Histoire turque ancienne · MÖ 220 – 1040

Épopée d’Oghuz Khan : raconte-t-elle Modu Chanyu ?

L’Épopée d’Oghuz Khan est une épopée turcique anonyme qui raconte la naissance miraculeuse d’un héros, ses conquêtes et le partage de son territoire entre ses fils. Certains chercheurs l’identifient à Modu Chanyu (Mete Han), mais cette identification reste une théorie, tandis que d’autres interprétations rattachent l’épopée aux Sakas et aux Scythes.

Ce sujet divise les historiens : l’article distingue les faits établis des interprétations et cite ses sources. Notre politique en matière de sources →

9 min de lecture9 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Épopée d’Oghuz Khan : raconte-t-elle Modu Chanyu ?
Oghuz's departure from the dark land, 1314-15 Tabriz, Ilkhanate, folio 378b. Jami al-Tawarikh, TSMK, H.1653.jpg

Qui était Oghuz ? Un héros, pas un souverain historiquement attesté

Oghuz Khan est l’ancêtre légendaire dont les Turcs oghouzes tirent leur nom. Wikipédia en anglais le décrit précisément ainsi. Son histoire nous est parvenue dans l’Épopée d’Oghuz Khan, que les chercheurs classent dans le groupe hunno-oghouze des épopées turciques.

L’épopée raconte sa vie. Ce n’est pas une chronique de cour. Cette distinction compte pour tout ce qui suit.

Si vous vous demandez « qui était Oghuz ? », une réponse rigoureuse comporte donc deux volets. Dans l’épopée, c’est un conquérant, un père et un fondateur. Pour les historiens, c’est une figure dont l’identité fait encore débat.

L’Épopée d’Oghuz Khan : que raconte le récit ?

L’épopée est anonyme. Elle mêle une naissance miraculeuse, des conquêtes, l’attribution de noms aux tribus et le partage d’un territoire entre des fils.

Dans la version en écriture ouïghoure, la mère d’Oghuz s’appelle Ay Kağan. Le récit dit qu’il grandit, marche et joue quarante jours après sa naissance. Très tôt, il montre son courage en tuant avec sa lance une créature appelée le kıyant. Celle-ci s’attaquait aux humains comme aux animaux.

Il rencontre ensuite ses deux épouses. L’une apparaît dans un rayon de lumière qui descend du ciel. L’autre est assise dans le creux d’un arbre, au milieu d’un lac.

Imaginez une légende familiale racontée à table un jour de fête. Chaque récit en conserve le cœur et en modifie les détails. L’épopée fonctionne de la même manière.

Le père d’Oghuz Khan et son arbre généalogique

Dans la version islamique du récit, son père est Kara Han. Celui-ci reste fidèle à l’ancienne religion. Oghuz croit en un autre Dieu. Cette croyance est à l’origine du conflit entre le père et le fils.

L’arbre généalogique se développe surtout du côté des descendants. Oghuz a six fils :

  • Gün (Soleil)
  • Ay (Lune)
  • Yıldız (Étoile)
  • Gök (Ciel)
  • Dağ (Montagne)
  • Deniz (Mer)

Tous ces noms désignent des forces de la nature. Ils s’accordent avec un récit où un souverain organise le monde qui l’entoure.

La religion d’Oghuz Khan

Il n’existe pas de réponse unique. La religion change selon la version que vous lisez.

Le texte en écriture ouïghoure montre Oghuz priant Tengri. La tradition islamique met au premier plan sa foi en Allah. Les deux versions reprennent la même figure, en l’adaptant aux lecteurs auxquels elles s’adressaient.

Si vous lisez un résumé moderne qui lui attribue une religion sans nuance, vérifiez sur quel manuscrit il s’appuie.

L’empire et les conquêtes d’Oghuz Khan

L’épopée ne décrit pas un empire au sens moderne. Elle dessine une carte de campagnes militaires.

Dans l’épopée en écriture ouïghoure, un loup gris mâle, à la crinière et au pelage bleu ciel, le guide dans ses conquêtes. Les lieux cités comprennent Urum, Çürçet, l’Inde, Tangut et la Syrie. Ce sont des lieux de conquête dans le récit. Ils ne constituent pas une liste vérifiée des territoires détenus par un seul souverain historique.

Oghuz y est présenté comme le souverain des Ouïghours. Il donne des noms aux begs qui l’ont servi : Kıpçak, Kanglı, Karluk et Kalaç.

L’Oğuznâme en persan suit une autre voie. À la place du loup qui sert de guide, ce sont l’expérience et le savoir de Poştı Koca qui permettent de surmonter les difficultés des campagnes.

Le rêve, l’arc d’or et le partage du territoire

C’est dans son dénouement que l’épopée explique le monde oghouz.

Uluğ Türük rêve d’un arc d’or et de trois flèches d’argent. Après ce rêve, Oghuz envoie ses fils aînés vers l’est et ses fils cadets vers l’ouest.

Au banquet final, les aînés s’installent à droite et forment les Bozoks. Les cadets s’installent à gauche et forment les Üçoks. Oghuz lègue son territoire à ses fils.

Dans l’histoire aux accents épiques de Rachid al-Din, le peuple oghouz comprend 24 tribus réparties en deux branches, Bozok et Üçok. La structure de l’épopée et celle du peuple se répondent.

Oghuz Khan est-il une représentation légendaire de Modu Chanyu ?

C’est la question qui motive votre recherche. La réponse est la suivante : il s’agit d’une théorie, pas d’une identification établie.

Les arguments en faveur de ce rapprochement reposent sur des comparaisons. Les chercheurs relèvent des ressemblances dans l’organisation militaire, les traits du souverain et la géographie des conquêtes. Cette lecture identifie Oghuz à Mete Han, connu des lecteurs anglophones sous le nom de Modu Chanyu. L’article de Fatih Şengül sur l’identité d’Oghuz Khan conteste cette interprétation.

Les arguments opposés renvoient à une époque plus ancienne. Zeki Velidi Togan situait l’origine de l’épopée avant Mete Han. Il la rattachait aux Sakas d’Asie centrale du VIIe siècle av. J.-C., puis aux communautés scythes qui leur ont succédé.

L’article de Şengül du 30 avril 2026 conteste lui aussi l’identification à Mete et relie Oghuz Khan aux Scythes. C’est la thèse de cet article. Ce n’est pas une identité confirmée.

Vous ne devez donc pas lire l’épopée comme une biographie de Modu Chanyu. Abordez-la comme un récit que certains chercheurs rapprochent de lui.

La date de naissance d’Oghuz Khan et le débat sur la datation

Aucune date de naissance n’est connue. L’épopée est une légende. Ses datations concernent le texte, pas l’homme.

Trois questions distinctes sont souvent confondues :

  1. L’ancienneté du récit. L’interprétation de Togan renvoie au VIIe siècle av. J.-C.
  2. L’époque de la rédaction. Une notice de catalogue fondée sur les données de la BnF situe la rédaction du récit à l’époque mongole, aux XIIIe et XIVe siècles.
  3. L’âge de la copie matérielle. La même notice propose pour le manuscrit parisien une datation au XVIIIe siècle, assortie d’un point d’interrogation.

Ferruh Ağca ajoute une datation fondée sur la langue. Il explique les particularités du texte par l’aire linguistique du tchaghataï de la fin du XIVe et du début du XVe siècle, sous l’influence des dialectes oghouz et kiptchak.

Gardez ces distinctions à l’esprit. Une copie du XVIIIe siècle peut transmettre un récit bien plus ancien.

Chronologie

  • VIIe siècle av. J.-C. : période des Sakas à laquelle renvoie la théorie de Togan sur les origines du récit. Ce n’est pas une date de rédaction.
  • XIIIe–XIVe siècles : période proposée pour la rédaction du récit en écriture ouïghoure par une notice de catalogue fondée sur les données de la BnF.
  • Fin du XIVe–début du XVe siècle : période proposée par Ferruh Ağca à partir des caractéristiques linguistiques du texte.
  • XVIIIe siècle (?) : datation assortie d’un point d’interrogation pour le manuscrit matériel conservé.
  • 1936 : impression de l’édition Bang–Rahmeti à Istanbul.
  • 2016 : publication à Ankara de l’étude de Ferruh Ağca, avec texte et fac-similé.
  • 30 avril 2026 : publication de l’article de Fatih Şengül, qui défend un lien avec les Scythes et conteste l’identification à Mete.

La transmission de l’épopée : manuscrits et éditions

Selon Osman Fikri Sertkaya, le texte original complet n’est pas connu. Le récit nous est parvenu à travers des fragments manuscrits et différentes versions.

Dans sa description, le texte en écriture ouïghoure est rédigé en turcique oriental. Il est en prose, avec quelques passages en vers. Il présente des lacunes au début, au milieu et à la fin.

D’autres témoins du récit existent également :

  • Le Jāmiʿ al-tawārīkh de Rachid al-Din comprend, dans son deuxième volume, la section Tārīkh-i Oghuzān u Turkān. C’est un témoin en prose persane, rédigé en écriture arabe.
  • Le Shajara-yi Tarākima d’Aboulghazi Bahadur Khan et le Tārīkh-i Āl-i Seljuk de Yazıcızade Ali contiennent des versions turques.

Le manuscrit parisien porte la cote Supplément turc 1001 au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Biblissima renvoie, pour ses images, à une copie numérique sur Gallica portant l’identifiant btv1b84150175.

Pour les éditions imprimées, la publication Bang–Rahmeti de 1936 a été éditée par le séminaire de langue turque de la faculté des lettres de l’université d’Istanbul. Elle compte 69 pages. Le livre d’Ağca, paru en 2016, compte 317 pages et comprend le texte, une transcription, des notes, un index et un fac-similé.

Vous pouvez aussi lire sur Wikisource un texte en caractères latins fondé sur l’édition de 1936. La page est signalée comme un travail en cours et comporte des sections manquantes.

Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides

  • Un petit manuscrit. La copie parisienne compte 21 feuillets. Chaque feuillet mesure 18,5 × 12 centimètres.
  • Un format extérieur plus grand. Ces petits feuillets sont montés sur des feuillets de papier dans une reliure plus grande, qui mesure 26 × 18,5 centimètres.
  • La trace d’un collectionneur. La notice de Biblissima, qui reprend les données de la BnF, indique Schefer comme ancien propriétaire. Elle rattache ainsi la copie parisienne à l’histoire de cette collection.
  • Un autre guide. L’Oğuznâme en persan remplace le loup qui sert de guide par l’expérience de Poştı Koca.
  • Un enfant qui grandit vite. Dans le texte en écriture ouïghoure, Oghuz marche et joue quarante jours après sa naissance.

Si vous allez à Paris et vous renseignez sur le manuscrit, gardez à l’esprit ses dimensions modestes. C’est un petit livre, pas un monument.

FAQ

Les réponses aux questions les plus fréquentes figurent dans le champ FAQ de cet article. En résumé : l’épopée est anonyme, le rapprochement avec Modu Chanyu est une théorie et la religion dépend de la version.

Sources

  1. Wikipédia — Oghuz Khan en.wikipedia.org
  2. Wikipédia — Épopée d’Oghuz Khan tr.wikipedia.org
  3. Wikisource — Épopée d’Oghuz Khan tr.wikisource.org
  4. Fatih Şengül — L’identité d’Oghuz Khan à la lumière de nouveaux éléments dergipark.org.tr
  5. Osman Fikri Sertkaya — Quelques réflexions sur l’Épopée d’Oghuz Khan tdkbelleten.gov.tr
  6. Encyclopédie de l’islam de la TDV — Les Oghouzes islamansiklopedisi.org.tr
  7. Encyclopédie du monde turcique — Oghuz Khan turkdunyasiansiklopedisi.gov.tr
  8. Bibliothèque de la Société turque d’histoire — Publication Bang–Rahmeti de 1936 kutuphane.ttk.gov.tr
  9. Bibliothèque de la Société turque d’histoire — Publication de Ferruh Ağca de 2016 kutuphane.ttk.gov.tr

FAQ

Oghuz Khan et Modu Chanyu sont-ils la même personne ?

Ce n’est pas un fait établi. L’identification d’Oghuz Khan à Mete Han (Modu Chanyu) est une théorie savante fondée sur des ressemblances dans l’organisation militaire, les traits du souverain et la géographie des conquêtes. D’autres chercheurs situent les origines de l’épopée plus tôt, chez les Sakas du VIIe siècle av. J.-C., puis dans les communautés scythes.

Qui a écrit l’Épopée d’Oghuz Khan ?

L’épopée est anonyme. Les noms comme Bang et Rahmeti, que vous pouvez voir sur les couvertures, sont ceux des chercheurs qui ont préparé le texte pour sa publication, et non ceux de ses auteurs.

Qui étaient les fils d’Oghuz Khan ?

Ils s’appellent Gün (Soleil), Ay (Lune), Yıldız (Étoile), Gök (Ciel), Dağ (Montagne) et Deniz (Mer).

Oghuz Khan était-il musulman ?

Cela dépend de la version. Dans le texte en écriture ouïghoure, il prie Tengri. La tradition islamique insiste sur sa foi en Allah.

Où peut-on voir le plus ancien manuscrit ?

Le manuscrit en écriture ouïghoure est conservé à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, sous la cote Supplément turc 1001. Ses images sont accessibles par un lien vers une copie numérique sur Gallica.

Image: Oghuz’s departure from the dark land, 1314-15 Tabriz, Ilkhanate, folio 378b. Jami al-Tawarikh, TSMK, H.1653.jpg — Artist, 18 November 1425 CE, Public domain

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