La Furie espagnole (İspanyol Öfkesi) désigne une série de pillages de villes menés principalement par les armées espagnoles des Habsbourg pendant la révolte des Pays-Bas, entre 1572 et 1579. Son épisode le plus connu est le sac d’Anvers (Anvers en turc), du 4 au 7 novembre 1576. Des soldats impayés ont alors attaqué dans un contexte de vacance du pouvoir et d’affrontement militaire entre la ville et sa citadelle.
Pourquoi des soldats qui réclamaient leur solde ont-ils retourné leurs armes contre Anvers ? Si vous suivez les événements, de la mort du gouverneur général au rassemblement des troupes dans la citadelle, vous découvrez une histoire qui dépasse celle de soldats impayés. Pour comprendre l’attaque, il faut examiner un pouvoir divisé, des armées rivales et une crise financière dont le rôle exact reste débattu.
Que désigne la Furie espagnole ?
Le nom de Furie espagnole recouvre plusieurs pillages pendant la révolte des Pays-Bas. Il ne désigne pas uniquement celui d’Anvers. Les violences de novembre 1576 y sont toutefois devenues son exemple le plus célèbre. L’attaque s’est déroulée pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans, dans les Pays-Bas espagnols, sur le territoire de l’actuelle Belgique.
Anvers était un grand centre commercial. Au XVIe siècle, elle était devenue la capitale du commerce de l’Europe du Nord-Ouest. Elle reliait les marchandises d’outre-mer acheminées par l’Espagne et le Portugal aux routes commerciales allemandes et italiennes. La ville frappée par les soldats était donc un carrefour d’échanges entre plusieurs régions.
Pourquoi Anvers a-t-elle été pillée en 1576 ?
Les arriérés de solde étaient l’un des principaux griefs des soldats. Des hommes de l’armée de Flandre n’avaient pas reçu les sommes accumulées que leur devait le gouvernement de Philippe II. Avant l’attaque d’Anvers, des soldats espagnols privés de solde depuis des années avaient occupé Alost le 25 juillet 1576.
Vous pouvez comprendre ce grief à partir d’une expérience ordinaire : attendre son salaire et constater que l’argent n’arrive pas. Ici, les hommes impayés étaient des soldats armés. Leur occupation d’Alost montre que le conflit autour de la solde était déjà devenu un problème militaire et politique avant novembre.
L’autorité du gouvernement s’était elle aussi affaiblie. Le gouverneur général Luis de Requesens était mort subitement le 5 mars 1576. Sa mort avait créé une vacance du pouvoir aux Pays-Bas. La crise des soldes se déroulait donc alors que l’administration ne disposait plus de l’autorité auparavant exercée par le gouverneur général.
Une nouvelle escalade est survenue le 22 septembre. Une décision déclarant les soldats mutinés hors-la-loi a été étendue à toutes les troupes espagnoles des Pays-Bas. Elle ne visait donc plus seulement les premiers mutins. Cet élargissement compte pour comprendre quels soldats ont ensuite participé au sac d’Anvers.
La banqueroute espagnole a-t-elle provoqué l’attaque ?
Une explication courante relie les soldes impayées à la banqueroute de la Couronne espagnole. Selon ce récit, les banquiers auraient cessé de transférer l’argent, perturbant le paiement des troupes. Il établit un enchaînement direct entre les difficultés financières royales, la mutinerie militaire et le sac d’Anvers.
Mauricio Drelichman et Hans-Joachim Voth contestent cet enchaînement. Selon eux, la banqueroute de 1575 n’a pas interrompu les transferts d’argent. Ils soutiennent aussi que les ressources nécessaires pour régler la mutinerie étaient disponibles dès août 1576. Leur interprétation remet en cause l’idée qu’un simple manque de fonds disponibles expliquerait la poursuite de la crise.
Il faut distinguer les soldes impayées de l’explication de leur non-paiement. Le grief des soldats était bien réel. Le mécanisme financier qui l’a produit reste débattu. Il faut aussi tenir compte du partage de l’autorité militaire à Anvers et de la vacance laissée par Requesens.
Comment la ville et sa citadelle sont-elles devenues deux camps opposés ?
L’administration civile d’Anvers était dirigée par Frédéric Perrenot, seigneur de Champagney. Sancho Dávila commandait la citadelle. Au 3 novembre 1576, Champagney avait fait entrer l’armée des États généraux dans la ville. Dávila avait rassemblé dans la citadelle des troupes qui lui étaient fidèles.
Dávila avait également contacté des unités espagnoles mutinées à Alost, Lierre, Bréda et Maastricht. Il avait organisé leur rassemblement à Anvers. La confrontation réunissait ainsi des soldats venus de plusieurs lieux, en plus des forces déjà concentrées dans la ville et la forteresse.
Environ 10 000 civils ont participé à la construction de défenses provisoires contre une éventuelle attaque depuis la citadelle. Ce détail montre d’où venait le danger attendu. Les défenseurs de la ville se préparaient à repousser des troupes issues de la forteresse voisine.
Comment s’est déroulé le sac d’Anvers ?
Les troupes espagnoles ont attaqué à 11 h le 4 novembre 1576. Elles ont franchi les défenses provisoires. Le Rijksmuseum situe la Furie espagnole à Anvers du 4 au 7 novembre, une période qui englobe l’assaut et les jours de violence qui ont suivi.
Le comte Eberstein, commandant des troupes allemandes présentes dans la ville, s’est noyé dans l’Escaut en tentant de fuir. Des centaines de maisons ont brûlé pendant le sac. Le nouvel hôtel de ville d’Anvers a lui aussi pris feu. Les destructions ont touché à la fois les habitations et un bâtiment majeur du pouvoir municipal.
L’historien Raymond Fagel estime que cet épisode ne se résume pas à une mutinerie devenue incontrôlable. Selon son interprétation, deux armées se sont affrontées dans Anvers, puis leur confrontation a été suivie de pillages. Des soldats qui n’étaient pas mutinés ont eux aussi participé au sac.
Cette interprétation change votre lecture de l’attaque. Les soldats impayés d’Alost restent un élément de l’explication. Mais il faut aussi prendre en compte les forces accueillies par Champagney, les troupes rassemblées par Dávila et la participation de soldats non mutinés.
Combien de personnes sont mortes ?
Le bilan humain reste débattu. La notice de collection du MAS met en regard une estimation de 8 000 morts dans les récits de l’époque et celles des historiens modernes, comprises entre 2 000 et 2 500. Ces chiffres ne doivent pas être considérés comme des décomptes interchangeables ou également certains.
Le désaccord porte sur l’ampleur des tueries. Outre ces estimations, la destruction de centaines de maisons et l’incendie de l’hôtel de ville témoignent de l’étendue des ravages. Tout total précis de morts doit donc être présenté comme une estimation et accompagné de son attribution.
Chronologie
- 5 mars 1576 : le gouverneur général Luis de Requesens meurt subitement, laissant le pouvoir vacant.
- 25 juillet 1576 : des soldats espagnols impayés occupent Alost.
- 22 septembre 1576 : la déclaration mettant les mutins hors-la-loi est étendue à toutes les troupes espagnoles des Pays-Bas.
- 3 novembre 1576 : les forces de Champagney dans Anvers font face aux troupes rassemblées par Dávila dans la citadelle.
- 4–7 novembre 1576 : l’attaque est suivie de pillages, de tueries et d’incendies.
- 8 novembre 1576 : la pacification de Gand est signée.
- 1577 : les comités révolutionnaires des corporations de métiers d’Anvers expulsent les mercenaires allemands qui avaient remplacé les soldats espagnols.
- 17 août 1585 : Anvers capitule devant Alexandre Farnèse après un autre siège de quatorze mois.
Qu’est-ce qui a changé après la Furie espagnole ?
Le sac a durci l’attitude des habitants des Pays-Bas envers la domination des Habsbourg d’Espagne, y compris chez certains catholiques. L’opposition aux soldats dépassait donc les divisions religieuses existantes. Les violences ont renforcé le soutien au départ des troupes espagnoles.
La pacification de Gand a été signée le 8 novembre 1576, quatre jours après le début de l’attaque. Elle a uni des provinces révoltées et des provinces fidèles au roi autour d’un objectif : expulser les soldats espagnols. Le sac d’Anvers a donné davantage de force à ce but commun.
Les changements militaires se sont poursuivis dans Anvers. Après la Furie, des mercenaires allemands ont remplacé les soldats espagnols. En 1577, des comités révolutionnaires issus des corporations de métiers de la ville ont expulsé ces troupes allemandes. Le départ des soldats espagnols n’avait donc pas mis fin aux conflits sur la présence de forces armées dans la ville.
Ce que les guides touristiques ne vous racontent pas
Le 3 novembre 1576, le marchand Jan van der Meulen a écrit sa dernière lettre à son frère, à Cologne. Elle est arrivée le 7 novembre. Une note ajoutée à la lettre indiquait que la Furie espagnole avait eu lieu le 4 novembre. Cette lettre relie la correspondance d’un marchand à la chronologie de l’attaque.
Pendant les changements politiques qui ont suivi le sac, le côté de la citadelle d’Anvers tourné vers la ville a été démoli. La statue du duc d’Albe située dans sa cour a également été endommagée. Ces actions ont transformé la forteresse d’où était venue la menace d’une attaque contre la ville.
Un tableau anonyme conservé au MAS, daté de 1576–1585, représente la Furie espagnole sur la Grand-Place, ou Grote Markt. La scène est vue depuis la direction de la Koepoortstraat. Si vous observez le tableau, ce point de vue documenté vous permet de vous orienter dans sa représentation de la place.
Une autre œuvre anonyme, une gravure du Rijksmuseum datée de 1618–1624, comporte un poème sous la scène. Ses seize vers sont disposés en deux colonnes. L’objet conserve à la fois une représentation visuelle du sac et une réaction écrite à celui-ci.
Drelichman et Voth chiffrent le coût du règlement final de la mutinerie de 1576 à 633 000 escudos. Ils précisent aussi qu’elle ne fut ni la plus importante ni la plus longue des mutineries de l’armée. Il faut donc distinguer la célébrité d’Anvers de l’ampleur ou de la durée relatives du conflit autour de la solde.
FAQ
La Furie espagnole était-elle un événement unique ?
Non. Le terme recouvre des pillages menés principalement par les armées espagnoles des Habsbourg entre 1572 et 1579, pendant la révolte des Pays-Bas. Celui d’Anvers, en novembre 1576, en est l’exemple le plus connu.
Pourquoi les soldats étaient-ils en colère ?
Les soldes impayées étaient un grief majeur. Des soldats espagnols avaient déjà occupé Alost le 25 juillet 1576, après des années sans paiement. La faiblesse du gouvernement et la confrontation militaire à Anvers ont aussi façonné la crise.
Combien de temps le sac a-t-il duré ?
Le Rijksmuseum situe la Furie espagnole à Anvers du 4 au 7 novembre 1576. Les troupes ont commencé leur attaque à 11 h le 4 novembre et ont franchi les défenses provisoires de la ville.
La capitulation d’Anvers en 1585 faisait-elle partie de la même attaque ?
Non. Anvers a capitulé devant Alexandre Farnèse le 17 août 1585, après un siège de quatorze mois. Cette capitulation est un événement distinct du sac de novembre 1576.
Sources
- Wikipedia — Furie espagnole en.wikipedia.org
- Wikipedia — Sac d’Anvers en.wikipedia.org
- Rijksmuseum — Furie espagnole à Anvers, 1576 rijksmuseum.nl
- Canon van Vlaanderen — La Furie iconoclaste canonvanvlaanderen.be
- Raymond Fagel — Les origines de la Furie espagnole à Anvers emlc-journal.org
- MAS — La Furie espagnole, AV.1980.014 search.mas.be
- Mauricio Drelichman et Hans-Joachim Voth — Prêter à l’emprunteur de l’enfer, annexe II crei.cat
FAQ
Qu’est-ce que la Furie espagnole ?
La Furie espagnole désigne des pillages menés principalement par les armées espagnoles des Habsbourg pendant la révolte des Pays-Bas, entre 1572 et 1579. Le sac d’Anvers de novembre 1576 en est l’exemple le plus connu.
Pourquoi Anvers a-t-elle été pillée en 1576 ?
Les arriérés de solde étaient l’un des principaux griefs des soldats. La mort du gouverneur général avait aussi laissé le pouvoir vacant, tandis que des forces opposées se rassemblaient dans la ville et sa citadelle.
Combien de personnes sont mortes pendant le sac d’Anvers ?
Le nombre reste débattu. Le MAS met en regard une estimation de 8 000 morts dans les récits de l’époque et les estimations des historiens modernes, comprises entre 2 000 et 2 500.
Le sac de 1576 et la capitulation d’Anvers en 1585 sont-ils le même événement ?
Non. Le sac a eu lieu du 4 au 7 novembre 1576. Anvers a capitulé devant Alexandre Farnèse le 17 août 1585, après un autre siège qui avait duré quatorze mois.
Image: Jan Portant – The Spanish Fury rages on the Market Place.jpg — unknown, Public domain






