Ahmed Yasawi (Ahmed Yesevî) relie deux grands pans de l’histoire du Turkestan : la poésie soufie en turc et l’architecture monumentale commandée par Tamerlan (Timur). Yasawi vivait en Asie centrale au XIIe siècle. Son mausolée actuel date de 1389–1405. Le maître et le monument permettent de comprendre la place du Turkestan dans l’histoire de la culture islamique des peuples turciques d’Asie centrale.
Si vous voyagez en Turquie et souhaitez explorer les racines centrasiatiques de la littérature religieuse turque, Yasawi vous offre un point de départ concret. Ses poèmes, appelés hikmets, enseignaient l’islam et le soufisme dans un turc simple, en vers syllabiques. Son enseignement religieux avait pour centre Yesi, la ville historique associée au Turkestan actuel.
Qui était Ahmed Yasawi ?
Ahmed Yasawi, également connu sous le nom de Khoja Ahmad Yasawi, était un poète soufi considéré comme le fondateur de la confrérie Yasawiyya. Il portait le titre de Pîr-i Türkistan. Selon le ministère turc de la Culture et du Tourisme, son nom Yesevî désigne une personne originaire de Yesi. La ville fait donc partie de son identité autant que de sa biographie.
Saïram (Sayram), près de Chymkent, dans l’actuel Kazakhstan, est généralement présentée comme son lieu de naissance. Certaines sources historiques citent plutôt Yesi. Sa date de naissance appelle elle aussi des précautions. Wikipédia en turc retient 1093. L’Encyclopédie de l’islam de la TDV considère cette date comme incertaine et propose la seconde moitié du XIe siècle.
Cette distinction compte lorsque vous lisez une courte biographie. Une année de naissance précise et une période approximative n’offrent pas le même degré de certitude. La place de Yasawi dans la vie soufie de l’Asie centrale du XIIe siècle est mieux établie que sa date de naissance exacte.
Biographie d’Ahmed Yasawi : sa famille, Boukhara et Yesi
Les sources donnent à son père le nom de Şeyh İbrâhim et à sa mère celui d’Ayşe Hatun. Sa sœur aînée s’appelait Gevher Şehnaz. Enfant, il s’installa avec elle à Yesi. Ces éléments familiaux rattachent donc Yesi à ses premières années, avant que la ville ne devienne le centre de son enseignement.
Selon sa biographie traditionnelle, Yasawi devint le disciple de Yûsuf el-Hemedânî à Boukhara (Buhara). Il revint ensuite à Yesi, où il poursuivit son activité de guide religieux. Le ministère de la Culture et du Tourisme situe sa mort à Yesi en 1166–1167.
Le récit traditionnel rapporte aussi qu’à 63 ans, il se retira dans une retraite souterraine. L’incertitude sur sa naissance empêche de dater cet épisode avec assurance. La durée de cette retraite reste elle aussi incertaine. Cet épisode appartient à sa biographie traditionnelle, mais sa chronologie doit rester présentée avec réserve.
Comment sa poésie en turc enseignait-elle l’islam ?
Le Dîvân-ı Hikmet rassemble des poèmes religieux et mystiques attribués à Yasawi. Ces poèmes sont appelés hikmets. Le recueil s’est enrichi au fil du temps de textes d’autres derviches de sa tradition. Il témoigne donc à la fois de son lien avec Yasawi et de la continuité de sa tradition poétique.
Les hikmets enseignaient l’islam et le soufisme aux communautés turciques dans un turc simple, en vers syllabiques. Pour faire le lien avec votre quotidien, pensez à la manière dont vous expliquez une idée difficile avec des mots familiers. Yasawi employait lui aussi une langue accessible pour transmettre un enseignement religieux. L’usage du turc est au cœur de la portée culturelle de cette poésie.
Les plus anciennes copies conservées dont traite l’Encyclopédie de l’islam de la TDV datent approximativement des XVIe et XVIIe siècles. Il est donc impossible d’attribuer directement chaque poème à Yasawi avec certitude. Parmi les sélections plus récentes, le Dîvân-ı Hikmet’ten Seçmeler de Kemal Eraslan, publié en 1983, présente 70 hikmets accompagnés de versions dans le turc utilisé en Turquie.
Mausolée d’Ahmed Yasawi : où se trouve son tombeau ?
Le mausolée de Khoja Ahmed Yasawi se trouve au Turkestan, dans le sud du Kazakhstan. Il occupe l’emplacement de l’ancienne citadelle intérieure de la ville historique de Yesi. L’édifice actuel a remplacé un mausolée plus petit datant du XIIe siècle. Le monument funéraire de Yasawi possède ainsi une histoire antérieure à la forme monumentale qui nous est parvenue.
Tamerlan commanda le mausolée actuel, construit entre 1389 et 1405. Le chantier s’arrêta après sa mort en 1405. Certaines parties de l’entrée principale et de l’intérieur restèrent inachevées. Si vous étudiez l’édifice, ces travaux interrompus font partie de son histoire et des circonstances de sa construction.
Les artisans iraniens qui travaillaient au mausolée expérimentèrent des agencements d’espaces, de voûtes et de coupoles. Ces solutions servirent ensuite de modèles aux édifices timourides de Samarcande (Semerkant). L’importance du monument dépasse donc la commémoration de Yasawi. Il conserve aussi la trace d’expériences architecturales qui ont nourri les constructions ultérieures.
Le bâtiment rectangulaire mesure 45,8 mètres sur 62,7 mètres et atteint une hauteur totale de 38,7 mètres. Sa salle principale, le Kazandyk, mesure 18,2 mètres sur 18,2 mètres. La coupole qui la surmonte a un diamètre de 18,2 mètres. L’évaluation de l’ICOMOS la décrit comme la plus grande d’Asie centrale.
L’UNESCO a inscrit le mausolée sur la Liste du patrimoine mondial en 2003, au titre des critères (i), (iii) et (iv).
Mosquée d’Ahmed Yasawi : que contient le complexe ?
Construit en briques cuites, le complexe comprend 35 pièces. Il réunit un mausolée et une mosquée dans une khanqah, un établissement soufi aux fonctions multiples. Le qualifier de tombeau souligne sa fonction commémorative. La mosquée et les autres pièces témoignent aussi des usages historiques du bâtiment.
La partie consacrée à la mosquée conserve des fragments de peintures murales d’origine. Leur décor comprend des motifs géométriques et végétaux bleu pâle. Ces surfaces préservées ajoutent une autre dimension au complexe. Avec ses grandes salles et ses coupoles, l’édifice conserve ainsi des traces de son décor intérieur peint.
Détails tirés des sources historiques
Le chaudron de bronze de la salle du Kazandyk date de 1399. Il pèse environ deux tonnes et mesure 2,2 mètres de diamètre. Cet objet daté inscrit une imposante réalisation de métallurgie dans la période de construction du mausolée de Tamerlan.
En 1509–1510, Fazlullah b. Rûzbihân décrivit un recueil de poésie en turc qu’il avait vu au mausolée. Il signala que le nom Dîvân-ı Hikmet ne figurait pas au début du recueil. Son observation apporte un détail précis sur la présentation de la poésie associée au lieu dans un témoignage ancien.
En 1957, des réparations de l’appui ouest du portail nord mirent au jour des murs du mausolée antérieur. Ces vestiges firent l’objet d’un examen détaillé lors de la restauration de 1975. Le premier mausolée, plus petit, est donc attesté par des vestiges matériels autant que par le récit de son remplacement.
Pourquoi plusieurs traditions religieuses se réclament-elles de Yasawi ?
Wikipédia en anglais rattache Yasawi à l’islam sunnite et à l’école juridique hanafite. L’étude publiée par Ali Rıza Özdemir en 2021 constate aussi que des milieux alévis comme sunnites se réclament de lui et se présentent comme les héritiers de sa tradition. Ces revendications montrent que sa mémoire traverse différentes communautés religieuses.
La thèse qui situe les origines de l’alévisme dans la tradition de Yasawi reste débattue. Dans une étude de 2012–2013, Ayfer Karakaya-Stump remet en cause cette thèse de Köprülü. Selon elle, de nouveaux documents d’archives démontrent l’importance de la Vefâiyye, enracinée en Irak. Il faut donc distinguer ces revendications communes de l’héritage de Yasawi d’une filiation institutionnelle établie.
L’université Ahmed Yasawi et le Turkestan
L’université internationale turco-kazakhe qui porte le nom de Yasawi est établie au Turkestan. Son origine remonte à la création de l’université d’État du Turkestan, le 6 juin 1991. L’établissement porte son nom dans la ville même où son enseignement s’est développé et où se trouve son mausolée.
Chronologie
- Seconde moitié du XIe siècle : période de naissance possible proposée par la TDV ; la date exacte reste incertaine.
- XIIe siècle : Yasawi vit en Asie centrale et enseigne à Yesi.
- 1166–1167 : le ministère de la Culture et du Tourisme situe sa mort à Yesi durant ces années.
- 1389 : début de la construction du mausolée actuel commandé par Tamerlan.
- 1399 : date portée par le grand chaudron de bronze de la salle du Kazandyk.
- 1405 : arrêt du chantier après la mort de Tamerlan.
- 1509–1510 : Fazlullah b. Rûzbihân décrit le recueil de poésie en turc conservé au mausolée.
- 1957 : des réparations mettent au jour des murs du mausolée antérieur.
- 1975 : la restauration comprend un examen détaillé de ces vestiges.
- 1983 : Kemal Eraslan publie sa sélection de 70 hikmets.
- 6 juin 1991 : création de l’université d’État du Turkestan, à l’origine de l’université qui portera ensuite le nom de Yasawi.
- 2003 : inscription du mausolée sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
FAQ
Qui était Ahmed Yasawi ?
Ce poète soufi d’Asie centrale du XIIe siècle est considéré comme le fondateur de la confrérie Yasawiyya. Il était aussi connu sous le titre de Pîr-i Türkistan. Ses hikmets enseignaient l’islam et le soufisme dans un turc simple.
Où se trouve le tombeau d’Ahmed Yasawi ?
Son mausolée se trouve au Turkestan, dans le sud du Kazakhstan, dans le périmètre de l’ancienne citadelle de la ville historique de Yesi. Tamerlan commanda l’édifice conservé aujourd’hui. Il fut construit entre 1389 et 1405 à l’emplacement d’un mausolée antérieur.
Le mausolée est-il aussi une mosquée ?
Oui. Le complexe en briques cuites comprend 35 pièces et réunit les fonctions de tombeau et de mosquée dans une khanqah. Des fragments de peintures murales d’origine, bleu pâle, subsistent dans la partie consacrée à la mosquée.
Quel nom Wikipédia donne-t-elle à Ahmed Yasawi ?
Wikipédia en turc donne son nom complet : Ahmed bin İbrâhim bin İlyâs Yesevî. Wikipédia en anglais indique qu’il appartenait à l’islam sunnite et à l’école juridique hanafite.
Sources
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Ahmed Yesevî islamansiklopedisi.org.tr
- Wikipédia — Ahmed Yesevî tr.wikipedia.org
- Ministère de la Culture et du Tourisme de la République de Turquie — Ahmed Yesevi ktb.gov.tr
- Wikipédia — Ahmad Yasawi en.wikipedia.org
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Dîvân-ı Hikmet islamansiklopedisi.org.tr
- Cours ouverts de l’université d’Ankara — Dîvan-ı Hikmet acikders.ankara.edu.tr
- UNESCO — Mausolée de Khoja Ahmed Yasawi whc.unesco.org
- ICOMOS — Évaluation de la candidature au patrimoine mondial de 2003 whc.unesco.org
- Institut Abai — Mausolée de Khoja Ahmed Yasawi oq.gov.kz
- Ali Rıza Özdemir, e-Makalat — La place d’Ahmed Yesevi dans la voie alévie-bektachie dergipark.org.tr
- Ayfer Karakaya-Stump, Turcica — La Vefā’iyye, la Bektashiyye et les généalogies de l’islam « hétérodoxe » en Anatolie poj.peeters-leuven.be
- Université Ahmet Yesevi — Histoire institutionnelle ayu.edu.tr
FAQ
Qui était Ahmed Yasawi ?
Ce poète soufi d’Asie centrale du XIIe siècle est considéré comme le fondateur de la confrérie Yasawiyya. Il était connu sous le titre de Pîr-i Türkistan.
Où se trouve le tombeau d’Ahmed Yasawi ?
Son mausolée se trouve au Turkestan, dans le sud du Kazakhstan, dans le périmètre de l’ancienne citadelle de la ville historique de Yesi.
Le mausolée d’Ahmed Yasawi est-il aussi une mosquée ?
Ce complexe de 35 pièces réunit un tombeau et une mosquée dans un établissement soufi aux fonctions multiples, appelé khanqah.
Où se trouve l’université Ahmed Yasawi ?
L’université internationale turco-kazakhe qui porte son nom est établie au Turkestan. Son origine institutionnelle remonte à la création de l’université d’État du Turkestan, le 6 juin 1991.
Image: Mausoleum of Khoja Ahmed Yasawi in Hazrat-e Turkestan, Kazakhstan.jpg — Petar Milošević, CC BY-SA 4.0






