Le congrès de Vienne (Viyana Kongresi) redessine les frontières de l’Europe en 1814–1815. Après les guerres napoléoniennes, il rétablit d’anciennes dynasties et redistribue des territoires. La Russie renforce sa position en Pologne, la Prusse obtient des territoires allemands et l’Autriche acquiert la Lombardie et la Vénétie. Ces arrangements soutiennent un équilibre entre cinq puissances : la Russie, la Grande-Bretagne, l’Autriche, la Prusse et la France.
Comment la France vaincue trouve-t-elle sa place parmi ces cinq puissances ? Talleyrand exploite les différends entre les vainqueurs de Napoléon, notamment au sujet de la Pologne et de la Saxe. En suivant ces désaccords et les décisions territoriales, vous comprendrez comment les frontières, l’autorité des dynasties et la coopération diplomatique s’articulent dans les accords de Vienne.
Pourquoi le congrès de Vienne est-il réuni et qui sont ses principaux participants ?
Le congrès se réunit pour réorganiser l’Europe après les guerres napoléoniennes. Les souverains et les diplomates commencent à arriver à Vienne à la fin de l’été 1814.
Dès la fin de l’été, ils affluent d’environ 200 États, provinces et villes d’Europe. Cette large participation ne signifie pas que chacun pèse autant dans les discussions. Les principales décisions reviennent aux représentants des grandes puissances.
Metternich est la figure centrale de la délégation autrichienne. Castlereagh représente la Grande-Bretagne, Hardenberg la Prusse et le tsar Alexandre Ier la Russie. Talleyrand représente la France. Ces hommes sont les principaux négociateurs des compromis territoriaux.
L’Acte final rassemble les décisions du congrès le 9 juin 1815. Cette date compte : la défaite définitive de Napoléon à Waterloo survient neuf jours plus tard. Le document précède donc la bataille qui achève sa défaite militaire.
Comment la légitimité et l’équilibre des puissances sont-ils appliqués ?
Le principe de légitimité soutient le rétablissement des anciennes dynasties évincées pendant les périodes révolutionnaire et napoléonienne. Il contribue à ouvrir l’époque de la Restauration. La restitution des États pontificaux au pape et le rétablissement des possessions continentales du royaume de Sardaigne en sont deux exemples concrets.
L’équilibre des puissances concerne la répartition des forces entre les États. Les gains territoriaux de la Prusse le long du Rhin contribuent à former une barrière défensive face à la France. Les territoires belges, qui constituaient auparavant les Pays-Bas autrichiens, sont réunis aux Pays-Bas. L’objectif est de créer un État plus fort au nord de la France.
Vous pouvez rapprocher cette logique d’un problème quotidien : partager un espace commun tout en empêchant une seule personne de décider de tout. À Vienne, les enjeux sont les territoires et la sécurité. L’opposition de l’Autriche aux revendications russes en Pologne et prussiennes en Saxe montre combien les gains d’un État peuvent inquiéter un autre.
La restauration des pouvoirs va aussi de pair avec l’expansion territoriale. L’Autriche obtient la Lombardie et la Vénétie. La Prusse acquiert une part importante de la Saxe. La légitimité guide les accords, mais le partage final des territoires reflète aussi les négociations sur le poids relatif des grandes puissances.
Quelles décisions concernent la Pologne, la Saxe et les territoires allemands et italiens ?
La Pologne et la Saxe provoquent une grave crise diplomatique. La Russie insiste sur ses revendications en Pologne, tandis que la Prusse convoite le royaume de Saxe. L’Autriche s’y oppose pour des raisons de sécurité. Le différend révèle de profondes divisions entre les États qui ont vaincu Napoléon.
La majeure partie du duché de Varsovie devient le royaume de Pologne, couramment appelé royaume du Congrès. Son souverain est Alexandre Ier de Russie. La Prusse reçoit la région de Poznań. Cracovie devient une ville libre sous la protection conjointe de l’Autriche, de la Prusse et de la Russie.
La Prusse n’obtient pas toute la Saxe. Elle annexe néanmoins une part importante du royaume. Avec ses gains le long du Rhin, cet arrangement renforce sa position territoriale, tout en limitant l’étendue de ses ambitions saxonnes.
La Confédération germanique réunit 39 membres sous la direction de l’Autriche : 35 États souverains et quatre villes libres. Son organe suprême est la Diète fédérale, à Francfort-sur-le-Main. Les représentants des États membres y siègent.
L’article 13 de l’acte fondateur de la Confédération prévoit des constitutions dans les États membres. Leur mise en place avance lentement dans nombre d’entre eux. Cette disposition vous permet de distinguer ce que les accords prescrivent de la vitesse à laquelle les gouvernements les appliquent.
Dans le nord de l’Italie, l’Autriche acquiert la Lombardie et la Vénétie. Elle renforce ainsi son influence dans la péninsule. Les États pontificaux reviennent au pape. Le royaume de Sardaigne retrouve ses territoires continentaux et reçoit également Gênes. Ces décisions associent le rétablissement de l’autorité à des changements de contrôle territorial.
Ailleurs, les accords agrandissent le territoire de la Suisse et assurent la reconnaissance internationale de sa neutralité. Avec le renforcement des Pays-Bas et les possessions prussiennes sur le Rhin, le cas suisse montre que Vienne emploie plusieurs méthodes pour organiser la carte politique de l’Europe.
Comment la France vaincue retrouve-t-elle de l’influence dans les négociations ?
Talleyrand exploite les désaccords entre les États victorieux pour obtenir la participation de la France aux négociations sur un pied d’égalité. La crise polono-saxonne lui en donne l’occasion. L’opposition de la Grande-Bretagne et de l’Autriche aux revendications russes et prussiennes permet à la France de coopérer avec deux anciens adversaires.
Le 3 janvier 1815, la France, la Grande-Bretagne et l’Autriche signent un traité secret. Il prévoit de faire obstacle au projet russo-prussien, au besoin par la guerre. La France vaincue devient ainsi partenaire d’un rapprochement diplomatique dirigé contre deux puissances victorieuses.
Si vous voyez dans le congrès de Vienne un simple partage entre vainqueurs et vaincus, ce traité complique le tableau. La défaite française n’empêche pas Talleyrand de gagner en influence. Les inquiétudes suscitées par la Russie et la Prusse contribuent au retour de la France au cœur des négociations.
La position française se renforce ensuite à Aix-la-Chapelle en 1818. L’occupation de la France prend fin. Sa participation élargit la Quadruple-Alliance à une structure réunissant cinq puissances. Cette évolution renforce la coopération entre la Russie, la Grande-Bretagne, l’Autriche, la Prusse et la France.
Quel lien unit les accords de Vienne et le Concert européen ?
Le Concert européen se développe à partir de l’ordre établi à Vienne. Il repose sur l’idée que les grandes puissances partagent la responsabilité de la paix et de la stabilité. Elles cherchent à régler leurs différends par la concertation et la négociation.
Plusieurs accords suivent le congrès. L’Autriche, la Prusse et la Russie fondent la Sainte-Alliance le 26 septembre 1815. La Grande-Bretagne rejoint ces trois États dans la Quadruple-Alliance le 20 novembre 1815. L’intégration de la France en 1818 élargit cette structure de coopération.
Quelle part attribuer à cette coopération dans la paix relative de la première moitié du XIXe siècle ? Une interprétation met l’accent sur le Concert lui-même. Une autre estime que les conditions internationales ont rendu la coopération possible et favorisé à la fois la coordination diplomatique et la stabilité.
Affirmer que Vienne a assuré une paix européenne ininterrompue jusqu’en 1914 va trop loin. Les guerres qui conduisent à l’unification italienne en 1861 et à l’unification allemande en 1871 le contredisent. Les accords établissent des mécanismes de coopération, mais ceux-ci ne suppriment pas les guerres entre États.
Chronologie
- À partir de la fin de l’été 1814 : Des souverains et des diplomates arrivent à Vienne depuis environ 200 États, provinces et villes d’Europe.
- 3 janvier 1815 : La Grande-Bretagne, l’Autriche et la France signent leur traité secret contre les revendications russo-prussiennes.
- 8 février 1815 : Huit États signent une déclaration en faveur de l’abolition universelle de la traite des esclaves.
- 9 juin 1815 : L’Acte final du congrès est signé.
- 18 juin 1815 : Napoléon est vaincu à Waterloo.
- 26 septembre 1815 : La Russie, l’Autriche et la Prusse fondent la Sainte-Alliance.
- 20 novembre 1815 : La Grande-Bretagne, l’Autriche, la Prusse et la Russie signent la Quadruple-Alliance.
- 1818 : Le congrès d’Aix-la-Chapelle met fin à l’occupation de la France et renforce la coopération entre les cinq puissances.
Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides
L’exemplaire autrichien de l’Acte final compte 220 pages. Il possède une reliure en velours rouge et des sceaux en or portant les armoiries des États. Ce document conservé donne une forme matérielle aux accords territoriaux et diplomatiques, au-delà de la carte familière des frontières.
Les bals et les divertissements viennois inspirent la célèbre formule selon laquelle le congrès danse. La musique fait aussi partie de sa vie mondaine. Le 29 novembre 1814, Beethoven dirige lui-même trois œuvres devant environ 6 000 auditeurs, dont trois souverains.
La célèbre représentation collective du congrès nécessite elle aussi un travail individuel préalable. Jean-Baptiste Isabey réalise pour cette image les portraits séparés de 23 participants. Lorsque vous la regardez, la scène collective repose donc sur une série de portraits individuels.
La diplomatie ne se limite pas aux frontières et aux dynasties. Le 8 février 1815, les représentants de la Grande-Bretagne, de la Russie, de l’Autriche, de la Prusse, de la France, de l’Espagne, de la Suède et du Portugal signent une déclaration en faveur de l’abolition universelle de la traite des esclaves. La déclaration exprime un soutien à l’abolition : c’est l’engagement précis qu’elle consigne.
FAQ
Quel était le principal objectif du congrès ?
Réuni en 1814–1815, il devait réorganiser les frontières et l’équilibre des puissances en Europe après les guerres napoléoniennes. Le rétablissement des dynasties et les compromis territoriaux formaient le cœur de ses accords.
Quels États ont gagné des territoires ?
La Prusse a obtenu une partie de la Saxe et des territoires le long du Rhin. L’Autriche a acquis la Lombardie et la Vénétie. La majeure partie du duché de Varsovie est devenue un royaume de Pologne gouverné par Alexandre Ier de Russie.
Comment la France a-t-elle retrouvé de l’influence ?
Talleyrand a exploité les désaccords entre les puissances victorieuses. Le traité secret signé par la France avec la Grande-Bretagne et l’Autriche le 3 janvier 1815 a montré son retour dans le jeu diplomatique pendant les négociations.
Les accords ont-ils empêché les guerres ultérieures ?
Non. Les guerres liées à l’unification italienne en 1861 et à l’unification allemande en 1871 contredisent l’idée d’une paix ininterrompue jusqu’en 1914. Le Concert européen a favorisé la concertation sans supprimer la guerre.
Sources
- Wikipédia — Congrès de Vienne en.wikipedia.org
- Commission autrichienne pour l’UNESCO — Document final du congrès de Vienne de 1815 unesco.at
- Chancellerie fédérale autrichienne — Le congrès de Vienne bundeskanzleramt.gv.at
- Histoire allemande en documents et en images — Le congrès de Vienne sous la direction du prince Clemens von Metternich germanhistorydocs.org
- Histoire allemande en documents et en images — Le congrès (1815) germanhistorydocs.org
- Wikipédia — Concert européen en.wikipedia.org
- Ian Clark, Presses universitaires de Cambridge — De l’équilibre au Concert, 1815–1854 cambridge.org
- Dépôt de recherche de l’université de Nottingham — Le congrès de Vienne, 1814–1815 : diplomatie, culture politique et sociabilité nottingham-repository.worktribe.com
FAQ
Quel était le principal objectif du congrès de Vienne ?
Réuni en 1814–1815, le congrès devait réorganiser les frontières et l’équilibre des puissances en Europe après les guerres napoléoniennes. Ses décisions associaient le rétablissement des anciennes dynasties à des arrangements territoriaux entre les grandes puissances.
Quels États ont gagné des territoires grâce au congrès de Vienne ?
La Russie a accru son influence grâce à un royaume de Pologne gouverné par Alexandre Ier. La Prusse a acquis une part importante de la Saxe et des territoires le long du Rhin. L’Autriche a obtenu la Lombardie et la Vénétie.
Comment la France a-t-elle retrouvé de l’influence après sa défaite ?
Talleyrand a exploité les désaccords entre les puissances victorieuses pour faire participer la France aux négociations sur un pied d’égalité. Le 3 janvier 1815, la France a rejoint la Grande-Bretagne et l’Autriche dans un traité secret contre les revendications russes et prussiennes.
Le congrès de Vienne a-t-il instauré une paix ininterrompue jusqu’en 1914 ?
Non. Les guerres qui ont conduit à l’unification italienne en 1861 et à l’unification allemande en 1871 contredisent cette affirmation. Le Concert européen a encouragé la concertation, sans supprimer la guerre.
Image: Wiener Kongress Abschlussdokument 2.JPG — Thomas Ledl, CC BY-SA 4.0






