Monde antique · MÖ 3200 – MS 476

Pourquoi Antibes s’appelait-elle Antipolis ? Son port antique

Antibes s’appelait Antipolis, « la ville d’en face », mais le lieu auquel ce nom faisait référence reste débattu. Son histoire relie une colonie marchande grecque et un port romain aux fortifications plus tardives qui abritent aujourd’hui son musée d’Archéologie.

10 min de lecture8 sourcesPublié le: 6 novembre 2026Dernière vérification: 6 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Pourquoi Antibes s’appelait-elle Antipolis ? Son port antique
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Antibes (en turc : Antibes) s’appelait Antipolis parce que son nom grec, Ἀντίπολις, signifie « la ville d’en face ». Mais en face de quoi ? La question reste débattue. Les explications avancées renvoient à Nice, à la Corse ou à l’habitat indigène du Rocher. Aucune ne fait consensus.

Un nom évoquant une rive opposée convient à une ville liée aux routes maritimes. Mais l’histoire d’Antipolis se lit aussi sous ses rues : un ancien habitat indigène, un navire marchand romain et les conduites d’eau d’une riche demeure. Si vous suivez ces traces, vous passerez d’une colonie grecque à une ville fortifiée dont le bastion Saint-André abrite un musée d’Archéologie.

Pourquoi les Grecs l’ont-ils appelée Antipolis ?

Antibes se trouve dans le sud-est de la France, dans le département des Alpes-Maritimes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Son nom antique conserve une indication de position en grec. Le sens d’Antipolis est clair. Le lieu auquel il renvoie l’est moins.

Selon une première explication, Antipolis ferait face à Nice, de l’autre côté de l’embouchure du Var. La présentation archéologique du département conteste cette interprétation, car Nice semble avoir été fondée plus tard. Cette chronologie relative empêche de considérer Nice comme une réponse établie à la question du nom.

D’autres explications rattachent ce nom à la Corse ou au village indigène du Rocher. La Corse apparaît aussi dans la présentation départementale de la navigation phocéenne. Les Phocéens longeaient la côte jusqu’à Antibes avant de mettre directement le cap sur l’île. Ce trajet éclaire la place de la Corse dans l’environnement maritime du port, sans prouver qu’elle explique son nom.

Le Rocher offre un autre point de référence, au sein même d’Antibes. Près de la cathédrale et du château, les archéologues ont découvert des traces d’occupation indigène remontant au début du VIe siècle av. J.-C. Le lien proposé entre cet habitat et le nom grec reste une hypothèse parmi d’autres.

Qui a fondé Antipolis, et à quelle date ?

Antipolis faisait partie des colonies grecques fondées par les Phocéens de Massalia, l’actuelle Marseille. Ses origines la rattachent donc à un réseau maritime centré sur Massalia. Les vestiges indigènes du Rocher montrent aussi que l’histoire du peuplement d’Antibes ne se limite pas à la fondation de la colonie grecque.

La date de cette fondation reste débattue. La présentation historique générale du département propose une date comprise entre 565 et 540 av. J.-C. Sa présentation archéologique ne donne aucune date précise. Elle souligne plutôt une augmentation des importations au tournant des IVe et IIIe siècles av. J.-C.

Ces dates correspondent à des indices de nature différente. L’occupation du début du VIe siècle av. J.-C. concerne l’habitat indigène. La fourchette proposée de 565–540 av. J.-C. concerne la fondation de la colonie. Les indices plus tardifs témoignent d’une hausse des importations. Gardez ces distinctions à l’esprit lorsque vous lisez une histoire abrégée d’Antipolis.

Quel rôle jouait le port dans l’Antipolis grecque et romaine ?

L’anse Saint-Roch offrait un port naturel protégé des vents dominants. Elle se trouvait sur la route maritime entre Marseille et la côte italienne. Cet abri et cette position expliquent ensemble l’intérêt de ce littoral pour une cité marchande antique.

Le commerce maritime assurait la prospérité d’Antipolis aux époques grecque et romaine. La salaison du poisson et la fabrication du garum, une sauce de poisson fermenté, occupaient aussi une place importante. L’économie portuaire associait ainsi la circulation des navires à la préparation de produits de la pêche.

Le musée d’Archéologie d’Antibes situe le début de la formation de la ville romaine en 49 av. J.-C. Dans sa présentation, cette année marque l’affranchissement d’Antipolis de la tutelle de Marseille. Elle fournit un repère chronologique entre les liens de la colonie avec Massalia et le développement de l’Antipolis romaine.

Les installations d’adduction d’eau faisaient aussi partie de la ville romaine. L’aqueduc de la Bouillide s’étendait sur environ 16 kilomètres. Celui de Font Vieille mesurait 4,5 kilomètres. Avec le port et ses activités de production, ces ouvrages appartiennent à l’histoire matérielle de la cité.

Qu’ont révélé les fouilles du port antique ?

Entre mars et octobre 2012, les archéologues ont fouillé 5 000 mètres carrés du port antique au Pré aux Pêcheurs. Cette opération précédait la construction d’un parking souterrain. Elle a livré des témoignages sur l’entretien du port et la navigation.

Un navire marchand du IIe ou du IIIe siècle apr. J.-C. figurait parmi les découvertes. Environ 15 mètres étaient conservés. Sa longueur d’origine a été estimée à 20–22 mètres. Ces mesures distinguent les vestiges préservés de la taille restituée du navire complet.

Les fouilles ont aussi révélé des traces de dragage remontant aux environs du début de notre ère. Elles couvraient un secteur de 1 500 mètres carrés du port et témoignaient d’efforts pour lutter contre l’ensablement. Même abrité, le port nécessitait des interventions pour empêcher le sable de s’accumuler.

Chronologie

  • Début du VIe siècle av. J.-C. : Une occupation indigène est attestée sur le Rocher.
  • Ve siècle av. J.-C. : L’inscription du galet de Terpon date de cette période.
  • Tournant des IVe et IIIe siècles av. J.-C. : Les importations augmentent ; la date de fondation de la colonie reste débattue.
  • 49 av. J.-C. : La présentation du musée situe à cette date l’affranchissement de la tutelle de Marseille et le début de la formation de la ville romaine.
  • IIe–IIIe siècles apr. J.-C. : Le navire marchand découvert en 2012 appartient à cette période.
  • Antiquité tardive : Antibes reçoit sa première enceinte défensive.
  • 1385 : Marc et Luc Grimaldi reçoivent la seigneurie d’Antibes.
  • 1481 : La Provence rejoint la France, donnant à Antibes une position frontalière.
  • 1565–1585 : Quatre bastions sont aménagés autour de la tour Saint-Laurent pour former le Fort Carré ; le fort devient opérationnel.
  • 1603 : La construction de l’enceinte urbaine de Raymond de Bonnefons commence.
  • 1680 : Vauban commence à diriger les améliorations du port et des défenses.
  • 1698 : Le bastion Saint-André est construit selon les plans de Vauban.
  • 1700 : Vauban propose un grand projet de port militaire qui ne sera pas réalisé.
  • 1889–1895 : Antibes perd son statut de place forte, puis un accord définitif est conclu sur la démolition des remparts.
  • Juin 1963 : Le musée d’Archéologie ouvre dans le bastion Saint-André.
  • 2012 : Les fouilles mettent au jour une partie du port antique et le navire marchand romain.

Comment le port antique est-il devenu une place forte frontalière ?

Antibes s’est dotée de sa première enceinte défensive durant l’Antiquité tardive. Une autre enceinte, construite au Moyen Âge, comportait des tours rondes. Elle a fait l’objet de réparations vers le XIVe siècle. L’histoire des défenses de la ville a donc commencé bien avant son rôle frontalier plus tardif.

En 1385, la seigneurie d’Antibes est passée aux frères Marc et Luc Grimaldi. Les Grimaldi ont construit le château Grimaldi pour en faire leur résidence dans la ville. Leur seigneurie s’inscrit dans l’histoire médiévale qui sépare la cité antique de la future place forte française.

Le rattachement de la Provence à la France en 1481 a placé Antibes sur la frontière sud-est du royaume, face au comté de Nice sous domination savoyarde. En 1552, Henri II a décidé de construire la tour Saint-Jaume sur l’îlot Saint-Jaume pour surveiller le port.

Le Fort Carré s’est développé autour de la tour Saint-Laurent. Quatre bastions ont été ajoutés à partir de 1565. L’ensemble était opérationnel en 1585. Un autre grand chantier défensif a commencé en 1603 : l’enceinte urbaine de Raymond de Bonnefons, conçue avec quatre bastions et deux portes.

À partir de 1680, Vauban a ordonné la poursuite des travaux portuaires, la rénovation des portes et l’amélioration des défenses. Son projet plus ambitieux de 1700 devait relier la ville au Fort Carré. Il aurait fait d’Antibes un port militaire offrant une alternative à Toulon. Ce projet n’a jamais été réalisé.

Antibes a perdu son statut de place forte en 1889. L’accord définitif entre l’État et la municipalité sur la démolition des remparts a suivi en octobre 1895. Le bastion Saint-André, construit en 1698 selon les plans de Vauban, est devenu plus tard le musée d’Archéologie.

Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides

Le galet de Terpon porte la plus ancienne inscription connue d’Antibes. Daté du Ve siècle av. J.-C., il présente un texte grec associé à Aphrodite. Ce petit objet ajoute un témoignage écrit à l’histoire grecque de la cité, aux côtés des indices fournis par les importations.

Entre 1992 et 1994, des fouilles rue Clemenceau ont exploré une riche demeure de la fin du IIe siècle apr. J.-C. Elle comportait une mosaïque à décor hexagonal, une fontaine en marbre et des conduites d’eau en plomb. Pensez à l’eau que vous utilisez chez vous : ces canalisations créent un lien quotidien avec la ville romaine.

Le navire marchand mis au jour en 2012 possédait des feuilles de plomb qui renforçaient certaines parties de sa coque. De petits clous les fixaient par endroits. Avec la longueur conservée du navire, ce détail permet d’observer de plus près sa construction.

Le bastion Saint-André conserve aussi une histoire de l’alimentation et de l’eau. Ses deux galeries voûtées en brique servaient de réfectoire à la garnison. Le bâtiment comprenait une citerne souterraine et quatre fours à pain. Depuis juin 1963, le bastion abrite des découvertes issues de fouilles terrestres et sous-marines.

FAQ

Que signifie Antipolis ?

Antipolis signifie « la ville d’en face ». Nice, la Corse et le village indigène du Rocher ont tous été proposés comme point de référence. Aucune explication ne fait consensus.

Qui a fondé Antipolis ?

Des Phocéens venus de Massalia, aujourd’hui Marseille, ont fondé la colonie grecque. Sa date de fondation reste débattue. La fourchette proposée de 565–540 av. J.-C. diffère de la chronologie plus prudente de la présentation archéologique.

Sur quoi reposait la prospérité du port antique ?

Le commerce maritime, la salaison du poisson et la production de garum étaient des activités importantes pour Antipolis aux époques grecque et romaine. L’anse Saint-Roch offrait un abri contre les vents dominants sur la route entre Marseille et la côte italienne.

Où se trouve le musée d’Archéologie d’Antibes ?

Le musée occupe le bastion Saint-André et a ouvert en juin 1963. Vous pouvez relier ce cadre à l’histoire plus large d’Antibes : un ouvrage défensif construit en 1698 abrite aujourd’hui les témoignages de la ville et du port antiques.

Sources

  1. Wikipédia en anglais — Antibes en.wikipedia.org
  2. Wikipédia en turc — Antibes tr.wikipedia.org
  3. Département des Alpes-Maritimes — Les traces de l’Antiquité grecque et latine portail-savoirs.departement06.fr
  4. Département des Alpes-Maritimes — Des origines au Xe siècle après J.C departement06.fr
  5. Inrap — Le port antique d’Antibes inrap.fr
  6. Ville d’Antibes — Découvrir le musée d’Archéologie antibes-juanlespins.com
  7. Inrap Images d’archéologie — Une épave romaine dans le port antique d’Antibes images-archeologie.fr
  8. Réseau des sites majeurs Vauban — Antibes sites-vauban.org

FAQ

Que signifie Antipolis ?

Antipolis, qui s’écrit Ἀντίπολις en grec, signifie « la ville d’en face ». Les explications proposées renvoient à Nice, à la Corse ou à l’habitat indigène du Rocher, mais aucune ne fait consensus.

Qui a fondé Antipolis ?

Antipolis était une colonie grecque fondée par des Phocéens venus de Massalia, l’actuelle Marseille. Sa date de fondation reste débattue.

Sur quoi reposait la prospérité du port antique ?

Le commerce maritime, la salaison du poisson et la fabrication de garum, une sauce de poisson fermenté, assuraient la prospérité d’Antipolis aux époques grecque et romaine. L’anse Saint-Roch offrait un port naturel à l’abri des vents dominants.

Où se trouve le musée d’Archéologie d’Antibes ?

Le musée a ouvert en juin 1963 dans le bastion Saint-André, construit en 1698 selon les plans de Vauban. Il présente des découvertes issues de fouilles terrestres et sous-marines.

Image: Antibesbordmer.JPG — Gilbert Bochenek, CC BY 3.0

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