Racines des villes

Histoire de Bitlis et origine de son nom : le guide

Bitlis s’est développée dans une étroite vallée de montagne, sur une route caravanière reliant la Djézireh à l’Iran et au Caucase. Ses noms attestés, ses souverains médiévaux, ses bâtiments ottomans et ses découvertes archéologiques permettent de suivre son histoire sous différents angles.

11 min de lecture16 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
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Histoire de Bitlis et origine de son nom : le guide
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Histoire de Bitlis : une vallée sur une route caravanière

Bitlis s’est développée au bord du cours d’eau du même nom, dans une étroite vallée creusée dans le Taurus du Sud-Est. La ville se situe à une altitude de 1 400 à 1 450 mètres. Sa position la plaçait sur une route caravanière reliant la Djézireh à l’Iran et au Caucase. Cette route vous donne un premier repère pour comprendre son développement. La date du début de son peuplement reste incertaine.

L’histoire de Bitlis passe par la domination romaine d’Orient, une conquête musulmane, le pouvoir seldjoukide, des dynasties locales et l’intégration à l’Empire ottoman. Les bâtiments conservés fournissent des dates plus précises. Une inscription mentionne des réparations à la Grande Mosquée (Ulu Cami) en 1150. Une autre date son minaret séparé de 1492. Le complexe de Şerefiye porte une date de fondation de 1529.

Il faut aussi distinguer la ville de la province. L’actuelle province de Bitlis tire son nom de son chef-lieu. Ahlat, avec son cimetière médiéval et sa tradition de taille de la pierre, appartient à cette province. Ses monuments élargissent donc le regard au-delà de la vallée où Bitlis s’est développée.

Comment s’appelait Bitlis autrefois ?

Les sources arméniennes anciennes désignent Bitlis sous le nom de Bagesh. Il s’agit d’un nom historique attesté de la ville. Il doit être présenté aux côtés des explications proposées pour le nom de Bitlis, sans être confondu avec elles. Un nom attesté et un récit expliquant un nom constituent deux types de témoignages différents.

Le récit le plus connu sur l’origine du nom concerne Badlis. Selon cette légende, Alexandre le Grand aurait ordonné à un commandant portant ce nom de construire la forteresse. Le nom de la ville serait ainsi lié à celui du commandant. Ce récit réunit le nom, la forteresse et Alexandre dans une même histoire de fondation. La TDV İslâm Ansiklopedisi souligne toutefois que les premiers habitants de la forteresse sont inconnus.

Ce récit a fait l’objet de critiques scientifiques. Dans une étude publiée en 2007, Mehmet Demirtaş estime que l’histoire attribuant la fondation de la forteresse à Badlis, commandant d’Alexandre, ne correspond probablement pas à la réalité historique. Lorsque vous rencontrez cette explication, son statut de légende compte autant que le récit lui-même.

Une autre théorie décompose le nom en Bit-Liz. Elle interprète cette expression à partir de l’assyrien comme « la demeure de Liz ». C’est une autre étymologie, et non une variante du récit du commandant. Les deux explications proposent des cheminements linguistiques et historiques différents vers le nom actuel. Le gouvernorat de Bitlis précise lui aussi que l’origine exacte du nom est inconnue.

De l’Empire romain d’Orient aux Seldjoukides et aux souverains locaux

Après la division de l’Empire romain en 395, Bitlis reste dans le territoire de l’Empire romain d’Orient. En 641, Iyad ibn Ghanm conquiert la ville sous le califat d’Omar. Ces dates marquent des changements majeurs dans son histoire politique, bien avant la période ottomane.

Bitlis passe sous la domination des Grands Seldjoukides en 1085. Elle est attribuée en iqta à Dilmaçoğlu Mehmed Bey et devient le centre de la principauté des Dilmaçoğulları. La ville sert ainsi de siège à une dynastie locale dans le contexte de l’expansion seldjoukide.

Les Şerefoğulları gouvernent Bitlis au XIVe siècle. En 1473, la ville passe sous l’autorité des Aq Qoyunlu (Akkoyunlu), après un siège de dix-sept mois. Cette durée donne une mesure concrète du changement de pouvoir : il fait suite à une longue lutte militaire.

L’intégration à l’Empire ottoman se déroule en plusieurs étapes. Les beys de Bitlis font allégeance en 1514. La ville est définitivement intégrée au territoire ottoman en 1534. Les Séfévides reconnaissent la domination ottomane par le traité d’Amasya en 1555. Ces dates correspondent respectivement à l’allégeance, à l’intégration et à la reconnaissance de cette domination.

Chronologie

  • 395 : après la division de l’Empire romain, Bitlis reste dans le territoire de l’Empire romain d’Orient.
  • 641 : Iyad ibn Ghanm conquiert Bitlis sous le califat d’Omar.
  • 1046 : Nasser Khosrow visite la ville et décrit une importante production de miel.
  • 1085 : Bitlis passe sous la domination des Grands Seldjoukides et devient le centre de la principauté des Dilmaçoğulları.
  • 1150 : les réparations mentionnées par l’inscription de la Grande Mosquée sont réalisées.
  • 1473 : un siège de dix-sept mois s’achève par le passage de Bitlis sous l’autorité des Aq Qoyunlu.
  • 1492 : le minaret séparé de la Grande Mosquée est construit.
  • 1514 : les beys de Bitlis font allégeance à l’État ottoman.
  • 1529 : Şerefhan IV commande le complexe de Şerefiye.
  • 1534 : Bitlis est définitivement intégrée au territoire ottoman.
  • 1555 : le traité d’Amasya reconnaît la domination ottomane sur Bitlis.
  • 25 mai 1915 : le ministère ottoman de l’Intérieur demande des rapports réguliers sur les villages arméniens évacués et les habitants déportés.
  • 1929 : Bitlis devient un chef-lieu de district rattaché à Muş.
  • 1936 : Bitlis redevient un chef-lieu de province.
  • 2000 : le site des pierres tombales médiévales d’Ahlat est proposé pour inscription sur la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • 2022 : la taille traditionnelle de la pierre d’Ahlat entre sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO.
  • 2024 : les fouilles de la forteresse livrent une clé et des éléments de serrure en fer, interprétés comme de possibles pièces d’une porte de palais.

Des monuments et des maisons qui racontent l’histoire de la ville

La Grande Mosquée possède deux éléments datés distincts, même si sa date de construction initiale est inconnue. Son inscription mentionne une restauration par Ebu’l Muzaffer Muhammed en 1150. Son minaret se dresse à l’écart du bâtiment principal et porte la date de 1492. Si vous visitez les lieux, ces dates vous permettent de distinguer la réparation attestée du minaret plus tardif.

D’après son inscription, le complexe de Şerefiye est commandé par Şerefhan IV en 1529. Il comprend une mosquée, une madrasa, un imaret et un tombeau. La mosquée appartient donc à un ensemble de bâtiments et ne constitue pas une commande isolée.

Les maisons traditionnelles de Bitlis étaient construites en pierres de taille régulières et couvertes de toits plats en terre. Du côté de la rue, elles étaient généralement closes par de hauts murs. Leur organisation s’ouvrait sur des cours et des jardins. Vous découvrez ainsi le pendant domestique des mosquées et de la forteresse : les maisons conservent une autre échelle de la vie d’autrefois.

Une notice du Portail de la culture, mise à jour le 2 décembre 2020, recensait 193 maisons inscrites à l’inventaire patrimonial dans le centre de Bitlis et 51 à Ahlat. Des travaux plus récents ont aussi dégagé des ouvrages historiques au bord du cours d’eau. Un reportage de DHA daté du 26 août 2024 indique que le projet du centre historique a réhabilité 50 000 mètres carrés et mis au jour neuf ponts historiques.

Arméniens, administration provinciale et changements administratifs

À la fin du XIXe siècle, la province de Bitlis comprend les sandjaks de Bitlis, Muş, Siirt et Genç. Des Arméniens occupent des fonctions dans l’administration provinciale, notamment celles de gouverneur adjoint et de directeur de sous-district. Ces postes inscrivent les habitants arméniens dans les institutions qui gouvernent la province.

Un télégramme du ministère ottoman de l’Intérieur, daté du 25 mai 1915, s’adresse à plusieurs gouvernements provinciaux, dont celui de Bitlis. Il demande des rapports réguliers indiquant les noms des villages arméniens évacués, le nombre de personnes déportées et leurs destinations. Le document atteste les comptes rendus administratifs exigés au sujet de ces déportations.

Bitlis connaît ensuite un autre changement de statut administratif. En 1929, elle devient un chef-lieu de district rattaché à Muş. La province est rétablie en 1936, et Bitlis en redevient le chef-lieu. Son rôle provincial moderne connaît donc une interruption entre ces deux dates.

Des détails historiques moins connus

Le voyageur iranien Nasser Khosrow décrit une abondante production de miel lors de sa visite en 1046. Si vous prenez du miel au petit-déjeuner, son observation vous offre un lien quotidien avec la Bitlis médiévale. Son récit conserve un détail sur la production locale, en complément de la chronologie politique de la ville.

La description d’Evliya Çelebi au XVIIe siècle, telle que la présente le ministère de la Culture, situe dans la forteresse de Bitlis un palais, un bazar, un marché couvert, un établissement de bains, deux mosquées et 300 maisons. Cet inventaire décrit des bâtiments résidentiels, commerciaux et religieux à l’intérieur de la forteresse.

Les fouilles de la forteresse ajoutent de petits objets à ce tableau architectural. En 2021, les archéologues ont découvert 80 pièces de monnaie. Le coordinateur des fouilles, Korkmaz Şen, a également décrit une découverte antérieure : une pièce datée de 1519, portant une inscription indiquant qu’elle avait été frappée à Bitlis.

En 2024, une clé et des éléments de serrure en fer ont été trouvés à cinq mètres sous terre, près d’une tour de la forteresse. Ils ont été interprétés comme de possibles pièces d’une porte de palais. Cette attribution reste une interprétation archéologique des objets et de leur contexte de découverte.

La cuisine apparaît aussi dans un récit historique. Selon le passage du Seyahatname relayé par TRT Haber, du büryan de Bitlis a été servi à Mourad IV (IV. Murat) dans la ville, pendant la campagne de Revan de 1635.

Ahlat et le patrimoine de la taille de pierre dans la province

Les pierres tombales médiévales d’Ahlat prolongent cette histoire au-delà de la ville de Bitlis. Le site consacré à ces pierres des XIIe au XVe siècles a été proposé pour inscription sur la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO le 25 février 2000. Le cimetière seldjoukide d’Ahlat couvre 210 000 mètres carrés. Certaines pierres tombales approchent les quatre mètres de hauteur.

Les inscriptions ne conservent pas seulement les noms des défunts. Certaines donnent aussi ceux des maîtres et des artisans qui ont réalisé les pierres. La taille traditionnelle de la pierre d’Ahlat utilise une pierre volcanique extraite des pentes du Nemrut. En 2022, ce savoir-faire est entré sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO.

FAQ

Comment s’appelait Bitlis autrefois ?

Les sources arméniennes anciennes appellent la ville Bagesh. La province actuelle tire son nom de la ville de Bitlis, qui en est le chef-lieu.

D’où vient le nom de Bitlis ?

La légende de Badlis le rattache à un commandant associé à Alexandre le Grand. Une autre théorie interprète Bit-Liz, à partir de l’assyrien, comme « la demeure de Liz ». Il s’agit d’explications proposées ; l’origine exacte du nom est inconnue.

Quand Bitlis est-elle devenue ottomane ?

Ses beys ont fait allégeance en 1514. L’intégration définitive a suivi en 1534. Les Séfévides ont reconnu la domination ottomane par le traité d’Amasya en 1555.

De quand date la Grande Mosquée ?

Sa date de construction initiale est inconnue. Une inscription mentionne sa réparation en 1150 par Ebu’l Muzaffer Muhammed. Son minaret séparé porte une autre inscription qui le date de 1492.

Sources

  1. Encyclopédie de l’islam de la TDV — Bitlis, Metin Tuncel islamansiklopedisi.org.tr
  2. Wikipédia — Province de Bitlis en.wikipedia.org
  3. Gouvernorat de Bitlis — Histoire de Bitlis et présentation générale bitlis.gov.tr
  4. Mehmet Demirtaş — La population de la province de Bitlis dans la seconde moitié du XIXe siècle dicle.edu.tr
  5. Wikipédia — Bitlis tr.wikipedia.org
  6. Direction provinciale de la culture et du tourisme de Bitlis — Mosquées et mausolées bitlis.ktb.gov.tr
  7. Portail de la culture — Maisons de Bitlis kulturportali.gov.tr
  8. Agence de presse Demirören — Projet du centre historique de Bitlis dha.com.tr
  9. Kasım Ertaş — Les Arméniens dans la province de Bitlis avant 1915 dergipark.org.tr
  10. Archives ouvertes de la TBMM — Traduction de BOA DH.ŞFR. 53/113 acikerisim.tbmm.gov.tr
  11. Portail de la culture — Forteresse de Bitlis kulturportali.gov.tr
  12. Agence Anadolu — Monnaies et céramiques issues des fouilles de la forteresse de Bitlis aa.com.tr
  13. Agence Anadolu — Clé et pièces découvertes dans la forteresse de Bitlis aa.com.tr
  14. Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO — Les pierres tombales d’Ahlat, citadelle urartéenne et ottomane whc.unesco.org
  15. Ministère de la Culture et du Tourisme — Cimetière seldjoukide d’Ahlat muze.gov.tr
  16. Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO — La taille traditionnelle de la pierre d’Ahlat ich.unesco.org

FAQ

Comment s’appelait Bitlis autrefois ?

Les sources arméniennes anciennes appellent la ville Bagesh. L’actuelle province de Bitlis tire son nom de la ville qui en est le chef-lieu.

D’où vient le nom de Bitlis ?

Une légende le rattache à Badlis, un commandant associé à Alexandre le Grand. Une autre théorie interprète Bit-Liz, à partir de l’assyrien, comme « la demeure de Liz ». Il s’agit d’explications proposées.

Quand Bitlis est-elle devenue ottomane ?

Ses beys ont fait allégeance en 1514. La ville a été définitivement intégrée au territoire ottoman en 1534. Les Séfévides ont reconnu la domination ottomane par le traité d’Amasya en 1555.

De quand date la Grande Mosquée de Bitlis ?

Son inscription mentionne une réparation effectuée par Ebu’l Muzaffer Muhammed en 1150. Une autre inscription date son minaret séparé de 1492.

Image: Bitlis Montage.jpg — See above, CC BY-SA 4.0

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