Vous connaissez peut-être Zeugma par un seul visage. Une jeune femme aux grands yeux vous regarde depuis une mosaïque romaine. On l’appelle la Gitane. Mais l’histoire de la cité qui l’entourait est plus vaste encore. Installée à un point de passage sur l’Euphrate, elle a été une ville de la frontière romaine avant d’être partiellement engloutie par un barrage en 2000.
Ce guide vous explique où se trouve Zeugma, qui l’a fondée, ce qui lui est arrivé et comment voir ses mosaïques aujourd’hui.
Où se trouve Zeugma ?
La cité antique de Zeugma se trouve sur la rive de l’Euphrate, à Belkıs. Belkıs appartient au district de Nizip, dans la province de Gaziantep. Le site de fouilles est à environ 10 kilomètres du centre de Nizip.
Les mosaïques de Zeugma sont exposées dans un musée de la ville de Gaziantep. Si vous préparez une visite, prévoyez deux étapes : le site au bord du fleuve et le musée.
Que signifie le nom Zeugma ?
En grec ancien, Zeugma signifie « pont » ou « passage ». Ce nom renvoie au point de franchissement de l’Euphrate.
Pensez au dernier pont que vous avez traversé pour aller au travail ou à l’école. Une ville se développe autour d’un tel lieu, parce que tout le monde y passe. Zeugma était ce genre d’endroit, sur un fleuve plutôt qu’au bord d’une autoroute.
Deux cités sur deux rives
Séleucos Ier Nicator a fondé Zeugma vers 300 av. J.-C. Il a en réalité créé deux établissements hellénistiques, un de chaque côté de l’Euphrate. Ensemble, ils formaient Zeugma.
La cité occidentale était Séleucie (Seleukeia). Elle portait le nom de son fondateur, Séleucos. La cité orientale était Apamée (Apameia). Elle devait son nom à Apama, son épouse perse.
Ce détail compte pour la suite. C’est la cité orientale, Apamée, que les eaux du barrage ont entièrement recouverte.
Zeugma et la Commagène
Beaucoup de visiteurs recherchent « Zeugma Commagène » et se demandent quel lien unit les deux. Les indices les plus clairs concernent la religion. Deux sanctuaires de Zeugma datent de la période de la Commagène (Kommagene). Ils témoignent d’un mélange de traditions religieuses hellénistiques et locales.
Le culte à Zeugma ne suivait donc pas un modèle grec unique. Les pratiques grecques et locales s’y mêlaient.
Une cité romaine sur la frontière orientale
À partir de 72 apr. J.-C., Zeugma était l’une des principales villes de la frontière orientale de l’Empire romain. Une ville frontalière a besoin d’habitants, de commerce et de fonctionnaires.
La plupart des maisons romaines de Zeugma décorées de mosaïques datent des IIe et IIIe siècles apr. J.-C. Les pavements que vous voyez au musée viennent de cette période.
Cette prospérité a pris fin en 253 apr. J.-C. Le roi sassanide Chapour a mis la cité à sac. Zeugma n’a pourtant pas disparu. Wikipédia en anglais indique qu’elle était un siège épiscopal dans l’Antiquité tardive.
La découverte de la mosaïque de la Gitane
La mosaïque de la Gitane est sortie de terre en 1998. Rifat Ergeç et son équipe l’ont découverte lors de fouilles de sauvetage dans le secteur de Kelekağzı, à Zeugma.
La découverte a été presque fortuite. L’équipe travaillait sur un pavement de mosaïque détruit, d’environ 15 mètres carrés. Une colonne brisée reposait dessus. Quand les ouvriers l’ont soulevée, le visage est apparu.
Le ministère date la mosaïque du IIe siècle apr. J.-C. Il précise que le portrait est représenté de trois quarts. Le visage est légèrement tourné, au lieu d’être présenté de face. Cette petite rotation donne toute sa force au regard.
Pourquoi l’appelle-t-on la Gitane ?
Ce nom ne date pas de l’Antiquité. Les archéologues le lui ont donné après les fouilles. Il vient de ses accessoires et de son apparence : des boucles d’oreilles, de grands yeux et un bandeau noué autour de la tête.
Ce surnom décrit donc son apparence. Il ne vous apprend rien sur son identité. Pour la retrouver sous son nom turc, recherchez « Çingene Kızı ».
Qui représente-t-elle vraiment ?
Personne ne peut répondre avec certitude. Une interprétation s’appuie sur les vrilles de vigne à côté de sa tête. La vigne est associée à Dionysos : le personnage pourrait donc être une ménade, l’une de ses suivantes. D’autres interprétations proposent Gaïa ou Alexandre le Grand.
Aucune de ces hypothèses n’a tranché la question. Si un cartel du musée lui donne une identité, prenez-la comme l’interprétation jugée la plus plausible.
La montée des eaux du barrage de Birecik
En 2000, la retenue du barrage de Birecik a recouvert environ 30 % de Zeugma. Elle a englouti la totalité d’Apamée, sur la rive opposée.
L’eau n’est pas arrivée d’un seul coup. Elle a d’abord atteint la zone A en mai et juin. À la fin d’octobre, elle avait atteint la zone B. La zone C est restée au-dessus de la limite d’inondation du barrage.
Imaginez une eau qui monte de 20 centimètres par jour devant votre porte. Vous devriez vider votre maison au rythme de sa progression. Les archéologues ont fait face exactement à ce compte à rebours, avec une ville entière à vider.
Le projet de sauvetage
Un projet de sauvetage soutenu par le Packard Humanities Institute a commencé en 2000. Oxford Archaeology coordonnait les fouilles. Le Centro di Conservazione Archeologica, installé à Rome, coordonnait les travaux de conservation.
Le rythme était soutenu. Moins de deux semaines après le début du projet, 120 archéologues et 20 spécialistes de la conservation étaient prêts à travailler sur le site.
Plus tard, à partir de 2005, Kutalmış Görkay a dirigé les fouilles de Zeugma pour le compte du ministère de la Culture et du Tourisme.
Des mosaïques parties à l’étranger
Certaines pièces de Zeugma ont quitté la Turquie bien avant le barrage. En 1965, l’université d’État de Bowling Green, aux États-Unis, a acheté 12 fragments de mosaïque au marchand d’art Peter Marks pour environ 35 000 dollars. Leur provenance de Zeugma n’a été identifiée que plus tard.
En 2012, les chercheuses Stephanie Langin-Hooper et Rebecca Molholt ont montré que ces pièces pouvaient provenir de Zeugma, et non d’Antioche comme on le croyait.
En 2018, les 12 fragments sont revenus des États-Unis. Ils appartiennent à la bordure de la mosaïque dans laquelle la Gitane a été découverte. Ils sont aujourd’hui exposés au musée des mosaïques de Zeugma, à Gaziantep.
Visiter le musée des mosaïques de Zeugma
Le musée se trouve dans la ville de Gaziantep, dans le quartier Hacıbaba, au n° 81 du boulevard Sani Konukoğlu. Sa construction a commencé en 2008. Il a ouvert ses portes aux visiteurs le 9 septembre 2011.
L’organisation est simple. Le bâtiment A présente les mosaïques de Zeugma. Le bâtiment B expose des mosaïques de sol provenant d’églises de l’Empire romain d’Orient situées à Gaziantep et dans ses environs.
La collection comprend aussi une statue en bronze d’Arès, le dieu de la guerre, datant de l’époque romaine.
Chronologie
- Vers 300 av. J.-C. : Séleucos Ier Nicator fonde Séleucie et Apamée sur les deux rives de l’Euphrate.
- 72 apr. J.-C. : Zeugma devient l’une des principales villes de la frontière orientale de l’Empire romain.
- IIe–IIIe siècles apr. J.-C. : La plupart des maisons romaines de Zeugma décorées de mosaïques datent de cette période.
- 253 apr. J.-C. : Le roi sassanide Chapour met Zeugma à sac.
- 1965 : L’université d’État de Bowling Green achète 12 fragments de mosaïque, identifiés plus tard comme provenant de Zeugma.
- 1998 : Rifat Ergeç et son équipe découvrent la mosaïque de la Gitane.
- 2000 : Les eaux du barrage de Birecik recouvrent environ 30 % de Zeugma et la totalité d’Apamée.
- 2005 : Kutalmış Görkay prend la direction des fouilles de Zeugma.
- 9 septembre 2011 : Le musée des mosaïques de Zeugma ouvre à Gaziantep.
- 13 avril 2012 : Le site archéologique de Zeugma est proposé pour inscription sur la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 2018 : Les 12 fragments sont restitués par les États-Unis.
- 3 juin 2022 : Des répliques des pièces restituées sont présentées à Bowling Green.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
- Une colonne cachait son visage. La Gitane n’est apparue que lorsque les ouvriers ont soulevé une colonne brisée posée sur un pavement en ruine d’environ 15 mètres carrés.
- L’eau montait d’environ 20 centimètres par jour. C’était le rythme de montée de la retenue pendant les opérations de sauvetage de 2000.
- Une grande équipe était prête en moins de deux semaines. Moins de 14 jours après le début du projet soutenu par le Packard Humanities Institute, 120 archéologues et 20 spécialistes de la conservation étaient prêts sur le site.
- Les fragments ont coûté environ 35 000 dollars. C’est la somme versée par l’université d’État de Bowling Green à Peter Marks pour 12 pièces en 1965.
- Des répliques ont pris leur place. La Turquie a fait réaliser 12 répliques dans le cadre de l’accord de restitution. Elles ont été présentées lors d’une cérémonie à Bowling Green le 3 juin 2022.
FAQ
Où se trouve Zeugma ?
Zeugma se trouve sur la rive de l’Euphrate, à Belkıs, dans le district de Nizip, province de Gaziantep. Le site est à environ 10 kilomètres du centre de Nizip.
Où voir la mosaïque de la Gitane aujourd’hui ?
Elle est exposée au musée des mosaïques de Zeugma, dans la ville de Gaziantep, au n° 81 du boulevard Sani Konukoğlu, quartier Hacıbaba. Le musée a ouvert le 9 septembre 2011.
Quelle partie de Zeugma a été engloutie ?
La retenue du barrage de Birecik a recouvert environ 30 % de Zeugma en 2000. Elle a aussi englouti la totalité d’Apamée, la cité située sur la rive opposée.
Qui est la Gitane ?
Personne ne le sait avec certitude. Les vrilles de vigne près de sa tête appuient l’hypothèse d’une ménade, une suivante de Dionysos. D’autres interprétations proposent Gaïa ou Alexandre le Grand. Son surnom vient de ses boucles d’oreilles, de ses grands yeux et du bandeau qui entoure sa tête.
Zeugma est-elle inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO ?
Pas encore. Le site archéologique de Zeugma a été proposé pour inscription sur la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO le 13 avril 2012.
Sources
- Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, Site archéologique de Zeugma whc.unesco.org
- Wikipédia en turc, Zeugma tr.wikipedia.org
- Wikipédia en anglais, Zeugma (Commagène) en.wikipedia.org
- Roberto Nardi et Kristian Schneider, Conservation du site pendant les fouilles de sauvetage zeugma.packhum.org
- Université Bilkent, Bilkent reprend les recherches et la conservation de la cité antique de Zeugma w3.bilkent.edu.tr
- TRT Haber / Agence Anadolu, L’histoire mystérieuse de la Gitane trthaber.com
- Administration du développement régional du GAP, Mosaïque de la Gitane (Gaïa) gap.gov.tr
- Ministère de la Culture et du Tourisme, Zeugma ktb.gov.tr
- Ministère de la Culture et du Tourisme DÖSİMM, Gaziantep dosim.ktb.gov.tr
- Université d’État de Bowling Green, BGSU va restituer des mosaïques antiques à la République de Turquie bgsu.edu
- Ministère de la Culture et du Tourisme, La famille de la Gitane présentée au public basin.ktb.gov.tr
- Université d’État de Bowling Green, De retour à BGSU : les éléments de mosaïque antique reviennent sous forme de répliques bgsu.edu
FAQ
Où se trouve Zeugma ?
Zeugma se trouve sur la rive de l’Euphrate, à Belkıs, dans le district de Nizip, province de Gaziantep. Le site est à environ 10 kilomètres du centre de Nizip.
Où voir la mosaïque de la Gitane aujourd’hui ?
Elle est exposée au musée des mosaïques de Zeugma, dans la ville de Gaziantep, au n° 81 du boulevard Sani Konukoğlu, quartier Hacıbaba. Le musée a ouvert le 9 septembre 2011.
Quelle partie de Zeugma a été engloutie ?
La retenue du barrage de Birecik a recouvert environ 30 % de Zeugma en 2000. Elle a aussi englouti la totalité d’Apamée, la cité située sur la rive opposée.
Qui est la Gitane ?
Personne ne le sait avec certitude. Les vrilles de vigne près de sa tête appuient l’hypothèse d’une ménade, une suivante de Dionysos. D’autres interprétations proposent Gaïa ou Alexandre le Grand. Son surnom vient de ses boucles d’oreilles, de ses grands yeux et du bandeau qui entoure sa tête.
Zeugma est-elle inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO ?
Pas encore. Le site archéologique de Zeugma a été proposé pour inscription sur la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO le 13 avril 2012.
Image: Antep 1250575b.jpg — Antep_1250575.jpg: Nevit Dilmen (talk)
derivative work: Duro, CC BY-SA 3.0






