On situe généralement le début de la guerre d’indépendance irlandaise (İrlanda Bağımsızlık Savaşı) au 21 janvier 1919. Ce jour-là, l’embuscade de Soloheadbeg coûte la vie à deux policiers de la Royal Irish Constabulary. La partition découle ensuite de la loi de 1920, qui établit des parlements distincts au nord et au sud. Elle reflète l’opposition unioniste toujours irrésolue et la répartition géographique des populations. Le traité de 1921 renforce cette division en permettant à l’Irlande du Nord de rester séparée.
Le premier Dáil Éireann se réunit le jour même de l’embuscade de Soloheadbeg. Pourtant, l’embuscade résulte d’une initiative indépendante. Le lien entre les urnes et la lutte armée mérite donc d’être examiné. En suivant les élections, les combats et les accords constitutionnels dans l’ordre, vous comprendrez comment indépendance, partition et guerre civile se sont liées.
Comment l’insurrection de Pâques et les élections de 1918 ont-elles transformé le mouvement indépendantiste ?
Les Volontaires irlandais sont fondés à Dublin le 25 novembre 1913. Leur création répond à l’armement des unionistes d’Ulster et à leur résistance au Home Rule, le projet d’autonomie de l’Irlande. La division sur l’avenir politique de l’île précède donc la guerre d’indépendance. Le statut de l’Ulster constitue déjà une question non résolue.
Le Home Rule devient loi en septembre 1914. Son application est reportée en raison de la Première Guerre mondiale. Le statut de l’Ulster reste en suspens. L’adoption du texte n’a réglé ni sa mise en œuvre ni le désaccord territorial qui l’entoure.
L’insurrection de Pâques de 1916 est réprimée à Dublin en une semaine environ. Entre le 3 et le 12 mai, 15 dirigeants sont exécutés. Ces exécutions et l’arrestation de milliers de nationalistes renforcent le soutien au mouvement séparatiste Sinn Féin.
En 1918, la tentative britannique d’instaurer la conscription en Irlande élargit encore le soutien à l’indépendance. Après l’insurrection, l’opposition aux décisions britanniques renforce le mouvement. À la défaite militaire de Dublin succède une progression du soutien politique à la séparation.
Les élections législatives de 1918 donnent une traduction chiffrée à cette évolution. Le Sinn Féin remporte 73 des 105 sièges irlandais à Westminster. Ses élus refusent d’y siéger. Ils créent ensuite un parlement à Dublin. Leur victoire électorale devient ainsi une contestation directe de l’autorité britannique.
Quel lien entre la création du Dáil Éireann et la lutte armée ?
Le 21 janvier 1919, les représentants du Sinn Féin se réunissent à la Mansion House de Dublin pour la première séance du Dáil Éireann. Le Dáil publie une déclaration d’indépendance et cherche à obtenir une reconnaissance internationale. Il commence aussi à créer des institutions étatiques concurrentes de l’administration britannique.
Le même jour, une embuscade à Soloheadbeg, dans le Tipperary, tue deux policiers de la Royal Irish Constabulary. Cet événement est généralement retenu comme le début de la guerre d’indépendance. La réunion parlementaire et l’attaque armée ont donc lieu à la même date. Elles constituent cependant deux actions distinctes.
Seán Treacy, Séumas Robinson, Seán Hogan et Dan Breen organisent l’embuscade de leur propre initiative. Vous ne devez donc pas déduire de cette date commune que le premier Dáil a ordonné l’attaque. Le lien entre organisation politique et action militaire se construit au-delà de cette première journée.
Le 20 août 1919, le Dáil adopte un serment d’allégeance à la République irlandaise. Il renforce ainsi le cadre de la loyauté politique et militaire au sein du mouvement républicain. Parallèlement aux attaques contre la police britannique, le mouvement affirme une autre source d’autorité à travers son parlement et ses institutions naissantes.
Quelles méthodes utilisent l’IRA, les forces britanniques et les organisations policières ?
Pendant la guerre de 1919–1921, l’IRA attaque des casernes de police et tend des embuscades aux patrouilles. Les armes saisies contribuent à combler les pénuries d’armes et de munitions. Les cibles policières comptent donc à double titre : comme instruments de l’autorité britannique et comme sources de matériel militaire.
Michael Collins développe un réseau de renseignement qui s’étend jusqu’au château de Dublin et à l’organisation policière. Il met aussi sur pied le Squad, chargé d’assassinats ciblés. Le renseignement et les attaques contre des personnes désignées accompagnent les raids contre les casernes et les embuscades contre les patrouilles.
À la fin de 1920, l’IRA organise des colonnes mobiles d’environ 100 hommes. Ces unités opèrent depuis des camps isolés et des refuges clandestins. Leur mobilité constitue une autre composante de la campagne armée, aux côtés du réseau de renseignement et des attaques contre les positions fixes de la police.
L’organisation policière britannique évolue elle aussi en 1920. Les renforts recrutés dans la Royal Irish Constabulary, pour la plupart d’anciens soldats, deviennent connus sous le nom de Black and Tans. L’Auxiliary Division, créée la même année, se compose d’anciens officiers. Elle est conçue comme une force de frappe policière mobile.
Les représailles commises par des membres des Black and Tans et des Auxiliaries comprennent des tortures, des exécutions extrajudiciaires et l’incendie de maisons et de commerces de sympathisants nationalistes. Après novembre 1920, la loi martiale s’applique dans certaines parties du sud-ouest. L’armée britannique mène aussi de vastes opérations de fouille dans les campagnes.
Une activité quotidienne permet de saisir directement cette violence : assister à un match de football. Le 21 novembre 1920, les forces britanniques ouvrent le feu à Croke Park pendant le match Dublin–Tipperary. Quatorze personnes meurent, dont le joueur Michael Hogan. Si vous imaginez le public d’une rencontre sportive ordinaire, vous mesurez comment le conflit déborde le cadre des affrontements armés.
Comment le dispositif de 1920 et le traité de 1921 ont-ils façonné la partition ?
Le Government of Ireland Act est approuvé le 23 décembre 1920. Cette loi prévoit des parlements distincts pour l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud. Elle constitue la base législative de la partition administrative. Son adoption intervient alors que la guerre d’indépendance se poursuit.
L’Irlande du Nord comprend six des neuf comtés de l’Ulster. Cette sélection relève d’un choix politique lié à la répartition géographique des populations catholiques et protestantes. Le désaccord ancien sur le statut de l’Ulster débouche ainsi sur un dispositif définissant une division territoriale.
Les parlements du nord et du sud sont juridiquement créés le 3 mai 1921. Cet ordre des événements compte : la partition administrative précède le traité de décembre. En suivant les dates, vous verrez que le traité constitue une étape supplémentaire dans une division déjà engagée.
Une trêve entre en vigueur le 11 juillet 1921. Les violences se poursuivent néanmoins à Belfast et dans les zones frontalières de l’Irlande du Nord. L’arrêt de la guerre d’indépendance ne met donc pas fin aux combats dans tous les territoires concernés par la division.
Le traité anglo-irlandais est signé le 6 décembre 1921. Conformément à ses dispositions, l’État libre d’Irlande voit le jour le 6 décembre 1922, avec le statut de dominion au sein de l’Empire britannique. Le monarque doit être représenté par un gouverneur général. Les parlementaires doivent prêter un serment comportant une allégeance à la Couronne.
Les articles 11–12 donnent à l’Irlande du Nord la possibilité de rester en dehors de la juridiction de l’État libre. Le 7 décembre 1922, son parlement demande cette exclusion. Cette décision renforce la séparation territoriale.
Le traité prévoit aussi une commission de délimitation de la frontière si l’Irlande du Nord reste séparée. Le tracé de la partition peut donc encore être réexaminé. En 1925, toutefois, un accord maintient la frontière existante.
Pourquoi le traité a-t-il conduit à la guerre civile irlandaise ?
Le traité divise le mouvement indépendantiste sur ce que justifient les acquis obtenus. Ses partisans estiment que les pouvoirs accordés justifient son acceptation. Ils soutiennent aussi que l’autre issue serait une reprise de la guerre contre la Grande-Bretagne. Ses opposants refusent d’abandonner l’objectif républicain.
Le statut de dominion, le gouverneur général et le serment comportant une allégeance à la Couronne donnent à ce désaccord des éléments constitutionnels concrets. L’accord crée l’État libre au sein de l’Empire britannique. Pour ses opposants, cela revient à renoncer à la république à laquelle le mouvement a juré fidélité.
Le 7 janvier 1922, le Dáil Éireann approuve le traité par 64 voix contre 57. Cette décision parlementaire prise à une courte majorité ne résout pas le conflit au sein du mouvement. L’acceptation de l’accord reste contestée après le vote.
La guerre civile commence le 28 juin 1922. L’Armée nationale favorable au traité bombarde les Four Courts, à Dublin, occupés par les forces opposées au traité. Après des combats conventionnels, les forces anti-traité passent à la guérilla. Elles ordonnent la fin des combats le 24 mai 1923.
Chronologie
- 25 novembre 1913 : Fondation des Volontaires irlandais à Dublin.
- Septembre 1914 : Le Home Rule devient loi ; son application est reportée en raison de la guerre.
- 1916 : L’insurrection de Pâques est réprimée ; 15 dirigeants sont exécutés entre le 3 et le 12 mai.
- 1918 : Le Sinn Féin remporte 73 des 105 sièges irlandais à Westminster.
- 21 janvier 1919 : Première réunion du Dáil ; embuscade de Soloheadbeg.
- 21 novembre 1920 : Violences du Bloody Sunday à Dublin.
- 23 décembre 1920 : Approbation de la loi prévoyant deux parlements distincts.
- 3 mai 1921 : Création juridique des parlements d’Irlande du Nord et d’Irlande du Sud.
- 11 juillet 1921 : Entrée en vigueur de la trêve de la guerre d’indépendance.
- 6 décembre 1921 : Signature du traité anglo-irlandais.
- 7 janvier 1922 : Le Dáil approuve le traité par 64 voix contre 57.
- 28 juin 1922 : Le bombardement des Four Courts marque le début de la guerre civile.
- 6–7 décembre 1922 : Création de l’État libre ; l’Irlande du Nord exerce son droit de rester séparée.
- 24 mai 1923 : Les forces anti-traité ordonnent la fin des combats.
- 1925 : Un accord maintient la frontière existante.
Ce que vous ne trouverez pas dans les guides
Seuls 27 membres assistent à la première réunion du Dáil. Le compte rendu indique que certains élus sont emprisonnés ou déportés par les Britanniques. La participation à l’assemblée reflète donc les contraintes entourant sa création, en parallèle du succès électoral du Sinn Féin.
Les Black and Tans doivent leur surnom aux couleurs dépareillées de leurs uniformes. Ces hommes, pour la plupart d’anciens soldats, rejoignent la Royal Irish Constabulary comme renforts en 1920. L’Auxiliary Division est constituée séparément à partir d’anciens officiers. Les deux organisations sont toutefois associées aux représailles.
Le rapport de la commission de délimitation de la frontière reste inédit jusqu’en 1969. La décision de conserver la frontière existante a déjà été prise en 1925. La disposition du traité consacrée à cette commission permettait un réexamen territorial. L’accord finalement conclu maintient cependant le tracé.
FAQ
Quand la guerre d’indépendance irlandaise a-t-elle commencé ?
On situe généralement son début au 21 janvier 1919. Deux policiers de la Royal Irish Constabulary sont tués à Soloheadbeg ce jour-là. Le premier Dáil se réunit aussi à Dublin.
Le traité de 1921 a-t-il créé la partition de l’Irlande ?
La partition administrative est antérieure. La loi de 1920 prévoit des parlements distincts, juridiquement créés le 3 mai 1921. Le traité permet ensuite à l’Irlande du Nord de rester séparée.
Pourquoi l’Irlande du Nord comprenait-elle six comtés ?
La sélection de six des neuf comtés de l’Ulster relève d’une décision politique liée à la répartition géographique des populations catholiques et protestantes.
Pourquoi le traité a-t-il divisé le mouvement indépendantiste ?
Ses partisans défendent les pouvoirs obtenus et affirment qu’un rejet entraînerait une reprise de la guerre contre la Grande-Bretagne. Ses opposants refusent d’abandonner l’objectif républicain pour un statut de dominion assorti d’obligations envers la Couronne.
Sources
- Musée national de l’armée — Guerre d’indépendance irlandaise nam.ac.uk
- Forces de défense irlandaises — Histoire des forces de défense military.ie
- Chambres de l’Oireachtas — Histoire du Parlement en Irlande prelive.oireachtas.ie
- Wikipedia — Guerre d’indépendance irlandaise en.wikipedia.org
- Vikipedi — Guerre d’indépendance irlandaise tr.wikipedia.org
- Musée de la GAA / Croke Park — Bloody Sunday de 1920 crokepark.ie
- Bibliothèque de la Chambre des communes — Le traité anglo-irlandais de 1921 commonslibrary.parliament.uk
- Bibliothèque de la Chambre des communes — Le traité anglo-irlandais de 1921, note d’information complète researchbriefings.files.parliament.uk
- Archives nationales — Partition de l’Irlande nationalarchives.gov.uk
FAQ
Quand la guerre d’indépendance irlandaise a-t-elle commencé ?
On situe généralement son début au 21 janvier 1919, lorsque l’embuscade de Soloheadbeg coûte la vie à deux policiers de la Royal Irish Constabulary. Le premier Dáil Éireann se réunit à Dublin le même jour.
Le traité de 1921 a-t-il créé la partition de l’Irlande ?
La partition administrative précède le traité. Le Government of Ireland Act est approuvé le 23 décembre 1920. Les parlements distincts d’Irlande du Nord et d’Irlande du Sud sont juridiquement créés le 3 mai 1921.
Pourquoi l’Irlande du Nord comprenait-elle six comtés ?
L’inclusion de six des neuf comtés de l’Ulster relève d’un choix politique lié à la répartition géographique des populations catholiques et protestantes.
Pourquoi le traité a-t-il divisé le mouvement indépendantiste ?
Ses partisans défendent les pouvoirs obtenus et affirment qu’un rejet entraînerait une reprise de la guerre contre la Grande-Bretagne. Ses opposants refusent d’abandonner l’objectif républicain pour un statut de dominion assorti d’obligations envers la Couronne.
Image: Irish War of Independence grave.jpg — Sheila1988, CC BY-SA 4.0






