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Histoire d’Eskişehir et origine du nom de la ville

L’histoire d’Eskişehir va de l’antique Dorylée, située à Şarhöyük, à la ville seldjoukide connue sous le nom de Sultan Eyüğü, puis au quartier ottoman d’Odunpazarı. Plusieurs explications de son nom actuel sont avancées par les chercheurs ; cet article vous les présente côte à côte.

9 min de lecture16 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Histoire d’Eskişehir et origine du nom de la ville
Odunpazarı… – panoramio.jpg

L’histoire d’Eskişehir en bref

L’histoire d’Eskişehir commence avec une ville qui portait un autre nom : Dorylée (Dorylaion). La cité antique est mentionnée sous le nom de Dorylaion en grec et de Dorylaeum en latin. Les sources arabes l’appelaient Darauliya, Adruliya et Drusilya.

Ce nom est très ancien. Selon la page des fouilles de l’université Anadolu, l’historien Diodore de Sicile (Diodoros) emploie le nom Dorylaion dans son récit des événements antérieurs à la bataille d’Ipsos. Le nom est donc attesté au IVe siècle av. J.-C.

L’histoire se poursuit aux époques seldjoukide et ottomane. Viennent ensuite le chemin de fer et les années de guerre de 1921 et 1922. Chaque période a laissé des traces que vous pouvez encore voir ou découvrir dans les textes aujourd’hui.

Où se trouvait l’antique Dorylée ?

Le site se trouve à Şarhöyük. Ce tertre est identifié à l’antique Dorylée. Il mesure environ 450 × 400 mètres et s’élève à 17 mètres de haut.

Les travaux archéologiques y ont commencé en 1989. Le ministère de la Culture et l’université Anadolu ont lancé les fouilles sous la direction de Muhibbe Darga. Si vous visitez Eskişehir aujourd’hui, vous y découvrez la strate la plus ancienne de son histoire.

Qui a fondé Dorylée ?

Les sources antiques ne s’accordent pas sur un fondateur unique. Une inscription découverte aux alentours de Hamamyolu désigne Dorylaos d’Érétrie comme fondateur. Un diplôme militaire emploie l’expression Acamantia Dorylaion. Cette formule rattache la cité à Acamas (Akamas), ce qui renvoie à une seconde tradition de fondation.

La cité conservait donc au moins deux récits de ses origines. Dans l’Antiquité, on expliquait sa naissance de plusieurs façons, comme les chercheurs expliquent aujourd’hui son nom.

L’origine du nom Eskişehir

Eskişehir signifie « vieille ville » en turc. La manière dont la ville actuelle a reçu ce nom reste débattue. Les sources présentent trois explications.

Hypothèse 1 : les ruines de Dorylée

La première explication est attribuée à Ramsay. Elle rattache le nom aux ruines de Dorylée. Selon cette lecture, la « vieille ville » désignait la cité antique abandonnée.

Hypothèse 2 : le transfert à Yenişehir

Le résumé de la thèse de doctorat de Selma Manaz rapporte une deuxième explication. Sultaneyüğü aurait reçu le nom d’Eskişehir après qu’Osman Ier (Osman Gazi) eut transféré le centre de son pouvoir de Karacahisar à Yenişehir. La « vieille » ville serait alors celle qu’il avait quittée. Cette interprétation diffère de celle qui fait dériver le nom des ruines de Dorylée.

Hypothèse 3 : la vieille ville et la forteresse abandonnée

L’étude publiée par Seçkin Evcim en 2023 propose une troisième explication. Les Turcs appelaient la forteresse abandonnée Şarhöyük. Ils nommaient « vieille ville » le centre où se trouvaient le marché et les bains. Avec l’extension de l’agglomération, le nom Eskişehir s’est appliqué à l’ensemble du centre urbain.

Les sources ne tranchent pas entre ces hypothèses.

De la Dorylée byzantine à Sultan Eyüğü

Au Moyen Âge, la région se trouvait sur une frontière disputée. En 1097, le sultan seldjoukide Kilidj Arslan Ier affronta les croisés près d’Eskişehir. Leur attaque le contraignit à se replier.

La région revint ensuite sous le contrôle des Seldjoukides. Ce retour est lié aux événements qui suivirent la défaite byzantine de Myrioképhalon en 1176. Après cette défaite, l’empereur Manuel Ier Comnène (Manuel Komnenos) aurait fait démolir les fortifications de Dorylée.

Un document de 1272 livre le nom suivant. Le Cacoğlu Vakfiyesi, un acte de fondation pieuse, mentionne la ville seldjoukide sous le nom de Sultan Eyüğü. Selon le résumé de la thèse de Selma Manaz, cette ville a formé le noyau de l’Eskişehir actuelle.

Odunpazarı : le cœur ottoman de la ville

Odunpazarı est le quartier historique que vous aurez envie de parcourir à pied. Sa municipalité explique ainsi son nom : les villageois descendaient du bois de chauffage des montagnes et le vendaient sur la place où se trouve aujourd’hui le parc Sebahattin Günday.

Les maisons ottomanes du quartier suivent un schéma bien reconnaissable. Elles se dressent côte à côte le long de rues sinueuses et d’impasses. Elles possèdent des fenêtres en encorbellement et des décors en bois sculpté.

Le quartier a été classé site historique et urbain en 1981. Il a été classé site urbain en 1986. Le 13 avril 2012, la Turquie a soumis le site urbain historique d’Odunpazarı à la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le complexe de Kurşunlu (Kurşunlu Külliyesi)

Le complexe de Kurşunlu compte parmi les principaux monuments d’Odunpazarı. D’après l’acte de fondation, ses bâtiments, à l’exception du Grand Caravansérail, ont été commandés par Çoban Mustafa Paşa entre 1517 et 1525.

Selon la municipalité d’Odunpazarı, l’architecte était probablement Acem Ali, qui occupa la fonction d’architecte en chef avant Mimar Sinan.

Le complexe est ensuite devenu un musée. La direction du musée d’Eskişehir a été officiellement créée dans la mosquée et le complexe de Kurşunlu en 1966. Le musée a ouvert avec sa première exposition cette même année.

Les traces phrygiennes : le monument de Midas

La province abrite aussi des monuments plus anciens. À Yazılıkaya, dans le district de Han, se dresse le monument de Midas (Midas Anıtı). Cette façade rupestre mesure 17 mètres de haut et 16,5 mètres de large. Elle est orientée vers l’est.

La grande niche centrale était l’emplacement sacré où prenait place une statue de la déesse mère Matar Kubileya lors des cérémonies religieuses.

Chemin de fer et guerre : la ville moderne

En 1892, l’atelier ferroviaire Cer Atölyesi a été fondé à Eskişehir. Il assurait l’entretien et la réparation des véhicules ferroviaires. Cet atelier a ancré la ville dans l’ère du chemin de fer.

Puis la guerre est arrivée. L’armée grecque a occupé Eskişehir le 20 juillet 1921. La ville a été libérée le 2 septembre 1922.

Des incendies ont éclaté lors du retrait de l’armée grecque en 1922. Les quartiers de Köprübaşı, İhsaniye et Hoşnudiye ont entièrement brûlé. Des bombes ont détruit le toit de la gare.

L’article de Wikipédia en anglais consacré à la province d’Eskişehir indique une population de 154 195 habitants en 1927. Ce chiffre concerne toute la province, et pas seulement le centre-ville.

Chronologie

  • IVe siècle av. J.-C. : Le nom Dorylaion apparaît dans le récit de Diodore de Sicile consacré aux événements antérieurs à la bataille d’Ipsos.
  • 1097 : Kilidj Arslan Ier affronte les croisés près d’Eskişehir.
  • 1176 : Après la défaite de Myrioképhalon, les fortifications byzantines de Dorylée sont démolies.
  • 1272 : Le Cacoğlu Vakfiyesi mentionne la ville seldjoukide sous le nom de Sultan Eyüğü.
  • 1517–1525 : Çoban Mustafa Paşa commande les bâtiments du complexe de Kurşunlu, à l’exception du Grand Caravansérail.
  • 1892 : L’atelier Cer Atölyesi d’Eskişehir est fondé.
  • 20 juillet 1921 : L’armée grecque occupe Eskişehir.
  • 2 septembre 1922 : Eskişehir est libérée.
  • 1944–1951 : La mosquée Alaeddin est utilisée comme musée.
  • 1966 : La direction du musée d’Eskişehir est officiellement créée dans le complexe de Kurşunlu.
  • 1981 : Odunpazarı est classé site historique et urbain.
  • 1989 : Les fouilles de Şarhöyük commencent sous la direction de Muhibbe Darga.
  • 13 avril 2012 : Le site urbain historique d’Odunpazarı est soumis à la Liste indicative de l’UNESCO.

Ce que vous ne trouverez pas dans les guides

  • Deux fondateurs pour une seule ville. Une inscription près de Hamamyolu nomme Dorylaos d’Érétrie. Un diplôme militaire rattache la cité à Acamas par l’expression Acamantia Dorylaion.
  • Des horlogers et leur couvent. Le dossier de l’UNESCO indique que les mevlevis de la région reversaient à leur couvent les revenus de leur travail d’horlogerie et de la taille de l’écume de mer.
  • Une mosquée devenue musée. La mosquée Alaeddin (Alaeddin Camii), à Odunpazarı, a servi de musée de 1944 à 1951. Elle a ensuite été réparée et rouverte au culte.
  • Un nom trompeur. Le Portail de la culture date de l’époque ottomane le Selçuklu Hamamı, situé dans le quartier d’İkiçeşme à Seyitgazi, malgré son nom qui signifie « hammam seldjoukide ».
  • Des bains célèbres, mais aucun vestige de bain byzantin. Eskişehir est connue pour ses bains alimentés par des sources chaudes naturelles. Pourtant, l’article de Seçkin Evcim paru en 2023 indique qu’aucun vestige de bain de l’époque byzantine n’a été découvert dans la ville.
  • Deux noms liés à un même monument. Le monument de Midas tire son nom du mot Midai, présent dans son inscription phrygienne. Les habitants ont donné à Yazılıkaya son nom en référence aux inscriptions du monument.

FAQ

Quel était le nom antique d’Eskişehir ?

La cité antique portait le nom de Dorylaion en grec et de Dorylaeum en latin. Les sources arabes employaient notamment les formes Darauliya, Adruliya et Drusilya.

Où se trouve l’antique Dorylée ?

Dorylée est identifiée à Şarhöyük, un tertre d’environ 450 × 400 mètres et de 17 mètres de haut. Les fouilles y ont commencé en 1989 sous la direction de Muhibbe Darga.

Pourquoi la ville s’appelle-t-elle Eskişehir ?

Il n’existe pas de réponse unique et établie. Une hypothèse rattache ce nom aux ruines de Dorylée. Une autre avance que Sultan Eyüğü aurait pris ce nom après le transfert du centre du pouvoir d’Osman Ier de Karacahisar à Yenişehir. Selon une troisième, les Turcs appelaient « vieille ville » l’ancien quartier du marché et des bains, puis le nom s’est étendu à tout le centre.

Quand Eskişehir a-t-elle été occupée puis libérée ?

Les forces grecques ont occupé la ville le 20 juillet 1921. Elle a été libérée le 2 septembre 1922.

Odunpazarı est-il inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Pas encore. La Turquie a soumis le site urbain historique d’Odunpazarı à la Liste indicative de l’UNESCO le 13 avril 2012.

Sources

  1. Wikipédia — Eskişehir tr.wikipedia.org
  2. Gouvernorat d’Eskişehir — Histoire eskisehir.gov.tr
  3. Université Anadolu — Fouilles de Şarhöyük–Dorylaion arkeoloji.anadolu.edu.tr
  4. Université Anadolu AVESİS — Résumé de la thèse de doctorat de Selma Manaz avesis.anadolu.edu.tr
  5. Revue des sciences sociales de l’université Anadolu — Les édifices de l’époque byzantine à Eskişehir et dans ses environs dergipark.org.tr
  6. Université Eskişehir Osmangazi — Eskişehir dans l’histoire medya.ogu.edu.tr
  7. Municipalité d’Odunpazarı — Maisons historiques d’Odunpazarı odunpazari.bel.tr
  8. Direction provinciale de la culture et du tourisme d’Eskişehir — Exemples d’architecture civile eskisehir.ktb.gov.tr
  9. Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO — Site urbain historique d’Odunpazarı whc.unesco.org
  10. Municipalité d’Odunpazarı — Complexe de Kurşunlu odunpazari.bel.tr
  11. Portail de la culture du ministère de la Culture et du Tourisme — Mosquée Alaeddin beta.kulturportali.gov.tr
  12. Direction générale du patrimoine culturel et des musées — Direction du musée d’Eskişehir kvmgm.ktb.gov.tr
  13. Portail de la culture du ministère de la Culture et du Tourisme — Hammam Selçuklu kulturportali.gov.tr
  14. Portail de la culture du ministère de la Culture et du Tourisme — Monument de Midas kulturportali.gov.tr
  15. Revue du Centre de recherche Atatürk — Eskişehir au début du XXe siècle atamdergi.gov.tr
  16. Wikipédia — Province d’Eskişehir en.wikipedia.org

Image: Odunpazarı… – panoramio.jpg — Sinan Şahin, CC BY 3.0

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