Qu’était le Parti républicain progressiste en Turquie ?
Le Parti républicain progressiste (Terakkiperver Cumhuriyet Fırkası) est le premier parti d’opposition de la République de Turquie. Fondé à Ankara le 17 novembre 1924, il y établit aussi son siège. Le gouvernement ordonne sa fermeture le 3 juin 1925, mettant fin à sa brève existence politique.
Ses fondateurs craignent qu’un gouvernement sans opposition ne devienne autoritaire. Leur programme accepte la république comme forme de l’État. Il fait aussi du libéralisme et de la démocratie les principes fondamentaux du parti. Selon la position qu’ils défendent, l’opposition a sa place dans le système républicain.
Si vous explorez l’histoire de la République de Turquie, ce parti vous permet d’aborder un désaccord concret sur le pouvoir politique. Son programme réclame la décentralisation et un président neutre. Sa fermeture soulève une autre question : jusqu’où un parti d’opposition peut-il agir lorsque le gouvernement dispose de vastes pouvoirs d’exception ?
Quel est le nom turc du Parti républicain progressiste ?
Terakkiperver Cumhuriyet Fırkası est le nom turc à connaître pour identifier le Parti républicain progressiste. L’organisation voit le jour à Ankara. Le 17 novembre 1924, Ali Fuat Pacha (Ali Fuat Paşa) remet sa demande de création au ministre de l’Intérieur, Recep Bey. Il y joint le programme, les statuts et la déclaration de fondation.
Les cinq principaux fondateurs sont Kâzım Karabekir, Rauf Orbay, Ali Fuat Cebesoy, Refet Bele et Adnan Adıvar. Karabekir devient président le 26 novembre 1924. Adıvar et Orbay occupent les fonctions de vice-présidents. Cebesoy devient secrétaire général. Ces noms relient les documents fondateurs à la direction du parti.
Son soutien au Parlement se développe grâce aux départs du Parti du peuple. Au 22 novembre 1924, 32 députés ont quitté ce parti. Parmi eux, 28 rejoignent le Parti républicain progressiste. Quatre restent indépendants. Ces chiffres permettent de distinguer l’ensemble des départs du nombre de députés qui entrent dans la nouvelle formation d’opposition.
Quel était le programme du Parti républicain progressiste ?
Les deux premiers articles du programme affirment ses engagements républicains et libéraux. Le premier définit la république comme forme de l’État. Le deuxième désigne le libéralisme et la démocratie comme principes fondamentaux. Ces dispositions vous donnent une base plus solide pour comprendre le parti que son seul nom anglais.
Le parti défend la décentralisation. Il souhaite aussi que le président reste politiquement neutre et renonce à son mandat parlementaire. Ces propositions portent sur la répartition du pouvoir. Elles concernent à la fois les rapports entre le gouvernement central et les pouvoirs locaux, et la place du président dans la vie politique.
L’article 8 propose l’élection des députés au suffrage populaire direct, à un seul degré. L’article 13 prévoit d’interdire aux agents rémunérés sur le budget de l’État d’adhérer à un parti politique. Avec la neutralité présidentielle, ces dispositions fixent des limites précises au cumul entre fonctions publiques et appartenance partisane.
Pour comprendre l’article 13, vous pouvez partir d’une situation quotidienne : le salaire d’un agent public et son adhésion politique. La règle proposée vise les agents dont la rémunération provient du budget de l’État. La question pratique est simple : une personne payée par l’État doit-elle aussi pouvoir appartenir à un parti politique ? Le programme répond non.
L’article 6 affirme le respect des idées et des croyances religieuses. Cette disposition devient ensuite un élément central des arguments en faveur de la fermeture. Le désaccord porte sur le sens de ce respect : s’agit-il d’une déclaration de principe ou d’une formulation permettant de mettre la religion au service de la politique ?
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
Le programme du parti compte 58 articles. Il s’inspire des programmes du Parti conservateur britannique et du Parti radical-socialiste français. Ces influences accompagnent son engagement explicite en faveur du libéralisme et de la démocratie. Le programme contient aussi des propositions concrètes sur les élections, l’emploi public et la présidence.
La première section ouvre à Urfa. Le parti entreprend ensuite de s’organiser à Sivas, Istanbul, Ordu et Trabzon. Pourtant, à la fin de décembre 1924, son organisation locale n’est achevée qu’à Sivas. L’ouverture de sections et l’achèvement d’une organisation locale constituent donc deux étapes distinctes de son expansion.
Le dépôt des documents fondateurs et la désignation du président interviennent également à des dates différentes. Ali Fuat Pacha remet les documents le 17 novembre. Karabekir devient président le 26 novembre. La création du parti, le ralliement de députés et la mise en place de sa direction se déroulent ainsi en plusieurs étapes au cours du même mois.
Comment la révolte du cheikh Saïd a-t-elle changé la situation du parti ?
La révolte du cheikh Saïd (Şeyh Said) commence le 13 février 1925. Le Parti républicain progressiste soutient les mesures prises par le gouvernement pour la combattre. Il s’oppose toutefois aux pouvoirs d’exception. Sa position associe donc un soutien à l’action gouvernementale et des objections à l’étendue du pouvoir exercé.
La loi sur le maintien de l’ordre (Takrir-i Sükûn) est adoptée le 4 mars 1925. Elle donne de larges pouvoirs au gouvernement et fournit la base juridique de la fermeture du parti. Les inquiétudes déjà exprimées par l’opposition sur la concentration du pouvoir prennent alors une dimension concrète : cette loi permet d’agir contre sa propre organisation.
Les poursuites contre un organisateur local s’inscrivent dans cette période. Le lieutenant-colonel à la retraite Mehmet Fethi Bey travaille à l’organisation du parti à Urfa, Siverek et Mardin. Son procès devant le tribunal de l’indépendance de l’Est s’ouvre le 30 avril 1925. Il est accusé d’utiliser la religion à des fins politiques.
Mehmet Fethi Bey est condamné à cinq ans de travaux forcés. Son affaire concerne un organisateur identifié et ses activités. Le débat historique plus large porte sur les rapports entre le parti et la révolte. L’historien Walter F. Weiker jugeait ce lien extrêmement difficile à établir.
Pourquoi le Parti républicain progressiste a-t-il été fermé ?
Le 3 juin 1925, le Conseil des ministres ordonne la fermeture de tous les centres et de toutes les sections du parti en application de la loi sur le maintien de l’ordre. La décision vise l’ensemble de l’organisation. Elle met fin à la tentative de maintenir une opposition républicaine sous la présidence de Karabekir.
Les arguments officiels se concentrent sur l’article 6. Selon la décision de fermeture, sa formulation sur les croyances religieuses aurait servi à introduire la religion dans la politique et à encourager les milieux réactionnaires. C’est l’accusation du gouvernement. Les dirigeants du parti contestent à la fois cette accusation et l’interprétation de leur programme.
Rauf Orbay défend plus tard l’article 6 dans ses mémoires. Il soutient que cet article exprimait la volonté d’éviter le fanatisme religieux et l’exploitation politique de la religion. Son récit donne ainsi à la même disposition un sens différent de celui avancé par le gouvernement pour justifier la fermeture.
Ali Fuat Pacha et d’autres membres du parti rejettent eux aussi les accusations. Ils présentent leurs activités comme une opposition légale fondée sur la Constitution. Leur défense reprend la position initiale du parti : une organisation d’opposition peut accepter la république tout en contestant la manière dont le gouvernement exerce le pouvoir.
L’interprétation de Weiker maintient une autre distinction. Il juge extrêmement difficile de relier le parti à la révolte du cheikh Saïd. Il n’exclut cependant pas de possibles contacts entre certains adhérents locaux et les insurgés. De possibles contacts locaux et un lien établi impliquant le parti en tant qu’organisation constituent deux affirmations différentes.
Chronologie
- 17 novembre 1924 : fondation du Parti républicain progressiste à Ankara.
- 26 novembre 1924 : Kâzım Karabekir devient président du parti.
- 13 février 1925 : début de la révolte du cheikh Saïd.
- 4 mars 1925 : adoption de la loi sur le maintien de l’ordre.
- 30 avril 1925 : ouverture du procès de Mehmet Fethi Bey devant le tribunal de l’indépendance de l’Est.
- 3 juin 1925 : le Conseil des ministres ordonne la fermeture de tous les centres et de toutes les sections du parti.
- 4 juin 1925 : entrée en vigueur du décret de fermeture, selon la publication du Centre de recherches Atatürk.
Pourquoi les récits donnent-ils des dates de fermeture différentes ?
La publication du Centre de recherches Atatürk distingue la décision du Conseil des ministres, prise le 3 juin 1925, de l’entrée en vigueur du décret, le 4 juin. Wikipédia en anglais donne le 5 juin comme date de fermeture. Si vous rencontrez plusieurs dates, la distinction entre la décision et son application explique une partie de cet écart.
La chronologie la plus claire suit ces actes distincts : le Conseil des ministres décide la fermeture le 3 juin, puis le décret entre en vigueur le 4 juin, selon le Centre de recherches Atatürk. Distinguer ces actes permet de mieux suivre les derniers jours du parti, sans considérer que toutes les dates rapportées désignent le même événement.
FAQ
Qui dirigeait le Parti républicain progressiste ?
Kâzım Karabekir devient président le 26 novembre 1924. Rauf Orbay et Adnan Adıvar sont vice-présidents. Ali Fuat Cebesoy occupe le poste de secrétaire général.
Était-ce un parti républicain ou libéral ?
Son programme réunit les deux engagements. Il accepte la république comme forme de l’État et fait du libéralisme et de la démocratie ses principes fondamentaux.
Le parti soutenait-il la révolte du cheikh Saïd ?
Le parti soutient les mesures gouvernementales contre la révolte tout en s’opposant aux pouvoirs d’exception. Ses dirigeants rejettent les accusations formulées lors de la procédure de fermeture. L’existence d’un lien direct entre l’organisation et la révolte reste contestée.
Qu’est-ce qui a mis fin à sa brève existence ?
La décision de fermeture du Conseil des ministres, prise le 3 juin 1925, vise tous les centres et toutes les sections du parti. Elle s’appuie sur la loi sur le maintien de l’ordre, adoptée le 4 mars de la même année.
Sources
- Wikipédia — Parti républicain progressiste tr.wikipedia.org
- Wikipédia — Parti républicain progressiste (Turquie)) en.wikipedia.org
- Encyclopédie Atatürk — Parti républicain progressiste ataturkansiklopedisi.gov.tr
- Revue du Centre de recherches Atatürk — L’interprétation par la presse des événements des premières années de la République atamdergi.gov.tr
- Centre de recherches Atatürk — Histoire de la République de Turquie II atam.gov.tr
- Ahmet Yeşil — Le procès de Mehmet Fethi Bey devant le tribunal de l’indépendance de l’Est dergipark.org.tr
- Resul Babaoğlu — L’affaire du Parti républicain progressiste et son déroulement à travers le Nutuk et les mémoires dergipark.org.tr
FAQ
Qu’était le Parti républicain progressiste en Turquie ?
C’était le premier parti d’opposition de la République de Turquie, fondé à Ankara le 17 novembre 1924. Son programme faisait du libéralisme et de la démocratie ses principes fondamentaux.
Quel est le nom turc du Parti républicain progressiste ?
Son nom turc est Terakkiperver Cumhuriyet Fırkası. Kâzım Karabekir en devient président le 26 novembre 1924.
Pourquoi le Parti républicain progressiste a-t-il été fermé ?
Le gouvernement accusait le parti d’utiliser la religion à des fins politiques et d’encourager les milieux réactionnaires. Ses dirigeants rejetaient ces accusations. Le Conseil des ministres ordonne sa fermeture le 3 juin 1925 en application de la loi sur le maintien de l’ordre.
Le parti avait-il des liens avec la révolte du cheikh Saïd ?
Ce lien reste contesté. L’historien Walter F. Weiker jugeait extrêmement difficile d’établir une relation entre le parti et la révolte, sans exclure de possibles contacts impliquant certains adhérents locaux.




