République de Turquie · 1923 –

Sütçü İmam : pourquoi la défense de Marach est héroïque

Sütçü İmam, vendeur de lait à Marach, est devenu le symbole de la résistance de la ville après l’incident d’Uzunoluk du 31 octobre 1919. Une défense organisée a ensuite contraint les forces françaises à quitter la ville en février 1920, avant que celle-ci ne reçoive la médaille de l’Indépendance puis le nom de Kahramanmaraş.

7 min de lecture11 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources

Qui était Sütçü İmam ?

Sütçü İmam est né à Marach en 1871. Il est mort dans cette même ville le 25 novembre 1922. Il était originaire du quartier de Bektutiye, aujourd’hui appelé Fevzi Paşa.

Il n’était ni militaire ni fonctionnaire. Il collectait du lait dans les villages et le vendait dans sa boutique de la rue Uzunoluk. Ce métier lui a valu le surnom de « Sütçü », qui signifie « vendeur de lait ». Imaginez la petite laiterie devant laquelle vous pourriez passer dans une rue turque. C’était son travail quotidien.

Si vous cherchez « qui était Sütçü İmam ? », ou « Sütçü İmam kimdir » en turc, voici la réponse courte : un simple commerçant devenu le symbole de la résistance d’une ville.

Marach avant le premier coup de feu

Après l’armistice de Moudros (Mondros), les forces britanniques occupent Marach le 22 février 1919. Les troupes françaises entrent dans la ville le 30 octobre 1919, après les Britanniques. Le lendemain, le 31 octobre 1919, survient l’événement que Marach retient comme le début de sa résistance.

Cette résistance relève du front sud de la guerre d’indépendance turque. La défense de Marach et la participation de Sütçü İmam s’inscrivent dans ce front. Si vous vous demandez sur quel front il a combattu, c’est donc la réponse.

L’incident d’Uzunoluk du 31 octobre 1919

L’incident se déroule rue Uzunoluk, où se trouve sa boutique. Les récits divergent sur les détails. Pour les comprendre, vous pouvez les lire en parallèle.

Selon la version de Wikipédia en turc, tout commence à la sortie d’un hammam. Trois femmes turques en sortent. Des légionnaires arméniens de l’armée française tentent de soulever leurs voiles.

L’Encyclopédie Atatürk rapporte un récit similaire. Un homme nommé Çakmakçı Sait s’oppose à ces agissements envers les femmes. Des soldats ouvrent le feu. Grièvement blessé, il meurt par la suite. Dans cette version, Sütçü İmam abat l’un des soldats.

Wikipédia en anglais présente une autre version, en citant Stanley E. Kerr. Ce témoignage a été recueilli des années plus tard auprès d’un employé de la Légion arménienne. Un légionnaire ivre y arrache le voile d’une femme. L’auteur du tir, dont l’identité reste incertaine et qui était probablement Sütçü İmam, ne tue pas l’homme qui l’avait harcelée.

Les récits partagent donc une même trame générale. Ils divergent sur les détails : qui a déclenché l’incident et qui a été touché par le tir. Gardez ces deux versions à l’esprit lors de votre lecture.

Après le coup de feu : organiser la défense

Après l’incident, Sütçü İmam rejoint le village d’Ağabeyli. Il y participe aux préparatifs de l’unité du capitaine Muharrem Beyazıt dans la région de Bertiz.

Dans la ville, les événements s’enchaînent :

  • 28 novembre 1919 : l’incident du drapeau. Après un appel de Rıdvan Hoca à la Grande Mosquée (Ulu Cami), les habitants de Marach hissent de nouveau le drapeau turc sur la citadelle.
  • 29 novembre 1919. L’Association de défense des droits de Marach est fondée pour organiser la résistance.

L’association dispose d’une direction clairement établie. Arslan Toğuz Bey en est le président. Hasan Refet Efendi est le second président. Kırmacı Hacı Efendi est le secrétaire général.

Une aide arrive aussi de l’extérieur. Mustafa Kemal Pacha envoie Kılıç Ali Bey et Yörük Selim Bey sous le pseudonyme d’« Asaf ». Tous deux participent à l’organisation de la défense.

Les 22 jours de bataille, de janvier à février 1920

Le commandant français, le général Quérette, fait arrêter certains membres de la délégation de Marach chargée des négociations. En réponse, Arslan Bey publie une proclamation annonçant le début de la guerre.

Les combats urbains commencent le 21 janvier 1920 et durent 22 jours. Ils prennent fin lorsque le général Quérette informe Arslan Bey par lettre qu’il quitte la ville. L’Encyclopédie Atatürk date cette victoire du 11 février 1920.

Marach commémore sa libération et sa victoire à la date du 12 février 1920. Vous trouverez donc les deux dates dans les sources.

Comment la ville a obtenu le titre d’« héroïque »

La reconnaissance se fait en deux étapes.

D’abord, la Grande Assemblée nationale décerne à Marach la médaille de l’Indépendance le 5 avril 1925. Elle récompense ainsi la résistance de la ville pendant la guerre d’indépendance.

Ensuite, la loi n° 1657, datée du 7 février 1973, remplace le nom de Marach par Kahramanmaraş. « Kahraman » signifie « héros ». Le nom actuel perpétue le souvenir de cette résistance.

Qu’est devenu Sütçü İmam après la guerre ?

Après la guerre, il obtient un poste de gardien à la municipalité de Marach. Il est ensuite chargé de tirer le canon depuis la citadelle.

Cette fonction lui coûte la vie. Lors d’une salve de 101 coups annonçant l’accession d’Abdülmecit Efendi au califat, le canon recule. Blessé, Sütçü İmam meurt le 25 novembre 1922. C’est la réponse à la question « comment Sütçü İmam est-il mort ? », ou « Sütçü İmam nasıl öldü » en turc.

Il est enterré à Marach, dans le cimetière de la mosquée Çınarlı, également appelée mosquée Bektutiye.

Chronologie

  1. 1871 naissance de Sütçü İmam à Marach.
  2. 22 février 1919 les forces britanniques occupent Marach.
  3. 30 octobre 1919 les troupes françaises entrent dans la ville.
  4. 31 octobre 1919 l’incident d’Uzunoluk a lieu. Il est considéré comme le symbole du début de la résistance.
  5. 28 novembre 1919 l’incident du drapeau.
  6. 29 novembre 1919 fondation de l’Association de défense des droits de Marach.
  7. 21 janvier 1920 début des 22 jours de combats urbains.
  8. 11 février 1920 selon l’Encyclopédie Atatürk, la défense s’achève par une victoire après le départ des Français.
  9. 12 février 1920 date commémorée comme le jour de la libération de Marach.
  10. 25 novembre 1922 Sütçü İmam meurt après l’accident de canon.
  11. 5 avril 1925 Marach reçoit la médaille de l’Indépendance.
  12. 1934 ses enfants reçoivent le nom de famille Türkkorur.
  13. 1936 une fontaine monumentale est construite sur le lieu de l’incident d’Uzunoluk.
  14. 7 février 1973 une loi renomme Marach Kahramanmaraş.
  15. 1977 le monument à Sütçü İmam est érigé sur la place Kıbrıs.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

  • Il était aussi muezzin. Sütçü İmam récitait parfois le Coran et officiait comme muezzin à la mosquée Bektutiye. Celle-ci se trouvait en face de sa boutique.
  • Un nom de famille choisi selon le souhait d’Atatürk. En 1934, ses enfants reçoivent le nom de famille Türkkorur à la place de Kireçci. Selon l’Encyclopédie Atatürk, ce choix répondait au souhait d’Atatürk.
  • La fontaine. En 1936, une fontaine monumentale est construite à l’endroit exact où s’est déroulé l’incident d’Uzunoluk.
  • Un emploi d’abord modeste. Après la guerre, il commence par travailler comme gardien municipal avant de devenir le préposé au tir du canon de la citadelle.

Où retrouver sa mémoire à Marach ?

Si vous visitez la ville, retenez trois lieux.

Le premier est la fontaine de 1936. Elle marque l’emplacement de l’incident d’Uzunoluk.

Le deuxième est le monument à Sütçü İmam. Érigé en 1977 sur la place Kıbrıs, il représente l’incident d’Uzunoluk.

Le troisième est le cimetière de la mosquée Çınarlı, ou Bektutiye, où il est enterré.

Vous retrouverez aussi son nom dans celui de l’université de la ville. L’université Sütçü İmam de Kahramanmaraş porte son nom. Elle a organisé des commémorations en sa mémoire.

FAQ

Qui était Sütçü İmam ?

C’était un vendeur de lait de Marach, né en 1871. L’incident d’Uzunoluk du 31 octobre 1919 a fait de lui un symbole de la résistance de la ville.

Sur quel front a-t-il combattu ?

La défense de Marach relève du front sud de la guerre d’indépendance turque.

Comment est-il mort ?

Il a été blessé par le recul d’un canon pendant une salve de 101 coups pour l’accession d’Abdülmecit Efendi au califat. Il est mort le 25 novembre 1922.

L’université porte-t-elle son nom ?

Oui. L’université Sütçü İmam de Kahramanmaraş porte son nom.

Pourquoi « Kahramanmaraş » ?

La ville a reçu la médaille de l’Indépendance en 1925. Une loi a changé son nom en 1973.

Sources

  1. Wikipédia en turc — Sütçü İmam tr.wikipedia.org
  2. Encyclopédie Atatürk — Sütçü İmam ataturkansiklopedisi.gov.tr
  3. Encyclopédie Atatürk — Aslan (Toğuz) Bey ataturkansiklopedisi.gov.tr
  4. Centre de recherche Atatürk — Histoire de la République de Turquie I, front sud atam.gov.tr
  5. Direction provinciale de la culture et du tourisme de Kahramanmaraş — Informations générales kahramanmaras.ktb.gov.tr
  6. Université Sütçü İmam de Kahramanmaraş — 31 octobre 1919 : le premier coup de feu ksu.edu.tr
  7. Université Sütçü İmam de Kahramanmaraş — KSÜ a rendu hommage par des prières à Sütçü İmam, l’ancêtre dont elle porte le nom ksu.edu.tr
  8. Gouvernorat de Kahramanmaraş — Demeures historiques et patrimoine religieux kahramanmaras.gov.tr
  9. DHMİ, aéroport de Kahramanmaraş — Histoire de la ville dhmi.gov.tr
  10. TBMM — Discours sur le 12 février, jour de la libération de Kahramanmaraş www5.tbmm.gov.tr
  11. Wikipédia en anglais — Incident de Sütçü İmam en.wikipedia.org

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