Thucydide (Thukididis en turc) était un historien et stratège athénien, né vers 460 av. J.-C. Il a raconté la guerre du Péloponnèse, qui opposait Athènes et les cités qui lui étaient associées à l’alliance menée par Sparte. Il a contribué à transformer l’écriture de l’histoire. Il soumet les témoignages à un examen critique, explique comment il reconstitue les discours et cherche les raisons des conflits dans la puissance, la peur et les décisions politiques.
Ses affirmations les plus fortes sur les preuves côtoient un constat difficile : les témoins d’un même événement pouvaient se contredire, sous l’effet de la mémoire et de leurs fidélités. Si vous suivez cette tension dans son récit, la peste d’Athènes et le dialogue des Méliens dépassent le statut d’épisodes célèbres. Ils montrent à la fois la portée de sa méthode et les limites de son point de vue.
Qui était Thucydide et pourquoi a-t-il raconté cette guerre ?
Thucydide était originaire d’Halimous, un dème athénien situé aux alentours de l’actuelle Alimos. Il était à la fois historien et chef militaire. Ces deux fonctions le plaçaient au cœur du conflit qu’il étudiait, au contact de ses décisions et de leurs conséquences.
La guerre du Péloponnèse a duré de 431 à 404 av. J.-C. Elle opposait Athènes et les cités qui lui étaient associées à une alliance menée par Sparte. Thucydide affirme avoir commencé son enquête dès le début des combats. Il pensait que ce conflit dépasserait les guerres précédentes par son ampleur.
Son objectif déclaré allait au-delà du plaisir d’un public immédiat. En I.22, il présente son œuvre comme un acquis durable pour ceux qui cherchent à comprendre les événements passés et les situations semblables à venir. Cette ambition éclaire son attention aux décisions, aux explications et aux pressions qui se répètent.
En I.23, il distingue les différends invoqués publiquement par les adversaires de ce qu’il considère comme la cause profonde du conflit. Il désigne la montée de la puissance athénienne et la peur qu’elle suscitait à Sparte. Son analyse vous invite donc à distinguer les raisons affichées des pressions qui orientent les actes.
À quels événements de la guerre du Péloponnèse Thucydide a-t-il assisté ?
La peste d’Athènes offre un témoignage particulièrement direct de son expérience personnelle. En II.48, Thucydide déclare avoir lui-même contracté la maladie et observé d’autres malades. L’épidémie a commencé en 430 av. J.-C. Son récit associe l’expérience d’un patient à l’observation de son entourage.
Son service militaire constitue un autre lien solidement établi avec les événements. En 424 av. J.-C., il exerçait les fonctions de stratège dans les environs de Thasos lorsque Brasidas s’empara d’Amphipolis. Thucydide apporta des secours, sans pouvoir empêcher la reddition de la cité. Son intervention avait donc un rôle concret et des conséquences : il ne se contentait pas d’observer.
En V.26, il rapporte avoir connu vingt ans d’exil après son commandement à Amphipolis. Il affirme aussi avoir vécu l’ensemble des vingt-sept années de guerre. Mais vivre pendant toute la durée du conflit ne signifiait pas assister à chaque campagne ni entendre chaque échange rapporté dans son récit.
Dans son introduction au Cambridge Companion, Polly Low souligne qu’il n’a pas personnellement assisté à tous les événements qu’il décrit, ni même à la plupart. Vous devez donc distinguer ses expériences directes des épisodes reconstitués à partir des témoignages d’autrui. Son récit repose sur les unes comme sur les autres.
Comment utilisait-il les discours et les témoignages directs ?
En I.22, Thucydide explique qu’il n’acceptait pas le premier récit venu. Il examinait aussi soigneusement que possible ses propres observations et les témoignages d’autrui. Sa méthode fait de la vérification des preuves une responsabilité explicitement assumée par l’historien.
Il explique aussi pourquoi cette vérification était difficile. Des personnes présentes lors d’un même événement en donnaient des versions contradictoires. Leur mémoire pouvait les trahir et leurs fidélités influencer ce qu’elles rapportaient. Un témoin direct avait accès à l’événement, mais cette présence ne garantissait pas l’exactitude de son récit.
Le parallèle avec la vie courante est familier : lorsque vous entendez plusieurs versions contradictoires d’une même dispute, la mémoire et les fidélités peuvent façonner chacune d’elles. Thucydide relève les mêmes difficultés dans les témoignages sur la guerre. Il y répond en confrontant les récits, sans supposer que la présence sur les lieux suffise à régler toutes les questions.
Les discours exigeaient une autre forme de reconstitution. Thucydide admet qu’il était difficile de se rappeler les mots exacts, aussi bien pour lui que pour ceux qui le renseignaient. Il explique avoir formulé des propos adaptés aux circonstances, tout en restant au plus près du sens général de ce qui avait réellement été dit.
Cette explication compte pour lire l’oraison funèbre de Périclès. Prononcé à la fin de 431 av. J.-C. en l’honneur des morts de la guerre, le discours présenté dans son récit célèbre la culture athénienne, la démocratie et le sacrifice pour la cité. Cette présentation donne aux idéaux politiques une place importante dans l’histoire des combats.
La fidélité de ce texte au discours réellement prononcé par Périclès reste débattue. L’analyse de l’université de Bristol présente des interprétations allant d’une restitution fidèle à la paraphrase, jusqu’à une place plus grande accordée à l’invention. Il faut donc lire ce discours en gardant à l’esprit l’avertissement de Thucydide sur la difficulté de retrouver les paroles prononcées.
Comment a-t-il organisé le récit de la guerre et transformé l’écriture de l’histoire ?
Thucydide précise en V.26 qu’il a ordonné les événements par étés et par hivers. Il considère aussi les combats qui suivent la paix de Nicias comme une partie de la même guerre de vingt-sept ans. Sa chronologie défend ainsi une interprétation de la continuité du conflit, tout en établissant la succession des événements.
Son apport méthodologique réunit plusieurs pratiques. Il explique les difficultés liées aux preuves, distingue les différends publics des causes profondes et expose sa manière de reconstituer les discours. Ces choix permettent aux lecteurs d’examiner la construction du récit historique en même temps que les événements racontés.
Le qualifier de parfaitement objectif, ou simplement de premier historien moderne, va au-delà de ces pratiques. Les recherches de l’université de Bristol confrontent ces interprétations influentes à des lectures qui insistent sur la rhétorique, les fidélités politiques et le contexte historique. La rigueur de sa méthode reste importante sans qu’il faille supposer qu’il s’est entièrement affranchi de son propre point de vue.
Chronologie
- Vers 460 av. J.-C. : naissance de Thucydide à Halimous, un dème athénien.
- 431 av. J.-C. : début de la guerre du Péloponnèse ; Thucydide affirme avoir commencé son enquête.
- Fin 431 av. J.-C. : Périclès prononce l’oraison funèbre en l’honneur des morts de la première année de guerre.
- 430 av. J.-C. : début de la peste d’Athènes.
- 424 av. J.-C. : Thucydide apporte des secours à Amphipolis, sans parvenir à empêcher sa reddition.
- Après 424 av. J.-C. : début de la période de vingt ans d’exil qu’il rapporte.
- 416 av. J.-C. : l’expédition athénienne contre Mélos fournit le cadre du dialogue des Méliens.
- 411 av. J.-C. : les événements couverts par le récit conservé s’arrêtent ici.
- 404 av. J.-C. : la guerre se termine par la défaite d’Athènes ; Thucydide affirme avoir vécu jusqu’à son terme.
Que révèlent la peste d’Athènes et le dialogue des Méliens, et quelles sont les limites du récit ?
En II.48, Thucydide laisse à d’autres les spéculations sur les origines de la peste. Il consigne plutôt ses symptômes pour permettre de la reconnaître si elle revient. Son objectif déclaré relie l’observation attentive à une utilité future. Il rejoint ainsi la finalité générale qu’il attribue à son histoire.
L’épidémie révèle aussi l’effondrement des pratiques sociales. En II.52–53, les usages funéraires s’effondrent et des habitants brûlent leurs morts sur des bûchers préparés par d’autres. La peur des sanctions légales s’affaiblit lorsque les gens s’attendent à mourir avant qu’une peine puisse les atteindre. La maladie entre ainsi dans l’histoire de l’ordre social.
Le dialogue des Méliens examine les pressions exercées dans une confrontation autour de la soumission. Situé pendant l’expédition de 416 av. J.-C., le passage V.84–116 oppose les exigences d’Athènes aux appels des Méliens à l’indépendance, à la justice et à l’aide attendue de Sparte. L’échange donne directement à voir des arguments concurrents sur la puissance.
L’affirmation de V.89 selon laquelle la justice s’exerce entre des parties de force égale est celle des envoyés athéniens. Cette attribution est essentielle. Prendre l’argument d’un intervenant pour une leçon personnelle de Thucydide effacerait la distinction entre l’historien et les voix qu’il fait entendre.
Le récit rapporte ensuite ce qui suivit la reddition de Mélos. Les hommes adultes capturés furent tués. Les femmes et les enfants furent réduits en esclavage. Cinq cents colons athéniens furent envoyés sur l’île. Ces conséquences donnent aux arguments précédents une traduction humaine concrète.
Oxford Bibliographies présente la désastreuse expédition de Sicile, dans les livres VI–VII, comme l’un des grands récits politiques de l’œuvre. Elle la rapproche de l’Athènes idéalisée de Périclès et de la violence impériale exercée à Mélos. Lus ensemble, ces épisodes réunissent l’éloge de la cité, la contrainte et la catastrophe dans un même récit de la puissance athénienne.
Les limites de l’œuvre sont considérables. Le récit conservé s’arrête en 411 av. J.-C. et laisse les sept dernières années sans description. Low souligne aussi qu’il s’agit du point de vue d’un homme appartenant à l’élite athénienne, qui accorde peu de place aux femmes. L’œuvre reste le seul récit contemporain continu de cette guerre qui nous soit parvenu. Ses limites ont donc un poids particulier.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
L’exil fut aussi une occasion d’enquêter. En V.26, Thucydide affirme qu’il lui a permis d’examiner de près les deux camps, surtout les Péloponnésiens. Son exclusion d’Athènes a donc façonné les possibilités d’accès dont il disposait pour étudier le conflit.
En II.51, il rapporte que les survivants de la peste soignaient les malades avec davantage d’assurance. Il note aussi qu’on n’avait pas observé de seconde atteinte mortelle. Il s’agit d’une observation intégrée à son récit de l’épidémie, fondée sur les comportements et les expériences qu’il décrit.
La mémoire revient en II.54. On débattait pour savoir si une ancienne prophétie évoquait la famine ou la peste. Thucydide remarque que les gens ajustaient leurs souvenirs au désastre qu’ils vivaient. Cet épisode illustre concrètement l’instabilité de la mémoire évoquée dans sa méthode.
Les négociations de Mélos se déroulèrent devant des magistrats et un groupe restreint, et non devant une assemblée publique. En V.84–85, les envoyés athéniens proposent de procéder par objections et réponses plutôt que par de longs discours. Le cadre et la forme du dialogue participent donc à sa signification politique.
FAQ
Qui était Thucydide ?
C’était un historien et stratège athénien, né vers 460 av. J.-C. à Halimous. Son histoire étudie la guerre du Péloponnèse à partir d’observations personnelles et de témoignages examinés de manière critique.
A-t-il été témoin de toute la guerre ?
Il affirme avoir vécu tout le conflit, mais il n’a pas personnellement assisté à tous les événements qu’il décrit, ni même à la plupart. Ses expériences directes comprennent la peste et son service militaire dans les environs d’Amphipolis.
Ses discours sont-ils des citations exactes ?
Il reconnaît la difficulté de se souvenir des mots exacts. Il a reconstitué les discours en cherchant à préserver leur sens général et leur rapport aux circonstances.
Son récit va-t-il jusqu’à la défaite d’Athènes ?
Le récit conservé s’arrête en 411 av. J.-C. Il ne décrit pas les sept dernières années qui précèdent la défaite d’Athènes en 404 av. J.-C.
Sources
- Vikipedi — Thukididis tr.wikipedia.org
- Oxford Bibliographies — Jeffrey S. Rusten, Thucydides academic.oup.com
- Wikipedia — Thucydides en.wikipedia.org
- MIT Internet Classics Archive — Thucydides, livre II classics.mit.edu
- Université Tufts, Perseus — Thucydides, V.26 beta.perseus.tufts.edu
- Cambridge University Press — Polly Low, Introduction assets.cambridge.org
- Université Tufts, Perseus — Thucydides, I.22 beta.perseus.tufts.edu
- Université Tufts, Perseus — Thucydides, I.23 beta.perseus.tufts.edu
- Université de Bristol — II.43 : contexte et signification bristol.ac.uk
- MIT Internet Classics Archive — Thucydides, livre V classics.mit.edu
- Université de Bristol — Thucydides : réception, réinterprétation et influence bristol.ac.uk
FAQ
Qui était Thucydide ?
Thucydide était un historien et stratège athénien, né vers 460 av. J.-C. à Halimous. Il a écrit un récit de la guerre du Péloponnèse à partir de ses propres observations et de témoignages soumis à un examen critique.
Thucydide a-t-il été témoin de toute la guerre du Péloponnèse ?
Il affirme avoir vécu toute la guerre, mais il n’a pas personnellement assisté à tous les événements qu’il décrit, ni même à la plupart. Il a connu la peste d’Athènes et exercé un commandement pendant la campagne d’Amphipolis.
Les discours de Thucydide sont-ils des citations exactes ?
Thucydide reconnaît qu’il était difficile de se souvenir des mots exacts. Il a reconstitué les discours en fonction des circonstances, tout en cherchant à préserver le sens général des propos réellement tenus.
Son histoire raconte-t-elle la fin de la guerre ?
Non. Le récit conservé s’arrête en 411 av. J.-C., sept ans avant la fin de la guerre et la défaite d’Athènes en 404 av. J.-C.
Image: Thucydides Venizelos Modern Greek translation Oxford c1937.jpg — Thucydides, transl. to Modern Greek by Eleftherios Venizelos, Public domain






