Histoire mondiale

Lalibela : 11 églises taillées dans la roche en Éthiopie

Les 11 églises médiévales de Lalibela ont été creusées de haut en bas dans le substrat volcanique : leurs murs, leurs toits et leurs espaces intérieurs ont pris forme par enlèvement de la pierre. La tradition éthiopienne rattache cet ensemble au roi Lalibela, tandis que les recherches indiquent plusieurs phases de construction et de transformation.

10 min de lecture7 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Lalibela : 11 églises taillées dans la roche en Éthiopie
Ethiopia – sunset at Church of Saint George, Lalibela 01.jpg

Les 11 églises médiévales de Lalibela (en turc : Lalibela) ont été creusées dans le substrat volcanique depuis la surface. Les artisans ont retiré la roche autour de chaque bâtiment, évidé son intérieur et façonné ses surfaces. Portes, fenêtres, colonnes, sols et toits sont ainsi nés de la roche elle-même. Le principe central était la soustraction : l’église prenait forme à mesure que la pierre était retirée.

L’expression « taillées dans un seul bloc » mérite une précision. Les églises de Lalibela appartiennent à un ensemble creusé dans le substrat rocheux, avec des groupes de bâtiments, des passages et des aménagements hydrauliques. Une étude géologique publiée en 2011 identifie cette roche comme une vaste masse de basalte scoriacé ayant rempli une ancienne vallée. Les églises s’inscrivent dans ce cadre géologique plus large.

Lalibela, en Éthiopie : où se trouvent les églises rupestres ?

Lalibela est une ville historique de la région Amhara, en Éthiopie. Elle se trouve plus précisément dans le secteur du Lasta, au Wollo du Nord. Son altitude est d’environ 2 500 mètres. Ces repères situent les églises dans une ville dont le nom désigne aussi l’ensemble religieux.

Le bien inscrit à l’UNESCO comprend 11 églises rupestres médiévales. Cinq se dressent d’un côté du cours d’eau appelé le Jourdain, et cinq de l’autre. Biete Ghiorgis occupe un emplacement distinct. Si vous imaginez deux groupes et une église à part, vous disposez d’un premier repère pour comprendre l’organisation du site.

Comment les églises de Lalibela ont-elles été taillées dans la roche ?

Le Metropolitan Museum of Art décrit des ouvriers travaillant la roche volcanique poreuse avec des ciseaux, des haches et d’autres outils de taille. Ils progressaient depuis la surface vers le bas. Ce sens de travail compte : la partie la plus basse d’une église était la dernière atteinte au cours du creusement.

Les ouvriers commençaient par tracer le contour du bâtiment à la surface de la roche. Ils retiraient ensuite la pierre alentour pour isoler sa masse principale. Ce qui restait allait devenir l’église. L’espace qui l’entourait résultait lui aussi de l’excavation : il apparaissait à mesure que les ouvriers dégageaient le bâtiment de la matière environnante.

Venaient ensuite l’évidement de l’intérieur, puis la mise en forme et la décoration de l’extérieur. Ces opérations transformaient la roche restante en espace architectural. L’UNESCO cite les portes, les fenêtres, les colonnes, les sols et les toits parmi les éléments obtenus en taillant le substrat rocheux.

Pour prendre une comparaison du quotidien, imaginez que vous sculptez une forme dans un pain de savon : vous la faites apparaître en retirant de la matière. Les artisans de Lalibela ont appliqué ce principe de soustraction à la roche volcanique. Leur travail portait à la fois sur la forme extérieure du bâtiment, ses espaces intérieurs et les éléments qui les soutiennent.

Le chantier produisait aussi de grandes quantités de déchets de taille. À Qeyit Terara, les déblais issus du creusement des églises se sont accumulés au-dessus de structures plus anciennes. Ces fragments rejetés ont formé une couverture qui a contribué à préserver les couches archéologiques sous l’amas.

Qui a fait construire les églises de Lalibela, et quand ?

La tradition éthiopienne attribue l’ensemble au roi Lalibela. Le Met situe approximativement son règne entre 1181 et 1221. L’UNESCO rattache les églises à sa volonté de créer une Nouvelle Jérusalem alors que les pèlerinages vers la Terre sainte étaient entravés.

Ce lien avec le roi coexiste avec une chronologie de construction plus étendue. Le Met évoque quatre ou cinq phases entre le VIIe et le XIIIe siècle. Selon cette interprétation, l’ensemble s’est développé au fil de plusieurs épisodes de construction et de transformation. L’attribution traditionnelle et la chronologie par phases présentent son passé de deux manières différentes.

La vie du roi, racontée comme celle d’un saint, rapporte que des anges l’aidèrent à achever les églises en 24 ans. Le Met présente cet épisode comme un récit religieux, plutôt que comme une preuve historique de la durée du chantier. Si vous rencontrez cette histoire, replacez-la dans la tradition dévotionnelle du site.

Quelle église de Lalibela possède un plan en croix ?

Biete Ghiorgis est dédiée à saint Georges et possède un plan en croix. Elle se dresse à l’écart des deux groupes de cinq églises. Sa forme montre particulièrement bien comment les tailleurs ont donné à la roche restante un contour architectural délibérément choisi.

Biete Medhani Alem permet de saisir autrement l’ampleur du travail. Elle possède cinq nefs. L’UNESCO la présente comme l’édifice considéré comme la plus grande église monolithique du monde. Ici, l’intérieur creusé compte autant dans la réalisation que la masse visible à l’extérieur.

Biete Amanuel témoigne d’un autre choix architectural. Sa façade taillée dans la roche imite la maçonnerie alternant bois et pierre que l’on trouve à Yemrehanna Krestos. Les artisans ont utilisé une surface rocheuse continue pour reproduire l’apparence d’un mur composé de matériaux distincts.

Comment les passages et les aménagements hydrauliques reliaient-ils les églises ?

Le réseau de passages de Lalibela relie davantage que des lieux de culte. Le Met décrit des parcours reliant les églises à des tombes, à des espaces funéraires souterrains et à des réserves. Ces espaces communicants appartiennent au même ensemble creusé dans la roche. Ils permettent de comprendre le site au-delà des seuls bâtiments religieux.

L’eau fait aussi partie de cet ensemble. Trois bassins occupent la cour de Biete Mariam. Ils sont alimentés par les aménagements hydrauliques du complexe. Leur présence montre que la gestion de l’eau faisait partie des espaces entourant les églises, aux côtés des passages et des cours excavées.

La fonction de chaque tranchée demande toutefois un examen précis. À l’encontre de l’hypothèse selon laquelle les tranchées servaient principalement au drainage, les fouilles menées à Adish-Adie en 2023 ont suggéré que cette tranchée pouvait avoir été conçue pour recueillir l’eau. Ce résultat concerne un aménagement particulier. Il ne doit pas devenir une explication unique pour toutes les tranchées de Lalibela.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

Du charbon de bois provenant du fond du comblement de la tranchée d’Adish-Adie a été daté du XIIIe siècle. Il indique que l’accumulation de sédiments y avait commencé à cette époque. Cette datation porte sur un matériau contenu dans le remplissage de la tranchée. Elle constitue un indice précis dans l’histoire du système hydraulique.

À Qeyit Terara, les archéologues ont découvert des structures circulaires construites les unes au-dessus des autres. Ces vestiges indiquent une utilisation intermittente du milieu du XIe siècle au XVIIIe siècle. Leur succession ajoute une histoire d’occupation plus longue aux indices liés au creusement des églises.

L’amas de déblais de Qeyit Terara présente un autre intérêt. La pierre retirée lors de la création des églises a recouvert des bâtiments plus anciens et préservé des couches archéologiques. Les matériaux rejetés pendant une phase d’activité ont ainsi protégé les traces d’une autre.

La ville figure aussi sur la carte de Fra Mauro, réalisée à Venise en 1457–1459. Son nom y apparaît sous la forme Lalabeda. Cette mention fournit une attestation datée de Lalibela, au-delà des récits de construction et des vestiges matériels du complexe.

Pourquoi l’eau menace-t-elle la conservation des églises de Lalibela ?

La roche poreuse travaillée par les ouvriers est vulnérable aux dégradations liées à l’eau. L’étude géologique et géotechnique de 2011 a montré que l’eau pénétrant dans le basalte scoriacé pouvait être retenue au-dessus du basalte imperméable sous-jacent. Ce mécanisme accentuait l’altération et les pertes de matière.

L’UNESCO indique que les tranchées de drainage se sont remplies de terre au fil des siècles et ont été dégagées au XXe siècle. Les dégâts causés par l’eau sont néanmoins restés un grave problème de conservation. L’histoire des tranchées comprend donc leur utilisation ancienne et les efforts ultérieurs pour rétablir le drainage.

La documentation et la consolidation du site de Lalibela ont compté parmi les premiers projets de conservation du World Monuments Fund dans les années 1960. En 2007, l’Union européenne a installé des abris modernes temporaires au-dessus de quatre églises pour les protéger de la pluie. Ces interventions visaient à préserver des bâtiments directement taillés dans la roche.

Chronologie

  • VIIe–XIIIe siècles : période couverte par la chronologie du Met, qui distingue quatre ou cinq phases de construction.
  • Milieu du XIe siècle : début de l’utilisation intermittente documentée des structures circulaires fouillées à Qeyit Terara.
  • Vers 1181–1221 : règne du roi Lalibela, selon les dates données par le Met.
  • XIIIe siècle : datation du charbon de bois découvert au fond du comblement de la tranchée d’Adish-Adie.
  • 1457–1459 : la carte de Fra Mauro mentionne Lalibela sous le nom de Lalabeda.
  • Années 1960 : les travaux de conservation du World Monuments Fund comprennent la documentation et la consolidation du site.
  • 1978 : les églises rupestres sont inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • 2007 : des abris de protection temporaires sont installés au-dessus de quatre églises.
  • 2023 : les fouilles d’Adish-Adie livrent des indices suggérant une fonction de collecte de l’eau.

FAQ

Où se trouvent les églises rupestres de Lalibela ?

Les églises se trouvent à Lalibela, dans le secteur du Lasta, au Wollo du Nord, dans la région Amhara en Éthiopie. La ville se situe à environ 2 500 mètres d’altitude.

Comment les églises ont-elles été creusées ?

Les ouvriers utilisaient des ciseaux, des haches et d’autres outils de taille pour travailler le substrat volcanique de haut en bas. Ils retiraient la pierre environnante, év vidaient la masse restante et y façonnaient les éléments architecturaux.

Le roi Lalibela a-t-il fait construire les 11 églises ?

La tradition éthiopienne attribue l’ensemble au roi Lalibela. Le Met présente aussi une chronologie de quatre ou cinq phases entre le VIIe et le XIIIe siècle. Le récit d’un achèvement en 24 ans avec l’aide d’anges relève de la tradition religieuse.

Les églises servent-elles encore au culte ?

Oui. Les églises de Lalibela restent utilisées quotidiennement pour le culte et accueillent de grands rassemblements de pèlerins à Noël et à Pâques. Lorsque vous considérez leurs salles et leurs passages creusés dans la roche, vous découvrez aussi des espaces qui continuent de servir aux fidèles.

Sources

  1. Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO — Églises creusées dans le roc de Lalibela whc.unesco.org
  2. The Metropolitan Museum of Art — Les églises rupestres de Lalibela metmuseum.org
  3. Journal of African Earth Sciences — Propriétés géologiques et géotechniques des églises rupestres médiévales de Lalibela sciencedirect.com
  4. CNRS Sustainable Lalibela — La Tranchée D’Adish-Adie; Qeyit Terara et les recherches archéologiques à Lalibela sustainablelalibela.cnrs.fr
  5. Université de Toronto à Scarborough — Région de Lalibela utsc.utoronto.ca
  6. World Monuments Fund — Églises rupestres de Lalibela wmf.org
  7. Wikipédia — Lalibela en.wikipedia.org

FAQ

Où se trouvent les églises rupestres de Lalibela ?

Elles se trouvent à Lalibela, dans le secteur du Lasta, au Wollo du Nord, dans la région Amhara en Éthiopie. La ville se situe à environ 2 500 mètres d’altitude.

Comment les églises de Lalibela ont-elles été creusées ?

Les ouvriers ont attaqué le substrat volcanique poreux de haut en bas, à l’aide de ciseaux, de haches et d’autres outils de taille. Ils ont retiré la pierre autour de la masse principale de chaque église, puis l’ont évidée et façonnée.

Le roi Lalibela a-t-il fait construire les 11 églises ?

La tradition éthiopienne attribue l’ensemble au roi Lalibela, dont le règne se situe approximativement entre 1181 et 1221. Le Metropolitan Museum of Art présente aussi une chronologie comprenant quatre ou cinq phases de construction entre le VIIe et le XIIIe siècle.

Les églises de Lalibela sont-elles encore utilisées ?

Les églises restent des lieux de culte quotidien. Elles accueillent de grands rassemblements de pèlerins à Noël et à Pâques.

Image: Ethiopia – sunset at Church of Saint George, Lalibela 01.jpg — Thomas Fuhrmann, CC BY-SA 4.0

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