Où se trouvait la Lycie ?
La Lycie (Likya) occupait le sud-ouest de l’Anatolie (Anadolu), dans la région aujourd’hui appelée péninsule de Téké (Teke Yarımadası). La Carie (Karya) était sa voisine occidentale. La Pamphylie (Pamfilya) se trouvait à l’est. La Méditerranée (Akdeniz) marquait sa limite sud.
La réponse en bref
Les Lyciens creusaient leurs tombeaux dans les falaises pour trois raisons qui se recoupent.
- La roche était disponible et pouvait être travaillée. Selon la Direction générale des musées, les tombeaux rupestres de Fethiye ont été réalisés dans une roche naturelle adaptée à la taille et aux travaux de finition.
- Ces tombeaux étaient destinés à des personnes de haut rang. La même source précise que les tombeaux monumentaux de Fethiye étaient construits pour les membres les plus éminents de la société.
- Un tombeau placé en hauteur sur une falaise pouvait transmettre un message. Les chercheurs y voient un lien avec la croyance au voyage de l’âme vers le ciel, mais aussi une démonstration de puissance.
La suite de cet article détaille ces trois points.
Des maisons en bois reproduites dans la pierre
Observez un tombeau lycien : vous aurez peut-être l’impression de regarder un bâtiment. C’est bien l’effet recherché.
Dans une étude publiée en 2013, Atik, Bell et Erdoğan expliquent que les tombeaux lyciens transposaient dans la pierre les formes des maisons en bois. Selon eux, ils créaient ainsi un lien entre les morts et les vivants.
Pensez à votre propre porte d’entrée. Elle indique aux visiteurs qui habite derrière et donne une idée de ses moyens. Une famille lycienne faisait quelque chose de comparable pour ses morts. Le tombeau possédait une façade reconnaissable, comme une maison. Mais elle était taillée dans la falaise au lieu d’être construite dans une rue.
Tlos montre à quel point ces façades pouvaient varier. Dans une étude de 2019, Korkut et Özdemir classent les tombeaux rupestres de Tlos en quatre groupes :
- Tombeaux à façade de maison
- Tombeaux à façade de temple
- Tombeaux à façade à motifs tressés
- Tombeaux simples en forme de sarcophage
La maison n’était donc qu’un modèle parmi d’autres. Certains bâtisseurs choisissaient plutôt le temple.
Le tombeau d’Amyntas à Fethiye
L’exemple le plus connu se trouve sur un versant montagneux au sud de l’actuelle Fethiye. C’est le territoire de l’antique Telmessos. Le ministère de la Culture date le tombeau rupestre d’Amyntas (Amintas) du IVe siècle av. J.-C.
Le site compte plusieurs tombeaux creusés dans une pente abrupte. Trois possèdent une façade de temple.
La façade du tombeau d’Amyntas reproduit une façade de temple taillée dans la roche. Elle suit l’ordre ionique. Deux colonnes se dressent entre deux antes, les extrémités saillantes des murs latéraux.
Le tombeau doit son nom à une inscription. Le Portail de la culture en donne la lecture suivante : « Amynthas, fils d’Hermapias ».
Certains récits présentent Amyntas comme un souverain de Telmessos. La Direction générale des musées précise que son identité reste mal connue. Nous disposons d’un nom, d’un tombeau et d’une date, mais pas d’une biographie établie.
Pourquoi en hauteur ? Deux explications
C’est un point qui fait encore débat parmi les chercheurs.
Atik, Bell et Erdoğan associent la position élevée des tombeaux lyciens à la croyance selon laquelle l’âme était portée vers le ciel. Selon eux, ce même emplacement servait aussi à afficher la puissance.
Ces deux idées sont compatibles. Un tombeau bien visible sur une paroi rocheuse peut servir à la fois une croyance et une famille.
La même étude décrit les tombeaux monumentaux lyciens en forme de temple comme des édifices reflétant la richesse et le rang de la famille du propriétaire. Un passant pouvait percevoir ce rang de loin.
Cela rejoint les indications de la Direction générale des musées : les tombeaux monumentaux appartenaient à des personnes de haut rang. Tout le monde n’avait pas droit à une telle façade. La falaise offrait une scène publique, et la famille devait pouvoir en assumer le coût.
Des lieux qui ne servaient pas seulement à enterrer les morts
Les tombeaux servaient aussi aux vivants.
À Tlos, les façades extérieures présentent des logements pour des stèles, des espaces pour les autels et des fosses à offrandes. Selon l’étude de Korkut et Özdemir, ces aménagements montrent que des rites destinés aux morts se déroulaient autour des tombeaux.
Un tombeau rupestre n’était donc pas une simple boîte scellée. Les familles y revenaient. Elles y déposaient des offrandes.
Caunos : des tombeaux au-dessus de la rivière Dalyan
Si vous faites une excursion en bateau à Dalyan, vous verrez des tombeaux sur l’autre rive. Ils appartiennent à Caunos (Kaunos), dans les limites du district de Köyceğiz, de l’autre côté de la rivière Dalyan.
Le dossier de la liste indicative de l’UNESCO décrit Caunos comme le centre de la région de Caunos, située entre la Carie et la Lycie.
La direction provinciale de Muğla recense 167 tombeaux rupestres à Caunos, datés du IVe siècle av. J.-C. Ils sont répartis dans sept secteurs. Les tombeaux monumentaux ont été creusés pour les nobles de la cité dans la paroi abrupte, exposée au sud, du mont Balıklar. Le dossier de l’UNESCO précise que cette paroi est calcaire.
Ces tombeaux s’inscrivent aussi dans une histoire plus large des frontières.
Qui a copié qui ?
Freya Stark considérait les tombeaux-temples de Caunos comme des copies des exemples lyciens. Paavo Roos se montre plus prudent. Il souligne qu’au IVe siècle av. J.-C., l’influence a pu circuler dans l’autre sens, de la Carie vers la Lycie.
La question de l’origine reste donc ouverte. On peut toutefois constater que cette région, à la frontière de deux cultures, partageait l’habitude de tailler des façades de temple dans la roche.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
- Des lits de pierre à l’intérieur. La chambre du tombeau d’Amyntas contient trois klinai. Ce sont des banquettes de pierre utilisées pour les sépultures.
- Une porte sculptée. À l’entrée de la chambre funéraire, la roche est taillée en forme de porte à quatre panneaux principaux.
- La signature d’un voyageur. Paavo Roos rapporte que le voyageur Charles Texier a lui aussi gravé sa signature sur le linteau à l’entrée du tombeau.
- Deux types de portes en pierre. Roos explique que les tombeaux à façade de temple de la frontière entre Lycie et Carie utilisaient des portes en pierre coulissantes du côté lycien. Du côté carien, les portes en pierre tournaient sur un pivot.
- Un port sans mer. Caunos était un port antique. Le delta du Dalyan et l’ancien golfe se sont comblés de sédiments. La cité se trouve aujourd’hui à environ 8 kilomètres de la côte.
Chronologie
- IVe siècle av. J.-C. : Le tombeau d’Amyntas à Fethiye et les tombeaux rupestres monumentaux de Caunos datent de ce siècle.
- 43 apr. J.-C. : La Lycie devient une province romaine sous l’empereur Claude.
- 129 apr. J.-C. : Un grenier est construit à Andriaké (Andriake). Ce bâtiment devient plus tard le musée des Civilisations lyciennes.
- 1999 : Kate Clow étudie, conçoit et balise la voie lycienne moderne.
- 15 avril 2014 : Caunos est proposée pour inscription sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 2016 : Le grenier historique d’Andriaké ouvre ses portes en tant que musée des Civilisations lyciennes.
Visiter les tombeaux aujourd’hui
Vous pouvez voir le tombeau d’Amyntas sur le versant situé au sud de Fethiye. Vous pouvez observer les tombeaux de Caunos depuis la rivière à Dalyan. Tlos présente les quatre types de façades décrits plus haut.
Si vous aimez marcher, la voie lycienne (Likya Yolu) suit le littoral historique de la Lycie. Kate Clow l’a étudiée, conçue et balisée en 1999. L’Association des itinéraires culturels indique que le parcours entre Fethiye et Antalya mesure 760 kilomètres. Le portail de la voie lycienne du ministère de la Culture situe le départ au sud d’Ovacık. Il présente le parcours sur 31 feuilles cartographiques, d’Ovacık–Kirme à Sarıçınar–Hisarçandır.
Pour mieux comprendre ce patrimoine, rendez-vous au musée des Civilisations lyciennes, à Demre. Il a ouvert en 2016 dans un grenier romain du port d’Andriaké. Le grenier date de 129 apr. J.-C.
Ce que les tombeaux vous racontent
Un tombeau rupestre lycien constitue à la fois une solution pratique et une affirmation. Les bâtisseurs utilisaient une roche qui pouvait être taillée. Ils lui donnaient la forme d’une maison ou d’un temple. Ils plaçaient le tombeau là où il serait visible.
Quand vous vous tenez au pied de l’un d’eux, vous regardez ce dont une famille voulait laisser le souvenir. Croyances, richesse et rang social se lisent sur une même façade.
FAQ
Pourquoi les tombeaux lyciens ont-ils été creusés dans les falaises ?
Les chercheurs avancent deux explications liées. Atik, Bell et Erdoğan associent leur position élevée à la croyance selon laquelle l’âme monte vers le ciel. Ils estiment aussi que cet emplacement affichait la puissance des familles. La roche elle-même comptait, puisque les tombeaux de Fethiye ont été réalisés dans une roche naturelle adaptée à la taille.
Qui était enterré dans les tombeaux rupestres monumentaux ?
Selon la Direction générale des musées, les tombeaux monumentaux de Fethiye étaient destinés à des personnes de haut rang. La direction provinciale de Muğla indique que ceux de Caunos ont été creusés pour les nobles de la cité.
Le tombeau d’Amyntas se trouve-t-il en Lycie ?
Il se dresse sur un versant montagneux au sud de l’actuelle Fethiye, sur le territoire de l’antique Telmessos. Le ministère de la Culture le date du IVe siècle av. J.-C.
Les tombeaux visibles depuis Dalyan sont-ils lyciens ?
Ils appartiennent à Caunos, de l’autre côté de la rivière Dalyan. Le dossier de l’UNESCO décrit Caunos comme le centre d’une région située entre la Carie et la Lycie. Les spécialistes débattent encore du sens des influences entre ces traditions.
Sources
- Wikipédia — Lycie tr.wikipedia.org
- Direction générale du patrimoine culturel et des musées — Cités antiques de la civilisation lycienne kvmgm.ktb.gov.tr
- Wikipédia — Tombeau d’Amyntas en.wikipedia.org
- Portail de la culture — Tombeaux rupestres d’Amyntas kulturportali.gov.tr
- Müze.gov.tr — Tombeau rupestre d’Amyntas muze.gov.tr
- Landscape Research — Comprendre les interfaces culturelles dans le paysage pure.ed.ac.uk
- Paavo Roos — L’énigmatique Amyntas et son tombeau athensjournals.gr
- Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO — Cité antique de Caunos whc.unesco.org
- Direction provinciale de la culture et du tourisme de Muğla — Caunos mugla.ktb.gov.tr
- Anatolia — Composition des façades des tombeaux rupestres de la cité antique de Tlos dergipark.org.tr
- Wikipédia — Lycie en.wikipedia.org
- Association des itinéraires culturels — Voie lycienne cultureroutesinturkey.com
- Ministère de la Culture et du Tourisme — Voie lycienne likyayolu.ktb.gov.tr
- Direction provinciale de la culture et du tourisme d’Antalya — Musée des Civilisations lyciennes antalya.ktb.gov.tr
Image: Lycian rock-cut tombs in Hellenistic style – Dalyan, Turkey.jpg — Rev Stan from London, UK, CC BY 2.0






