En 1692, les autorités du Massachusetts ont entraîné plus de 200 personnes dans une crise liée à des accusations de sorcellerie. Dix-neuf ont fini sur la potence. Cet article consacré aux procès des sorcières de Salem présente les dates, les lieux, les victimes et les causes. Vous y découvrirez aussi ce que vous pouvez encore voir à Salem aujourd’hui.
Pourquoi cette crise ? Il n’y a pas de cause unique. La peur, les querelles locales, la guerre et une justice qui acceptait des preuves étranges se sont mutuellement alimentées.
Quand et où ont eu lieu les procès des sorcières de Salem ?
Les procès des sorcières de Salem désignent des audiences et des procès pour sorcellerie tenus dans le Massachusetts. Ils se sont déroulés de février 1692 à mai 1693. Si vous cherchez leur année ou leurs dates, retenez ceci : la crise commence en 1692 et les derniers procès s’achèvent en 1693.
Le nom est un peu trompeur. Beaucoup de personnes accusées venaient de Salem Town. D’autres étaient originaires de Salem Village, aujourd’hui appelée Danvers. D’autres encore vivaient dans environ deux douzaines d’autres localités de l’est de la colonie de la baie du Massachusetts, selon les archives de l’université de Virginie. À la question « où cela s’est-il passé ? », il faut donc répondre : dans toute une région, et pas dans une seule ville.
Pourquoi la crise a-t-elle éclaté ? Un village sous pression
Le Peabody Essex Museum décrit un contexte marqué par une accumulation de difficultés. Le village et la ville étaient rivaux. Des conflits religieux et des changements de gouvernement divisaient la population. Des affrontements opposaient les colons aux Français et à leurs alliés autochtones. À cela s’ajoutaient la variole et des conditions météorologiques extrêmes.
Imaginez une discussion de voisinage sur une messagerie pendant une mauvaise année. Les prix augmentent, le temps est épouvantable, deux familles se disputent et quelqu’un tombe malade. Dans ce climat, une rumeur se propage plus vite. En 1692, cette rumeur portait sur la sorcellerie.
Une querelle locale a joué un rôle majeur. Samuel Parris est devenu pasteur de Salem Village en 1689 et a reçu la propriété du presbytère. Cela a aggravé les différends locaux.
Le cadre juridique comptait aussi. Le droit anglais appliqué dans le Massachusetts faisait de la sorcellerie un crime passible de mort. Selon les croyances de l’époque, une sorcière ou un sorcier était une personne qui avait vendu son âme au diable.
Comment la crise a commencé
Selon le Salem Witch Museum, tout commence en janvier 1692. Betty Parris, neuf ans, et Abigail Williams, 11 ans, présentent des symptômes que personne ne parvient à expliquer.
Des mandats d’arrêt visant Tituba, Sarah Good et Sarah Osborn sont délivrés le 29 février 1692. Leurs interrogatoires commencent le 1er mars. Dans un article publié par le National Endowment for the Humanities, l’historienne Margo Burns explique que les magistrats John Hathorne et Jonathan Corwin ont fait pression sur Tituba pour lui arracher de faux aveux. Tituba était une esclave de Parris.
Ces pressions ont aussi fait céder d’autres personnes. Selon les archives de l’université de Virginie, environ 50 personnes ont avoué des faits de sorcellerie. La plupart cherchaient à éviter de passer immédiatement en jugement.
Qu’étaient les « preuves spectrales » ?
Le tribunal acceptait les « preuves spectrales ». Il s’agissait de témoignages affirmant qu’une apparition immatérielle de la personne accusée avait attaqué quelqu’un dans un rêve ou une vision. Vous ne pouvez pas réfuter une vision. C’était bien le problème.
Les théologiens de l’époque étaient divisés. Les partisans du tribunal soutenaient que le diable ne pouvait pas prendre l’apparence d’une personne sans son consentement. Leurs adversaires estimaient qu’il pouvait aussi prendre celle d’un innocent. Wikipédia en anglais rapporte cette controverse.
Les historiens ne s’accordent pas tous sur le poids de ces preuves. Dans un article de 1997, Wendel D. Craker conteste l’idée qu’un témoignage spectral suffisait à lui seul à faire juger quelqu’un. Selon lui, personne n’a été traduit en justice sur ce seul fondement.
Victimes des procès de Salem : qui est mort ?
Voici les chiffres donnés par les sources :
- Plus de 200 personnes ont été accusées et 30 ont été reconnues coupables (Wikipédia en anglais).
- Dix-neuf personnes ont été pendues : quatorze femmes et cinq hommes (Wikipédia en anglais).
- Giles Corey est mort écrasé sous un amas de pierres le 19 septembre 1692. On cherchait à le contraindre à répondre formellement à l’accusation (Salem Witch Museum).
- Au moins cinq personnes sont mortes en prison et une personne est morte sous la torture. Les archives de l’université de Virginie comptabilisent donc au moins 25 morts.
Le chiffre de 20 personnes exécutées annoncé dans le titre vient de là : 19 pendaisons, auxquelles s’ajoute Corey. Personne n’a été brûlé sur un bûcher. Le Salem Witch Museum est formel sur ce point.
Le gouverneur William Phips a créé un tribunal spécial, appelé Oyer and Terminer, le 27 mai 1692. Sa première affaire, celle de Bridget Bishop, a été examinée le 2 juin. Elle a été pendue le 10 juin. Les pendaisons ont ensuite eu lieu par groupes : une le 10 juin, cinq le 19 juillet, cinq le 19 août et huit le 22 septembre 1692.
Chronologie
- 1689 Samuel Parris devient pasteur de Salem Village.
- Janvier 1692 Betty Parris et Abigail Williams tombent malades.
- 29 février 1692 des mandats d’arrêt sont délivrés contre Tituba, Sarah Good et Sarah Osborn.
- 1er mars 1692 les interrogatoires des trois premières accusées commencent.
- 27 mai 1692 le tribunal Oyer and Terminer est créé.
- 2 juin 1692 l’affaire Bridget Bishop est examinée.
- 10 juin 1692 Bridget Bishop est pendue.
- 19 juillet 1692 cinq personnes sont pendues.
- 19 août 1692 cinq autres personnes sont pendues.
- 19 septembre 1692 Giles Corey meurt écrasé sous des pierres.
- 22 septembre 1692 huit personnes sont pendues. Ce sont les dernières pendaisons.
- Octobre 1692 le gouverneur Phips ferme le tribunal spécial.
- Janvier 1693 les affaires restantes sont confiées à un nouveau tribunal qui rejette les preuves spectrales.
- Mai 1693 les derniers procès ont lieu.
- 1697 Samuel Sewall et 12 jurés présentent leurs excuses.
- 1992 le mémorial des procès des sorcières de Salem est construit.
- Janvier 2016 le lieu des pendaisons est confirmé à Proctor’s Ledge.
- 19 juillet 2017 le mémorial de Proctor’s Ledge ouvre.
Comment les procès ont pris fin
Phips a fermé le tribunal spécial en octobre 1692. Les affaires restantes ont été examinées par une nouvelle Cour supérieure de justice en janvier 1693. Celle-ci refusait les témoignages spectraux. Selon le Salem Witch Museum, la plupart des accusés ont été acquittés et aucune nouvelle exécution n’a eu lieu.
En 1697, le juge Samuel Sewall et 12 jurés ont présenté leurs excuses pour leur participation aux procès.
Un champignon est-il à l’origine de la crise ?
Vous avez peut-être lu que du seigle moisi expliquait les symptômes des jeunes filles. En 1976, Linnda Caporael a proposé de les attribuer à une intoxication par l’ergot du seigle. La même année, Spanos et Gottlieb ont soutenu dans la revue Science que les éléments disponibles ne confirmaient pas cette hypothèse. Leur article conclut que les symptômes et le déroulement général de la crise ne correspondent pas à un épisode d’ergotisme convulsif.
Aucune explication unique et démontrée ne permet donc de trancher la question des causes. La réponse la plus prudente reste l’ensemble des tensions décrites plus haut.
Les mémoriaux des procès de Salem et les lieux aujourd’hui
Deux mémoriaux méritent votre attention.
Le mémorial des procès des sorcières de Salem date de 1992. Il se trouve au 24 Liberty Street. Il comprend 20 bancs en granit, chacun portant le nom d’une victime.
Le second se trouve à Proctor’s Ledge, sur le lieu des pendaisons. Pendant longtemps, l’endroit où les 19 personnes avaient été pendues est resté incertain. L’équipe du Gallows Hill Project a croisé des témoignages historiques avec une analyse de visibilité réalisée à l’aide d’un système d’information géographique, ou SIG. En janvier 2016, elle a confirmé que les pendaisons avaient eu lieu à Proctor’s Ledge. Le mémorial de Proctor’s Ledge a ouvert le 19 juillet 2017, pour le 325e anniversaire des cinq pendaisons du 19 juillet 1692.
Musées et livres sur les procès des sorcières de Salem
À Salem, le Peabody Essex Museum expose des objets originaux directement liés aux procès. Il donne aussi accès à des copies numériques de documents judiciaires. Si vous cherchez des sources primaires, commencez par là.
Vous trouverez aussi des musées et des pages pédagogiques proposés par le Salem Witch Museum, qui publie une page historique et une FAQ.
Pour les travaux plus anciens, Charles W. Upham a publié Salem Witchcraft à Boston en 1867, en deux volumes. Il s’agit d’un ouvrage du XIXe siècle : lisez-le donc comme un témoignage sur la manière dont on écrivait l’histoire à cette époque.
Des détails absents des guides touristiques
- Rebecca Nurse a d’abord été acquittée. William Stoughton a ensuite renvoyé les jurés délibérer. Le verdict est devenu un verdict de culpabilité et elle a été pendue le 19 juillet.
- Une enfant de quatre ans a été emprisonnée. Un mandat d’arrêt contre Dorothy Good a été délivré le 23 mars 1692, sur des soupçons de sorcellerie. Elle a été emprisonnée le lendemain avec sa mère, Sarah Good.
- Être acquitté ne signifiait pas être libéré. Tituba a été acquittée en 1693, mais elle n’a pas été libérée immédiatement, car ses frais de détention restaient impayés. Un nouveau propriétaire l’a achetée et a réglé cette dette.
- Le sous-sol n’a rien révélé. À Proctor’s Ledge, les recherches au radar à pénétration de sol n’ont trouvé ni restes humains ni traces d’une structure de potence. Les chercheurs ont estimé que les pendaisons avaient probablement été pratiquées à un arbre.
- L’histoire d’amour du film ne figure pas dans les archives. Aucune preuve historique n’atteste une relation entre John Proctor et Abigail Williams telle qu’elle apparaît dans Les Sorcières de Salem. Proctor avait environ 60 ans et Williams en avait 11.
FAQ
Les réponses courtes figurent dans le champ FAQ structuré de cet article. En bref, les procès se sont déroulés de février 1692 à mai 1693, 19 personnes ont été pendues et Giles Corey est mort écrasé sous des pierres. Au moins 25 personnes sont mortes au total et personne n’a été brûlé. Le lieu des pendaisons est Proctor’s Ledge.
Sources
- Wikipédia en turc — Procès des sorcières de Salem tr.wikipedia.org
- Université de Virginie — Vue d’ensemble des procès des sorcières de Salem salem.lib.virginia.edu
- Wikipédia en anglais — Procès des sorcières de Salem en.wikipedia.org
- Salem Witch Museum — FAQ salemwitchmuseum.com
- Salem Witch Museum — Histoire et pédagogie salemwitchmuseum.com
- Peabody Essex Museum — Les procès des sorcières de Salem de 1692 pem.org
- National Endowment for the Humanities — Archives des procès des sorcières de Salem neh.gov
- Science — Ergotisme et procès pour sorcellerie de Salem Village (Spanos & Gottlieb, 1976, PDF de l’UMass) people.umass.edu
- Cambridge University Press — Preuves spectrales, actes de sorcellerie non spectraux et aveux à Salem en 1692 cambridge.org
- Université de Virginie — Projet Gallows Hill sur les procès des sorcières de Salem salem.lib.virginia.edu
- Université de Virginie — Une croix marque l’endroit archive.news.virginia.edu
- JSTOR — Society of Architectural Historians, mémorial des procès des sorcières de Salem jstor.org
- Université de Pennsylvanie — La page des livres en ligne, Salem Witchcraft onlinebooks.library.upenn.edu
Image: Salem witch2.jpg — Joseph E., ca. 1837-1914, artist., Public domain






