Empire ottoman · 1299 – 1922

Bazar aux épices d’Istanbul : pourquoi « égyptien » ?

Le bazar aux épices d’Istanbul porte le nom de bazar égyptien (Mısır Çarşısı) en référence à l’Égypte, et non au maïs : le portail du ministère de la Culture et du Tourisme rattache ce nom aux taxes perçues en Égypte ainsi qu’aux marchandises et aux épices égyptiennes qui y étaient vendues. Turhan Sultan en a ordonné la construction en 1660 pour financer la Mosquée neuve, et le bazar est toujours en activité.

9 min de lecture6 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Bazar aux épices d’Istanbul : pourquoi « égyptien » ?
Spice Bazaar in Istanbul.jpg

Vous sentez le bazar aux épices avant même de le voir. Des parfums de cannelle, de clou de girofle et de loukoum sucré s’échappent de ses portes. Mais le nom inscrit sur les panneaux surprend bien des visiteurs. Pourquoi un marché aux épices d’Istanbul porte-t-il le nom d’un autre pays ?

La réponse courte : son nom turc, Mısır Çarşısı, signifie « bazar égyptien ». Il ne signifie pas « bazar du maïs ». Pour comprendre toute l’histoire, il faut parler de taxes, d’une mosquée, de la mère d’un sultan et de plusieurs siècles d’incendies et de réparations. Cet article vous explique tout.

Où se trouve le bazar aux épices d’Istanbul ?

Le bazar se trouve à Eminönü, dans l’arrondissement de Fatih à Istanbul. Il est situé derrière la Mosquée neuve (Yeni Cami), à côté du marché aux fleurs (Çiçek Pazarı). Si vous repérez la mosquée, vous y êtes presque.

L’adresse indiquée est Rüstem Paşa Mahallesi, 34116 Fatih/İstanbul. Saisissez-la dans votre application de cartographie.

Le bâtiment présente un plan en L et compte six portes. Retenez ce chiffre. À ses débuts, chaque porte avait une fonction, comme vous le verrez plus loin.

Pourquoi l’appelle-t-on le bazar égyptien ?

Kültür Portalı, le portail du ministère de la Culture et du Tourisme, rattache ce nom à deux éléments :

  • Les taxes perçues en Égypte, qui ont contribué au financement du bâtiment.
  • Les marchandises et les épices venues d’Égypte qui étaient vendues dans le bazar.

Ce nom raconte donc à la fois une histoire de financement et une histoire de commerce. L’Égypte a financé une partie de la construction et fourni une partie des marchandises.

Le nom est apparu après le bâtiment. Selon Kültür Portalı, l’appellation « Mısır Çarşısı » n’est entrée dans l’usage qu’à partir du milieu du XVIIIe siècle. Auparavant, les historiens du XVIIe siècle évoquaient le marché sous d’autres noms : le « nouveau bazar » et le « bazar de la valide ». Valide est le terme ottoman qui désigne la mère d’un sultan. Il renvoie directement à la femme qui a ordonné la construction du marché.

Pas un « bazar du maïs »

En turc moderne, le mot mısır peut aussi signifier « maïs ». C’est de là que vient une erreur fréquente. Certains traduisent ce nom par « bazar du maïs ».

L’article de Wikipédia consacré au bazar aux épices précise que cette traduction est erronée. Dans ce nom, Mısır désigne le pays. En anglais, vous trouverez les deux appellations, Spice Bazaar et Egyptian Bazaar. Elles désignent le même lieu.

Prenez un exemple courant. Pensez à une rue de votre ville qui porte le nom d’une ville lointaine. Ce nom peut venir des marchandises qui en arrivaient, sans rapport avec ce qui pousse dans la rue elle-même. Il en va de même pour le bazar égyptien : son nom indique l’origine des marchandises.

Qui l’a construit, et pourquoi ?

Le bazar n’a pas été construit uniquement pour vendre des épices. Il devait financer une mosquée.

Kültür Portalı le décrit comme une arasta, une rangée de boutiques destinée à couvrir les frais de fonctionnement du complexe de la Mosquée neuve. Wikipédia ajoute que les loyers des boutiques étaient affectés à l’entretien de la mosquée.

Vous connaissez déjà ce principe dans la vie quotidienne. Pensez à un immeuble où les charges mensuelles versées par les locataires servent à payer l’ascenseur, le chauffage et les réparations. Le bazar reposait sur la même idée, à une bien plus grande échelle. Les boutiques rapportaient de l’argent, et cet argent assurait le bon fonctionnement de la mosquée.

L’ordre venait de Turhan Sultan, mère de Mehmed IV. Les travaux ont commencé en 1660. Selon Kültür Portalı, l’architecte en chef au début du chantier était Kâzım Ağa, qui portait le titre de Hassa Baş Mimarı. Lors de l’achèvement du bazar en 1664, l’architecte était Mustafa Ağa.

Chronologie

  • 1660 : la construction du bazar commence sur ordre de Turhan Sultan.
  • 1664 : Mustafa Ağa achève le bâtiment.
  • Milieu du XVIIIe siècle : le nom « Mısır Çarşısı » entre dans l’usage.
  • 1691 : un important incendie frappe le bazar.
  • 1940 : un deuxième grand incendie survient.
  • 1940-1943 : la municipalité d’Istanbul restaure le bazar.
  • 1941 : une route est percée à travers la cour de la Mosquée neuve et sépare la mosquée du bazar.
  • À partir de 1969 : des bijoutiers, des vendeurs de fruits à coque et des épiceries fines commencent à s’y installer.
  • 2018 : une restauration comprenant la chaire de prière et la couverture du toit est achevée.

Qui vendait quoi à ses débuts ?

À ses débuts, le bazar était attribué à deux métiers : les herboristes (aktar) et les marchands de coton.

Les six portes étaient réparties entre eux. Selon la direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Istanbul :

  • Les portes Balıkpazarı, Hasırcılar et Ketenciler étaient attribuées aux herboristes.
  • Les portes Yeni Cami, Haseki et Çiçek Pazarı étaient attribuées aux marchands de coton.

La même source donne des chiffres pour cette première période. Sur 100 boutiques, 49 étaient attribuées aux herboristes. Les autres revenaient aux marchands de coton et aux fabricants de couettes.

Les boutiques des herboristes avaient un agencement particulier. À l’avant se trouvait une banquette en bois, appelée peyk. À l’arrière, il y avait une réserve et un atelier. Les marchandises étaient stockées et préparées sur place, à quelques pas du client.

Incendies, route et restaurations

L’histoire du bazar n’a pas été de tout repos. Wikipédia recense deux grands incendies, l’un en 1691 et l’autre en 1940.

Après le second incendie, la municipalité d’Istanbul a restauré le bazar entre 1940 et 1943. Pendant cette même période, en 1941, une route a été percée à travers la cour de la Mosquée neuve. Elle a séparé la mosquée du bazar construit pour la financer.

La dernière grande restauration s’est achevée en 2018. L’agence Anadolu a rapporté que la couche de béton armé située au-dessus des voûtes avait été retirée. Elle a été remplacée par une toiture à charpente en bois, couverte de plomb. Imaginez que l’on retire un lourd couvercle moderne posé sur un bâtiment ancien pour lui rendre une toiture adaptée.

Ce que vous y trouverez aujourd’hui

Les activités commerciales ont évolué au fil du temps. En 2018, l’agence Anadolu indiquait que des bijoutiers, des vendeurs de fruits à coque et des épiceries fines avaient commencé à ouvrir dans le bazar à partir de 1969. Selon Kültür Portalı, on y trouve aujourd’hui des vendeurs d’épices et de loukoums, ainsi que des bijouteries et des boutiques de souvenirs.

Attendez-vous donc à trouver bien plus que des étals d’épices. Regardez les enseignes avant de choisir une boutique et comparez-en plusieurs avant d’acheter.

Horaires d’ouverture

Lors de la consultation du 25 octobre 2026, le site du bazar affichait les horaires 08.00-19.30, sept jours sur sept. L’article de Wikipédia en turc indique également que le bazar ouvre le dimanche. Les horaires peuvent changer : vérifiez-les avant de vous déplacer spécialement.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

Des boutiques sans enseigne. Certaines boutiques se reconnaissaient aux symboles suspendus à leur avant-toit : un œuf d’autruche, un bateau, une paire de ciseaux ou un gland décoratif. Les clients pouvaient ainsi retrouver leur boutique préférée grâce à son symbole.

Un tribunal au-dessus d’une porte. L’étage de la porte Haseki abritait un tribunal. On y réglait les différends entre commerçants, ainsi qu’entre les commerçants et le public.

De la peinture sur les décors. Pendant la restauration achevée en 2018, les ouvriers ont retiré des couches de peinture de la chaire de prière. L’agence Anadolu a rapporté que les décors d’origine peints à la main, appelés kalem işi, étaient réapparus en dessous.

Une route entre la mosquée et le marché. Aujourd’hui, la route percée en 1941 à travers la cour de la Mosquée neuve passe facilement inaperçue. Elle a pourtant séparé deux bâtiments conçus pour fonctionner ensemble, le bazar finançant la mosquée.

FAQ

Pourquoi le bazar aux épices d’Istanbul est-il appelé bazar égyptien ?

Kültür Portalı rattache ce nom aux taxes perçues en Égypte, qui ont contribué au financement du bâtiment, ainsi qu’aux marchandises et aux épices égyptiennes qui y étaient vendues. Ici, Mısır désigne le pays, l’Égypte.

« Mısır Çarşısı » signifie-t-il « bazar du maïs » ?

Non. En turc, mısır peut aussi signifier « maïs », mais le nom du bazar renvoie au pays. Le traduire par « bazar du maïs » est une erreur.

Où se trouve le bazar aux épices d’Istanbul ?

Il se trouve à Eminönü, dans l’arrondissement de Fatih à Istanbul, derrière la Mosquée neuve et à côté du marché aux fleurs. L’adresse indiquée est Rüstem Paşa Mahallesi, 34116 Fatih/İstanbul.

Le bazar aux épices est-il ouvert le dimanche ?

Oui. L’article de Wikipédia en turc indique qu’il ouvre le dimanche. Lors de la consultation du 25 octobre 2026, le site du bazar affichait les horaires 08.00-19.30 pour tous les jours de la semaine.

Qui a construit le bazar aux épices ?

La construction a commencé en 1660 sur ordre de Turhan Sultan, mère de Mehmed IV. Kâzım Ağa était l’architecte en chef au début des travaux, et Mustafa Ağa lors de leur achèvement en 1664.

Sources

  1. Ministère de la Culture et du Tourisme — Portail de la culture, « Bazar égyptien » kulturportali.gov.tr
  2. Wikipédia — « Bazar égyptien » tr.wikipedia.org
  3. Wikipédia — « Bazar aux épices » en.wikipedia.org
  4. Direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Istanbul — « Bazars et marchés couverts » istanbul.ktb.gov.tr
  5. Agence Anadolu — « Le bazar égyptien et la mosquée Nusretiye ouvrent après leur restauration » aa.com.tr
  6. Agence Anadolu — « Le bazar qui sent la cannelle et le clou de girofle depuis 351 ans » aa.com.tr

FAQ

Pourquoi le bazar aux épices d’Istanbul est-il appelé bazar égyptien ?

Kültür Portalı, le portail du ministère de la Culture et du Tourisme, rattache ce nom aux taxes perçues en Égypte, qui ont contribué au financement du bâtiment, ainsi qu’aux marchandises et aux épices égyptiennes qui y étaient vendues. Ici, Mısır désigne le pays, l’Égypte.

« Mısır Çarşısı » signifie-t-il « bazar du maïs » ?

Non. En turc, mısır peut aussi signifier « maïs », mais le nom du bazar renvoie au pays. Le traduire par « bazar du maïs » est une erreur.

Où se trouve le bazar aux épices d’Istanbul ?

Il se trouve dans le quartier d’Eminönü, dans l’arrondissement de Fatih à Istanbul. Il est situé derrière la Mosquée neuve (Yeni Cami), à côté du marché aux fleurs (Çiçek Pazarı). L’adresse indiquée est Rüstem Paşa Mahallesi, 34116 Fatih/İstanbul.

Le bazar aux épices est-il ouvert le dimanche ?

Oui. L’article de Wikipédia en turc indique qu’il ouvre aussi le dimanche. Lors de la consultation du 25 octobre 2026, le site du bazar affichait les horaires 08.00-19.30, sept jours sur sept.

Qui a construit le bazar aux épices ?

La construction a commencé en 1660 sur ordre de Turhan Sultan, mère de Mehmed IV. Kültür Portalı cite Kâzım Ağa comme architecte en chef au début des travaux, puis Mustafa Ağa lors de leur achèvement en 1664.

Image: Spice Bazaar in Istanbul.jpg — Deckkohl, CC0

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