Histoire turque ancienne · MÖ 220 – 1040

Bataille de Talas en 751 : vainqueurs et conséquences

En juillet 751, une armée abbasside soutenue par les Turcs karlouks a vaincu une armée chinoise des Tang près de la rivière Talas, après cinq jours de combat. Les historiens débattent encore du lieu exact, des effectifs engagés et de l'idée selon laquelle cette bataille aurait amorcé la conversion des Turcs à l'islam.

Ce sujet divise les historiens : l’article distingue les faits établis des interprétations et cite ses sources. Notre politique en matière de sources →

7 min de lecture7 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Bataille de Talas en 751 : vainqueurs et conséquences
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En juillet 751, deux grandes armées se rencontrent au bord d’une rivière d’Asie centrale. L’une est abbasside. L’autre appartient à la dynastie chinoise des Tang. Cinq jours plus tard, les Abbassides et leurs alliés turcs karlouks restent maîtres du terrain.

Vous trouverez ici le déroulement de la bataille de Talas, les forces engagées, son emplacement et les questions qui divisent encore les historiens.

La bataille de Talas en 751 : que s’est-il passé ?

La bataille de Talas oppose l’armée abbasside à l’armée chinoise des Tang en juillet 751. Elle dure cinq jours.

Sur le terrain, les Abbassides sont commandés par Ziyad ibn Salih. Abu Muslim, le chef abbasside du Khorassan (Horasan), l’a envoyé combattre les Chinois. L’armée des Tang est dirigée par Gao Xianzhi. C’est le nom donné par les sources chinoises. Les sources turques l’écrivent Kao Sien-Chih.

L’armée du Ferghana (Fergana) combat aux côtés des Chinois. Les Abbassides bénéficient du soutien des Turcs karlouks (Karluklar). Le camp abbasside finit par l’emporter.

Pourquoi les deux empires se sont-ils affrontés ?

Le conflit naît d’une querelle locale. Gao Xianzhi a fait exécuter le souverain de Tachkent. Le fils du souverain demande alors l’aide d’Abu Muslim et des Karlouks.

Cet appel entraîne les Abbassides et les Karlouks dans le conflit. Une querelle régionale devient ainsi un affrontement entre deux empires.

Qui a gagné la bataille de Talas ?

Les forces abbassides remportent la victoire avec le soutien des Turcs karlouks. C’est le récit retenu par l’Encyclopédie de l’islam de la TDV.

Un point reste discuté. Selon un récit, les Karlouks auraient changé de camp pendant les combats et abandonné les Tang. L’historien médiéval al-Dhahabi donne une autre version. Il rapporte qu’ils étaient les alliés des Abbassides dès le départ.

Les sources chinoises livrent leur propre récit de la retraite. Selon cette version, Li Siye ouvre un passage avec les cavaliers en armure encore présents. Gao Xianzhi et ses officiers peuvent ainsi échapper à l’encerclement.

Où se trouve le lieu de la bataille de Talas ? Repères sur la carte

L’Encyclopédie de l’islam de la TDV situe la bataille à Atlah, sur la rive de la rivière Talas.

L’emplacement exact n’est pas confirmé. Les chercheurs évoquent les environs de Taraz et de la rivière Talas. Cette zone correspond aujourd’hui à la région frontalière entre le Kazakhstan et le Kirghizistan.

Pour vous repérer sur une carte, commencez par Taraz. Cette ville du sud du Kazakhstan se trouve sur la rivière Talas. C’est la ville le plus souvent associée à la bataille. Ne vous attendez toutefois pas à trouver un champ de bataille clairement signalé. Le site précis reste à confirmer.

Quels étaient les effectifs ? Combien y a-t-il eu de morts ?

Les chiffres sont incertains. Les sources donnent des estimations très différentes.

  • Effectif de l’armée des Tang : les sources chinoises citées par la TDV indiquent 30 000 soldats. Ibn al-Athir en annonce 100 000.
  • Pertes : al-Maqdisi fait état de 45 000 morts et de 25 000 prisonniers. Ibn al-Athir donne 50 000 morts et 20 000 prisonniers.

Considérez tous ces chiffres comme des estimations médiévales. Ils montrent l’ampleur que les auteurs postérieurs attribuaient à la bataille. Ce ne sont pas des données de recensement.

Chronologie

  • Juillet 751 : après cinq jours de combat autour de la rivière Talas, les Abbassides et les Karlouks remportent la victoire.
  • Décembre 752 : un émissaire abbasside arrive à la cour des Tang pour des discussions diplomatiques.
  • 753 : le souverain de Tachkent accepte des titres des Tang et renouvelle son allégeance.
  • 755 : la révolte d’An Lushan entraîne des retraits de troupes qui affaiblissent la présence militaire des Tang à l’ouest.
  • 766 : les Karlouks fondent leur propre État indépendant autour des monts Tengri.

Quelles ont été les conséquences de Talas ?

La victoire ne met pas fin à l’influence des Tang du jour au lendemain. Certains affirment que leur puissance dans la région s’effondre en 751. Les faits indiquent le contraire. En 753, le souverain de Tachkent accepte des titres des Tang et renouvelle son allégeance.

Le coup le plus dur vient de l’intérieur de la Chine. La révolte d’An Lushan commence en 755. Elle oblige le gouvernement des Tang à rappeler ses soldats déployés à l’ouest.

Les Karlouks profitent de cette situation. Quinze ans après Talas, en 766, ils fondent un État indépendant autour des monts Tengri.

La diplomatie se poursuit également. En décembre 752, un émissaire envoyé par le calife abbasside arrive à la cour des Tang. Sa mission est de rétablir les relations entre les deux puissances. La guerre n’a donc pas rompu les contacts.

Talas a-t-elle rapproché les Turcs de l’islam ?

C’est la question derrière la formule populaire associant Talas à la conversion des Turcs. La réponse dépend des auteurs que vous lisez.

La notice de la TDV soutient que Talas a accéléré la diffusion de l’islam parmi les Turcs. Dans son étude de 2017, Oktay Berber critique l’idée de faire de cette bataille le point de départ de l’islamisation. Il rappelle aussi que des Turcs servaient déjà dans les rangs de l’État islamique avant 751.

L’étude publiée par Mehmet Bozaslan en 2020 aboutit à une lecture proche, sous un autre angle. Il considère la conversion massive des Turcs comme un long processus intervenu après Talas.

Une lecture prudente conduit donc à ce constat : Talas est une victoire d’un camp auquel participent des Turcs. Elle n’a converti personne en un jour. Les contacts entre les Turcs et le monde islamique avaient commencé auparavant et se sont poursuivis pendant des siècles.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

Le récit sur le papier est fragile. Vous lirez peut-être que des prisonniers chinois capturés à Talas ont enseigné la fabrication du papier à Samarcande (Semerkant). La TDV rapporte cette affirmation. Jonathan Bloom la rejette dans l’Encyclopaedia Iranica. Selon lui, le papier était déjà largement connu en Asie centrale avant 751. Il ajoute qu’on en fabriquait probablement déjà sur place.

La première source écrite est tardive. Le premier ouvrage à rapporter l’histoire des prisonniers fabricants de papier est celui d’al-Tha’alibi, mort en 1038. C’est près de 300 ans après la bataille.

Le témoignage d’un prisonnier parle de soie, pas de papier. Du Huan a été capturé à Talas. Son récit de voyage indique que des prisonniers chinois tissaient de la soie dans les territoires abbassides.

L’émissaire arrive l’année suivante. L’envoyé du calife atteint la cour des Tang en décembre 752. Les deux camps ont donc repris le dialogue peu après les combats.

Découvrir Talas aujourd’hui

Si vous voyagez dans la région, Taraz constitue un point de départ pratique. Cette ville du sud du Kazakhstan se trouve sur la rivière Talas. Son nom reste associé à la bataille.

Vous pouvez aussi faire le lien avec un geste quotidien. La prochaine fois que vous écrirez sur une feuille de papier, vous penserez peut-être au récit du papier de Talas. Vous savez désormais qu’il s’agit d’une légende attestée par une source tardive. Bloom souligne que le papier était déjà connu en Asie centrale avant la bataille.

FAQ

Qui a gagné la bataille de Talas ?

L’armée abbasside, soutenue par les Turcs karlouks, a remporté la victoire. Elle a vaincu les forces des Tang commandées par Gao Xianzhi en juillet 751.

Où s’est déroulée la bataille de Talas ?

Elle s’est déroulée près de la rivière Talas. La TDV la situe à Atlah, sur la rive. Le lieu exact n’est pas confirmé. Les chercheurs évoquent la région frontalière entre le Kazakhstan et le Kirghizistan, autour de Taraz et de la rivière Talas.

Combien de temps a duré la bataille de Talas ?

Elle a duré cinq jours.

La bataille de Talas a-t-elle converti les Turcs à l’islam ?

Pas à elle seule. Certains chercheurs estiment qu’elle a accéléré la diffusion de l’islam parmi les Turcs. D’autres contestent qu’elle ait marqué le début de leur islamisation. Bozaslan considère leur conversion massive comme un long processus postérieur à Talas.

Talas a-t-elle introduit la fabrication du papier à Samarcande ?

Ce récit existe, mais il est contesté. Bloom rejette sa fiabilité historique. Il affirme que le papier était déjà largement connu en Asie centrale avant 751.

Sources

  1. Encyclopédie de l’islam de la TDV — Bataille de Talas islamansiklopedisi.org.tr
  2. Wikipédia — Bataille de Talas tr.wikipedia.org
  3. Wikipédia — Bataille de Talas en.wikipedia.org
  4. Wikipédia — Taraz en.wikipedia.org
  5. Oktay Berber — Sur certaines affirmations de l’historiographie turque concernant le processus d’islamisation des Turcs dergipark.org.tr
  6. Mehmet Bozaslan — L’importance de la bataille de Talas dans l’histoire de l’islam et les facteurs ayant contribué à la conversion des Turcs à l’islam asrjournal.org
  7. Encyclopaedia Iranica — Papier i iranicaonline.org

Image: Battle of Talas.png — SY, CC BY-SA 4.0

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