La conférence de Téhéran (Tahran) a coordonné les projets de débarquement en France avec les offensives soviétiques. Elle a aussi appelé la Turquie (Türkiye) à rejoindre les Alliés avant la fin de 1943. Réunis du 28 novembre au 1er décembre 1943, Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill et Joseph Staline ont également abordé la souveraineté de l’Iran et l’ordre international d’après-guerre. La Turquie n’est pas entrée en guerre dans le délai qu’ils demandaient.
Pourquoi une conférence consacrée à des opérations en France a-t-elle aussi fait pression sur la Turquie ? La réponse tient aux moyens de débarquement, aux engagements militaires soviétiques et aux demandes turques de protection. Si vous cherchez à comprendre la position turque pendant la guerre, le passage de Téhéran aux discussions suivantes du Caire (Kahire) montre comment un objectif allié s’est heurté à des préoccupations précises de sécurité.
Qu’est-ce que la conférence de Téhéran ?
La conférence s’est tenue à l’ambassade soviétique de Téhéran, capitale de l’Iran. Son nom de code militaire était Eureka. C’était le premier sommet de guerre réunissant le président américain Roosevelt, le Premier ministre britannique Churchill et le dirigeant soviétique Staline.
Leurs échanges portaient à la fois sur les opérations immédiates et sur les dispositions à prendre pour l’avenir. Les conclusions militaires datées du 1er décembre concernaient la France, la Yougoslavie et la Turquie. D’autres discussions ont abordé un éventuel démembrement de l’Allemagne, un futur système de sécurité internationale et la participation soviétique à la guerre contre le Japon.
Qu’ont décidé les dirigeants pour le débarquement en France ?
Les conclusions militaires prévoyaient l’opération Overlord, le débarquement en France à travers la Manche, pour mai 1944. C’est le calendrier consigné à Téhéran. Lorsque vous lisez les décisions de la conférence, gardez ce point en tête : dans ce document, mai était le mois prévu pour le lancement de l’opération.
Les dirigeants ont aussi convenu d’un débarquement dans le sud de la France, mené conjointement avec Overlord. Son ampleur dépendait des moyens de débarquement disponibles. Cette réserve liait l’objectif militaire adopté à une contrainte matérielle précise : les dimensions de l’opération dans le Sud ne pouvaient pas être fixées indépendamment des capacités de transport.
Staline a déclaré que les forces soviétiques lanceraient une offensive à peu près au même moment que le débarquement en France. L’objectif annoncé était d’empêcher le transfert de troupes allemandes du front de l’Est vers le front de l’Ouest. Cet engagement liait donc le calendrier d’opérations distinctes aux mouvements des forces allemandes.
Imaginez que vous organisiez un agenda commun au quotidien : l’engagement de l’un influe sur ce que l’autre peut faire. À Téhéran, ce lien répondait à un objectif militaire précis. L’offensive soviétique devait limiter les transferts allemands pendant que le débarquement en France ouvrait un autre front.
Quels autres engagements militaires ont été pris ?
Les trois dirigeants ont décidé de soutenir autant que possible les partisans en Yougoslavie. L’aide prévue comprenait du ravitaillement, du matériel et des opérations de commandos. Leurs conclusions militaires concernaient donc aussi bien le soutien aux forces déjà engagées dans les combats que la préparation de nouveaux débarquements.
Lors des discussions de Téhéran, l’Union soviétique s’est également engagée à entrer en guerre contre le Japon. Cet engagement étendait la portée militaire de la conférence au-delà des opérations prévues en Europe. Il faisait partie de l’ensemble plus large d’accords conclus aux côtés des décisions concernant la France et la Turquie.
Pourquoi les Alliés voulaient-ils l’entrée en guerre de la Turquie ?
Les conclusions militaires jugeaient très souhaitable, du point de vue militaire, l’entrée en guerre de la Turquie aux côtés des Alliés avant la fin de 1943. Cette formulation consignait l’objectif des trois puissances. Elle ne signifiait pas que la Turquie avait accepté leur calendrier.
Staline a donné une assurance précise concernant la Bulgarie. Si la Turquie entrait en guerre contre l’Allemagne et que la Bulgarie lui déclarait alors la guerre ou l’attaquait, l’Union soviétique entrerait immédiatement en état de guerre avec la Bulgarie. Cette assurance dépendait des circonstances ainsi énoncées.
Les dirigeants ont également décidé que Roosevelt et Churchill devaient rencontrer le président turc İsmet İnönü. Leur objectif était de convaincre la Turquie d’entrer en guerre avant la fin de 1943. Obtenir sa participation exigeait donc de nouvelles discussions avec son président après la réunion de Téhéran.
Pourquoi la Turquie refusait-elle le calendrier proposé ?
En novembre 1943, les chefs militaires turcs ont rejeté les demandes d’entrée en guerre et de mise à disposition de bases aériennes pour les Alliés. Ils invoquaient l’insuffisance de l’aide militaire et le danger d’une attaque germano-bulgare. Leurs objections portaient sur des questions concrètes : l’équipement et l’exposition à une attaque.
Ces préoccupations vous aident à comprendre l’écart entre la demande des Alliés et la réponse turque. Les conclusions militaires de Téhéran exprimaient le souhait d’une entrée en guerre de la Turquie avant la fin de l’année. Les chefs militaires turcs avaient déjà contesté cette participation en raison de l’insuffisance de l’aide et des risques pour la sécurité du pays.
Roosevelt a aussi fixé une limite au lien entre la participation turque et le débarquement en France. Pendant les discussions de Téhéran du 1er décembre, il a insisté pour que l’entrée en guerre de la Turquie ne compromette pas le programme d’ouverture d’un second front en France. Faire entrer la Turquie dans la guerre ne pouvait pas se faire au détriment de ce programme.
Que s’est-il passé lors de la rencontre d’İnönü avec Roosevelt et Churchill ?
Roosevelt, Churchill et İnönü ont discuté de la participation turque lors de la seconde conférence du Caire, du 4 au 6 décembre 1943. Cette réunion faisait suite à Téhéran. Elle prolongeait les pressions en faveur de l’entrée en guerre de la Turquie par des discussions directes avec son président.
Au Caire, İnönü et ses conseillers se sont déclarés ouverts, sur le principe, à une entrée en guerre. Ils ont demandé une protection aérienne alliée et une aide militaire substantielle. Leur position associait une volonté de discuter de la participation turque à des demandes concernant la capacité du pays à en supporter les conséquences.
La Turquie n’est pas entrée en guerre avant la fin de 1943. Elle a déclaré la guerre à l’Allemagne en février 1945. Si vous étudiez ces échanges diplomatiques, ces dates permettent de distinguer l’échéance souhaitée à Téhéran de la déclaration de guerre finalement prononcée par la Turquie.
Qu’a promis la conférence à l’Iran et qu’a-t-elle envisagé pour l’après-guerre ?
La déclaration concernant l’Iran, datée du 1er décembre 1943, soutenait l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique ont également affirmé leurs engagements en matière d’aide économique pendant et après la guerre.
La déclaration reconnaissait la contribution de l’Iran à l’effort de guerre commun. Elle soulignait notamment son rôle dans l’acheminement vers l’Union soviétique des approvisionnements venus d’outre-mer. Le pays hôte figurait donc dans les documents de la conférence comme un acteur du ravitaillement en temps de guerre.
Lors de discussions privées avec Staline, Roosevelt a proposé que les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union soviétique et la Chine constituent quatre grandes puissances protectrices dans un futur système de sécurité internationale. Cette proposition concernait l’organisation de la sécurité au-delà des campagnes militaires immédiates.
Le démembrement de l’Allemagne après la guerre a également été discuté. Les dirigeants n’ont toutefois pas adopté de plan commun de mise en œuvre précisant le nombre de parties entre lesquelles le pays serait divisé. Il faut donc distinguer les discussions sur ce démembrement d’un accord définissant ses modalités concrètes.
Chronologie
- Novembre 1943 : les chefs militaires turcs rejettent les demandes d’entrée en guerre et de mise à disposition de bases aériennes pour les Alliés. Ils invoquent l’insuffisance de l’aide et les risques d’attaque.
- 28 novembre 1943 : Roosevelt, Churchill et Staline entament leur premier sommet commun à Téhéran.
- 29 novembre 1943 : Churchill remet à Staline une épée d’honneur destinée à la population de Stalingrad.
- 30 novembre 1943 : les trois dirigeants assistent au dîner d’anniversaire de Churchill.
- 1er décembre 1943 : la conférence s’achève ; la déclaration concernant l’Iran et les conclusions militaires portent cette date.
- 4–6 décembre 1943 : İnönü discute de la participation turque avec Roosevelt et Churchill au Caire.
- Mai 1944 : mois de lancement envisagé pour Overlord dans les conclusions militaires de Téhéran.
- Février 1945 : la Turquie déclare la guerre à l’Allemagne.
Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides
Les conclusions militaires prévoyaient que les états-majors des trois pays préparent un plan commun de diversion et d’intoxication pour les prochaines opérations en Europe. La coordination à Téhéran visait donc aussi à tromper l’ennemi sur les campagnes à venir.
Les discussions militaires s’accompagnaient de cérémonies. Le 29 novembre, à l’ambassade soviétique et en présence de Roosevelt, Churchill a remis à Staline l’épée d’honneur du roi George VI destinée à la population de Stalingrad. Les trois dirigeants ont également été photographiés ensemble au dîner d’anniversaire de Churchill, le 30 novembre.
La sécurité a donné lieu à un récit plus contesté. Selon des rapports soviétiques, des agents allemands auraient projeté d’assassiner les trois dirigeants, mais l’opération aurait été annulée pendant sa préparation. L’ambassadeur américain Averell Harriman doutait de l’existence de ce complot. Des Américains soupçonnaient que ce récit ait été inventé pour faire installer Roosevelt à l’ambassade soviétique.
Roosevelt a donné sa propre explication dans une lettre confidentielle du 10 janvier 1944. Il y indiquait que sa principale raison de quitter la légation américaine était d’éviter d’exposer les dirigeants en visite à de possibles attaques d’agents de l’Axe. La lettre atteste les préoccupations de sécurité qu’il a exprimées ; l’existence du prétendu projet d’assassinat restait contestée.
FAQ
Quand et où la conférence de Téhéran a-t-elle eu lieu ?
Elle s’est tenue du 28 novembre au 1er décembre 1943 à l’ambassade soviétique de Téhéran, en Iran. Roosevelt, Churchill et Staline participaient pour la première fois ensemble à un sommet de guerre.
Quelle a été sa principale décision concernant la France ?
Les conclusions militaires prévoyaient Overlord en mai 1944, avec un débarquement dans le sud de la France dont l’ampleur dépendrait des moyens de débarquement disponibles. Staline a promis une offensive soviétique à peu près au même moment pour empêcher les transferts de troupes allemandes vers l’ouest.
La Turquie a-t-elle accepté l’échéance fixée à Téhéran ?
La Turquie n’est pas entrée en guerre avant la fin de 1943. Lors des discussions suivantes au Caire, İnönü et ses conseillers ont demandé une protection aérienne et une aide militaire substantielle, tout en se montrant ouverts sur le principe à une participation.
Le prétendu projet d’assassinat a-t-il été prouvé ?
Des rapports soviétiques faisaient état d’un projet allemand, tandis que Harriman mettait son existence en doute. De son côté, Roosevelt a expliqué par écrit que des préoccupations de sécurité constituaient sa principale raison de changer d’hébergement. Ces récits invitent à distinguer le complot contesté des motifs qu’il a lui-même exposés.
Sources
- Wikipédia — Conférence de Téhéran tr.wikipedia.org
- Wikipédia — Conférence de Téhéran en.wikipedia.org
- Université Yale, projet Avalon — La conférence de Téhéran avalon.law.yale.edu
- Département d’État des États-Unis, Bureau de l’historien — La conférence de Téhéran, 1943 history.state.gov
- Département d’État des États-Unis — Bilan historique du rôle de la Turquie pendant la guerre 1997-2001.state.gov
- Département d’État des États-Unis, FRUS — La question de l’entrée en guerre de la Turquie history.state.gov
- Yuluğ Tekin Kurat, Belleten — Comptes rendus de la conférence du Caire et tentatives pour faire entrer la Turquie en guerre belleten.gov.tr
- Musée national de la Seconde Guerre mondiale — Les conférences du Caire et de Téhéran nationalww2museum.org
- Nouvelle Université bulgare — Qui a laissé tomber l’épée de Stalingrad ? ojs.nbu.bg
- Mémorial australien de la guerre — Photographie du dîner d’anniversaire à Téhéran awm.gov.au
- Département d’État des États-Unis, FRUS — Lettre de Roosevelt à Patrick Hurley, 10 janvier 1944 history.state.gov
FAQ
Quand et où la conférence de Téhéran a-t-elle eu lieu ?
La conférence s’est tenue du 28 novembre au 1er décembre 1943 à l’ambassade soviétique de Téhéran, en Iran.
Qu’a décidé la conférence de Téhéran concernant la France ?
Les conclusions militaires prévoyaient l’opération Overlord pour mai 1944, avec un débarquement dans le sud de la France dont l’ampleur dépendrait des moyens de débarquement disponibles. Staline a promis une offensive soviétique à peu près au même moment.
La Turquie a-t-elle accepté d’entrer en guerre à Téhéran ?
Les trois puissances souhaitaient que la Turquie entre en guerre avant la fin de 1943. Les discussions suivantes avec İsmet İnönü, au Caire, ont porté sur l’aide militaire et la protection aérienne, mais la Turquie n’est pas entrée en guerre dans le délai demandé.
Le prétendu projet d’assassinat des dirigeants a-t-il été prouvé ?
Des rapports soviétiques faisaient état d’un projet d’assassinat allemand, mais l’ambassadeur américain Averell Harriman doutait de son existence. Il faut distinguer cette allégation de l’explication écrite de Roosevelt, selon laquelle des préoccupations de sécurité avaient influencé son choix d’hébergement.
Image: Teheran conference-1943.jpg — U.S. Signal Corps photo., Public domain






