Qu’est-ce que le feu grégeois ? Définition courte
Le feu grégeois était une arme incendiaire liquide. L’Empire byzantin l’a utilisé à partir du VIIe siècle, surtout pour brûler les navires ennemis.
Ce n’était ni une bombe ni une simple flèche enflammée. C’était un liquide en feu que l’équipage propulsait dans un tube en direction d’une cible. Imaginez un tuyau d’arrosage muni d’un embout : vous avez le principe de projection. Le liquide était évidemment bien plus redoutable que de l’eau.
Cette arme est étroitement liée à Constantinople (Konstantinopolis en turc), la ville que vous connaissez aujourd’hui sous le nom d’Istanbul. Si vous longez ses anciens remparts maritimes, vous marchez là où cette arme a contribué à maintenir un empire en vie.
Pourquoi l’appelle-t-on « feu grégeois » ? L’origine du nom
Ce nom a sa propre histoire. L’expression « feu grégeois » que nous employons aujourd’hui vient de la manière dont les croisés du Moyen Âge désignaient les armes incendiaires byzantines.
Les Byzantins utilisaient d’autres termes. Leurs textes parlent de hygron pyr, « feu liquide », et de pyr thalassion, « feu marin ».
Le turc possède lui aussi plusieurs appellations : Rum ateşi, Bizans ateşi, Yunan ateşi et sıvı ateş. Un autre nom turc, Grejuva ateşi, figure également dans les ouvrages de référence turcs.
Comment fonctionnait le feu grégeois ?
Tout reposait sur le système de projection. Les navires byzantins portaient à la proue des tubes en bronze ou en laiton, appelés siphons. Les équipages projetaient le liquide enflammé par ces tubes sur les navires ennemis.
L’arme ne servait pas seulement en mer. Des documents militaires du Xe siècle recommandent des lance-flammes portatifs, appelés cheirosiphon, pour un usage terrestre et maritime.
Son maniement était délicat. Pour projeter le feu par un siphon en toute sécurité, il fallait une mer calme et un vent favorable.
Les récits historiques indiquent aussi que ce feu pouvait brûler à la surface de l’eau. Ce détail fascine. En revanche, l’idée qu’il s’enflammait spontanément au contact de l’eau reste débattue : prenez cette affirmation avec prudence.
La formule du feu grégeois : que contenait-il ?
La réponse est simple : sa formule chimique exacte ne nous est pas parvenue. Aucune liste d’ingrédients ne peut être présentée comme une recette byzantine authentifiée.
Les historiens ont proposé plusieurs hypothèses.
- Le pétrole. C’est l’hypothèse la plus soutenue. L’ingrédient principal aurait été du pétrole brut ou transformé. Les chercheurs pensent que des résines végétales ont pu être ajoutées pour épaissir le mélange, le rendre plus adhérent et prolonger sa combustion.
- Le salpêtre. Certains en ont fait l’ingrédient principal. Mais aucune preuve n’atteste son usage militaire en Europe ou au Proche-Orient avant le XIIIe siècle.
- La chaux vive. Certains ont fondé leur hypothèse sur la réaction de la chaux vive avec l’eau. Mais les récits byzantins décrivent l’emploi de cette arme sans aucun contact avec l’eau.
Anne Comnène, princesse et historienne byzantine, décrit une arme incendiaire employée lors de la défense de Dyrrachium (Dıraç en turc), en 1108. Elle utilisait de la résine de pin et du soufre. C’est un indice utile. Il ne prouve pas la formule exacte du mélange secret utilisé sur les navires.
Qui l’a inventé ? L’histoire de Callinicos
Théophane, qui écrit au début du IXe siècle, attribue l’invention du feu marin à Callinicos. Selon lui, Callinicos était un réfugié arrivé à Byzance depuis Héliopolis, en Syrie.
Mais en était-il le seul inventeur ? Pas nécessairement. Théophane mentionne déjà des navires byzantins équipés de siphons pour les années 671–672. Cela laisse penser que Callinicos a peut-être perfectionné une arme qui existait déjà.
La mise au point du feu grégeois est traditionnellement datée des environs de 672. Sa première utilisation est traditionnellement associée au siège de Constantinople de 674–678.
Le feu grégeois et les dieux : la légende de l’ange
Certains cherchent un « dieu » à l’origine de cette arme. Ce qui s’en rapproche le plus est une légende rapportée par les Byzantins eux-mêmes.
Le manuel politique de l’empereur Constantin VII, rédigé au Xe siècle, transmet un récit selon lequel un ange aurait enseigné le secret du feu à Constantin le Grand. Cette histoire donnait à l’arme une origine sacrée.
Où le feu grégeois a-t-il réellement été utilisé ?
Constantinople est son théâtre d’opérations le plus connu. Sa première utilisation est traditionnellement associée au siège de 674–678. Le feu grégeois a aussi contribué à défendre la ville pendant le siège arabe de 717–718.
Des sources plus tardives signalent cette arme, ou des armes comparables, ailleurs :
- Anne Comnène décrit un affrontement avec une flotte pisane. Dans son récit, le premier jet de feu du commandant Landulf est perdu parce qu’il a mal visé.
- Elle décrit aussi des conduites à feu sur les navires d’Alexis. Elles passaient par la gueule de têtes de lions dorées et d’autres têtes d’animaux.
- À Dyrrachium, en 1108, les défenseurs ont employé une arme incendiaire par une ouverture qu’ils avaient percée pour atteindre une galerie ennemie.
Ce dernier épisode passe facilement inaperçu. L’arme ne servait pas uniquement contre les navires. Elle pouvait aussi être utilisée pendant un siège, contre les hommes qui creusaient sous les remparts.
Feu grégeois et napalm : quelle comparaison ?
Le feu grégeois est souvent comparé au napalm moderne. Le rapprochement est simple. Tous deux sont décrits comme des armes incendiaires adhérentes à base de pétrole.
La comparaison s’arrête là. Personne ne sait si leurs formules chimiques étaient identiques. Le napalm vous aide à imaginer l’effet du feu grégeois, mais ne prouve rien sur sa recette.
Comment éteindre le feu grégeois ?
Des auteurs médiévaux mentionnent le sable, le vinaigre fort et l’urine vieillie comme moyens de l’éteindre. Considérez ces indications comme des témoignages, pas comme des faits établis. Elles n’ont pas été vérifiées par des essais modernes d’extinction.
Peut-on le reconstituer ? Les expériences modernes
Dans les années 1970, John Haldon et Maurice Byrne ont testé à petite échelle l’hypothèse du pétrole brut. Ils utilisaient des bateaux en papier dans un bassin.
En 2002, l’équipe de Haldon a tenté une reconstitution expérimentale. Elle reposait sur un pétrole brut léger, facilement inflammable, provenant de la région située entre la mer Noire et la mer Caspienne.
Ces expériences montrent qu’un feu à base de pétrole est plausible. Elles ne permettent pas de retrouver le secret d’origine.
Chronologie
- 671–672 : Théophane décrit des navires de guerre byzantins équipés de siphons.
- Vers 672 : La mise au point du feu grégeois est traditionnellement située à cette date.
- 674–678 : Siège de Constantinople auquel la première utilisation de l’arme est traditionnellement associée.
- 717–718 : Le feu grégeois contribue à défendre Constantinople pendant le siège arabe.
- 1108 : Des armes incendiaires sont employées pour défendre Dyrrachium.
- 2002 : L’équipe de John Haldon tente de reconstituer le feu grégeois expérimentalement.
Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides
- Des embouts en forme de tête de lion. Anne Comnène indique que les tubes à feu des navires d’Alexis passaient par la gueule de têtes de lions dorées et d’autres têtes d’animaux. Un navire de guerre pouvait ressembler à une ménagerie flottante.
- Un tir manqué. Dans son récit de l’affrontement avec la flotte pisane, le premier jet de feu de Landulf est perdu parce qu’il a mal visé. Même une arme secrète dépendait de la personne qui la maniait.
- Un secret sacré. Le manuel de Constantin VII raconte qu’un ange a enseigné le secret à Constantin le Grand.
- Des bateaux en papier. Dans les années 1970, Haldon et Byrne ont testé l’hypothèse du pétrole brut sur des bateaux en papier dans un bassin. Les premiers essais modernes étaient à petite échelle.
- Du feu contre une galerie. À Dyrrachium, les défenseurs ont employé une arme incendiaire par une ouverture qu’ils avaient percée pour atteindre la galerie ennemie. L’arme servait lors de sièges terrestres comme en mer.
FAQ
De quoi était composé le feu grégeois ?
Personne ne le sait avec certitude, car sa formule exacte ne nous est pas parvenue. L’hypothèse la plus soutenue est celle d’un mélange composé principalement de pétrole brut ou raffiné, éventuellement épaissi avec des résines végétales.
Qui a inventé le feu grégeois ?
Théophane attribue cette invention à Callinicos, un réfugié originaire d’Héliopolis, en Syrie. Comme Théophane mentionne déjà des navires équipés de siphons pour les années 671–672, Callinicos a peut-être perfectionné une arme existante.
Le feu grégeois est-il la même chose que le napalm ?
Non. La comparaison repose sur leur caractère adhérent et sur leur composition à base de pétrole. Personne ne sait si leurs formules étaient identiques.
Pourquoi l’appelle-t-on « feu grégeois » ?
Ce nom vient de la manière dont les croisés du Moyen Âge désignaient les armes incendiaires byzantines. Les Byzantins employaient des noms comme hygron pyr (« feu liquide ») et pyr thalassion (« feu marin »).
Où le feu grégeois a-t-il été utilisé ?
Surtout en mer et pour défendre Constantinople : sa première utilisation est traditionnellement associée au siège de 674–678, et il a contribué à la défense de la ville en 717–718. Anne Comnène décrit aussi des armes incendiaires à Dyrrachium en 1108.
Sources
- Wikipedia — Feu grégeois en.wikipedia.org
- Vikipedi — Feu grégeois tr.wikipedia.org
- Kokoszko et Leszka — Feu naval/Feu liquide rcin.org.pl
- Université Southern Cross — Feu grégeois scu.edu.au
- Université Fordham — Anna Comnena, Alexiade XI sourcebooks.fordham.edu
- Université Fordham — Anna Comnena, Alexiade XIII sourcebooks.fordham.edu
- American Chemical Society, C&EN — Des historiens déchiffrent des secrets chimiques vieux de plusieurs siècles cen.acs.org
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