Histoire de Hakkâri : une ville au nom de région
L’histoire de Hakkâri commence par une distinction entre une ville et une région. La ville s’appelait autrefois Çölemerik. Hakkâri désignait historiquement une région montagneuse bien plus vaste, au sud du lac de Van. Cette région dépassait les frontières actuelles de la Turquie. Si vous cherchez à comprendre l’histoire de Hakkâri et l’origine de son nom, cette distinction constitue le point de départ le plus clair.
Les vestiges conservés couvrent des périodes très différentes. Treize stèles de pierre découvertes dans la ville permettent d’aborder le IIe millénaire avant notre ère. Les médersas conservent les noms de dirigeants locaux. À Koçanis subsiste une église liée au patriarcat nestorien. Ces vestiges s’inscrivent dans une histoire marquée par le pouvoir kurde local, les communautés assyriennes et la centralisation ottomane.
Région historique de Hakkâri : jusqu’où s’étendait-elle ?
La région historique de Hakkâri s’étendait vers Mossoul (Musul) au sud et le lac de Van au nord. À l’ouest, elle approchait de Cizre. À l’est, elle atteignait les environs du lac d’Ourmia (Urmiye). Ces repères dessinent un espace plus vaste que la province actuelle de Hakkâri.
Lorsque vous rencontrez le nom Hakkâri dans un récit historique, il peut donc désigner la région montagneuse plutôt que la ville. Çölemerik renvoie plus précisément au centre urbain. Garder ces deux noms à l’esprit vous aide à distinguer l’histoire de la ville des événements concernant les communautés de l’ensemble de la région.
Quelle est l’origine du nom Hakkâri ?
Une explication rattache Hakkâri à la communauté Hakkar. Selon cette hypothèse, le nom serait passé par la forme Hakkariye. Une autre explication le relie à « her » et « karîn », avec un sens associé à la force : « fort » ou « ceux qui en sont capables ». Ces explications de l’origine du nom restent concurrentes.
L’ancien nom de la ville fait l’objet d’une autre proposition étymologique. Une explication décompose Culemerg en « cu », qui signifie canal d’eau, « le », un élément locatif, et « merg », qui signifie prairie. L’ensemble est interprété comme un « pâturage où serpentent des canaux d’eau ». Cette hypothèse concerne le nom de la ville, et non celui de la région de Hakkâri.
Les formes Çölemerik, Culemerg et Cûlâmerik apparaissent dans les récits consacrés à la ville. Kâtib Çelebi emploie Cûlâmerik au XVIIe siècle. Il décrit une ville rattachée à la province de Van, avec un château sur une colline entre deux vallées. Son témoignage associe un nom historique à un paysage urbain précis.
Stèles de pierre et témoignages archéologiques
En 1998, treize stèles de pierre ont été découvertes par hasard dans le centre de Hakkâri. Elles se trouvaient au pied du château de Çölemerik. Cet ensemble constitue une source majeure pour étudier le passé de la région au IIe millénaire avant notre ère. Les pierres ont ensuite été exposées au musée de Van.
Veli Sevin et Aynur Özfırat ont proposé de dater les stèles entre le milieu et la fin du IIe millénaire avant notre ère. Leur argument repose sur les types d’armes représentés sur les pierres. Il s’agit donc d’une proposition de datation archéologique fondée sur les objets figurés.
L’identité des commanditaires reste débattue. Une hypothèse associe les stèles aux Turukku. Une autre les attribue aux princes de Hubishkia. Aucune de ces attributions ne doit être considérée comme établie. Les images et les armes constituent des éléments à examiner, tandis que les identités proposées restent des interprétations.
Émirs kurdes, communautés assyriennes et pouvoir ottoman
Au XVIe siècle, Hakkâri reste sous domination ottomane sous la forme d’un émirat administré par des beys kurdes locaux. Cette organisation inscrit les dirigeants locaux dans le cadre ottoman. La construction d’une médersa par Zeynel Bey en 1560 fournit un exemple de chantier de cette période dont le commanditaire est connu.
L’histoire assyrienne de la région possède aussi un témoignage architectural conservé. À Koçanis, l’église Mar Şalita servait de centre au patriarcat nestorien. Son inscription porte la date de 1689. Le bâtiment relie ainsi l’histoire d’une institution religieuse à un village précis et à un monument daté.
Le XIXe siècle est marqué par des massacres de communautés assyriennes. Après l’alliance entre Bedirhan Bey et l’émir de Hakkâri, Nurullah Bey, les Assyriens de Hakkâri subissent des massacres en 1843. Ceux de Tiyari subissent des massacres en 1846. Ces événements sont essentiels pour comprendre l’histoire politique de la région et celle de ses communautés.
Bedirhan Bey est vaincu en 1847 et exilé en Crète (Girit). Sa défaite constitue l’un des tournants du renforcement du contrôle central ottoman dans les environs de Hakkâri. Cette succession d’événements relie l’histoire des dirigeants locaux à l’expansion de l’autorité centrale.
Médersas, château et maisons de pierre
La médersa de Meydan se trouve dans le quartier de Biçer Mahallesi, au centre de Hakkâri. L’inscription de son entrée indique qu’elle a été construite en 1700–1701 par İbrahim Bey, fils d’İzzeddin. Le bâtiment comprend deux niveaux, une cour intérieure et un toit plat. Construit en pierre de taille, il mesure extérieurement 18,25 mètres sur 23,40 mètres.
La médersa de Zeynel Bey a été commandée en 1560 par Zeynel Bey, dirigeant de Hakkâri. Ses vestiges ont été identifiés lors de prospections de surface en 1998. Des fouilles et des travaux de dégagement ont suivi en 2005. Les parties mises au jour comprenaient une cour, un iwan, huit pièces et la tombe de Zeynel Bey.
Le château de Çölemerik occupe une colline dominante dans le quartier de Dağgöl Mahallesi. Son site couvre 3 706 mètres carrés. Les travaux archéologiques y ont commencé en 2024, sous la direction du musée de Van. L’équipe comptait seize personnes, dont quatre archéologues. Le château est aussi le monument au pied duquel les stèles ont été découvertes.
Au-delà du centre-ville, les maisons historiques de Çukurca illustrent une autre forme de construction en pierre. Bâties en pierre de taille sur le versant du château de Çukurca, elles comportent plusieurs niveaux et s’appuient contre le château. Leur disposition rend directement visible le lien entre l’habitat et le château.
À Şemdinli, le pont de pierre de Nehri se trouve à quatre kilomètres du village de Bağlar. Il possède une seule arche et mesure vingt et un mètres de long pour onze mètres de haut. Aux côtés des médersas, de l’église et des maisons, il représente un autre type d’ouvrage dans le patrimoine bâti conservé de Hakkâri.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
La découverte des stèles commence par une tâche domestique ordinaire. En 1998, Necdet Yılmaz prélève de la terre au pied du château pour réparer le toit en terre de sa maison. C’est pendant ce travail qu’il met les pierres au jour. Si vous imaginez cette réparation, vous pouvez relier la découverte archéologique à un besoin quotidien dans une maison.
Les stèles mesurent entre 0,70 et 3,10 mètres de haut. Des figures humaines ont été sculptées sur une seule face de chaque pierre. Leurs images ne se limitent pas aux guerriers. Elles montrent aussi des tentes de type steppique, des scènes de chasse au léopard et des léopards attaquant des chèvres sauvages.
Les arcades de la cour de la médersa de Meydan reposent sur des supports différents selon le niveau. Des colonnes cylindriques portent les arcades du niveau inférieur. Des piles soutiennent celles du niveau supérieur. Vous pouvez observer cette petite différence architecturale pour comprendre la structure de la cour, avec ses deux niveaux et son toit plat.
La façade de l’église de Koçanis, dans le village de Konak, porte une inscription assyrienne de huit lignes. Elle possède aussi deux cadrans solaires circulaires. Ces détails complètent le lien de l’église avec le patriarcat nestorien et son inscription datée de 1689.
Hakkâri sous la République et son paysage montagneux
Hakkâri devient le chef-lieu de la province rétablie par la loi n° 2885 du 4 janvier 1936. La population recensée de la ville était de 1 562 habitants en 1935 et de 1 821 en 1940. Ces chiffres donnent une mesure concrète de la taille de la ville autour de ce changement administratif.
Le paysage montagneux environnant conserve lui aussi des traces historiques. Dans la vallée de Geverok, au sein des monts Cilo et Sat, des surfaces rocheuses portent des figures humaines, des formes animales et des symboles. Ces gravures constituent un autre ensemble de témoignages visuels à examiner aux côtés des stèles de pierre de la ville.
Le parc national des monts Cilo et Sat de Hakkâri a été créé en 2020. Il couvre 27 500 hectares et comprend deux secteurs : les glaciers de Cilo et les lacs de Sat. Cette désignation moderne concerne le même paysage montagneux où subsistent les images rupestres de Geverok.
Chronologie
- Du milieu à la fin du IIe millénaire avant notre ère : datation proposée des stèles de Hakkâri, d’après les types d’armes représentés.
- XVIe siècle : des beys kurdes locaux administrent Hakkâri sous domination ottomane.
- 1560 : Zeynel Bey commande sa médersa.
- 1689 : date portée par l’inscription de l’église Mar Şalita de Koçanis.
- 1700–1701 : İbrahim Bey, fils d’İzzeddin, commande la médersa de Meydan.
- 1843 et 1846 : des massacres visent les Assyriens de Hakkâri et de Tiyari.
- 1847 : Bedirhan Bey est vaincu et exilé en Crète.
- 1936 : la province de Hakkâri est rétablie.
- 1998 : treize stèles de pierre sont découvertes dans la ville.
- 2005 : des fouilles et des travaux de dégagement mettent au jour des parties de la médersa de Zeynel Bey.
- 2020 : le parc national des monts Cilo et Sat est créé.
- 2024 : les travaux archéologiques commencent au château de Çölemerik, sous la direction du musée de Van.
FAQ
Comment s’appelait Hakkâri autrefois ?
La ville s’appelait Çölemerik. Hakkâri désignait historiquement la région montagneuse plus vaste. Au XVIIe siècle, Kâtib Çelebi mentionne la ville sous le nom de Cûlâmerik.
Le nom Hakkâri a-t-il une signification établie ?
Les explications divergent. L’une fait dériver le nom de la communauté Hakkar, par la forme Hakkariye. Une autre associe « her » et « karîn » à la force ou à la capacité.
La région historique de Hakkâri correspond-elle à la province actuelle ?
Non. La région historique de Hakkâri s’étendait vers Mossoul, le lac de Van, Cizre et le lac d’Ourmia. Son étendue géographique dépassait celle de la province actuelle.
Où les stèles de Hakkâri ont-elles été découvertes ?
Elles ont été découvertes au pied du château de Çölemerik en 1998. Les treize pierres ont ensuite été exposées au musée de Van.
Sources
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Hakkâri islamansiklopedisi.org.tr
- Direction provinciale de la culture et du tourisme de Hakkâri — Hakkari dans l’histoire hakkari.ktb.gov.tr
- Portail culturel de la Turquie — Hakkari kulturportali.gov.tr
- Belleten — Les stèles de Hakkari : des bergers guerriers en Anatolie orientale, première note belleten.gov.tr
- Archaeology — Veli Sevin, Les mystérieuses stèles archive.archaeology.org
- TÜBA-AR — Les stèles de Hakkari : des nomades des steppes au bord du Zap dergipark.org.tr
- Direction provinciale de la culture et du tourisme de Hakkâri — Les stèles de Hakkari hakkari.ktb.gov.tr
- Direction provinciale de la culture et du tourisme de Hakkâri — Trésors culturels hakkari.ktb.gov.tr
- Wikipédia — Province de Hakkâri en.wikipedia.org
- Wikipédia — Hakkari (région historique) en.wikipedia.org
- Portail culturel de la Turquie — Médersa de Meydan kulturportali.gov.tr
- Direction de la communication — Une médersa historique vieille de 464 ans est en cours de restauration iletisim.gov.tr
- Agence Anadolu — Les fouilles permettront de percer le mystère du château de Çölemerik aa.com.tr
- Portail culturel de la Turquie — Maisons historiques en pierre de Çukurca kulturportali.gov.tr
- Portail culturel de la Turquie — Pont de pierre de Nehri kulturportali.gov.tr
- Milel ve Nihal — Yaşar Kaplan, La dernière période du patriarcat nestorien à Hakkâri (1876–1915) dergipark.org.tr
- Ministère de l’Éducation nationale — Église de Konak (Koçanis) okuldisiogrenme.eba.gov.tr
FAQ
Comment s’appelait Hakkâri autrefois ?
La ville s’appelait autrefois Çölemerik. Le nom Hakkâri désignait historiquement une région montagneuse plus vaste, qui s’étendait au sud du lac de Van et au-delà des frontières actuelles de la Turquie.
Que signifie le nom Hakkâri ?
Une hypothèse le rattache à Hakkariye, un nom issu de la communauté Hakkar. Une autre associe « her » et « karîn » au sens de « fort » ou de « ceux qui en sont capables ». Il s’agit d’explications concurrentes.
Où se trouvait la région historique de Hakkâri ?
Elle s’étendait vers Mossoul au sud, le lac de Van au nord, Cizre à l’ouest et les environs du lac d’Ourmia à l’est. Elle était plus vaste que la province actuelle.
Pourquoi les stèles de Hakkâri sont-elles importantes ?
Les 13 stèles de pierre découvertes en 1998 constituent un ensemble archéologique majeur pour étudier la région au IIe millénaire avant notre ère. Leur datation proposée repose sur les armes qui y sont représentées.
Image: Hakkari Map.jpg — Wigram, Edgar Thomas Ainger, Sir, 1864-1935, Public domain






