Qui était Ibn Khaldoun et d’où venait-il ?
Ibn Khaldoun était un historien, homme d’État, enseignant et juge malikite du XIVe siècle. Également connu sous le nom d’Abdurrahman, il est né à Tunis le 27 mai 1332. La ville était alors sous domination hafside. Sa carrière l’a conduit à travers l’Afrique du Nord et les centres méditerranéens. Il y a associé le service politique à l’écriture de l’histoire.
Son œuvre la plus connue, la Muqaddima (Mukaddime), interroge le fonctionnement des sociétés et la manière d’évaluer les récits historiques. Parmi ses concepts centraux figurent l’umran, sa science de la civilisation, et l’asabiyya (asabiyet), la solidarité qui permet aux groupes d’agir ensemble. Si vous souhaitez comprendre son analyse du pouvoir politique, vous devez envisager ces concepts ensemble.
Pour les lecteurs qui s’intéressent à la Turquie, le lien est aussi intellectuel. Kâtib Çelebi, Naîmâ et Ahmed Cevdet Paşa se sont appuyés sur les idées d’Ibn Khaldoun pour analyser l’histoire ottomane. Ses réflexions sur la société et le gouvernement ont ainsi nourri les travaux de ces historiens ottomans.
Où Ibn Khaldoun a-t-il vécu ?
La vie d’Ibn Khaldoun l’a mené à Tunis, Fès, Tlemcen, Grenade, Béjaïa et au Caire. Ces lieux ont constitué le cadre géographique d’une carrière consacrée au gouvernement, à l’enseignement et au droit. Tunis était à la fois sa ville natale et une ville où il est revenu pendant la rédaction de son histoire.
Le service politique comportait des dangers. En 1357, Ibn Khaldoun a été emprisonné à Fès sous le règne du souverain mérinide Abou Inan. Il a été libéré après la mort de ce dernier, en 1358. Son expérience du gouvernement comprenait donc aussi bien l’exercice de fonctions que l’emprisonnement.
Le Caire est devenu un autre lieu majeur de sa vie. En 1384, le sultan mamelouk Barqouq l’y a nommé grand cadi malikite. Il est mort au Caire le 17 mars 1406 et a été enterré au cimetière des Soufis, face à Bab al-Nasr. L’emplacement exact de sa tombe est aujourd’hui inconnu.
Chronologie
- 1332 : Naissance à Tunis sous domination hafside.
- 1357–1358 : Emprisonnement à Fès, puis libération après la mort d’Abou Inan.
- 1364 : Envoi comme ambassadeur auprès du roi Pierre de Castille.
- 1377 : Achèvement des premières versions de la Muqaddima au château d’Ibn Salama.
- 1378 : Retour à Tunis pour consulter les sources nécessaires à son histoire.
- 1384 : Nomination comme grand cadi malikite au Caire.
- 1401 : Rencontre avec Tamerlan à Damas.
- 1406 : Mort au Caire.
- 1958 : Parution en trois volumes de la première traduction anglaise intégrale de la Muqaddima, réalisée par Franz Rosenthal.
La Muqaddima d’Ibn Khaldoun : de quoi parle ce livre ?
La Muqaddima a été rédigée comme introduction au Kitab al-Ibar, l’histoire universelle d’Ibn Khaldoun. Il en a achevé les premières versions en 1377 au château d’Ibn Salama, dans l’actuelle Algérie. Son lien avec cette histoire plus vaste est essentiel : elle expose des méthodes pour évaluer les récits sur lesquels repose l’écriture historique.
Ibn Khaldoun a conçu sa science de l’umran pour confronter les récits historiques au fonctionnement de la vie sociale. La fiabilité d’un récit dépendait donc de sa compatibilité avec le fonctionnement des sociétés. Son approche faisait de l’étude de la civilisation un moyen de déterminer si un récit méritait d’être cru.
Le livre traite aussi de politique, d’économie, d’éducation et des conditions sociales du savoir. Ces sujets accompagnent la réflexion sur la méthode historique. Lorsque vous lisez la Muqaddima, vous découvrez que les questions de gouvernement s’inscrivent dans une étude plus large des moyens de subsistance, de l’apprentissage et de la vie collective.
Sa deuxième section relie les différences entre communautés bédouines et sédentaires à leurs moyens de subsistance. L’agriculture et l’élevage font partie des activités étudiées. La réflexion repose ainsi sur une base concrète : les formes de vie sociale sont examinées en rapport avec la manière dont les populations subviennent à leurs besoins.
Ibn Khaldoun est revenu à Tunis en 1378 pour accéder aux sources nécessaires à l’achèvement de son histoire. Ce retour a suivi l’achèvement des premières versions de la Muqaddima. Cet enchaînement montre que l’introduction prenait forme au sein d’un projet historique plus vaste, qui exigeait encore l’accès à des documents écrits.
L’asabiyya chez Ibn Khaldoun : que signifie ce concept ?
L’asabiyya désigne la solidarité et la conscience de groupe qui poussent les membres d’une communauté à agir ensemble. Dans l’analyse d’Ibn Khaldoun, elle contribue à expliquer comment un groupe acquiert le pouvoir politique. Elle permet aussi de comprendre comment un groupe dirigeant conserve sa position après avoir fondé un État.
Les liens du sang peuvent soutenir cette solidarité. Mais son explication inclut également les liens géographiques, politiques et religieux. La parenté constitue donc l’un des fondements de l’asabiyya parmi d’autres. Des liens de proximité autres que l’ascendance peuvent eux aussi soutenir l’action collective.
Pour prendre un exemple quotidien, imaginez une tâche commune pour laquelle vous dépendez de la contribution des autres. Le rapprochement porte sur la capacité à agir ensemble. Ibn Khaldoun appliquait cette question de solidarité aux communautés, aux dirigeants et aux dynasties, chez qui l’action collective pouvait favoriser la conquête du pouvoir.
Dans sa théorie, des communautés rurales ou tribales dotées d’une forte asabiyya peuvent vaincre des dynasties établies. La force du pouvoir en place ne s’explique donc pas uniquement par sa position acquise. La capacité d’un rival à agir collectivement peut devenir décisive dans la lutte pour le pouvoir.
L’asabiyya reste nécessaire après la victoire. Ibn Khaldoun y voyait un soutien à la domination durable d’un souverain ou d’une dynastie. La fondation d’un État ne supprime pas le besoin de cette solidarité qui a contribué à rendre l’autorité politique possible.
Son explication distingue aussi les usages de la solidarité. Il portait un jugement positif sur l’asabiyya mise au service de ce qui est juste. Il la distinguait de l’asabiyya de la Jahiliyya, qui soutient l’injustice. Dans cette analyse, la loyauté envers le groupe doit aussi être examinée à travers les fins qu’elle sert.
Comment l’asabiyya explique-t-elle l’essor et le déclin des dynasties ?
Le cycle dynastique d’Ibn Khaldoun relie les changements politiques à l’évolution de la solidarité. Un groupe doté d’une forte asabiyya peut prendre le pouvoir à une dynastie établie. Le confort de la vie urbaine peut ensuite affaiblir la solidarité de la nouvelle communauté dirigeante au fil de plusieurs générations.
Un autre groupe, plus uni, peut finir par la vaincre. Cette explication relie le début et la fin d’une dynastie par un même concept. La solidarité aide une communauté à établir sa domination. Son affaiblissement permet de comprendre pourquoi cette domination devient vulnérable à un successeur.
Rapproché de ses développements sur l’agriculture et l’élevage, cet argument inscrit le pouvoir politique dans les conditions sociales. La Muqaddima étudie la manière dont les populations vivent et s’organisent. Son explication des changements dynastiques appartient à cette enquête plus large sur la société.
Les livres d’Ibn Khaldoun : par où commencer ?
Le lien entre le Kitab al-Ibar et la Muqaddima vous donne un point de départ. Le Kitab al-Ibar est l’histoire universelle. La Muqaddima en est l’introduction. Elle contient les analyses de la méthode historique, de la société et de l’asabiyya présentées ici.
Son autobiographie, al-Ta’rif, a été ajoutée à la fin du Kitab al-Ibar. Elle apporte un récit autobiographique à cet ensemble de textes liés entre eux. L’histoire, son introduction et l’autobiographie remplissent des fonctions différentes dans l’œuvre écrite d’Ibn Khaldoun.
L’attribution du Shifa al-Sa’il est contestée. Abdurrahman Badawi l’a attribué à Ibn Khaldoun. Ali Abd al-Wahid Wafi l’a attribué à Abdurrahman, l’oncle de son père. Ce désaccord doit rester explicite lorsque ce texte figure dans une liste de ses livres.
Livres d’Ibn Khaldoun en PDF : où lire la Muqaddima ?
La première traduction anglaise intégrale de la Muqaddima, réalisée par Franz Rosenthal, est parue en 1958 en trois volumes. Elle permet d’aborder en anglais les réflexions de l’ouvrage sur l’histoire, l’autorité politique, les moyens de subsistance, l’éducation et le savoir.
En Inde, le Centre national des arts Indira-Gandhi héberge un PDF contenant du texte issu de la traduction de Rosenthal. Si vous cherchez un PDF de la Muqaddima en anglais, ce lien vous permet de commencer directement votre lecture.
Citations d’Ibn Khaldoun : ses idées en termes simples
La Muqaddima relie l’évaluation des récits historiques au fonctionnement de la société. Pour reformuler sa méthode, il s’agit de se demander si un récit correspond aux conditions de la vie sociale. Cette formulation résume son raisonnement ; ce n’est pas une citation directe.
Son explication des changements politiques peut également être reformulée ainsi : la solidarité aide les groupes à conquérir et à conserver le pouvoir, tandis que son affaiblissement expose les dynasties à des rivaux plus puissants. Le raisonnement complet prend aussi en compte les moyens de subsistance, la vie sédentaire et l’évolution de la situation des communautés dirigeantes.
Des détails que les guides ne racontent pas
En 1364, Ibn Khaldoun a rencontré le roi Pierre de Castille en qualité d’ambassadeur. Pierre lui a proposé de lui restituer les propriétés de sa famille en Espagne. Ibn Khaldoun a refusé cette offre. La rencontre était donc à la fois une mission diplomatique et une occasion où le patrimoine de sa famille était en jeu.
En 1384, le navire qui transportait la famille d’Ibn Khaldoun a sombré au large d’Alexandrie. Cela s’est produit l’année même où il est devenu grand cadi malikite au Caire. Ces deux événements font coïncider une catastrophe familiale avec une nomination majeure dans sa carrière publique.
En 1401, Ibn Khaldoun a été descendu à l’aide de cordes depuis les remparts de Damas assiégée pour rencontrer Tamerlan. Il a également rapporté avoir rédigé, à la demande de Tamerlan, un exposé de douze pages sur l’Afrique du Nord. Selon son récit, ce texte a été traduit en langue tatare.
FAQ
D’où venait Ibn Khaldoun ?
Il est né à Tunis le 27 mai 1332. La ville était alors sous domination hafside.
Qu’est-ce que la Muqaddima ?
C’est l’introduction à son histoire universelle, le Kitab al-Ibar. Elle examine la méthode historique ainsi que des sujets comme la politique, l’économie, l’éducation et les conditions sociales du savoir.
Que signifie asabiyya ?
Le terme désigne la solidarité et la conscience de groupe qui rendent possible l’action collective. Ibn Khaldoun l’utilisait pour expliquer l’établissement, le maintien et l’affaiblissement du pouvoir dynastique.
Où lire un PDF en anglais ?
Le Centre national des arts Indira-Gandhi héberge un PDF contenant du texte issu de la traduction de Franz Rosenthal. Le lien figure dans la section consacrée au PDF ci-dessus et dans les sources ci-dessous.
Sources
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — İbn Haldûn islamansiklopedisi.org.tr
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Mukaddime islamansiklopedisi.org.tr
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Asabiyet islamansiklopedisi.org.tr
- Bibliographies d’Oxford — Ibn Khaldoun academic.oup.com
- Presses universitaires de Princeton / JSTOR — La Muqaddima jstor.org
- Centre national des arts Indira-Gandhi — La Muqaddima en PDF ignca.gov.in
- Wikipédia — Ibn Khaldoun en.wikipedia.org
- Vikipedi — İbn Haldun tr.wikipedia.org
FAQ
D’où venait Ibn Khaldoun ?
Ibn Khaldoun est né à Tunis le 27 mai 1332, alors que la ville était sous domination hafside.
Qu’est-ce que la Muqaddima ?
La Muqaddima a été rédigée comme introduction au Kitab al-Ibar, l’histoire universelle d’Ibn Khaldoun. Elle étudie la méthode historique, la politique, l’économie, l’éducation et les conditions sociales du savoir.
Que signifie asabiyya ?
L’asabiyya désigne la solidarité et la conscience de groupe qui poussent les individus à agir ensemble. Ibn Khaldoun la relie à l’établissement et à la pérennité du pouvoir politique.
Où trouver un PDF de la Muqaddima en anglais ?
Le Centre national des arts Indira-Gandhi héberge un PDF contenant du texte issu de la traduction anglaise de Franz Rosenthal : https://ignca.gov.in/Asi_data/16173.pdf.
Image: Bust of Ibn Khaldun (Casbah of Bejaia, Algeria).jpg — Reda Kerbush, CC BY-SA 4.0






