Histoire turque ancienne · MÖ 220 – 1040

Légende d’Ergenekon : s’échapper par une montagne de fer

La légende d’Ergenekon raconte comment les survivants d’une guerre perdue se multiplient pendant 400 ans dans une vallée protégée, puis font fondre une montagne de fer pour en sortir. Présent dans les traditions turques et mongoles, ce récit suscite encore un débat entre chercheurs sur son origine.

Ce sujet divise les historiens : l’article distingue les faits établis des interprétations et cite ses sources. Notre politique en matière de sources →

9 min de lecture8 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Légende d’Ergenekon : s’échapper par une montagne de fer
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Qu’est-ce que la légende d’Ergenekon ?

La légende d’Ergenekon est un récit des origines. Elle raconte comment un peuple vaincu survit, retrouve sa force et reconquiert sa liberté. Dans la version la plus courante en Turquie, il s’agit des Turcs célestes. Ils perdent une guerre, se réfugient dans une vallée fermée, s’y multiplient et finissent par en sortir.

Pour la plupart des lecteurs, le nom a deux sens. « Ergenekon » désigne la vallée elle-même, mais aussi le récit. Si vous cherchez « qu’est-ce qu’Ergenekon ? » ou « que signifie Ergenekon ? », voici la réponse : un refuge légendaire et l’histoire qui l’entoure.

La vallée est décrite comme une terre d’accueil protégée. On y trouve des ruisseaux, des sources, des prairies, des arbres fruitiers et du gibier. Il y fait bon vivre. C’est précisément ce qui finira par poser problème.

Résumé de la légende d’Ergenekon

Le récit existe en plusieurs versions. Voici celle que résume l’encyclopédie de la Fondation turque des affaires religieuses, la TDV İslâm Ansiklopedisi. Des détails provenant d’autres versions la complètent lorsque leur origine est précisée.

La défaite. Dans une variante, le souverain tatar Sevinç Han bat l’armée d’İl Han. Il remporte la victoire avec l’aide des Kirghizes et d’autres tribus.

La fuite. Kıyan, le fils d’İl Han, et Négüz, son neveu, survivent à la guerre. Ils s’enfuient avec leurs épouses et atteignent un lieu entouré de parois rocheuses abruptes. Ils emmènent leurs chameaux, leurs chevaux, leurs bœufs et leurs moutons.

Le long séjour. La vie dans la vallée se déroule bien. Selon la légende, 400 ans passent. À la fin, la vallée ne peut plus contenir la population et ses troupeaux.

La montagne de fer. Les habitants cherchent une issue. Dans la version publiée par le ministère turc de l’Éducation nationale (MEB), un forgeron propose d’ouvrir un passage en faisant fondre le filon de fer à l’intérieur de la montagne.

La sortie. La montagne est fondue et le peuple sort. Selon le récit de l’encyclopédie TDV, le souverain du groupe qui en sort est Börte Çene.

Voilà toute la progression du récit : la défaite, le refuge, la croissance et l’ouverture d’une issue.

Comment faire fondre une montagne ? Les détails du récit

Le texte du MEB est une adaptation. Il décrit la fonte avec de véritables détails techniques. Il est tiré du livre de Mustafa Necati Sepetçioğlu, Yaratılış ve Türeyiş Destanı, et figure dans le manuel de turc de 8e année. Voici ce qu’il raconte.

  • Les habitants d’Ergenekon paient un impôt en bois et en charbon de bois pour alimenter le feu.
  • Soixante-dix grands soufflets, fabriqués avec 700 peaux de chameau, sont installés en 70 endroits. Ils attisent le feu ensemble.
  • Le fer fond et un passage s’ouvre.
  • Un essai pratique permet de mesurer la largeur du passage : un chameau chargé doit pouvoir le franchir.

Remarquez à quel point ces mesures sont concrètes. Aucune formule magique. Il y a du charbon de bois, du cuir, du travail et un chameau chargé. Le récit résout son problème comme le ferait un village : chacun contribue et le travail est partagé.

Imaginez un appartement surpeuplé où toute une famille doit cuisiner, se laver et travailler dans les mêmes pièces. À un moment, quelqu’un doit ouvrir une porte vers l’extérieur. Ergenekon fonctionne ainsi, sauf que la porte est une montagne.

Chronologie

  • Premières sources chinoises : des récits de sauvetage depuis une grotte ou une vallée apparaissent dans d’anciens documents chinois. Les chercheurs les rapprochent d’Ergenekon. Ces documents ne portent pas le nom d’Ergenekon.
  • XIVe siècle : dans le Câmiʿü’t-tevârîh de Rachid al-Din (Rashid al-Din), Ergenekon est le lieu où les ancêtres des Mongols se sont réfugiés.
  • XVIIe siècle : Aboul-Ghazi Bahadur Khan (Abu al-Ghazi Bahadur Khan) reprend le récit dans son Şecere-i Türk.
  • 1913 : le poème « Ergenekon » de Ziya Gökalp paraît dans la revue Türk Duygusu.
  • 1914 : le poème de Gökalp est intégré à son livre Kızılelma. Le poème d’Ömer Seyfettin sur le même sujet paraît dans Halka Doğru, dans le numéro du 9 avril 1914.
  • 2015 : Zoriktuev publie un article défendant l’origine mongole de la légende.
  • 2024 : Özdemir et Temizkan publient une étude défendant son origine turque.

À quel peuple appartient la légende d’Ergenekon ?

C’est la question qui divise encore les chercheurs.

Les sources écrites ne datent pas de l’époque des Turcs célestes. L’encyclopédie TDV donne deux grandes sources écrites du récit d’Ergenekon : le Câmiʿü’t-tevârîh de Rachid al-Din et le Şecere-i Türk d’Aboul-Ghazi Bahadur Khan. Dans l’ouvrage de Rachid al-Din, au XIVe siècle, le refuge est celui de Nekuz et de Kıyan, les ancêtres des Mongols. Aboul-Ghazi, khan de Khiva, écrit au XVIIe siècle. Lui aussi présente l’histoire comme un récit des origines des Mongols.

Les plus anciennes versions complètes présentent donc le récit comme mongol. Deux positions se dessinent dans la recherche moderne.

La thèse de l’origine turque. Dans leur étude de 2024, Şükrü Özdemir et Abdullah Temizkan défendent une origine turque d’Ergenekon. Ils expliquent sa transmission chez les Mongols par une tradition commune aux Turcs et aux Mongols, liée au travail du fer.

La thèse de l’origine mongole. Dans un article de 2015, B. R. Zoriktuev défend la position inverse. Il s’appuie sur une comparaison des sources et sur des recherches de terrain dans le nord-est de la Chine. Selon lui, la légende d’Ergene-Kun est mongole.

Les éléments disponibles ne mettent pas tout le monde d’accord. Vous pouvez toutefois affirmer ceci : dans la culture turque, le récit est transmis comme une légende nationale, et les plus anciennes versions écrites développées le situent chez les Mongols.

Que signifie le nom Ergenekon ?

Le nom fait lui aussi débat. Les deux explications correspondent aux deux positions précédentes.

  • L’explication turque. Nemat Kelimebov figure parmi ses partisans. Selon cette lecture, le nom désigne un lieu de campement dans un col de montagne.
  • L’explication mongole. Zoriktuev rapproche le nom du fleuve Argoun, appelé Ergune, et du mot mongol ancien kun, qui désigne un haut plateau aux versants abrupts.

Dursun Yıldırım a également consacré une longue étude à la forme du nom : « Ergene kon=Ergin kün mü? ». Elle s’étend des pages 61 à 149 du volume 45 de Türk Dili Araştırmaları Yıllığı–Belleten. Vous pouvez accéder au texte intégral en PDF depuis la page de l’article sur DergiPark.

Où se trouve Ergenekon ?

Personne ne le sait. Certains auteurs situent la vallée autour du mont Béloukha (Beluca), dans l’Altaï. Cette localisation reste une affirmation sans résultat probant pour l’étayer.

Si vous voyagez en Turquie, ne vous attendez pas à trouver une vallée indiquée par des panneaux. Vous ne trouverez pas de billetterie au pied de la montagne de fer. En revanche, vous retrouverez le récit à l’école, dans les chansons et lors des fêtes du printemps.

Ergenekon et le Névrouz

C’est l’aspect de la légende que vous avez le plus de chances de rencontrer dans la vie quotidienne. Le ministère de la Culture et du Tourisme relie l’interprétation populaire turque du Névrouz (Nevruz) comme jour de délivrance à la sortie d’Ergenekon. Ce lien englobe aussi la coutume de marteler du fer chauffé au rouge.

Dans la version du MEB, un rituel entretient le souvenir de la sortie. Le fer est chauffé jusqu’à devenir incandescent. Le khan le frappe le premier sur une enclume, puis les seigneurs le frappent à tour de rôle.

Ainsi, lorsque vous voyez les feux du Névrouz et entendez l’histoire d’un forgeron, vous retrouvez la même idée. L’arrivée du printemps est interprétée comme une sortie d’un lieu fermé.

Les poètes et la légende

Le récit devient un sujet de poésie au début du XXe siècle. « Ergenekon », de Ziya Gökalp, paraît dans Türk Duygusu en 1913, puis entre dans Kızılelma en 1914. La même année, le poème d’Ömer Seyfettin consacré à Ergenekon paraît dans le numéro du 9 avril 1914 de Halka Doğru.

Cela vous donne une clé de lecture utile. Le récit est ancien, mais sa célébrité moderne doit beaucoup aux poèmes imprimés et aux manuels scolaires.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

  • L’impôt. Dans l’adaptation du MEB, les habitants ne se contentent pas de trouver une issue. Ils en paient le prix, avec du bois et du charbon de bois collectés auprès de la communauté.
  • Le nombre de soufflets. Soixante-dix soufflets fabriqués avec 700 peaux de chameau, cela représente dix peaux par soufflet. Ces chiffres ronds permettent de se représenter facilement la scène.
  • L’épreuve du chameau. La taille de l’ouverture se juge au passage d’un chameau chargé. C’est une mesure de voyageurs, pas de guerriers.
  • Les documents chinois ne la nomment pas. Les anciennes sources chinoises que les chercheurs rapprochent d’Ergenekon racontent un sauvetage depuis une grotte ou une vallée. Le nom Ergenekon n’y apparaît pas.
  • Deux graphies pour un même héros. Le texte de la TDV écrit Kıyan et Négüz. Le récit de Rachid al-Din, tel qu’il est résumé en anglais, écrit Nekuz et Kıyan.

FAQ

Qu’est-ce qu’Ergenekon ?

C’est la vallée protégée de la légende et, par extension, la légende elle-même. Les survivants d’une défaite s’y réfugient, se multiplient et sortent en faisant fondre une montagne de fer.

À quel peuple appartient la légende ?

Les chercheurs ne sont pas d’accord. Les plus anciens textes développés, ceux de Rachid al-Din et d’Aboul-Ghazi, la présentent comme un récit des origines des Mongols. Özdemir et Temizkan (2024) défendent une origine turque ; Zoriktuev (2015) défend une origine mongole.

Où se trouvait Ergenekon ?

Son emplacement réel est inconnu. Le mont Béloukha, dans l’Altaï, est une localisation proposée, sans preuve solide.

Combien de temps le peuple y est-il resté ?

Selon la légende, 400 ans.

Quel est le lien avec le Névrouz ?

Le ministère de la Culture et du Tourisme relie le sens de délivrance donné au Névrouz dans la culture populaire turque à la sortie d’Ergenekon et à la coutume de marteler du fer chaud.

Sources

  1. Wikipédia en turc — Légende d’Ergenekon tr.wikipedia.org
  2. Wikipédia en anglais — Épopée d’Ergenekon en.wikipedia.org
  3. Encyclopédie de l’islam de la TDV — Épopée cdn2.islamansiklopedisi.org.tr
  4. MEB — Turc, 8e année, Culture nationale mufredat.meb.gov.tr
  5. Ministère de la Culture et du Tourisme — Névrouz ktb.gov.tr
  6. Vakanüvis — Ergenekon, une épopée turque ou mongole ? dergipark.org.tr
  7. Archéologie, ethnologie et anthropologie de l’Eurasie — Zoriktuev, 2015 sciencedirect.com
  8. Annuaire de recherches sur la langue turque–Belleten — Dursun Yıldırım dergipark.org.tr

Image: The departure of the Mongols from Ergenekon.jpg — Wikimedia Commons, Public domain

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