Histoire mondiale

Qui était Raspoutine ? Le moine empoisonné, abattu et noyé

Grigori Raspoutine, fils d’un paysan sibérien, a gagné la confiance du tsar Nicolas II et de la tsarine Alexandra en s’occupant de leur fils malade. Des nobles l’ont assassiné à Petrograd le 30 décembre 1916, et une analyse médico-légale moderne remet en cause le célèbre récit d’un homme empoisonné, abattu puis noyé.

Ce sujet divise les historiens : l’article distingue les faits établis des interprétations et cite ses sources. Notre politique en matière de sources →

9 min de lecture12 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Qui était Raspoutine ? Le moine empoisonné, abattu et noyé
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Qui était Raspoutine ?

Grigori Iefimovitch Raspoutine (en turc : Grigori Rasputin) est né le 21 janvier 1869. Il est originaire de Pokrovskoïe, un village de Sibérie situé sur la rivière Toura. Sa famille vivait de l’agriculture. Moins de cinquante ans plus tard, son nom était l’un des plus connus de l’Empire russe.

Il reste dans les mémoires comme le « moine fou » qui a conquis la cour du tsar. Il a été assassiné à Petrograd au petit matin du 30 décembre 1916. Il avait 47 ans. Sa mort a été racontée tant de fois qu’il est difficile de distinguer les faits de la légende. Cet article vous aide à les départager.

D’un village sibérien au palais

Raspoutine épouse Praskovia Doubrovina en février 1887. Le couple a sept enfants. Seuls trois atteignent l’âge adulte : Dmitri, Maria et Varvara.

En 1897, il se rend au monastère Saint-Nicolas de Verkhotourié. Les sources présentent cette visite comme une étape importante de son évolution religieuse. Ce chemin le conduira finalement dans la capitale.

Il rencontre le tsar Nicolas II et la tsarine Alexandra en novembre 1905. Environ un an plus tard, à la fin de 1906, il commence à intervenir comme guérisseur religieux auprès de leur fils unique, Alexis.

Raspoutine était-il moine ?

Non. Malgré son surnom, il n’occupait aucune fonction officielle dans l’Église orthodoxe russe. Le mot « moine » était un surnom, pas un titre ecclésiastique.

Si vous lisez un titre qui le présente comme un moine, comprenez-le comme un raccourci. C’était un paysan réputé pour sa religiosité, pas un membre du clergé.

Le guérisseur de l’héritier

Alexis souffrait d’hémophilie, une maladie du sang qui rend les saignements difficiles à arrêter. La confiance de la famille envers Raspoutine est née de cette maladie. Ses parents pensaient qu’il pouvait aider le garçon.

L’explication reste débattue. Selon le récit populaire, Raspoutine arrêtait les saignements d’Alexis grâce à un pouvoir surnaturel. Certains historiens avancent une explication plus simple. Selon eux, les saignements ont pu diminuer parce qu’on avait cessé de lui donner de l’aspirine.

Imaginez que votre médecin de famille vous demande d’arrêter un médicament et que vous vous rétablissiez. Vous pourriez attribuer votre guérison à son intervention, alors que le changement décisif était l’arrêt du traitement.

Raspoutine dirigeait-il la Russie ?

La rumeur disait que oui. Deux points méritent votre attention.

D’abord, Nicolas II quitte la capitale en 1915 pour prendre le commandement de l’armée. Ce départ renforce l’influence d’Alexandra et de Raspoutine sur le gouvernement.

Ensuite, les historiens ne s’accordent pas sur l’étendue de cette influence. Dans sa notice pour l’encyclopédie 1914–1918-online, Siobhan Peeling indique que son poids sur le gouvernement pendant la guerre a peut-être été exagéré. Elle ajoute que les rumeurs à son sujet ont nui à la réputation de la monarchie. Les ragots ont donc pu faire davantage de dégâts que les décisions réelles de l’homme.

La rumeur selon laquelle il était l’amant d’Alexandra n’est pas davantage étayée. L’article de TIME indique qu’aucune preuve ne confirme une liaison secrète.

Raspoutine était aussi une cible bien avant 1916. En juillet 1914, il survit à une tentative d’assassinat au couteau.

Pourquoi Raspoutine a-t-il été assassiné ?

Les conspirateurs poursuivaient un objectif politique. Le prince Félix Ioussoupov et ses complices pensaient qu’éliminer Raspoutine aiderait Nicolas II à rétablir le prestige de la monarchie. À leurs yeux, il était responsable de l’image dégradée de la Couronne.

Ce complot était celui de nobles qui voulaient protéger le trône. Il ne l’a pas sauvé. Leur cible était autant une rumeur qu’un homme.

La nuit de l’assassinat

L’assassinat a lieu au palais Ioussoupov de la Moïka, à Saint-Pétersbourg. La Russie utilise alors le calendrier julien : sur place, la date est donc le 17 décembre. Ailleurs en Europe, c’est le 30 décembre 1916.

Ioussoupov raconte lui-même les événements dans des mémoires publiés en 1928. Selon son récit, Raspoutine est invité au palais pour rencontrer la princesse Irina. Elle ne s’y trouve pourtant pas à ce moment-là. Les mémoires affirment que Raspoutine reçoit des gâteaux et du vin contenant du cyanure, puis qu’on lui tire dessus.

Son corps est ensuite jeté du pont Petrovski dans la rivière Malaïa Nevka. C’est avec la noyade que la vieille légende atteint son sommet dramatique : empoisonné, abattu, puis noyé.

Quelle est la cause de sa mort ?

La médecine légale moderne remet la légende en question. Roger Byard a publié une analyse médico-légale de la mort de Raspoutine. Il en tire trois conclusions :

  • Le poison : le récit du cyanure pourrait avoir été inventé.
  • Les tirs à distance : Ioussoupov décrit des coups de feu tirés à distance. Byard relève une blessure au front visible sur une photographie présentée comme celle du corps de Raspoutine. Selon son interprétation, cette blessure correspond à un tir à bout touchant, avec le canon contre la peau.
  • La noyade : puisque cette blessure au front aurait été mortelle, Byard estime que Raspoutine était déjà mort avant d’être jeté à l’eau.

La réponse à la question « de quoi est-il mort ? » est donc moins simple que la légende. L’interprétation la mieux étayée par nos sources est celle d’un tir mortel, et non d’une noyade.

Une contestation vient aussi de sa famille. Maria, la fille de Raspoutine, publie un livre en 1929. Elle y réfute l’histoire des gâteaux empoisonnés et affirme que son père n’aimait pas les sucreries.

Que sont devenus sa tombe et son corps ?

Raspoutine est enterré à Tsarskoïe Selo. En mars 1917, sa tombe est ouverte et sa dépouille est brûlée.

Le Gouvernement provisoire ordonne la destruction de la tombe. Il craint que le site ne devienne un lieu de pèlerinage et de dévotion. Même après sa mort, les autorités le considèrent comme un homme qui conserve des fidèles.

Quant à la réaction de la cour après l’assassinat, Nicolas II éloigne Ioussoupov et le grand-duc Dmitri du palais.

Musée Raspoutine et organe présenté comme le sien

Si vous allez à Saint-Pétersbourg, rendez-vous au palais Ioussoupov. Il présente des documents historiques et des photographies dans des pièces liées à l’assassinat.

Le parcours du palais consacré au meurtre de Raspoutine comprend deux espaces. Le premier est la pièce des conspirateurs, que Félix utilisait comme cabinet de travail. Le second est la salle à manger du sous-sol.

Un autre établissement, un musée de l’érotisme situé dans la même ville, expose un organe présenté comme celui de Raspoutine. Prenez cette attribution avec prudence. En 2026, l’historien Antony Beevor a déclaré à EL PAÍS qu’elle était invérifiable. Il a aussi précisé qu’aucun document historique ne faisait état d’un prélèvement sur le corps après la mort. Considérez cette affirmation comme une légende, pas comme un fait documenté.

Chronologie

  • 21 janvier 1869 : naissance de Raspoutine à Pokrovskoïe, en Sibérie.
  • Février 1887 : il épouse Praskovia Doubrovina.
  • 1897 : il se rend au monastère Saint-Nicolas de Verkhotourié.
  • Novembre 1905 : il rencontre Nicolas II et Alexandra.
  • Fin 1906 : il commence à intervenir comme guérisseur auprès d’Alexis, atteint d’hémophilie.
  • Juillet 1914 : il survit à une attaque au couteau.
  • 1915 : le tsar prend le commandement de l’armée et l’influence de Raspoutine à la cour grandit.
  • 30 décembre 1916 : le 17 décembre selon le calendrier julien, il est assassiné au palais Ioussoupov de Petrograd.
  • Mars 1917 : sa tombe de Tsarskoïe Selo est ouverte et sa dépouille est brûlée.
  • 1928 : publication des mémoires de Ioussoupov sur l’assassinat.
  • 1929 : Maria Raspoutine publie son livre contestant le récit de Ioussoupov.

Ce que vous ne trouverez pas dans les guides

  • Dans le propre récit de Ioussoupov, Raspoutine vient au palais pour rencontrer la princesse Irina. Elle n’y est pas.
  • Maria Raspoutine conteste l’histoire des gâteaux empoisonnés en affirmant que son père n’aimait pas les sucreries.
  • Après l’assassinat, Nicolas II éloigne Ioussoupov et le grand-duc Dmitri du palais.
  • Le Gouvernement provisoire fait détruire la tombe par crainte de la voir devenir un lieu de culte.

FAQ

Raspoutine était-il vraiment moine ?

Non. On le surnommait le « moine fou », mais il n’occupait aucune fonction officielle dans l’Église orthodoxe russe.

Pourquoi Raspoutine a-t-il été assassiné ?

Le prince Félix Ioussoupov et les autres conspirateurs pensaient qu’éliminer Raspoutine permettrait à Nicolas II de rétablir la réputation de la monarchie.

De quoi Raspoutine est-il mort ?

La légende évoque le poison, les balles et la noyade. Dans une analyse médico-légale, Roger Byard interprète une blessure au front visible sur une photographie comme la trace d’un tir mortel à bout touchant. Cela suggère que Raspoutine était déjà mort avant d’être jeté à l’eau.

Peut-on visiter le lieu de l’assassinat de Raspoutine ?

Oui. Le palais Ioussoupov, à Saint-Pétersbourg, propose une exposition sur l’assassinat de Raspoutine, avec des documents et des photographies. Le parcours comprend la pièce des conspirateurs et la salle à manger du sous-sol.

Une partie du corps de Raspoutine est-elle vraiment exposée à Saint-Pétersbourg ?

Un musée de la ville présente un organe comme étant le sien. En 2026, l’historien Antony Beevor a déclaré que cette attribution était invérifiable et qu’aucun document historique ne mentionnait de prélèvement sur le corps après sa mort.

Pour une biographie complète, consultez Rasputin: Faith, Power, and the Twilight of the Romanovs, de Douglas Smith, publié en 2016 chez Farrar, Straus and Giroux.

Sources

  1. Vikipedi — Grigori Raspoutine tr.wikipedia.org
  2. Wikipedia — Grigori Raspoutine en.wikipedia.org
  3. TIME — 5 mythes et vérités sur Raspoutine time.com
  4. 1914–1918-online — Raspoutine, Grigori Iefimovitch encyclopedia.1914-1918-online.net
  5. Bibliothèque du Congrès — Grigori Raspoutine guides.loc.gov
  6. Palais Ioussoupov — Histoire du palais yusupov-palace.ru
  7. Palais Ioussoupov — Exposition sur l’assassinat de Raspoutine yusupov-palace.ru
  8. Smithsonian Magazine — Que s’est-il vraiment passé lors de l’assassinat de Raspoutine ? smithsonianmag.com
  9. Roger W. Byard — La mort de Raspoutine — Une analyse médico-légale link.springer.com
  10. National Geographic — Empoisonné, abattu ou noyé ? nationalgeographic.com
  11. EL PAÍS — Entretien avec Antony Beevor sur Raspoutine english.elpais.com
  12. Macmillan / Farrar, Straus and Giroux — Raspoutine us.macmillan.com

FAQ

Raspoutine était-il vraiment moine ?

Non. On le surnommait le « moine fou », mais il n’occupait aucune fonction officielle dans l’Église orthodoxe russe.

Pourquoi Raspoutine a-t-il été assassiné ?

Le prince Félix Ioussoupov et les autres conspirateurs pensaient qu’éliminer Raspoutine permettrait à Nicolas II de rétablir la réputation de la monarchie.

De quoi Raspoutine est-il mort ?

La légende évoque le poison, les balles et la noyade. Dans une analyse médico-légale de 2024, Roger Byard interprète une blessure au front visible sur une photographie comme la trace d’un tir mortel à bout touchant. Cela suggère que Raspoutine était déjà mort avant d’être jeté à l’eau.

Peut-on visiter le lieu de l’assassinat de Raspoutine ?

Oui. Le palais Ioussoupov, à Saint-Pétersbourg, propose une exposition sur l’assassinat de Raspoutine, avec des documents et des photographies. Le parcours comprend la pièce des conspirateurs et la salle à manger du sous-sol.

Une partie du corps de Raspoutine est-elle vraiment exposée à Saint-Pétersbourg ?

Un musée de la ville présente un organe comme étant le sien. En 2026, l’historien Antony Beevor a déclaré que cette attribution était invérifiable et qu’aucun document historique ne mentionnait de prélèvement sur le corps après sa mort.

Image: Rasputin PA.jpg — Unknown authorUnknown author, Public domain

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