Qui était Nene Hatun ?
Nene Hatun était une Turque qui a participé à la défense du bastion d’Aziziye à Erzurum pendant la guerre russo-turque de 1877–1878. Ce conflit est connu en turc sous le nom de « 93 Harbi ». Son engagement a fait d’elle un symbole de la résistance populaire.
Elle n’était pas soldat. C’était une mère de famille originaire d’un village proche d’Erzurum. Lorsque l’alerte a été donnée, elle a suivi la foule pour porter secours aux troupes.
Si vous cherchez son nom, vous découvrirez un récit qui mêle histoire et mémoire nationale. Cet article s’en tient aux documents et aux récits officiels. Il signale aussi les points sur lesquels les historiens divergent.
Naissance et famille : d’où venait-elle ?
Nene Hatun est née à Çeperli, un village d’Erzurum. Son père s’appelait Hüseyin et sa mère Zeliha.
Son année de naissance fait débat. Les articles de Wikipédia en turc et en anglais indiquent toujours 1857. L’historien Murat Küçükuğurlu retient 1854. Selon lui, les registres de population et les documents concernant l’attribution de sa pension renvoient à cette année.
Elle a épousé un homme nommé Mehmet Efendi. En 1877, la famille a quitté Çeperli pour s’installer dans la ville d’Erzurum.
Elle a eu six enfants : quatre garçons et deux filles.
La nuit du 8 au 9 novembre 1877
La défense d’Aziziye s’inscrit dans les combats du front d’Erzurum pendant la guerre de 1877–1878. Selon le gouvernorat d’Erzurum, le moment décisif survient dans la nuit du 8 au 9 novembre 1877. Abdullah Efendi, le muezzin de la mosquée Ayazpaşa, annonce que le bastion d’Aziziye est tombé aux mains des Russes. Il appelle les habitants à porter secours aux soldats.
Les habitants d’Erzurum viennent en aide aux soldats ottomans. Nene Hatun se joint à eux.
Le ministère de l’Agriculture et des Forêts la décrit comme une mère qui laisse son bébé dans son berceau et court vers le front. Imaginez un voisin qui entend un grand fracas dans la rue et sort en courant sans prendre son manteau. C’est ce sentiment d’urgence que décrivent ces récits.
Pourquoi ce bastion comptait-il autant ? Les bastions d’Aziziye se trouvent dans l’actuel parc national Nene Hatun. Ils occupent les pentes de Top Dağı. Leur rôle était de contrôler la vallée du cours d’eau Hamam Deresi, par laquelle passe la route de Kars.
Après la guerre : des années difficiles
La célébrité ne lui a pas apporté l’aisance. Nene Hatun a connu des difficultés financières pendant une grande partie de sa vie après la guerre.
À la suite de la loi de 1934 sur les noms de famille, elle a pris le nom de Kırkgöz. Vous la retrouverez sous le nom de « Nene Kırkgöz » dans les documents officiels des années 1950.
En 1937, le journaliste İsmail Habib Sevük l’a interviewée à Erzurum, ainsi que d’autres anciens combattants de la guerre de 1877–1878.
Le 6 septembre 1938, elle a envoyé une requête. Elle y démentait un article de presse affirmant qu’une pension lui avait été accordée.
En 1943, elle et Nâme Hanım, une autre ancienne combattante de la défense d’Aziziye, ont adressé une requête commune au président İsmet İnönü. Elles y décrivaient leurs difficultés et demandaient de l’aide.
Les distinctions des années 1950
Au début des années 1950, Nene Hatun revient au premier plan de l’attention publique.
Le 30 août 1952, lors des célébrations de la fête de la Victoire, elle reçoit le titre de « 3. Ordunun Nenesi ». Il signifie approximativement « la grand-mère de la 3e armée ».
Le 7 septembre 1952, le général Matthew Ridgway, commandant de l’OTAN, lui rend visite à Erzurum.
Deux jours plus tard, le 9 septembre 1952, la commission permanente de la municipalité d’Erzurum décide d’accorder une aide de 300 livres turques à Nene Kırkgöz.
Le Journal officiel du 6 février 1953 publie une loi lui attribuant une pension de 170 livres turques. Cette pension relève du poste budgétaire consacré aux services rendus à la nation.
Le 5 mai 1955, l’Union des femmes turques la désigne comme la première « Mère de l’année » de Turquie.
Décès et tombe
Nene Hatun meurt le 22 mai 1955, seulement 17 jours après avoir reçu le titre de Mère de l’année. Elle était soignée pour une pneumonie à l’hôpital Numune d’Erzurum.
Sa tombe se trouve au cimetière des martyrs d’Aziziye, dans l’enceinte du bastion d’Aziziye. C’est le lieu même où elle a participé à la défense. Si vous visitez Erzurum, c’est là que vous pourrez voir sa tombe.
Le parc national historique Nene Hatun
Le parc national historique Nene Hatun, à Erzurum, a été créé en 2009. Le ministère de l’Agriculture et des Forêts indique une superficie de 387 hectares.
Le parc abrite les bastions d’Aziziye. Comme indiqué plus haut, ils ont été implantés sur les pentes de Top Dağı pour surveiller le Hamam Deresi et la route de Kars. Sur place, vous contemplez le terrain même pour lequel les défenseurs se sont battus.
Chronologie
- 1854 / 1857 : Naissance à Çeperli, un village d’Erzurum. Les recherches en archives indiquent 1854. Les biographies courantes donnent 1857.
- 1877 : Installation avec sa famille dans la ville d’Erzurum, après avoir quitté Çeperli.
- 8–9 novembre 1877 : Après l’annonce de la prise du bastion d’Aziziye par les Russes, elle rejoint les habitants venus aider les soldats.
- 1934 : Adoption du nom de famille Kırkgöz.
- 1937 : Entretien avec İsmail Habib Sevük.
- 6 septembre 1938 : Dans une requête, elle dément l’information selon laquelle elle toucherait une pension.
- 1943 : Demande d’aide au président İsmet İnönü, avec Nâme Hanım.
- 30 août 1952 : Attribution du titre de « 3. Ordunun Nenesi ».
- 7 septembre 1952 : Visite du général Matthew Ridgway.
- 6 février 1953 : Publication au Journal officiel de la loi lui accordant une pension de 170 livres turques.
- 5 mai 1955 : Désignation comme première « Mère de l’année » par l’Union des femmes turques.
- 22 mai 1955 : Décès à l’hôpital Numune d’Erzurum et inhumation au cimetière des martyrs d’Aziziye.
- 2009 : Création du parc national historique Nene Hatun à Erzurum.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
Une pension annoncée, puis démentie. Le 6 septembre 1938, elle écrit qu’un article de presse annonçant l’attribution d’une pension est faux. Les difficultés qu’elle décrit en 1943 concordent avec ce démenti.
Une aide de 300 livres turques. Le 9 septembre 1952, la commission permanente de la municipalité d’Erzurum approuve une aide de 300 livres turques pour Nene Kırkgöz. Cette décision intervient deux jours après la visite du général Ridgway.
Une pension de 170 livres turques. La loi qui la lui accorde paraît au Journal officiel le 6 février 1953. Elle relève du poste budgétaire consacré aux services rendus à la nation.
Un magazine américain. Le général Ridgway raconte sa visite à Nene Hatun dans le Saturday Evening Post du 10 octobre 1953. Son article porte le titre « How Europe’s Defenses Look to Me ».
Les entretiens d’un journaliste. İsmail Habib Sevük s’est entretenu avec elle et d’autres anciens combattants de la guerre de 1877–1878 à Erzurum en 1937.
FAQ
Qui était Nene Hatun ?
Une Turque originaire d’Erzurum qui a participé à la défense du bastion d’Aziziye en 1877. Elle est devenue un symbole de la résistance populaire.
Quand est-elle née ?
La plupart des biographies indiquent 1857. L’historien Murat Küçükuğurlu retient 1854, en s’appuyant sur les registres de population et les documents relatifs à sa pension.
Où est-elle enterrée ?
Au cimetière des martyrs d’Aziziye, dans l’enceinte du bastion d’Aziziye à Erzurum.
De quoi est-elle morte ?
Elle est morte d’une pneumonie le 22 mai 1955 à l’hôpital Numune d’Erzurum.
Quelle est la superficie du parc national qui porte son nom ?
Le ministère de l’Agriculture et des Forêts indique 387 hectares. Le parc a été créé en 2009.
Sources
- Wikipédia en turc — Nene Hatun tr.wikipedia.org
- Wikipédia en anglais — Nene Hatun en.wikipedia.org
- Direction provinciale de la culture et du tourisme d’Erzurum — Les figures marquantes d’Erzurum erzurum.ktb.gov.tr
- Agence Anadolu — Nene Hatun, symbole de l’héroïsme des femmes turques, a vécu 101 ans aa.com.tr
- Gouvernorat d’Erzurum — Message du 22 mai pour l’anniversaire de la mort de Nene Hatun erzurum.gov.tr
- Université Atatürk — Actes du Symposium international sur les études des femmes en sciences sociales ekitap.atauni.edu.tr
- Akın Aktaş — Analyse de Nene Hatun et de Kara Fatma dans le contexte des aides sociales dergipark.org.tr
Image: Aziziye Tabyaları-Nene Hatun’un Mezarı.jpg — Eğitmen Mahmut, CC BY-SA 3.0






