Archéologie et découvertes

La femme de Çemka Höyük était-elle une chamane ?

Une femme inhumée à Çemka Höyük avec des restes de plusieurs espèces animales a peut-être exercé une fonction rituelle particulière, mais son identification comme chamane reste incertaine. La disposition des ossements appuie cette interprétation, tandis qu’un repas funéraire et d’autres pratiques symboliques offrent des explications possibles.

10 min de lecture8 sourcesPublié le: 5 novembre 2026Dernière vérification: 5 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
La femme de Çemka Höyük était-elle une chamane ?
Pre-pottery neolithic people upper Mesopotamian, levantine, anatolian.jpg

La femme inhumée à Çemka Höyük (en turc : Çemka Höyük) a peut-être exercé une fonction rituelle particulière. Les indices ne permettent cependant pas d’établir qu’elle était chamane. Les restes animaux déposés avec elle et la couverture de calcaire appuient cette possibilité. Un repas funéraire et d’autres pratiques symboliques restent aussi des explications plausibles.

Un crâne d’aurochs reposait au-dessus de son corps. Sa mandibule détachée se trouvait près de ses pieds. Pour évaluer l’hypothèse d’une chamane, vous pouvez partir de cette disposition. La datation de la tombe, sa position sous un bâtiment et les interprétations concurrentes permettent de distinguer les découvertes des archéologues du sens qu’on peut leur donner.

La femme de Çemka Höyük était-elle une chamane ?

Ergül Kodaş et ses collègues associent la présence conjointe de restes humains et animaux dans la tombe à une possible fonction rituelle particulière. Leur interprétation inclut le chamanisme. Leur article envisage toutefois une autre possibilité : la femme aurait pu être enterrée par une personne accomplissant des pratiques liées à l’animisme ou au chamanisme. Ces deux hypothèses n’attribuent pas les rituels à la même personne.

L’examen du squelette suggère que la défunte était une femme âgée d’environ 25–30 ans. Les archéologues ont découvert sa tombe en 2019. L’étude scientifique la désigne sous le numéro ÇH 2019/05. Elle se trouve dans le bâtiment circulaire ÇH 12, dans le sondage D16. Ces précisions ancrent la discussion dans une sépulture bien identifiée. Il ne s’agit pas d’une affirmation générale sur les femmes du Néolithique.

Le corps reposait sur le côté droit, les jambes repliées, sous le sol du bâtiment. Un long bloc plat de calcaire recouvrait la tombe. L’inhumation sous le sol des habitations était une pratique connue à cette époque. Cette position ne suffit donc pas à identifier la femme comme chamane.

Où a-t-elle été enterrée, et à quelle époque ?

Çemka Höyük se trouve sur le territoire du village d’Ilısu, dans le district de Dargeçit, à Mardin. Le site est situé à environ 1 100 mètres au sud-ouest du barrage d’Ilısu. Si vous voyagez en vous intéressant à l’archéologie de la Turquie, ces repères situent la tombe dans un paysage précis. Ils vont au-delà de la simple mention du sud-est de la Turquie.

L’article scientifique date ÇH 12, le bâtiment contenant la tombe, d’environ 9300 av. J.-C., en datation calibrée. L’annonce de l’université Mardin Artuklu présente la découverte comme une possible sépulture de femme chamane vieille d’environ 12 000 ans. Cette dernière formulation est une approximation destinée au public. La date du bâtiment constitue le repère plus précis fourni par l’étude.

La sépulture s’inscrit dans le contexte du PPNA, abréviation de l’anglais Pre-Pottery Neolithic A, soit le Néolithique précéramique A. Cette phase est généralement datée d’environ 10000–8800 av. J.-C. À Çemka Höyük, au moins 15 tombes ont été identifiées dans les niveaux de construction 2, 3 et 4, qui datent du PPNA. L’article de 2024 dénombre 12 adultes et trois enfants parmi les personnes inhumées.

Ossements animaux de la tombe de Çemka Höyük : qu’a-t-on trouvé ?

Un crâne d’aurochs, un bovin sauvage, a été découvert au-dessus du corps de la femme. Sa mandibule avait été séparée et placée près de ses pieds. Cette distinction compte : les indices concernent à la fois la présence d’un animal et la répartition des parties de son corps autour de la défunte.

Les autres restes signalés comprennent des os d’ailes de perdrix et des os de pattes de martre. La fosse funéraire contenait aussi des os attribués à un mouton ou à une chèvre. Le compte rendu d’Archaeology ajoute un os de canidé à sa liste, aux côtés des restes d’aurochs, de petit ruminant, de perdrix et de martre.

Cet ensemble réunit donc plusieurs animaux et des parties du corps sélectionnées. Kodaş et ses collègues associent le dépôt de ces restes à une possible fonction rituelle. Les ossements constituent les indices matériels. Le rôle de la femme au sein de sa communauté relève de l’interprétation construite à partir de ces indices.

Imaginez que vous débarrassiez votre table : des restes de nourriture et un objet disposé volontairement peuvent occuper le même espace, tout en appelant des explications différentes. À Çemka Höyük, la mandibule détachée de l’aurochs et les os autour de la femme posent un problème d’interprétation comparable. Vous devez examiner leur emplacement autant que leur présence, tout en gardant à l’esprit l’hypothèse du repas funéraire.

Les indices en faveur d’une femme chamane au Néolithique

L’hypothèse d’une chamane repose sur la présence de la femme et des restes animaux dans la même tombe, ainsi que sur la disposition de ces restes. Kodaş et ses collègues estiment que cette combinaison pourrait refléter une fonction rituelle particulière. Leur conclusion reste une possibilité, sans constituer une identification confirmée.

La couverture de calcaire a elle aussi reçu une interprétation rituelle. Selon une explication proposée, elle aurait empêché la femme de revenir sous la forme d’un esprit maléfique. Une autre interprétation attribue au crâne d’aurochs un rôle de protection de sa dépouille. Ces explications concernent les intentions des personnes qui l’ont enterrée. Aucune de ces intentions ne peut être considérée comme une caractéristique directement observée dans la tombe.

La distinction formulée dans le résumé de l’article est particulièrement utile. La tombe d’une femme qui pratiquait des rituels et celle d’une femme enterrée par une personne accomplissant des rituels pourraient se prêter à des interprétations similaires. Les auteurs envisagent explicitement les deux possibilités. La présence de pratiques associées au chamanisme ne permettrait donc pas d’identifier automatiquement la défunte elle-même comme chamane.

Bill Finlayson, archéologue à l’université d’Oxford qui n’a pas participé à l’étude, remet lui aussi cette appellation en question. Selon lui, « chamane », un terme employé pour décrire des pratiques sibériennes, ne représente peut-être pas fidèlement le rôle de cette femme du Néolithique. Il envisage une personne connaissant les rituels de sa communauté. Il considère le mot comme un raccourci moderne commode.

Tombe de chamane ou repas funéraire à Çemka Höyük ?

Un repas funéraire constitue une autre explication possible de la présence des restes animaux. Kodaş reconnaît que les os pourraient être liés à un repas organisé à l’occasion des funérailles. Il souligne aussi la difficulté de vérifier de manière concluante l’explication chamanique. Cette réserve vient donc d’un chercheur qui défend lui-même l’interprétation rituelle.

Les autres hypothèses comprennent le culte des animaux et l’attribution de qualités symboliques à certaines parties de leur corps. Elles maintiennent l’attention sur les animaux sans supposer que la femme ait occupé une fonction religieuse particulière. Un crâne d’aurochs à valeur symbolique, par exemple, demanderait toujours à être interprété, même si la défunte n’était pas qualifiée de chamane.

La mandibule détachée près des pieds compte dans cette discussion, car elle témoigne d’une disposition particulière. Cette disposition ne permet pourtant pas de trancher : la sépulture exprimait-elle le rôle de la femme, les croyances des personnes en deuil ou des pratiques entourant un repas funéraire ? Le débat publié envisage toutes ces lectures des indices.

Pour comparer les explications, distinguez l’inhumation sous le sol de l’ensemble des restes animaux. L’inhumation sous le sol était déjà connue dans les communautés du PPNA. L’identification proposée d’une chamane repose sur une combinaison plus large de caractéristiques, surtout les restes animaux associés, et non sur la seule position de la tombe.

Chronologie

  • Environ 10000–8800 av. J.-C. : Fourchette chronologique générale du PPNA, la phase à laquelle se rattache la sépulture.
  • Environ 9300 av. J.-C., en datation calibrée : Date attribuée dans l’article à ÇH 12, le bâtiment contenant la tombe ÇH 2019/05.
  • 2008 : Un dépôt d’inondation empêche l’identification du site lors des prospections de surface.
  • 2019 : Découverte de la sépulture de la femme accompagnée de restes animaux.
  • 2024 : Parution de l’étude dans le volume 128, numéro 3 de L’Anthropologie.

Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides

La construction d’une route a partiellement perturbé la partie sud de la tombe. La plupart des restes humains et animaux ont néanmoins conservé leur position d’origine. Ces deux faits comptent pour évaluer leur disposition : la sépulture a subi des dégâts, mais une grande partie des informations spatiales restait disponible pour l’étude.

Les archéologues ont passé le sédiment de la tombe dans des tamis à mailles de 7–8 millimètres et de 3,5 millimètres. Cette opération n’a livré aucun ossement animal supplémentaire ni aucun objet funéraire, comme des perles. Ce détail précise concrètement comment le contenu de la tombe a été vérifié.

Çemka Höyük mesure environ 65 × 135 mètres et se trouve à seulement 900 mètres environ au sud-est de Boncuklu Tarla. Malgré sa proximité avec cet établissement, il n’avait pas été repéré lors de la prospection de surface de 2008 : la couche d’inondation le masquait.

FAQ

La femme était-elle assurément une chamane ?

Non. Kodaş et ses collègues proposent une possible fonction rituelle, incluant le chamanisme. Leur article envisage aussi qu’une personne associée à ces pratiques ait procédé à l’inhumation. Un repas funéraire et d’autres explications symboliques restent au cœur de la discussion.

Quels restes animaux sont au centre de cette hypothèse ?

Le crâne d’aurochs au-dessus du corps et sa mandibule détachée près des pieds sont des éléments centraux. Les comptes rendus décrivent aussi des os d’ailes de perdrix, des os de pattes de martre et des os de mouton ou de chèvre. Archaeology mentionne en plus un os de canidé.

L’inhumation sous un sol prouve-t-elle une fonction rituelle ?

Non. L’inhumation sous le sol des habitations était une pratique connue au PPNA. À Çemka Höyük, cette position fournit un contexte. Ce sont les restes animaux associés qui étayent l’interprétation proposée d’une fonction rituelle particulière.

La tombe a-t-elle 12 000 ans ?

L’annonce de l’université Mardin Artuklu emploie cette description approximative. L’article scientifique date le bâtiment contenant la tombe d’environ 9300 av. J.-C., en datation calibrée. Pour un récit précis, conservez la distinction entre la présentation arrondie et la date attribuée à la structure.

Sources

  1. Ergül Kodaş et ses collègues, L’Anthropologie, 2024, volume 128, numéro 3 sciencedirect.com
  2. Phys.org, article sur la possible sépulture de chamane phys.org
  3. Archaeology, « Possible sépulture de chamane du Néolithique » archaeology.org
  4. National Geographic, discussion de l’interprétation d’une femme chamane nationalgeographic.com
  5. Université Mardin Artuklu, faculté des lettres, annonce de la découverte de la sépulture artuklu.edu.tr
  6. Ergül Kodaş et Yunus Çiftçi, Aktüel Arkeoloji, « Çemka Höyük » aktuelarkeoloji.com.tr
  7. Neo-Lithics, rapport de terrain de Çemka Höyük exoriente.org
  8. Wikipédia en anglais, « Néolithique précéramique A » en.wikipedia.org

FAQ

La femme de Çemka Höyük était-elle une chamane ?

C’est possible, mais la sépulture ne permet pas de l’établir. Les chercheurs associent les restes animaux à une éventuelle fonction rituelle. Un repas funéraire et d’autres pratiques symboliques restent toutefois des explications possibles.

Quels ossements animaux ont été trouvés dans la tombe ?

Les restes signalés comprennent un crâne d’aurochs et sa mandibule détachée, des os d’ailes de perdrix, des os de pattes de martre et des os de mouton ou de chèvre. Archaeology mentionne aussi un os de canidé.

De quand date la sépulture de Çemka Höyük ?

L’article scientifique situe le bâtiment qui abrite la sépulture vers 9300 av. J.-C., en datation calibrée. Les annonces destinées au public présentent plus largement la découverte comme vieille d’environ 12 000 ans.

Pourquoi le terme « chamane » est-il contesté ?

L’archéologue Bill Finlayson se demande si un terme employé pour décrire des pratiques sibériennes rend fidèlement compte du rôle de cette femme du Néolithique. Il envisage qu’elle ait été une praticienne connaissant les rituels de sa communauté.

Image: Pre-pottery neolithic people upper Mesopotamian, levantine, anatolian.jpg — Rowyn flowerdew, CC0

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