Rome et Rome d’Orient (Byzance) · MÖ 753 – 1453

Caracalla : pourquoi étendre la citoyenneté romaine ?

Caracalla est un empereur romain dont l’édit sur la citoyenneté a accordé un statut juridique commun à presque tous les habitants libres de l’Empire. Ses motivations restent débattues : reconnaissance envers les dieux, fiscalité et intégration politique offrent des explications différentes.

10 min de lecture10 sourcesPublié le: 7 novembre 2026Dernière vérification: 8 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Caracalla : pourquoi étendre la citoyenneté romaine ?
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Caracalla (Caracalla en turc) est un empereur romain de la dynastie des Sévères. Par la Constitutio Antoniniana, généralement datée de 212, il accorde la citoyenneté à presque tous les habitants libres de l’Empire. Son édit remercie les dieux immortels. D’autres explications relient cette décision à la fiscalité et au renforcement de son pouvoir après l’assassinat de son frère Géta. Aucune de ces motivations ne doit être présentée comme une explication définitivement établie.

Cette extension de la citoyenneté suit un meurtre au sein de la famille impériale. Ses effets touchent pourtant des millions de personnes en Europe, en Afrique et en Asie. En suivant le parcours de Caracalla, de son règne partagé avec Géta à sa mort entre les actuelles Şanlıurfa et Harran, vous comprendrez mieux les liens entre citoyenneté, soutien de l’armée et pouvoir impérial. Le papyrus conservé permet aussi de distinguer l’objectif déclaré par l’empereur des intentions qui lui sont prêtées.

Qui était Caracalla avant l’édit sur la citoyenneté ?

Caracalla naît sous le nom de Lucius Septimius Bassianus à Lugdunum, l’actuelle Lyon, en Gaule. Il est le fils aîné de Septime Sévère et de Julia Domna. Sa naissance se situe entre 186 et 188 : les sources divergent sur l’année. Il devient coempereur aux côtés de son père en 198.

À la mort de Septime Sévère à York, en 211, ses fils continuent de gouverner ensemble. Leur règne commun prend fin en décembre de la même année. Géta est alors assassiné et Caracalla devient seul souverain.

Comment Caracalla met-il fin à son règne partagé avec Géta ?

En décembre 211, Julia Domna organise une rencontre pour réconcilier ses fils. Des gardes fidèles à Caracalla tuent Géta pendant cette entrevue. Ce meurtre laisse Caracalla seul au pouvoir. La campagne visant à effacer la place de son frère se poursuit cependant.

Les partisans de Géta subissent une purge. Son nom et son image sont également visés par la pratique appelée damnatio memoriae. Son nom est effacé des inscriptions et des papyrus, et ses représentations sont attaquées. Cette répression touche donc à la fois les personnes liées à Géta et les documents susceptibles de préserver sa mémoire.

Caracalla affirme que Géta a comploté contre lui. Cette affirmation doit être attribuée à son auteur. L’université de Giessen la présente comme un récit partisan de la rivalité meurtrière entre les deux frères, et non comme une explication établie de manière indépendante. La distinction compte : l’extension de la citoyenneté intervient après cette lutte pour le pouvoir exclusif.

Qui bénéficie de la Constitutio Antoniniana de 212 ?

La Constitutio Antoniniana étend la citoyenneté romaine à presque tous les habitants libres de l’Empire. Les femmes libres en bénéficient aussi. La mesure n’affranchit pas les personnes réduites en esclavage. Sa très large portée comporte donc une limite claire : elle étend la citoyenneté au sein de la population libre.

Selon l’interprétation habituelle, un groupe appelé les dediticii en est exclu. Leur identité précise reste incertaine. Vous devez donc lire avec attention la formule « presque tous les habitants libres ». Elle exprime l’ampleur de la mesure sans laisser croire que cette exception débattue est entièrement comprise.

Avant 212, les concessions de citoyenneté concernent souvent des groupes choisis, notamment les élites provinciales et les vétérans. Caracalla change l’échelle de cette pratique. Des millions de personnes en Europe, en Afrique et en Asie obtiennent un statut civique commun. Les traditions juridiques locales peuvent toutefois se maintenir.

L’édit est généralement daté de 212. Le papyrus, fragmentaire, ne permet pas d’établir le jour exact de sa publication. Une amnistie figurant sur la même feuille porte la date du 11 juillet 212. Cette date ne peut cependant pas être automatiquement attribuée à l’octroi de la citoyenneté.

Quels liens entre l’édit, les impôts, le droit et l’intégration sociale ?

Le texte conservé donne une explication religieuse. Caracalla présente l’octroi de la citoyenneté comme un remerciement aux dieux immortels pour l’avoir délivré d’un grand danger. Il évoque aussi l’entrée des nouveaux citoyens dans cette communauté religieuse. Telle est la justification que l’empereur donne publiquement à sa décision.

Une interprétation politique relie cette mesure à la mort de Géta. L’université de Giessen explique que la création de nouveaux citoyens a pu contribuer à les attacher à Caracalla et à consolider son autorité. Cela reste une interprétation de l’objectif poursuivi. Elle replace la mesure dans la lutte qui a fait de lui le seul souverain.

Dion Cassius propose une autre explication. Il attribue principalement cette extension à la volonté d’augmenter le nombre de personnes soumises aux taxes sur les successions et sur les affranchissements d’esclaves. Caracalla fait passer la taxe sur les successions de 5 pour cent à 10 pour cent et supprime certaines exonérations. La citoyenneté peut donc entraîner des obligations financières en plus de ses conséquences juridiques.

L’explication fiscale rencontre toutefois une objection. Le commentaire publié par l’université Grenoble Alpes souligne la quasi-disparition de la capitation dans les documents égyptiens après l’édit. Selon cette analyse, les recettes supplémentaires des taxes sur les successions et les affranchissements avaient peu de chances de compenser cette perte. L’explication de Dion doit donc rester une affirmation antique, sans devenir la réponse définitive.

Pour comprendre les effets sur la vie quotidienne, pensez aux contrats, au mariage et aux successions. La citoyenneté romaine modifie les conditions dans lesquelles les nouveaux citoyens peuvent accomplir ces actes selon le droit romain. Si vous souhaitez relier l’édit aux décisions ordinaires, partez de ces exemples concrets : les accords, l’organisation familiale et la transmission des biens.

Ce statut civique commun a aussi un effet d’intégration sur la population libre de l’Empire. Les traditions juridiques locales se maintiennent pourtant. La mesure fait entrer des millions de personnes dans une même catégorie de citoyens sans imposer la disparition de toutes les coutumes juridiques existantes. Son ampleur et ses limites doivent être expliquées ensemble.

Quel rôle jouent les campagnes militaires et la politique envers l’armée ?

Caracalla renforce la fidélité de l’armée par des hausses de solde et des dons d’argent. Ces versements pèsent sur les finances de l’État. Le soutien militaire et la fiscalité doivent donc être examinés ensemble pour évaluer son gouvernement. Les dépenses militaires ne suffisent cependant pas, à elles seules, à expliquer pourquoi il promulgue l’édit sur la citoyenneté.

Pendant sa campagne sur la frontière germanique de 213–214, Caracalla recourt aux accords diplomatiques comme à l’action militaire. Les fortifications frontalières de Rhétie et de Germanie supérieure sont renforcées. Son activité sur cette frontière associe donc opérations militaires et arrangements négociés.

En 216, il lance une campagne orientale contre les Parthes. Sa mort, en 217, l’empêche de la mener à terme. Le 8 avril 217, il est tué sur la route entre Édesse et Carrhes, aujourd’hui Şanlıurfa et Harran. Macrin devient ensuite empereur.

Si vous voyagez en Turquie, Şanlıurfa et Harran vous offrent un lien géographique direct avec la dernière campagne de Caracalla. La route entre ces deux lieux fait partie du récit de son assassinat. Son règne s’y achève après des années durant lesquelles la fidélité de l’armée a soutenu son pouvoir.

Comment lire les récits antiques hostiles avec un regard critique ?

Dion Cassius est un sénateur contemporain de Caracalla. Il critique la proximité de l’empereur avec les soldats plutôt qu’avec les sénateurs. Sa position politique compte dans la lecture de son récit, surtout lorsqu’il attribue des motivations aux actes de l’empereur.

Clare Rowan distingue le récit des événements de Dion et les intentions qu’il prête à Caracalla. Elle accepte dans l’ensemble l’enchaînement des événements qu’il rapporte, tout en mettant en question ses explications des motivations. Cette distinction est particulièrement utile pour évaluer l’affirmation selon laquelle la citoyenneté aurait été étendue dans le seul but d’augmenter les recettes fiscales.

Le langage religieux de l’édit, l’explication fiscale de Dion et l’interprétation par l’intégration politique relèvent de types différents de preuves et d’arguments. Le texte conservé établit ce que Caracalla déclare publiquement. Dion fournit une explication critique contemporaine. L’interprétation politique relie la mesure aux circonstances qui suivent l’assassinat de Géta.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

« Caracalla » est un surnom tiré d’un manteau à capuche que porte l’empereur. Son nom de naissance est Lucius Septimius Bassianus. Le nom familier associé à son édit sur la citoyenneté vient donc d’un vêtement.

Après 212, de nombreux nouveaux citoyens adoptent le nom Aurelius. L’extension de la citoyenneté laisse ainsi une trace dans les noms de personnes et les inscriptions. Il est donc possible de suivre ce changement juridique à travers d’autres témoignages que le texte de l’édit lui-même.

Les portraits officiels de Caracalla le montrent avec les cheveux courts, une barbe courte et le front plissé. Ils donnent l’image d’un chef militaire énergique. Le Metropolitan Museum of Art explique que, sur la tête en marbre de sa collection, les cheveux et la barbe sont réalisés par de petites entailles au ciseau dans la surface de la pierre.

La seule copie sur papyrus conservée qui transmette les mots de l’édit appartient à la collection de Giessen. Elle entre au registre Mémoire du monde de l’UNESCO en 2017. Son état fragmentaire est au cœur de l’incertitude sur la date précise de publication de l’édit.

Chronologie

  • 186–188 : Caracalla naît à Lugdunum ; les sources divergent sur l’année.
  • 198 : Il devient coempereur aux côtés de Septime Sévère.
  • 211 : Septime Sévère meurt à York.
  • Décembre 211 : Géta est assassiné, laissant Caracalla seul souverain.
  • 212 : La Constitutio Antoniniana, généralement datée de cette année, étend la citoyenneté à presque tous les habitants libres.
  • 213–214 : Caracalla mène des campagnes militaires et des actions diplomatiques sur la frontière germanique.
  • 216 : Il commence sa campagne contre les Parthes.
  • 8 avril 217 : Il est tué entre Édesse et Carrhes.
  • 2017 : Le papyrus de Giessen entre au registre Mémoire du monde de l’UNESCO.

FAQ

La citoyenneté accordée par Caracalla était-elle universelle ?

Elle concerne presque tous les habitants libres, y compris les femmes. Elle n’affranchit pas les personnes réduites en esclavage. L’exception généralement admise concernant les dediticii reste difficile à définir précisément.

Caracalla a-t-il étendu la citoyenneté uniquement pour percevoir des impôts ?

Dion Cassius attribue cette décision à la fiscalité. L’édit lui-même met en avant la reconnaissance envers les dieux. Une interprétation politique la relie à la consolidation du pouvoir de Caracalla. L’explication fiscale rencontre aussi une objection fondée sur les documents fiscaux égyptiens.

Le droit local a-t-il disparu après l’édit ?

Non. La mesure accorde un statut commun de citoyen tout en permettant le maintien des traditions juridiques locales. La citoyenneté a néanmoins des conséquences sur les contrats, le mariage et les successions selon le droit romain.

Où Caracalla est-il mort ?

Il est tué le 8 avril 217 sur la route entre Édesse et Carrhes, les actuelles Şanlıurfa et Harran. Sa mort interrompt sa campagne orientale et Macrin lui succède.

Sources

  1. Vikipedi — Caracalla tr.wikipedia.org
  2. Wikipedia — Caracalla en.wikipedia.org
  3. CNRS — Entretien avec François Chausson sur Caracalla news.cnrs.fr
  4. Université de Giessen — Caracalla et ses motivations constitutio.de
  5. Université de Giessen — Le texte constitutio.de
  6. UNESCO — Constitutio Antoniniana unesco.org
  7. Commission allemande pour l’UNESCO — Constitutio Antoniniana unesco.de
  8. Université de Giessen — Le droit constitutio.de
  9. Université Grenoble Alpes — Édits de Caracalla droitromain.univ-grenoble-alpes.fr
  10. Metropolitan Museum of Art — L’art romain : une ressource pour les enseignants, pages 67–68 resources.metmuseum.org

FAQ

Qui était Caracalla ?

Caracalla était un empereur romain de la dynastie des Sévères et le fils aîné de Septime Sévère et de Julia Domna. Il devient seul souverain après l’assassinat de son frère Géta en décembre 211.

Image: Caracalla MAN Napoli Inv6033 n01.jpg — Wikimedia Commons, CC BY 2.5

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