mercie, de la Northumbrie, de l’Est-Anglie, de l’Essex, du Sussex et du Wessex. Leurs rapports de force ont évolué au cours de cette période. [4, 7]

Alfred a-t-il unifié l’Angleterre ?

Alfred a renforcé le Wessex et vaincu une armée viking en 878. L’unification sous un seul souverain a eu lieu avec Æthelstan en 927, après l’expansion menée par Édouard et Æthelflæd. [4, 7, 11]

La conquête normande a-t-elle fait disparaître la langue anglaise ?

Non. L’anglais est resté la langue parlée par la population. Le français a pris une place au gouvernement et parmi les grands propriétaires fonciers, tandis que le latin était utilisé dans l’Église et les documents juridiques. [14]

Sources

  1. Wikipedia — Anglo-Saxons en.wikipedia.org
  2. English Heritage — L’Angleterre du haut Moyen Âge english-heritage.org.uk
  3. Our Migration Story — L’invasion anglo-saxonne et les débuts des « Anglais » ourmigrationstory.org.uk
  4. Historical Association — Les Anglo-Saxons : une brève histoire history.org.uk
  5. Nature — La migration anglo-saxonne et la formation du patrimoine génétique des premiers Anglais nature.com
  6. English Heritage — Haut Moyen Âge : pouvoir et politique english-heritage.org.uk
  7. English Heritage — Introduction à l’Angleterre du haut Moyen Âge english-heritage.org.uk
  8. English Heritage — Haut Moyen Âge : religion english-heritage.org.uk
  9. Cathédrale de Durham — Bède le Vénérable durhamcathedral.co.uk
  10. Université de Nottingham — Arrivée et installation nottingham.ac.uk
  11. La famille royale — Athelstan royal.uk
  12. English Heritage — Histoire de l’abbaye de Battle et du champ de bataille english-heritage.org.uk
  13. Inventaire du patrimoine historique du Kent — Le Kent médiéval heritage.kent.gov.uk
  14. London Museum — Comment la conquête normande a transformé Londres londonmuseum.org.uk
  15. PLOS ONE — Identification, caractérisation géochimique et importance du bitume journals.plos.org

FAQ

Qui étaient les Anglo-Saxons ?

Les Anglo-Saxons formaient une communauté culturelle de langue vieil-anglaise, née des échanges entre des migrants et les populations britto-romaines déjà présentes. Ils vivaient dans une grande partie de l’Angleterre actuelle et dans le sud-est de l’Écosse.

D’où venaient les Angles, les Saxons et les Jutes ?

Bède associait les Angles à l’Angeln, les Saxons à l’actuelle Basse-Saxe et les Jutes au Jutland. L’archéologie révèle une population plus complexe que ne le suggèrent ces catégories distinctes.

Qui a unifié les royaumes d’Angleterre ?

Æthelstan a réuni les différents royaumes d’Angleterre sous une seule autorité en 927. Cette unification faisait suite à l’expansion d’Édouard l’Ancien et d’Æthelflæd dans les territoires du Danelaw situés au sud de l’Humber.

L’anglais a-t-il disparu après la conquête normande ?

Non. Le français est devenu une langue du gouvernement et des grands propriétaires fonciers, tandis que le latin servait à l’Église et aux documents juridiques. L’anglais est resté la langue parlée par la population.

Image: Harold godwinson, Late anglo-saxon warriors, Hastings 1066.png — Rowyn flowerdew, CC0

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