Les ninjas ont bien existé. Les documents sont clairs sur ce point. En revanche, ils ne confirment pas l’image du personnage solitaire en tenue noire qui franchit les remparts d’un château à coups de saltos. Les véritables shinobi étaient des agents chargés de recueillir des renseignements. Beaucoup venaient des collines d’Iga (en turc : Iga).
Cet article vous aide à distinguer l’histoire documentée du mythe de la tenue noire.
Alors, les ninjas ont-ils vraiment existé ?
Oui. Un ninja, ou shinobi, était un agent ou un mercenaire du Japon féodal (Japonya en turc). Les shinobi pratiquaient l’espionnage, le sabotage et l’infiltration en territoire ennemi.
Selon le Japan Ninja Council, les shinobi sont attestés de manière fiable dès l’époque Nanbokuchō (1336–1392). Vous n’avez donc pas affaire à une pure légende. Vous avez affaire à une activité qui avait un nom, des employeurs et des traces écrites.
Le mot « ninja » est la forme populaire. Les sources historiques emploient surtout « shinobi ». Si vous cherchez uniquement le premier terme dans les documents anciens, une grande partie des preuves vous échappera.
D’où venaient les ninjas ?
Deux régions leur sont associées plus que toutes les autres. Iga se trouve dans l’actuelle préfecture de Mie. Sa voisine, Kōka (en turc : Kōka), se situe dans la préfecture de Shiga.
Un célèbre récit raconte leurs origines. Il présente Ōtomo no Sahito comme un homme au service du prince Shōtoku. Le musée ninja Iga-ryū considère ce récit comme une légende trop peu étayée. Pour le musée, il est plus réaliste de chercher les racines des ninjas d’Iga dans les groupes de guerriers akutō de l’époque de Kamakura.
Les chercheurs de l’université de Mie avancent une explication concrète à l’émergence de ces spécialistes à Iga. L’autorité des daimyō y était faible. Cela a permis à des formes de gouvernement local autonome de se développer. La nécessité de se défendre a poussé les habitants à perfectionner leurs techniques de ninjutsu.
Imaginez un quartier où la municipalité intervient peu et où les habitants organisent leurs propres rondes. Les compétences naissent de la nécessité. Iga fonctionnait de façon comparable, à une échelle bien plus dangereuse.
Que faisaient les véritables shinobi ?
À l’époque Sengoku, les shinobi menaient des infiltrations, des incendies volontaires, des raids nocturnes et des embuscades. On dirait une liste de missions de commando. Leur objectif principal était pourtant plus discret. Ils devaient survivre et rapporter à leurs seigneurs des renseignements sur l’ennemi.
Leur métier reposait sur l’information, pas sur le meurtre. Un shinobi qui mourait sur le chemin du retour ne rapportait rien.
Le jour, leur activité avait une apparence banale. Selon Yamada Yūji, les shinobi qui recueillaient des renseignements cherchaient à ne pas attirer l’attention. Ils se déguisaient en artistes itinérants, en religieux bouddhistes ou en gens du commun.
C’est l’inverse de l’image du cinéma. Dans la vie courante, le meilleur déguisement est celui dont personne ne se souvient. Imaginez quelqu’un en veste ordinaire dans un train de banlieue bondé. Personne ne s’y attarde. C’était le but.
Le mythe de la tenue noire
Le ninja entièrement vêtu de noir est une invention plus tardive. Yoshimaru Yūya, chercheur à l’université de Mie, explique que l’association des vêtements noirs, du masque noir et du shuriken se précise au théâtre à partir du milieu du XVIIIe siècle. Elle s’installe dans les romans au début du XIXe siècle.
Cette image a aussi un lien avec les conventions de la scène. Le costume de ninja du théâtre de l’époque d’Edo est associé à la tenue des kuroko. Ces machinistes portaient des vêtements noirs, et le public était censé les ignorer. Un interprète habillé de la même façon pouvait donc être « invisible » sur scène. Le costume avait une logique théâtrale. Il ne venait pas du champ de bataille.
La tenue noire en dit donc davantage sur le public de l’époque d’Edo que sur les espions de l’époque Sengoku.
Iga en guerre : Kasagi, Oda et la fin de l’indépendance
Les combats documentés montrent ce que faisaient réellement les shinobi.
En 1541, une troupe de 70–80 hommes d’Iga et de Kōka s’introduit dans le château de Kasagi et incendie une partie de ses bâtiments. Le musée ninja Iga-ryū fonde ce récit sur le journal de Tamon’in.
En 1579, Oda Nobukatsu attaque Iga. Les combattants d’Iga ripostent par des techniques incendiaires et des embuscades nocturnes. Selon l’historien Yamada Yūji, des combattants de Kōka se battent à leurs côtés.
En 1581, Oda Nobunaga envahit Iga. Cette invasion met fin à l’indépendance de la confédération locale. Elle contraint aussi une partie des survivants à fuir vers d’autres régions.
Iga et Kōka se détestaient-elles ?
Les récits populaires présentent souvent les deux communautés comme des ennemies permanentes. Selon Yamada Yūji, cette image ne correspond pas à leur histoire. Des liens matrimoniaux et des déplacements de population unissaient Iga et Kōka.
Le récit de 1579 va dans ce sens. Des combattants de Kōka ont soutenu Iga face à un assaillant extérieur.
Des noms célèbres à aborder avec prudence
Deux récits concernant 1582 demandent de la prudence.
Cette année-là, Tokugawa Ieyasu traverse Iga pour regagner ses terres. Selon le récit traditionnel, des ninjas d’Iga et de Kōka l’aident. Une autre théorie attribue cette aide aux milices locales de jizamurai de Kōka plutôt qu’à des spécialistes ninjas. Les documents ne permettent pas de trancher.
Il y a ensuite Hattori Hanzō Masanari. On le présente souvent comme un maître ninja. Selon Yamada Yūji, il était probablement un commandant samouraï qui dirigeait des shinobi. Autrement dit, il était vraisemblablement un chef d’espions plutôt qu’un espion.
Les ninjas dans la paix de l’époque d’Edo
Avec la fin des guerres, le travail change. Certains shinobi deviennent des samouraïs de rang inférieur dans les administrations du shogunat ou des domaines. D’autres deviennent agriculteurs. Ceux qui restent en service assurent notamment la sécurité des châteaux et recueillent des renseignements dans les régions voisines.
L’espionnage ne disparaît pas du jour au lendemain. En 1623, Tōdō Takatora soupçonne Matsudaira Tadanao de trahison. Il envoie des agents d’Iga dans la région d’Echizen. Le musée ninja Iga-ryū mentionne cet épisode dans sa chronologie.
Le manuel : le Bansenshūkai
La meilleure preuve écrite du ninjutsu est un livre. Le Bansenshūkai est compilé en 1676 par un membre de la famille Fujibayashi. L’Agence japonaise du tourisme le décrit comme un manuel complet réunissant les connaissances en ninjutsu d’Iga et de Kōka.
Il compte 22 volumes. Il traite notamment de l’infiltration, du sabotage, du déguisement et des prévisions météorologiques. La météo peut sembler incongrue ici. Elle a pourtant toute sa place. Un raid nocturne ou une attaque incendiaire dépend du vent et de la pluie. Aujourd’hui, vous consultez les prévisions avant un pique-nique. Un shinobi faisait de même avant une opération, avec des enjeux bien plus élevés.
Chronologie
- 1336–1392 : Dès l’époque Nanbokuchō, l’existence des shinobi peut être retracée de manière fiable dans les documents historiques.
- 1541 : Des forces d’Iga et de Kōka s’infiltrent dans le château de Kasagi et incendient une partie de ses bâtiments.
- 1579 : Les défenseurs d’Iga résistent à l’attaque d’Oda Nobukatsu.
- 1581 : L’invasion d’Oda Nobunaga met fin à l’indépendance de la confédération d’Iga.
- 1582 : Tokugawa Ieyasu rentre chez lui en passant par Iga. L’identité de ceux qui l’ont aidé et le rôle de Hattori Hanzō restent débattus.
- 1623 : Tōdō Takatora envoie des agents d’Iga dans la région d’Echizen.
- 1676 : Le Bansenshūkai, qui rassemble les connaissances en ninjutsu d’Iga et de Kōka, est achevé.
- Milieu du XVIIIe siècle : L’image du ninja masqué et vêtu de noir se précise au théâtre.
- Début du XIXe siècle : Le ninja en tenue noire s’installe dans les romans.
- 1853 : Sawamura Yasusuke enquête à bord d’un des navires de Perry.
- 2021 : Une copie du Kanrin seiyō, qui daterait de 1748, est découverte à Kōka.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
Du bleu marine et du brun, pas seulement du noir. Selon Yamada Yūji, des vêtements bleu marine foncé et bruns servaient aussi lors des missions nocturnes. Il ajoute que des textes historiques signalent que le noir peut se détacher au clair de lune.
La pierre dans l’eau. Une méthode de ninjutsu décrite par Yamada consiste à jeter une pierre dans l’eau. Le poursuivant entend le bruit et croit que le fugitif a sauté. Pendant ce temps, celui-ci s’enfuit dans l’autre direction.
Un manuel en chinois classique. Le Ninjutsu Ōgiden, transmis par la famille Mochizuki, est écrit en chinois classique. Il contient une légende sur la divinité du sanctuaire d’Aburahi, où les guerriers de Kōka tenaient des réunions tactiques.
Une découverte de 2021. Une copie du Kanrin seiyō, qui daterait de 1748, a été retrouvée à Kōka. Le texte sur lequel elle repose est cité comme source dans la préface du Bansenshūkai de 1676.
Une visite sur un navire de Perry. Selon les documents de la famille Sawamura cités par le musée ninja Iga-ryū, Sawamura Yasusuke est monté à bord d’un des navires de Perry en 1853. Il en est revenu avec du pain, de la feuille de tabac et des bougies, à raison de deux pièces de chaque, ainsi que du papier portant un texte en néerlandais.
FAQ
Les ninjas ont-ils vraiment existé ?
Oui. Les shinobi étaient des agents ou des mercenaires du Japon féodal. Selon le Japan Ninja Council, ils sont attestés de manière fiable dès l’époque Nanbokuchō (1336–1392).
Les ninjas portaient-ils du noir ?
Ce n’était pas un uniforme réglementaire. L’association de la tenue noire, du masque et du shuriken se précise au théâtre à partir du milieu du XVIIIe siècle, puis dans les romans au début du XIXe siècle. Le bleu marine et le brun servaient aussi la nuit.
D’où venaient les ninjas ?
Iga, dans l’actuelle préfecture de Mie, et Kōka, dans l’actuelle préfecture de Shiga, sont les régions qui leur sont le plus étroitement associées.
Hattori Hanzō était-il un ninja ?
La question est débattue. Selon Yamada Yūji, il était probablement un commandant samouraï qui dirigeait des shinobi, sans être lui-même un shinobi.
Qu’est-ce que le Bansenshūkai ?
C’est un manuel de 22 volumes compilé en 1676. Il traite de l’infiltration, du sabotage, du déguisement et des prévisions météorologiques.
Sources
- Wikipédia en turc — Ninja tr.wikipedia.org
- Japan Ninja Council — Qu’est-ce qu’un ninja ? ninja-official.com
- Musée ninja Iga-ryū — Ninjutsu et ninjas iganinja.jp
- Wikipédia en anglais — Ninja en.wikipedia.org
- Centre international de recherche sur les ninjas de l’université de Mie — Études sur les ninjas ninjacenter.rscn.mie-u.ac.jp
- Musée ninja Iga-ryū — L’histoire des ninjas ninja-museum.com
- Nippon.com — Au-delà de la fiction : les véritables ninjas nippon.com
- Nippon.com — Espionnage et sabotage : la vérité sur les ninjas nippon.com
- Agence japonaise du tourisme — Documents historiques sur les ninjas mlit.go.jp
- Université de Mie — Entretien sur la recherche consacrée aux ninjas, partie 2 mie-u.ac.jp
FAQ
Les ninjas ont-ils vraiment existé ?
Oui. Les ninjas, généralement appelés shinobi dans les documents, étaient des agents ou des mercenaires du Japon féodal. Ils pratiquaient l’espionnage, le sabotage et l’infiltration en territoire ennemi. Selon le Japan Ninja Council, leur existence est attestée de manière fiable dès l’époque Nanbokuchō (1336–1392).
Les ninjas portaient-ils du noir ?
Ce n’était pas un uniforme réglementaire. L’association de la tenue noire, du masque noir et du shuriken se précise au théâtre à partir du milieu du XVIIIe siècle, puis s’installe dans les romans au début du XIXe siècle. L’historien Yamada Yūji explique que des vêtements bleu marine foncé et bruns servaient aussi la nuit. Il ajoute que des textes historiques signalent que le noir peut se détacher au clair de lune.
D’où venaient les ninjas ?
Iga et Kōka sont les régions qui leur sont le plus étroitement associées. Iga se trouve dans l’actuelle préfecture de Mie, et Kōka dans celle de Shiga.
Hattori Hanzō était-il un ninja ?
La question est débattue. Selon Yamada Yūji, Hattori Hanzō Masanari était probablement un commandant samouraï qui dirigeait des shinobi, sans être lui-même un shinobi.
Qu’est-ce que le Bansenshūkai ?
C’est un manuel de 22 volumes compilé en 1676 par un membre de la famille Fujibayashi. Il rassemble les connaissances en ninjutsu d’Iga et de Kōka, notamment sur l’infiltration, le sabotage, le déguisement et les prévisions météorologiques.
Image: Hokusai sketches – hokusai manga vol6.jpg — Katsushika Hokusai, Public domain






