Imaginez un mur de blocs de granit, empilés sans ciment, qui tient depuis des siècles dans les collines d’Afrique australe. Au XIXe siècle, certains Européens l’ont regardé et ont refusé de croire que des Africains l’avaient construit. Les preuves disent le contraire. Vous allez découvrir qui a bâti le Grand Zimbabwe, ce que renferment ses ruines et comment un mythe colonial s’est construit avant d’être démonté.
Qui a construit le Grand Zimbabwe ?
Les ancêtres des peuples shonas ont construit le Grand Zimbabwe. Les Shonas vivent dans l’actuel Zimbabwe et les territoires voisins. Les constructions monumentales ont commencé au XIe siècle et se sont poursuivies jusqu’au XVe siècle. À partir du XIIIe siècle, la cité a servi de capitale au royaume du Grand Zimbabwe.
L’organisme des Musées et monuments nationaux du Zimbabwe (NMMZ) décrit le site comme le plus grand établissement précolonial d’Afrique australe. L’État actuel du Zimbabwe lui doit son nom. La question « qui l’a construit ? » a donc une réponse claire. Il est plus difficile d’expliquer pourquoi cette réponse a été contestée.
Où se trouve le Grand Zimbabwe ? Quelques repères sur la carte
Si vous cherchez le Grand Zimbabwe sur une carte, repérez Masvingo, dans le sud du Zimbabwe. Les ruines se trouvent à environ 30 kilomètres de cette ville. Le site s’élève à quelque 1 100 mètres d’altitude.
On ne tombe pas sur ce lieu par hasard. On s’y rend exprès. Prévoyez une excursion à la journée depuis Masvingo. Attendez-vous à grimper : l’un des trois principaux ensembles de ruines occupe une colline.
Les ruines : trois ensembles de constructions
Le site comprend trois grands ensembles :
- les ruines de la colline ;
- la Grande Enceinte ;
- les ruines de la vallée.
La Grande Enceinte se trouve au sud des collines. Elle est ovale, et l’UNESCO la date du XIVe siècle. Entre deux de ses murs se dresse une tour conique d’environ 9 mètres de haut et 5,5 mètres de diamètre.
Comment les murs tiennent sans mortier
Les bâtisseurs ont élevé les murs en superposant des blocs de granit. Ils n’ont utilisé ni mortier ni autre liant.
Imaginez que vous empilez des livres sur une étagère. Chacun repose sur celui du dessous. Seul un placement soigneux permet à la pile de tenir debout. Faites maintenant la même chose avec du granit, à l’échelle d’une ville.
À l’intérieur des enceintes de pierre, les habitants vivaient dans des maisons en daga. Le daga est un mélange de sable granitique et d’argile. La cité associait donc deux matériaux : la pierre pour les grands murs et le daga pour les habitations.
L’empire du Grand Zimbabwe : commerce et élevage bovin
L’expression « empire du Grand Zimbabwe » revient souvent dans les recherches. La documentation du site parle d’un royaume, le royaume du Grand Zimbabwe, dont la cité était la capitale à partir du XIIIe siècle. C’est donc le terme à employer.
La ville n’était pas isolée. Les archéologues y ont trouvé des céramiques chinoises et iraniennes, des perles de verre et des monnaies de Kilwa. Ces découvertes montrent qu’elle participait à des réseaux commerciaux à longue distance.
Les importations ne racontent qu’une partie de l’histoire. En 2019, l’archéologue Shadreck Chirikure a publié une analyse. Il y conteste les modèles qui expliquent l’économie uniquement par les produits de luxe importés. Son approche met au premier plan les activités saisonnières de production et de circulation des biens au sein des ménages.
Les bovins comptaient aussi. Le site a livré un grand nombre d’ossements de bovins. Ils montrent l’importance de l’élevage dans la vie économique et politique de la cité. Si vous associez la richesse uniquement à l’or et aux perles de verre, ces vestiges invitent à revoir cette image.
Combien de personnes y vivaient ?
Une estimation courante situe la population entre 18 000 et 20 000 habitants. En 2017, Chirikure et ses collègues ont publié une étude de modélisation. Elle propose des estimations beaucoup plus basses. Le chiffre reste donc débattu. Vous devez considérer avec prudence tout chiffre présenté seul.
Cette même étude de 2017 remet en question un autre récit bien connu. L’UNESCO décrit le site comme abandonné vers 1450. L’étude identifie, quant à elle, une phase d’occupation allant de 1700 à 1890. Elle ne confirme pas l’idée selon laquelle toute la cité se serait vidée à une date unique.
Un détail plus local mérite aussi l’attention. La partie du site qui sert aujourd’hui de parking était habitée entre environ 1450 et 1660. Cette occupation est postérieure à la principale phase d’occupation de l’ensemble de la colline.
L’eau : à quoi servaient les fosses de dhaka ?
Les chercheurs ont d’abord interprété les fosses de dhaka comme des lieux d’extraction de l’argile. Une étude de 2022 a conclu qu’elles servaient aussi à recueillir et à stocker l’eau. Ces fosses n’étaient donc pas seulement le résultat des travaux de construction.
En 2023, l’université de Pretoria a annoncé des travaux sur ce sujet. Les chercheurs ont examiné les fosses au LiDAR. Ils ont calculé qu’elles pouvaient contenir ensemble au moins 18 000 mètres cubes d’eau à un instant donné.
Vous connaissez peut-être ce principe au quotidien. De nombreux ménages conservent l’eau dans un récupérateur de pluie ou une citerne pour les semaines sèches. Les habitants du Grand Zimbabwe géraient le même problème à l’échelle d’une ville. L’étude décrit cette pratique comme une gestion de l’eau adaptée aux contraintes climatiques.
Comment est né le mythe des bâtisseurs étrangers
Karl Mauch a fait connaître le Grand Zimbabwe au monde occidental en 1871. Mais le lieu n’avait jamais été perdu. Les populations locales en avaient toujours connu l’existence.
Puis une affirmation s’est imposée. Cecil Rhodes a attribué la cité à une ancienne civilisation méditerranéenne ou phénicienne. Cette affirmation reposait sur un préjugé : les Africains auraient été incapables de bâtir de telles structures. Les fouilles ultérieures l’ont réfutée.
Les dégradations ont compliqué les recherches. L’archéologue Roger Summers a rapporté que la recherche d’or sans autorisation, poursuivie sur le site jusqu’en 1902, avait détruit des acres de dépôts archéologiques. Ces couches auraient pu répondre à des questions encore ouvertes aujourd’hui.
Deux enquêtes ont ensuite tranché le point essentiel :
- En 1905, David Randall-MacIver a mené des fouilles sur le site. Il a conclu que les structures avaient été bâties au Moyen Âge par les ancêtres des Shonas.
- En 1929, Gertrude Caton-Thompson a conduit ses propres recherches. Elles ont confirmé l’origine africaine du Grand Zimbabwe. Elles ont ainsi conforté la conclusion formulée par Randall-MacIver 24 ans plus tôt.
Le débat ne s’est pas arrêté aux résultats scientifiques. Sous Ian Smith, le Front rhodésien a ordonné à ses employés de ne pas affirmer de manière définitive, dans les publications officielles, que des Africains avaient construit le Grand Zimbabwe. Un organisme officiel demandait donc à son personnel d’éviter une conclusion déjà établie par les fouilles.
Monument national du Grand Zimbabwe : que faut-il observer ?
Le Monument national du Grand Zimbabwe a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1986. L’UNESCO indique que le bien inscrit couvre 722 hectares.
Si vous cherchez des photos du monument, vous verrez surtout deux images. La première montre le mur incurvé de la Grande Enceinte. La seconde représente un oiseau sculpté dans la stéatite. Dans la partie orientale des ruines de la colline, six piliers en stéatite ont été découverts. Chacun était surmonté d’une figure d’oiseau. Inspiré de ces sculptures, l’Oiseau Zimbabwe est devenu l’emblème national du pays.
Chronologie
- XIe siècle : début des constructions monumentales au Grand Zimbabwe.
- XIIIe siècle : la cité devient la capitale du royaume du Grand Zimbabwe.
- XIVe siècle : construction de la Grande Enceinte, selon l’UNESCO.
- 1450–1660 : l’occupation se poursuit dans la zone qui sert aujourd’hui de parking.
- 1700–1890 : l’étude de 2017 identifie cette période comme une phase d’occupation tardive.
- 1871 : la visite de Karl Mauch attire l’attention du monde occidental sur les ruines, connues depuis longtemps des populations locales.
- 1905 : les fouilles de David Randall-MacIver étayent une origine africaine locale.
- 1929 : les recherches de Gertrude Caton-Thompson confirment l’origine africaine.
- 1986 : le Monument national du Grand Zimbabwe est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 2022 : une étude montre que les fosses de dhaka servaient aussi à recueillir et à stocker l’eau.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
- Un symbole paradoxal. Le dôme en cuivre de Rhodes House, à Oxford, porte le symbole de l’Oiseau Zimbabwe. Cecil Rhodes l’avait adopté, alors même qu’il refusait d’attribuer aux Africains la construction du site.
- Des fosses à deux usages. Les fosses de dhaka ont d’abord été interprétées comme des carrières d’argile. L’étude de 2022 a montré qu’elles retenaient aussi de l’eau.
- Un parking qui a son histoire. La zone aujourd’hui utilisée pour le stationnement était habitée entre environ 1450 et 1660, après la principale phase d’occupation de l’ensemble de la colline.
- Six oiseaux, six piliers. La partie orientale des ruines de la colline a livré six piliers en stéatite surmontés de figures d’oiseaux. Ces sculptures sont à l’origine de l’emblème national représentant un oiseau.
- Un repère géographique dans le nom. Le pays doit son nom à cette cité : le Zimbabwe a été nommé d’après elle, et non l’inverse.
Conseils pratiques pour visiter le site
Les ruines se trouvent à environ 30 kilomètres de Masvingo : choisissez cette ville comme point de départ. Portez des chaussures adaptées à la montée, car les ruines de la colline se trouvent en hauteur. Parcourez les trois ensembles dans cet ordre : la colline, la Grande Enceinte, puis la vallée. Vous verrez comment la cité s’étendait dans le paysage. Observez de près les parois des murs. Vous n’y trouverez aucun mortier, seulement des pierres posées les unes sur les autres.
FAQ
Qui a construit le Grand Zimbabwe ?
Les ancêtres des peuples shonas. Les fouilles de 1905 et les recherches de 1929 ont toutes deux établi une origine africaine.
Où se trouve le Grand Zimbabwe ?
Dans le sud du Zimbabwe, à environ 30 kilomètres de Masvingo et à quelque 1 100 mètres d’altitude.
Pourquoi des Européens ont-ils nié son origine africaine ?
Cecil Rhodes et d’autres ont attribué la cité à une ancienne civilisation méditerranéenne ou phénicienne. Cette affirmation reposait sur le préjugé selon lequel les Africains étaient incapables de bâtir de telles structures.
Quand a-t-il été construit ?
Les constructions monumentales ont commencé au XIe siècle et se sont poursuivies jusqu’au XVe siècle. La cité était la capitale d’un royaume à partir du XIIIe siècle.
Est-il inscrit au patrimoine mondial ?
Oui, depuis 1986.
Sources
- Wikipedia — Grand Zimbabwe en.wikipedia.org
- UNESCO — Monument national du Grand Zimbabwe whc.unesco.org
- NMMZ — Région du Sud, Masvingo nmmz.co.zw
- Journal of Archaeological Research — Nouvelles perspectives sur l’économie politique du Grand Zimbabwe link.springer.com
- PLOS ONE — Quelle était la population du Grand Zimbabwe (1000–1800 de notre ère) ? journals.plos.org
- École d’archéologie d’Oxford — Collecte et stockage de l’eau adaptés aux contraintes climatiques arch.ox.ac.uk
- Université de Pretoria — Une étude liée à l’UP révèle des stratégies de stockage de l’eau adaptées aux contraintes climatiques up.ac.za
- Nature — Zimbabwe, 19 octobre 1929 nature.com
- Antiquity — La datation des ruines du Zimbabwe cambridge.org
- Vikipedi — Büyük Zimbabve tr.wikipedia.org
Image: Great-zim-aerial-looking-West.JPG — Janice Bell, CC BY-SA 4.0






