Justinien Ier : présentation et repères essentiels
Justinien Ier, aussi appelé Justinien le Grand, est un empereur romain d’Orient qui règne de 527 à 565. Les sources turques le nomment aussi Jüstinyen. Le chiffre romain I se lit « premier ».
Il naît vers 482 à Tauresium, en Dardanie. Ce lieu est généralement identifié aux environs de Taor, près de Skopje, dans l’actuelle Macédoine du Nord. Son oncle, Justin Ier, l’adopte et le fait venir à Constantinople (Konstantinopolis) pour son éducation.
Il devient coempereur le 1er avril 527. Justin Ier meurt le 1er août 527. Justinien règne alors seul. Retenez ces deux dates : elles expliquent pourquoi certains livres font commencer son règne en avril et d’autres en août.
Pourquoi Justinien est-il important ?
Il marque trois domaines : le droit, la guerre et la construction.
Le droit. Son recueil juridique porte le nom de Corpus Juris Civilis. Il comprend quatre parties : le Codex Justinianeus, les Digesta, les Institutiones et les Novellae. Le premier Codex paraît en 529. Les Digesta et le manuel de droit Institutiones suivent en 533. Une version révisée du Codex paraît en 534.
La guerre. Ses généraux conquièrent le royaume vandale en Afrique du Nord et le royaume ostrogoth en Italie. Une partie des anciennes terres de l’Empire romain d’Occident revient sous l’autorité impériale.
La construction. Sa réalisation la plus connue est Sainte-Sophie (Ayasofya). Mais l’histoire de cette église commence par une catastrophe qui manque de mettre fin à son règne.
Chronologie
- Vers 482 : naissance de Justinien à Tauresium.
- Vers 525 : il épouse Théodora.
- 1er avril 527 : il est couronné coempereur.
- 1er août 527 : Justin Ier meurt. Justinien règne seul.
- 529 : publication du premier Codex Justinianeus.
- 13 janvier 532 : début de la sédition Nika.
- 18 janvier 532 : Hypatios est proclamé empereur. La révolte s’achève par le massacre de l’hippodrome.
- 19 janvier 532 : Hypatios et Pompéios sont exécutés.
- 532–537 : construction de la nouvelle Sainte-Sophie.
- 533 : parution des Digesta et des Institutiones.
- 534 : parution du Codex révisé.
- 27 décembre 537 : inauguration de Sainte-Sophie lors d’une cérémonie.
- 548 : mort de Théodora.
- 558 : effondrement de la première coupole de Sainte-Sophie.
- 562 : la coupole est reconstruite plus haut.
- 14 novembre 565 : mort de Justinien à Constantinople.
- 1204 : son tombeau est pillé par les croisés.
Qu’est-ce que la sédition Nika ?
La sédition Nika commence le 13 janvier 532 dans l’hippodrome de Constantinople. Les Bleus et les Verts, deux factions rivales des courses de chars, s’unissent contre Justinien.
Imaginez deux groupes de supporters de football qui se détestent. Un jour, ils manifestent ensemble contre le propriétaire du club. C’est à peu près ce qui se produit ici.
Le nom vient d’un cri grec. « Nika » signifie « Gagne ! » ou « Triomphe ! ». Les spectateurs le crient pour encourager les conducteurs de chars. En 532, la foule transforme ce même mot en slogan de révolte.
Quel est l’élément déclencheur ?
Tout part d’une exécution qui tourne mal. Le 10 janvier 532, plusieurs hommes sont pendus. Deux partisans échappent à la pendaison : un Bleu et un Vert. La foule exige leur grâce à tous les deux. Cette revendication fait basculer la ville dans la révolte.
Justinien tente de céder du terrain. Les révoltés réclament le renvoi de trois responsables : le préfet de la ville Eudémon, le préfet du prétoire Jean de Cappadoce et le conseiller juridique Tribonien. Justinien les démet tous les trois. Le soulèvement continue malgré tout.
La ville en flammes
Les incendies causent des dégâts durables. Sainte-Sophie brûle. L’église Sainte-Irène, la porte de bronze du palais appelée la Chalkè et les thermes de Zeuxippe brûlent aussi.
L’église incendiée en 532 est la deuxième Sainte-Sophie, inaugurée en 415 sous Théodose II. Justinien la remplace par une troisième église.
Hypatios, Théodora et la fin de la révolte
Le 18 janvier 532, les révoltés proclament Hypatios empereur dans l’hippodrome. Il est le neveu de l’ancien empereur Anastase.
Le même jour, les troupes de Bélisaire et de Mundus pénètrent dans l’hippodrome par des entrées différentes et attaquent les révoltés. La révolte s’y achève.
Hypatios et son frère Pompéios sont exécutés le lendemain, le 19 janvier 532.
Justinien Ier et Théodora
Théodora est l’épouse dont on recherche le nom lorsqu’on se renseigne sur Justinien. Ils se marient vers 525 à Constantinople. Leur mariage dure jusqu’à sa mort en 548.
La sédition Nika lui donne un rôle célèbre. Procope, historien de l’époque, raconte qu’en janvier 532 elle s’oppose à la fuite hors du palais et renforce ainsi la résistance. Abordez cette scène avec prudence. Le texte de son discours est probablement une invention rhétorique de Procope. Le récit est saisissant, mais vous ne devez pas le considérer comme une citation consignée sur le moment.
Le couple fait aussi construire des édifices ensemble. Justinien et Théodora font bâtir l’église des Saints-Serge-et-Bacchus à Constantinople entre 527 et 536. Vous pouvez la visiter aujourd’hui : elle est devenue la mosquée de la Petite Sainte-Sophie (Küçük Ayasofya Camii).
Comment Justinien fait construire Sainte-Sophie
Le chantier de la troisième Sainte-Sophie s’étend de 532 à 537. Ses concepteurs sont Anthémios de Tralles et Isidore de Milet.
La nouvelle église est inaugurée lors d’une cérémonie le 27 décembre 537. Moins de six ans se sont donc écoulés depuis l’incendie. Gardez ce délai en tête lorsque vous préparez votre visite. Sous la coupole, vous découvrez un édifice né d’une réponse à une crise.
Procope est votre principal témoin contemporain de ce règne. Il décrit les guerres dans son Histoire des guerres et les chantiers dans son traité Sur les édifices.
La coupole qui s’est effondrée
L’histoire ne s’arrête pas en 537. La première coupole s’effondre en 558. Sa reconstruction s’achève en 562, avec un profil plus élevé. L’empereur vit assez longtemps pour connaître l’effondrement et la réparation.
Les mosaïques de Justinien Ier : celles de son époque et les représentations postérieures
Deux ensembles de mosaïques représentent Justinien. Il est facile de les confondre.
À Ravenne, la basilique Saint-Vital conserve des mosaïques du VIe siècle. Justinien et Théodora figurent sur deux panneaux impériaux distincts, chacun entouré de sa suite. Ces œuvres datent de leur propre siècle.
À Sainte-Sophie, une mosaïque montre Justinien offrant une maquette de l’église à Marie. Elle date du Xe siècle. Elle n’a donc pas été réalisée de son vivant. Elle montre comment les Byzantins des siècles suivants se souvenaient de lui comme du fondateur.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
- Une demande de grâce met le feu aux poudres. La sédition Nika est déclenchée par la demande de grâce de deux hommes qui ont survécu à une pendaison le 10 janvier 532. L’un est un Bleu, l’autre un Vert.
- Le nombre de morts reste incertain. Pour le massacre de l’hippodrome, Procope donne plus de 30 000 morts. Théophane et le Chronicon Paschale en donnent 35 000. Ce sont des chiffres antiques divergents. Il ne s’agit pas de décomptes modernes vérifiés.
- La célèbre mosaïque du donateur est tardive. La mosaïque où Justinien présente l’église à Marie date du Xe siècle, et non du VIe.
- La coupole s’effondre, puis est reconstruite. L’effondrement de 558 et la reconstruction plus haute de 562 font partie de l’histoire réelle de l’édifice.
- Un solidus au musée. Le musée de la Culture byzantine de Thessalonique conserve un solidus de Justinien, sous le numéro BN 148. Il date de 545–565, pèse 4,36 grammes et mesure 2,1 centimètres de diamètre.
Les monnaies de Justinien Ier : solidus et follis
Les monnaies sont le moyen le plus simple de tenir entre vos mains un objet de son règne.
Le solidus est la monnaie d’or. Selon le Metropolitan Museum of Art, Justinien devient en 539 le premier empereur byzantin à adopter un portrait entièrement de face sur ses monnaies.
Le follis est la monnaie de bronze. Un follis de Justinien conservé au Münzkabinett de Berlin date de 538/539 et pèse 20,64 grammes. La grande lettre M au revers indique une valeur de 40 nummi.
Si vous collectionnez les monnaies ou visitez des musées, cherchez ce M. Il vous indique la valeur au premier coup d’œil.
Le tombeau de Justinien Ier
Justinien meurt le 14 novembre 565 à Constantinople. Son neveu Justin II lui succède.
Il est enterré dans un mausolée privé de l’église des Saints-Apôtres. Son tombeau est pillé en 1204 pendant la quatrième croisade.
Vous ne trouverez donc pas sa tombe à Istanbul. Vous pouvez en revanche visiter l’église qu’il a fait reconstruire après l’incendie de 532.
L’empire de Justinien Ier
Au début de son règne, il gouverne depuis Constantinople les territoires romains d’Orient. Grâce à ses généraux, il y ajoute l’ancien royaume vandale en Afrique du Nord et le royaume ostrogoth en Italie. Une partie de l’ancien monde romain d’Occident revient ainsi sous le contrôle impérial.
FAQ
Qui était Justinien Ier et pourquoi est-il important ?
Il est empereur romain d’Orient de 527 à 565. Il est connu pour le Corpus Juris Civilis, les conquêtes en Afrique du Nord et en Italie, ainsi que pour la troisième Sainte-Sophie.
Qu’est-ce que la sédition Nika ?
Elle commence le 13 janvier 532 dans l’hippodrome, lorsque les Bleus et les Verts s’unissent contre Justinien. Les incendies détruisent la deuxième Sainte-Sophie. Les troupes impériales mettent fin à la révolte le 18 janvier.
Qui était la femme de Justinien ?
Théodora. Ils se marient vers 525 et elle meurt en 548.
Où Justinien est-il enterré ?
Il a été enterré à l’église des Saints-Apôtres à Constantinople. Son tombeau est pillé en 1204.
Quand la nouvelle Sainte-Sophie a-t-elle été inaugurée ?
Le 27 décembre 537. La première coupole s’effondre en 558 et est reconstruite plus haut en 562.
Sources
- Wikipedia — Justinien Ier en.wikipedia.org
- Ministère de la Culture et du Tourisme — De la Rome d’Occident à la Byzance d’Orient ekitap.ktb.gov.tr
- Encyclopaedia Iranica — Justinien Ier iranicaonline.org
- Université de Chicago — Encyclopaedia Romana : la sédition Nika penelope.uchicago.edu
- Geoffrey Greatrex — Histoire d’Istanbul : la sédition Nika istanbultarihi.ist
- The Metropolitan Museum of Art — L’État byzantin sous Justinien Ier metmuseum.org
- The Metropolitan Museum of Art — Sainte-Sophie, 532–37 metmuseum.org
Image: Mosaic of Justinianus I – Basilica San Vitale (Ravenna).jpg — Petar Milošević, CC BY-SA 4.0






