Les lois hittites nous sont parvenues sur des tablettes cunéiformes découvertes à Hattusa. Leurs quelque 200 dispositions traitent aussi bien des rixes mortelles que du bétail en divagation. La réparation y occupe une place importante. Une personne blessée pouvait bénéficier de soins, d’un remplacement au travail et du paiement des honoraires d’un médecin.
Cela explique pourquoi les lois hittites sont parfois présentées comme plus humaines que le Code d’Hammurabi. Pourtant, le même recueil prescrivait des exécutions et des mutilations. Il évaluait aussi les blessures différemment selon que la victime était libre ou esclave. Si vous lisez les dispositions ensemble, vous verrez que la réparation côtoie de profondes inégalités.
Que sont les lois hittites ?
Selon Harry A. Hoffner, le recueil a été mis par écrit pour la première fois sous l’Ancien Royaume, vers 1650–1500 av. J.-C. Le projet CHiL date les plus anciennes copies conservées du XVIe siècle av. J.-C. Ces datations concernent deux choses différentes : la première mise par écrit du recueil et les copies matérielles qui subsistent.
Les copies en hittite ancien, moyen et récent montrent que les scribes ont reproduit ces lois pendant environ 500 ans. Les tablettes conservées ne nomment pas explicitement le souverain qui aurait promulgué le recueil ou autorisé ses modifications ultérieures. Attribuer l’ensemble du texte à un législateur précis donnerait donc une image trompeuse des témoignages conservés.
Si vous voyagez en Turquie, le lien géographique est direct. Hattusa, où les tablettes ont été découvertes, se trouve dans l’actuel district de Boğazkale, dans la province de Çorum. Les tablettes juridiques, pour la plupart fragmentaires, ont été mises au jour lors des fouilles de Boğazköy en 1906–1907. Le recueil s’inscrit ainsi dans les vestiges archéologiques de la capitale hittite.
Le Code hittite en résumé : plus humain que le Code d’Hammurabi ?
Les peines hittites sont souvent décrites comme moins sévères que celles du Code d’Hammurabi et des lois médio-assyriennes. La place de la réparation étaye cette appréciation. La loi 7, par exemple, imposait le versement de 20 sicles d’argent pour avoir crevé un œil ou cassé une dent à une personne libre. La loi 98 obligeait une personne libre ayant incendié une maison à la reconstruire.
Les modifications consignées dans le recueil permettent aussi de parler d’un assouplissement, avec des réserves. Les mots karū, « autrefois », et kinun=a, « mais maintenant », distinguent les anciennes règles de leurs versions révisées. Certaines peines pécuniaires ont été réduites. Certaines peines de mort ont été remplacées par une indemnisation.
Les limites sont tout aussi concrètes. Selon la loi 99, un esclave incendiaire pouvait avoir le nez et les oreilles coupés lorsque son maître versait une indemnisation. La loi 170 prescrivait la mort pour un esclave dans le cas précis d’une infraction impliquant la mise à mort d’un serpent. Ces dispositions empêchent de qualifier de « plus humaine » chacune des peines hittites.
Même l’affirmation courante selon laquelle le droit hittite ignorait la loi du talion est contestée. Dans une étude de 2015, Birgit Christiansen soutient que de nombreuses dispositions reposaient sur le principe du talion. Vous devez donc envisager la comparaison avec Hammurabi comme une appréciation nuancée des peines, plutôt que comme un verdict définitif sur l’ensemble du recueil.
Liste des lois hittites : quelles dispositions retenir ?
La numérotation traditionnelle divise le recueil en deux séries. Les lois 1–100 sont connues par leurs premiers mots : « Si une personne ». Les lois 101–200 portent le nom de « Si une vigne ». Chaque disposition présente généralement une situation introduite par « si », puis indique la peine ou la réparation correspondante.
Ces exemples montrent l’étendue du recueil :
- Loi 1 : Quiconque tuait un homme ou une femme au cours d’une rixe devait remettre le corps et fournir quatre personnes en compensation.
- Loi 2 : Tuer un homme ou une femme esclave au cours d’une rixe imposait de fournir deux personnes en compensation.
- Loi 7 : Crever un œil ou casser une dent à une personne libre imposait le versement de 20 sicles d’argent.
- Loi 8 : La même blessure infligée à une personne esclave imposait le versement de 10 sicles.
- Loi 10 : Le responsable d’une blessure devait prendre en charge les soins, le remplacement au travail pendant la convalescence et les honoraires du médecin.
- Loi 98 : Une personne libre qui mettait le feu à une maison devait la reconstruire.
Les lois 1 et 2 rendent la distinction de statut particulièrement nette. Toutes deux concernent une mort survenue lors d’une rixe. Pourtant, la compensation passe de quatre personnes à deux lorsque la victime est esclave. Les lois 7 et 8 reproduisent cette inégalité dans les versements d’argent prévus pour les mêmes types de blessures.
Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides de voyage
La loi 10 fait écho à une réalité quotidienne : une blessure peut entraîner des frais médicaux et empêcher de travailler. Elle obligeait la personne responsable à subvenir aux besoins de la victime, à fournir un travailleur jusqu’à sa guérison et à payer le médecin. Si vous avez déjà réfléchi aux coûts d’un accident, vous reconnaîtrez facilement ces différentes obligations.
La loi 9 consigne un changement concernant le bénéficiaire d’un versement pour blessure. Auparavant, sur les six sicles versés pour une blessure à la tête, trois revenaient au palais. La disposition indique que le roi a supprimé la part du palais. Ici, la révision portait sur la destination du versement autant que sur la blessure elle-même.
Les dispositions relatives au bétail établissaient des distinctions précises en matière de possession. Selon la loi 66, un animal entré dans un autre enclos pouvait être récupéré. Le propriétaire de l’enclos ne pouvait pas être appréhendé comme voleur au seul motif que l’animal y était entré. Selon la loi 86, en revanche, quelqu’un qui tuait un porc entré dans son champ commettait un vol s’il ne remettait pas l’animal à son propriétaire.
La loi 170 donne un exemple plus sévère de l’inégalité des peines. Elle concerne le fait de tuer un serpent en prononçant le nom d’une autre personne. Un auteur libre devait verser une mine d’argent. Un auteur esclave encourait la mort. Un même acte précisément défini entraînait donc des conséquences radicalement différentes selon le statut juridique.
Que dit la loi hittite 189 ?
La loi 189 définit les relations sexuelles d’un homme avec sa mère, sa fille ou son fils comme une union interdite. Elle fait partie des dispositions du recueil qui encadrent les relations sexuelles. Son contenu est distinct de l’arrangement matrimonial concernant une veuve décrit dans la loi 193.
Lire la loi 189 aux côtés des dispositions sur le mariage, les blessures, les terres et les salaires montre l’étendue du recueil. Ses quelque 200 dispositions réunissent les relations au sein du foyer et les litiges de propriété dans la même compilation que les homicides et les atteintes corporelles.
Que dit la loi hittite 193 ?
La loi 193 décrit un arrangement concernant la veuve d’un homme décédé. Le mariage se fait d’abord avec le frère du défunt, puis avec son père. La disposition présente cet arrangement comme non punissable.
La distinction entre les lois 189 et 193 compte. La loi 189 désigne certaines relations sexuelles comme interdites. La loi 193 décrit le mariage d’une veuve au sein de la famille de son mari défunt comme non punissable. La proximité de leurs numéros ne signifie pas qu’elles établissent la même règle sur les relations familiales.
Traduction des lois hittites : comment lire les dispositions ?
Commencez par le numéro de la disposition, puis repérez sa condition et sa conséquence. Dans la loi 7, par exemple, la condition porte sur une blessure à l’œil ou à une dent d’une personne libre. La conséquence est un versement d’argent d’un montant déterminé.
Prêtez une attention particulière au statut juridique et aux termes qui signalent une révision. Les lois 7 et 8 prévoient des versements différents pour des blessures équivalentes. Les expressions « autrefois » et « mais maintenant » distinguent les anciennes peines des plus récentes. Ces détails modifient la règle elle-même : ils ne servent pas simplement à la contextualiser.
L’université du Texas interprète le recueil comme une accumulation de règles civiles et pénales appliquées dans la société. Cette lecture diffère de celle qui en ferait un document entièrement conçu par une autorité centrale unique. La longue histoire de ses copies et les révisions qu’il consigne invitent à garder cette distinction d’interprétation à l’esprit.
Quel livre sur les lois hittites lire ? L’édition de Hoffner
L’ouvrage de Harry A. Hoffner, The Laws of the Hittites: A Critical Edition, a été publié chez Brill en 1997. L’Ancient World Digital Library de l’université de New York en propose un PDF téléchargeable. Si vous cherchez un livre consacré au recueil, c’est un point de départ concret.
Hoffner distingue aussi une révision en hittite récent appelée « Late Parallel Version », qui comprend 41 sections. Cette révision aide à comprendre pourquoi le décompte traditionnel d’environ 200 lois ne rend pas compte de toutes les organisations du texte. Le recueil nous est parvenu à travers des copies et des révisions, plutôt que sous la forme d’une tablette unique et immuable.
Chronologie
- Vers 1650–1500 av. J.-C. : Première mise par écrit des lois sous l’Ancien Royaume, selon la datation de Hoffner.
- XVIe siècle av. J.-C. : Rédaction des plus anciennes copies conservées, selon CHiL.
- 1906–1907 : Les fouilles de Boğazköy mettent au jour les tablettes juridiques.
- 1997 : Publication de l’ouvrage de Hoffner, The Laws of the Hittites: A Critical Edition.
FAQ
Combien y a-t-il de lois hittites ?
La numérotation traditionnelle compte environ 200 dispositions. Elles forment deux séries, numérotées 1–100 et 101–200, nommées d’après leurs premiers mots.
Les lois hittites ont-elles aboli la peine de mort ?
Non. Certaines révisions ont remplacé des peines de mort par une indemnisation, mais l’exécution restait présente dans le recueil. La loi 170 en donne un exemple concernant un auteur esclave.
Où les tablettes des lois hittites ont-elles été découvertes ?
Elles ont été découvertes pendant les fouilles de 1906–1907 à Boğazköy, sur le site de Hattusa. La capitale hittite se trouve dans l’actuel district de Boğazkale, dans la province de Çorum.
Pourquoi la réparation occupe-t-elle une place si importante dans ce recueil ?
Plusieurs dispositions imposent un versement ou une remise en état après un dommage. La loi 10 couvre les soins, le remplacement au travail et les honoraires d’un médecin. La loi 98 oblige un incendiaire libre à reconstruire la maison brûlée.
Sources
- CHiL — Le corpus des lois hittites hatti.adwudlit.uni-mainz.de
- Harry A. Hoffner — Lois hittites, recueils de lois de Mésopotamie et d’Asie Mineure e-edu.nbu.bg
- Université du Texas à Austin — Le Code de lois (hittite ancien) lrc.la.utexas.edu
- UNESCO — Hattusa : la capitale hittite whc.unesco.org
- LMU Munich — La sanction et ses principes dans le droit hittite en.ag.geschichte.uni-muenchen.de
- Université de New York, Bibliothèque numérique du monde antique — Les lois des Hittites : une édition critique sites.dlib.nyu.edu
FAQ
Que sont les lois hittites ?
C’est un recueil d’environ 200 dispositions juridiques conservées sur des tablettes cunéiformes découvertes à Hattusa. Elles portent notamment sur les homicides, les blessures, le mariage, les terres, le vol, les incendies volontaires, les salaires et les relations sexuelles.
Les lois hittites étaient-elles plus humaines que le Code d’Hammurabi ?
La place accordée à la réparation et les réductions de certaines peines consignées dans le texte permettent cette comparaison, avec des réserves. Le recueil prévoit aussi des exécutions, des mutilations et des peines différentes selon le statut juridique.
Que dit la loi hittite 193 ?
Elle décrit le mariage d’une veuve avec le frère de son mari défunt, puis avec le père de celui-ci, comme un arrangement qui n’était pas punissable.
Où lire une traduction des lois hittites ?
Vous pouvez consulter des traductions anglaises auprès de l’université du Texas à Austin et de l’université Fordham. L’ouvrage de Harry A. Hoffner, The Laws of the Hittites: A Critical Edition, est accessible au format numérique auprès de l’université de New York.
Image: Hittite Cuneiform Tablet- Legal Deposition(?).jpg — Mx. Granger, CC0






