Kars (en turc : Kars) est une ville frontière de Turquie. Son passé se lit par strates : une capitale bagratide, une forteresse de l’époque saltukide, un pont ottoman, des rues dessinées par les Russes et un traité qui a fixé sa place sur la carte. Ce guide vous fait découvrir ces strates dans l’ordre. Il commence par le nom, dont personne n’a établi l’origine avec certitude.
D’où vient le nom Kars ?
Deux théories s’affrontent. Aucune n’est prouvée.
La première se tourne vers le géorgien. Le mot géorgien kari signifie « porte ». Le nom Kariskalaki est interprété comme « ville à la porte ». Selon cette lecture, Kars dériverait de ce nom plus ancien.
La seconde est l’hypothèse Karsak. Elle rattache le nom à la tribu Karsak des Turcs bulgares, qui serait arrivée dans la région au IIe siècle av. J.-C.
L’hypothèse Karsak a suscité des critiques. L’article de Wikipédia en turc indique qu’elle n’est pas généralement admise dans les travaux universitaires. Ses détracteurs la jugent incompatible avec les faits historiques.
Le constat est donc clair : l’origine du nom reste incertaine. L’explication par la « porte » convient bien à une ville frontière, mais vous devez la considérer comme une théorie.
Histoire de Kars en Turquie : de la capitale bagratide à la forteresse ottomane
En 928, Kars devient la capitale du royaume arménien des Bagratides. Entre 932 et 937, le roi Abas fait construire l’église des Apôtres au pied du château. C’est aujourd’hui la mosquée Kümbet.
À proximité, Ani, aujourd’hui située dans la province de Kars, s’enrichit aux Xe et XIe siècles. Elle est alors la capitale bagratide et contrôle une branche de la route de la soie.
Les siècles suivants laissent leurs traces sur le château. Une inscription datée de 1153 dans le château de Kars témoigne d’une réparation. Les travaux ont été ordonnés par Fîrûz, vizir du souverain saltukide İzzeddin Saltuk.
Puis vient la destruction. Tamerlan (Timur) détruit le château en 1386. Celui-ci est reconstruit en 1579 sur ordre du sultan Murad III (Murat III), sous la direction de Lala Mustafa Pacha.
L’Encyclopédie de l’islam de la TDV situe le rattachement définitif de Kars à l’Empire ottoman en 1537, avec l’action de Dulkadırlı Mehmed Han. La reconstruction ottomane du château intervient donc plus de quatre décennies après.
La même année, en 1579, Lala Mustafa Pacha fait aussi construire le pont de pierre sur la rivière Kars. Il possède trois arches voûtées et est bâti en basalte taillé. Une partie s’effondre, puis Karahanoğlu Hacı Ebübekir le reconstruit en 1725.
La mosquée Yusuf Pacha voit ensuite le jour en 1664. Seyit Yusuf Pacha, beylerbey de Kars, la fait construire en basalte gris et blanc.
Les années russes, 1828-1918
Les forces russes prennent Kars en 1828, 1855 et 1877. La dernière prise est décisive. Après la guerre russo-ottomane de 1877-1878, la région de Kars intègre l’Empire russe sous le nom d’oblast de Kars, une province administrée par les militaires. Elle reste sous domination russe jusqu’en 1918.
Les Russes ne se contentent pas d’installer une garnison dans la ville. Entre 1878 et 1918, ils établissent plusieurs communautés dans la région : Arméniens, Grecs du Caucase, Russes, Géorgiens, Allemands et Molokanes.
Ils redessinent aussi la ville. Le nouveau plan se développe autour des quartiers de Yusufpaşa, Ortakapı et Cumhuriyet. Les rues se coupent à angle droit. Entre 1890 et 1917, des bâtiments en pierre de style baltique sont construits le long de ces rues. Ils comptent un, deux et, plus rarement, trois niveaux. Selon le gouvernorat de Kars, ils sont bâtis en basalte taillé.
Quand vous parcourez le centre aujourd’hui, ce quadrillage correspond au plan russe. Les rues sont droites parce qu’elles ont été tracées ainsi.
Kars expliquée aux enfants : la ville en cinq étapes
Imaginez une porte sur une longue route. C’est l’une des explications proposées pour le nom Kars. Voici son histoire en cinq étapes.
- En 928, Kars devient une capitale. Les rois bagratides y gouvernent.
- Un château domine la ville. Tamerlan le détruit en 1386. Lala Mustafa Pacha le reconstruit en 1579.
- Un pont de pierre franchit la rivière. Ses trois arches sont en basalte.
- Pendant quarante ans, de 1878 à 1918, les Russes dirigent la ville. Ils aménagent des rues droites.
- En 1920, des soldats turcs commandés par Kâzım Karabekir entrent dans Kars. Un traité de 1921 maintient la ville en Turquie.
Le siège de Kars en 1855 : un chapitre tragique
Le chapitre le plus triste est celui du siège de 1855. William Fenwick Williams participe à la direction de la défense de Kars. La garnison résiste tout au long du siège. Puis le froid, la faim et le choléra l’épuisent. Le 26 novembre 1855, elle se rend à l’armée russe.
Le Musée national de l’armée, à Londres, conserve une pièce intitulée « La capitulation de Kars ». Sa notice constitue l’une des sources de ces faits.
La reddition ne résulte pas seulement d’une bataille perdue. À l’intérieur des remparts, les soldats meurent de froid, souffrent de la faim et tombent malades.
Qui a pris Kars ?
La réponse dépend de l’année. Kars a changé de mains à de nombreuses reprises.
- 1386 : Tamerlan détruit le château.
- 1828, 1855 et 1877 : les forces russes prennent Kars.
- 30 octobre 1920 : les troupes turques commandées par Kâzım Karabekir prennent Kars aux forces arméniennes.
Le dernier changement est entériné par des textes. Le traité de Moscou du 16 mars 1921 et le traité de Kars du 13 octobre 1921 fixent les dispositions frontalières. Kars reste ainsi dans le nouvel État turc.
Chronologie
- 928 Kars devient la capitale du royaume arménien des Bagratides.
- 932-937 construction de l’église des Apôtres, aujourd’hui mosquée Kümbet.
- 1153 une inscription du château de Kars témoigne d’une réparation à l’époque saltukide.
- 1386 Tamerlan détruit le château de Kars.
- 1537 l’Encyclopédie de l’islam de la TDV date de cette année le rattachement définitif de Kars à l’Empire ottoman.
- 1579 Lala Mustafa Pacha reconstruit le château et fait construire le pont de pierre.
- 1664 construction de la mosquée Yusuf Pacha.
- 1725 Karahanoğlu Hacı Ebübekir reconstruit le pont de pierre.
- 1828 les forces russes prennent Kars.
- 26 novembre 1855 la garnison de Kars se rend à l’armée russe.
- 1877-1878 après la prise de la ville par les Russes, la région intègre l’Empire russe.
- 1890-1917 des bâtiments en pierre de style baltique s’élèvent le long des nouvelles rues.
- 1918 fin de la domination russe à Kars.
- 30 octobre 1920 les troupes turques commandées par Kâzım Karabekir prennent Kars.
- 13 octobre 1921 signature du traité de Kars.
- 1953 publication de Kars Tarihi de M. Fahrettin Kırzıoğlu.
- 1964-1981 selon le Portail de la culture, la mosquée Kümbet abrite le musée de Kars.
- 1985 la mosquée Fethiye, ancienne église puis salle de sport, devient une mosquée.
- 2016 le site archéologique d’Ani entre sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
Des appareils de chauffage en forme de cheminée. Les bâtiments en pierre de la période russe possèdent des systèmes de chauffage appelés peç, qui ont la forme de cheminées. Pensez à votre propre logement en hiver. Le chauffage a autant façonné ces bâtiments que leur style architectural.
Douze visages sur une coupole. Le tambour de la coupole de la mosquée Kümbet porte douze figures humaines en relief. Elles représentent les douze apôtres de Jésus. De 1964 à 1981, le bâtiment abrite le musée de Kars.
Un bâtiment, trois vies. La mosquée Fethiye, dans le quartier d’Ortakapı, est construite comme église pendant la période russe. À l’époque républicaine, elle sert de salle de sport couverte. En 1985, elle devient une mosquée.
Un village nommé d’après une usine. L’ancien nom de Boğatepe est Zavot. En russe, ce mot signifie usine ou centre de production. Ce nom est lié à la production fromagère du village à l’époque des Molokanes. La prochaine fois que vous couperez une tranche de fromage au petit-déjeuner, souvenez-vous qu’un village de Kars a porté un nom d’usine en raison de cette activité.
Un livre couvrant une longue période. Kars Tarihi de M. Fahrettin Kırzıoğlu paraît à Istanbul en 1953. Le catalogue de la Société d’histoire turque indique XX+608 pages, avec une chronologie allant de 1534 à 1921.
Une rue en cours de restauration. Le projet de la SERKA « Kars et son identité historique » prévoyait de rénover les façades de 22 bâtiments inscrits au patrimoine et de 12 bâtiments non inscrits dans la rue Haydar Aliyev. Il visait aussi à créer un parcours touristique d’environ 680 mètres.
Des monnaies qui refont surface. Le 6 octobre 2025, une opération de la gendarmerie à Sarıkamış permet de récupérer trois monnaies en or et 322 en bronze, ainsi que d’autres objets. Le tout est remis à la direction du musée de Kars.
FAQ
Que signifie le nom Kars ?
Aucune signification ne fait consensus. Une théorie le rattache au mot géorgien kari, « porte », et au nom Kariskalaki, interprété comme « ville à la porte ». Une autre le relie à une tribu Karsak, mais cette hypothèse a été critiquée pour son incompatibilité avec les faits historiques.
Quand Kars est-elle devenue turque ?
Les troupes turques commandées par Kâzım Karabekir prennent Kars le 30 octobre 1920. Le traité de Moscou du 16 mars 1921 et le traité de Kars du 13 octobre 1921 fixent ensuite les frontières. Kars reste ainsi dans le nouvel État turc.
Qui a pris Kars ?
Les forces russes prennent Kars en 1828, 1855 et 1877. Tamerlan détruit son château en 1386. En 1920, les forces turques commandées par Karabekir prennent la ville aux forces arméniennes.
Pourquoi Kars compte-t-elle autant de bâtiments en pierre de style russe ?
Kars est sous domination russe de 1878 à 1918. Les Russes tracent un nouveau plan avec des rues se coupant à angle droit. Entre 1890 et 1917, ils construisent des bâtiments de style baltique en basalte taillé, à un, deux et, plus rarement, trois niveaux.
Ani fait-elle partie de Kars ?
Ani se trouve dans la province de Kars. Elle est la capitale bagratide aux Xe et XIe siècles. En 2016, l’UNESCO inscrit son site archéologique de 250,7 hectares sur la Liste du patrimoine mondial.
Sources
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Kars islamansiklopedisi.org.tr
- Wikipédia — Kars tr.wikipedia.org
- Wikipédia — Province de Kars en.wikipedia.org
- Municipalité de Kars — Château de Kars kars.bel.tr
- Encyclopédie de l’islam — Kars (İSAM) isamveri.org
- Musée national de l’armée — La capitulation de Kars collection.nam.ac.uk
- Société d’histoire turque — Guerre d’indépendance ttk.gov.tr
- Gouvernorat de Kars — Architecture baltique kars.gov.tr
- Portail de la culture — Mosquée Kümbet, église des Apôtres kulturportali.gov.tr
- Portail de la culture — Mosquée Kümbet kulturportali.gov.tr
- Direction provinciale de la culture et du tourisme de Kars — Mosquées et églises kars.ktb.gov.tr
- Direction provinciale de la culture et du tourisme de Kars — Ponts kars.ktb.gov.tr
- UNESCO — Site archéologique d’Ani whc.unesco.org
- Bibliothèque de la Société d’histoire turque — Histoire de Kars kutuphane.ttk.gov.tr
- Agence de développement de Serhat — Lancement du projet « Kars et son identité historique » serka.gov.tr
FAQ
Que signifie le nom Kars ?
Aucune signification ne fait consensus. Une théorie le rattache au mot géorgien kari, « porte », et au nom Kariskalaki, interprété comme « ville à la porte ». Une autre le relie à une tribu Karsak, mais cette hypothèse a été critiquée pour son incompatibilité avec les faits historiques.
Quand Kars est-elle devenue turque ?
Les troupes turques commandées par Kâzım Karabekir ont pris Kars le 30 octobre 1920. Le traité de Moscou du 16 mars 1921 et le traité de Kars du 13 octobre 1921 ont ensuite fixé les frontières. Kars est ainsi restée dans le nouvel État turc.
Qui a pris Kars ?
Les forces russes ont pris Kars en 1828, 1855 et 1877. Tamerlan a détruit son château en 1386. En 1920, les forces turques commandées par Karabekir ont pris la ville aux forces arméniennes.
Pourquoi Kars compte-t-elle autant de bâtiments en pierre de style russe ?
Kars a été sous domination russe de 1878 à 1918. Les Russes ont tracé un nouveau plan avec des rues se coupant à angle droit. Entre 1890 et 1917, ils ont construit des bâtiments de style baltique en basalte taillé, à un, deux et, plus rarement, trois niveaux.
Ani fait-elle partie de Kars ?
Ani se trouve dans la province de Kars. Elle était la capitale bagratide aux Xe et XIe siècles. En 2016, l’UNESCO a inscrit son site archéologique de 250,7 hectares sur la Liste du patrimoine mondial.
Image: Church of Saint Gregory the Illuminator.jpg — Panegyrics of Granovetter, CC BY-SA 2.0






