Aksaray se trouve en Anatolie centrale, là où le Melendiz débouche dans la plaine. La région est habitée depuis plus de 10 000 ans. La ville a porté au moins trois noms. L’origine de son nom actuel reste débattue.
Ce guide vous fait parcourir cette histoire dans l’ordre. Vous découvrirez d’abord le premier village et les noms antiques. Puis viennent les débats sur le mot « Aksaray », les monuments médiévaux, les périodes ottomane et républicaine, et le hammam en pierre qui intrigue tant de visiteurs.
Histoire d’Aksaray : d’un tell à une colonie romaine
Les traces les plus anciennes proviennent d’Aşıklı Höyük, un tell situé dans l’actuelle province d’Aksaray. Le premier établissement permanent y a été fondé vers 8350 av. J.-C. Ce site compte donc parmi les premiers lieux d’Anatolie où les populations ont cessé de se déplacer pour s’installer durablement.
La ville elle-même apparaît dans l’Antiquité sous le nom de Garsaura. Le dernier roi de Cappadoce, Archélaos, l’a refondée. Elle a ensuite pris le nom d’Archelais.
Rome entre alors en scène. Sous l’empereur Claude, la ville obtient le statut de colonie. Elle est attestée sous le nom de Colonia Archelais. Si vous rencontrez « Archelais » dans un atlas ancien ou sur une inscription romaine, il s’agit du même lieu.
L’origine du nom Aksaray
Deux grandes hypothèses cherchent à expliquer ce nom.
La première est celle du palais. Elle rattache « Aksaray » à un palais construit par Kilij Arslan II. En turc, saray signifie « palais » : le rapprochement est donc facile à comprendre.
La seconde vient d’une étude d’histoire linguistique publiée par la direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Aksaray. Elle soutient qu’un nom plus ancien, Aksara, existait déjà. Selon cette lecture, les turcophones lui auraient donné un sens nouveau en l’associant au palais. Le nom aurait ainsi été turquisé. Ces deux hypothèses ne s’excluent pas entièrement. Toutes deux placent le palais au cœur de la manière dont le nom a été compris.
L’orthographe a elle aussi évolué. La forme actuelle, terminée par un y, s’est répandue après le XVe siècle. Vous pouvez suivre cette évolution dans les écrits de chroniqueurs comme Âşıkpaşazade et Neşrî.
Chronologie
- Vers 8350 av. J.-C. : fondation du premier établissement permanent à Aşıklı Höyük, dans l’actuelle province d’Aksaray.
- Ier siècle apr. J.-C. : sous Claude, Archelais obtient le statut de colonie romaine.
- 1229 : Alaeddin Keykubad Ier (Alâeddin Keykubad I) fait construire Sultan Han.
- XIVe siècle : Ibn Battûta décrit les canaux de la ville et ses productions tissées.
- 1397 : Aksaray entre dans les possessions ottomanes sous Bajazet Ier (Bayezid I, dit Yıldırım).
- Après 1402 : à la suite de la bataille d’Ankara, la ville repasse sous la domination des Karamanides.
- XVe siècle : sous Mehmed II, des habitants d’Aksaray sont transférés à Istanbul.
- 14 décembre 1920 : la loi n° 40 crée un liva d’Aksaray distinct, une unité administrative ottomane également utilisée aux débuts de la République.
- 1933 : Aksaray perd son statut de province et est rattachée à Niğde.
- 1974–1975 : publication de l’histoire d’Aksaray en trois volumes d’İbrahim Hakkı Konyalı.
- 15 juin 1989 : la loi n° 3578 fait de nouveau d’Aksaray une province.
Le regard d’un voyageur médiéval
Ibn Battûta visite la ville au XIVe siècle. Il la nomme Aksarâ. Il rapporte que trois canaux traversent les maisons.
Il indique aussi que les tapis et les kilims tissés en laine de mouton sont connus sous le nom d’Aksarâyî. Le lien avec votre quotidien est simple. Si vous avez un kilim en laine chez vous, vous possédez un cousin de ces produits qui ont fait connaître le nom de la ville dans le commerce il y a sept siècles.
Sultan Han : une étape sur la route de Konya à Kayseri
Sultan Han se trouve sur la route de Konya à Kayseri, à 42 kilomètres d’Aksaray. D’après ses inscriptions, Alaeddin Keykubad Ier l’a fait construire en 1229. Son architecte était Muhammed bin Havlân, originaire de Damas. Il a également participé à la construction de la mosquée Alaeddin de Konya.
Si vous faites le trajet entre Konya et la Cappadoce, vous pouvez facilement vous y arrêter. Les inscriptions permettent de dater sa construction avec certitude.
La Grande Mosquée et le minaret penché
Deux versions s’opposent sur les origines de la Grande Mosquée d’Aksaray (Aksaray Ulu Camii). Selon la première, elle aurait été fondée à l’époque seldjoukide, puis rénovée en 1408. Selon l’autre, sa construction aurait commencé sous Karamanoğlu Mehmed Bey et se serait achevée en 1431. Les chercheurs n’ont pas tranché.
Le minaret penché (Eğri Minare), dans le centre-ville, mesure 30,6 mètres de haut. Un escalier de 92 marches mène à son unique balcon, le şerefe.
Sous les Ottomans, les Karamanides et la République
Bajazet Ier intègre Aksaray au territoire ottoman en 1397. La bataille d’Ankara, en 1402, renverse la situation. La ville repasse alors aux Karamanides.
Plus tard, sous Mehmed II, des habitants d’Aksaray sont installés à Istanbul. Le quartier d’Aksaray à Istanbul tire son nom de cette installation. Si vous avez déjà pris le tramway ou le bus pour vous y rendre, vous avez utilisé un nom venu de cette ville d’Anatolie centrale.
Le XVIe siècle apporte de nouveaux déplacements. Les recherches de Doğan Yörük indiquent que les cavaliers, ou sipahi, des communautés de Bozkır se répartissent dans plusieurs districts de la province de Karaman, dont Aksaray. Les communautés de Bozkır appartenaient aux groupes Varsak. Les chercheurs rattachent ces derniers à la branche Üçok des Oghouz.
Sous la République, le statut administratif d’Aksaray change plusieurs fois. Un liva distinct est créé en 1920. Le statut de province est supprimé en 1933. Il est rétabli en 1989.
Le hammam du Pacha à Aksaray : que voir sur place ?
De nombreux visiteurs recherchent des photos du hammam du Pacha (Paşa Hamamı). Voici les éléments à repérer. Il se trouve à côté de la médersa Zinciriye (Zinciriye Medresesi) et de la minoterie Azmi Millî.
Ortaköylü Hacı Ali Paşa, serkarin du sultan Abdülhamid II, en a commandé la construction. Le serkarin était le chef de la maison du sultan. Le bâtiment comprend des parties séparées pour les femmes et les hommes. Construit en pierre soigneusement taillée, il est couvert de six coupoles : deux petites et quatre grandes.
Le même commanditaire est associé à un pont voisin. À côté de la minoterie se trouve le pont Debbağlar, doté de trois arches. Hacı Ali Paşa l’a renforcé par des contreforts. Une inscription commémorant la réparation y a été placée. Un même nom relie donc le hammam et le pont.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
- Un nom sur une chaire. Le minbar d’époque seldjoukide de la Grande Mosquée d’Aksaray porte le nom de Hoca Nûştegin el-Cemâlî.
- Un bassin préservé. La partie centrale du hammam du Pacha, utilisée comme entrée, conserve son bassin d’origine, de forme concave et à six angles.
- Du sel sur les toits. Dans les maisons traditionnelles d’Aksaray, du sel était incorporé à la couche supérieure de l’enduit de terre des toits en terre. Il devait limiter les fissures et les infiltrations d’humidité.
- Des murs très épais. Dans les maisons traditionnelles, les murs qui entourent les pièces et le sofa, la salle de distribution, disposés autour d’une cour peuvent atteindre 1,20 mètre d’épaisseur et 5–6 mètres de hauteur.
- Une évolution orthographique. Le y final d’Aksaray ne s’est généralisé qu’après le XVe siècle.
La vallée d’Ihlara : le canyon voisin de la ville
La vallée d’Ihlara (Ihlara Vadisi) se trouve dans le district de Güzelyurt. Le Melendiz l’a creusée. Ce canyon s’étend sur environ 14 kilomètres, d’Ihlara à Selime.
Les églises creusées dans la roche conservent des peintures murales. Autour d’Ihlara, vous pouvez observer une influence orientale. Autour de Belisırma, c’est la tradition picturale byzantine qui apparaît.
Comment les historiens établissent ces connaissances
Plusieurs sources permettent de retracer cette histoire. L’Encyclopédie de l’islam de la Fondation religieuse de Turquie, ou TDV, traite des souverains et des monuments de la ville. La direction de la Culture et du Tourisme d’Aksaray publie des études sur son nom, ses maisons et ses ponts. L’ouvrage en trois volumes de Konyalı, Âbideleri ve Kitabeleri ile Niğde Aksaray Tarihi, a été publié à Istanbul par Fatih Yayınevi. Les deux premiers volumes sont parus en 1974, le troisième en 1975.
L’ouvrage de Doğan Yörük, XVI. Yüzyılda Aksaray Sancağı (1500–1584), a été imprimé en novembre 2019. Il constitue la publication culturelle n° 19 de la direction. Ces deux ouvrages sont de bons points de départ si vous souhaitez approfondir le sujet.
FAQ
D’où vient le nom Aksaray ?
Une hypothèse le rattache à un palais construit par Kilij Arslan II. Selon une étude d’histoire linguistique publiée par la direction provinciale de la Culture et du Tourisme, le nom plus ancien Aksara aurait été turquisé par association avec ce palais.
Comment s’appelait Aksaray dans l’Antiquité ?
La ville était connue sous le nom de Garsaura. Après sa refondation par Archélaos, dernier roi de Cappadoce, elle prit le nom d’Archelais. Sous Claude, elle est attestée sous celui de Colonia Archelais.
Qui a fait construire le hammam du Pacha à Aksaray ?
Ortaköylü Hacı Ali Paşa, serkarin, ou chef de la maison du sultan Abdülhamid II, en a commandé la construction. Il se trouve à côté de la médersa Zinciriye et de la minoterie Azmi Millî.
Quand Aksaray est-elle redevenue une province ?
La loi n° 3578 du 15 juin 1989 lui a rendu son statut de province. Elle l’avait perdu en 1933 et avait alors été rattachée à Niğde comme district.
Existe-t-il un lien avec le quartier d’Aksaray à Istanbul ?
Oui. Sous Mehmed II, des habitants d’Aksaray ont été installés à Istanbul. Le quartier a pris leur nom.
Sources
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Aksaray islamansiklopedisi.org.tr
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Sultan Hanı (Aksaray) islamansiklopedisi.org.tr
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Grande Mosquée d’Aksaray islamansiklopedisi.org.tr
- Höyük — Le modèle de peuplement de l’Anatolie centrale et Aşıklı Höyük hoyuk.gov.tr
- Wikipédia — Aksaray tr.wikipedia.org
- Direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Aksaray — Le nom d’Aksaray aksaray.ktb.gov.tr
- Direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Aksaray — Aksara dans les sources arabo-islamiques aksaray.ktb.gov.tr
- Direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Aksaray — Les ponts aksaray.ktb.gov.tr
- Direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Aksaray — Les maisons d’Aksaray aksaray.ktb.gov.tr
- Direction provinciale de l’Environnement, de l’Urbanisme et du Changement climatique d’Aksaray — Historique aksaray.csb.gov.tr
- Portail culturel de la Turquie — Le minaret penché kulturportali.gov.tr
- Portail culturel de la Turquie — Le hammam du Pacha kulturportali.gov.tr
- Ministère de la Culture et du Tourisme — Site de la vallée d’Ihlara muze.gov.tr
- Doğan Yörük — Le sandjak d’Aksaray au XVIe siècle (1500–1584) aksaray.ktb.gov.tr
- Bibliothèque de la Société d’histoire turque — Notice du catalogue de l’Histoire d’Aksaray de Konyalı kutuphane.ttk.gov.tr
Image: Aksaray ulu camii.jpg — https://www.flickr.com/photos/minamie/, CC BY 2.0






