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Guerres de l’opium : Londres impose sa drogue à la Chine

Entre 1839 et 1860, la Grande-Bretagne mène deux guerres contre la Chine des Qing, sur fond de contrebande d’opium indien, de dettes liées au commerce du thé et d’accès aux ports chinois. Ces conflits aboutissent à la cession de Hong Kong, au paiement d’indemnités et à la légalisation des importations d’opium.

Ce sujet divise les historiens : l’article distingue les faits établis des interprétations et cite ses sources. Notre politique en matière de sources →

9 min de lecture9 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Guerres de l’opium : Londres impose sa drogue à la Chine
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Les guerres de l’opium en bref

Les guerres de l’opium sont deux conflits qui opposent l’Empire chinois des Qing aux puissances occidentales au XIXe siècle. La Grande-Bretagne mène les deux guerres. La première dure de 1839 à 1842 et se termine par une victoire britannique. La seconde, de 1856 à 1860, est aussi appelée guerre de l’Arrow. La Grande-Bretagne la mène avec la France.

Leur nom en indique la cause. Les marchands britanniques et la Compagnie des Indes orientales vendent de l’opium indien en Chine. Les autorités chinoises tentent d’y mettre fin. La guerre s’ensuit.

Voilà pour la réponse courte. Pour comprendre la suite, il faut commencer par le thé.

Pourquoi la Grande-Bretagne vend-elle de l’opium à la Chine ?

Vous avez peut-être bu une tasse de thé aujourd’hui. Au XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne en raffole. Elle achète aussi de la soie et de la porcelaine chinoises.

En retour, la Chine achète peu de produits britanniques. Cela crée un déficit commercial. L’argent métal quitte la Grande-Bretagne pour payer les marchandises chinoises.

La Compagnie des Indes orientales et les marchands britanniques trouvent une solution. Ils introduisent clandestinement de l’opium indien en Chine et le vendent contre de l’argent métal. Cet argent sert ensuite à acheter le thé, la soie et la porcelaine.

En 1839, selon le National Army Museum, les ventes d’opium en Chine financent la totalité des achats britanniques de thé dans le pays. La tasse posée sur votre table est donc liée à un trafic de drogue.

Le système de Canton : les règles commerciales fixées par la Chine

La Chine n’ouvre pas librement son commerce aux étrangers. Au XVIIIe siècle, elle applique le système de Canton. Les marchands occidentaux doivent passer par le port de Canton, ou Guangzhou. Ils doivent aussi traiter avec le Cohong, une corporation de marchands chinois agréés.

Ce dispositif déplaît à la Grande-Bretagne. Un seul port, une seule corporation et des conditions fixées par la Chine. Gardez cela à l’esprit. Vous comprendrez mieux les exigences britanniques à la fin de la guerre.

Guerres de l’opium et Inde : d’où vient la drogue ?

L’Inde occupe une place centrale dans cette histoire. La Compagnie des Indes orientales installe son principal centre de production d’opium à Patna, dans le Bihar. Le produit descend le Gange jusqu’à Calcutta. De là, il part par bateau vers la Chine.

La drogue vient donc de l’Inde sous contrôle britannique. Des soldats indiens participent ensuite aux guerres. En 1860, le général James Hope Grant commande 11 000 soldats britanniques et indiens dans une nouvelle campagne.

Comment commence la première guerre de l’opium ?

L’empereur Daoguang charge Lin Zexu de mettre fin au commerce de l’opium. Lin arrive à Canton en mars 1839.

Le représentant britannique chargé du commerce, Charles Elliot, remet environ 20 000 caisses d’opium. Sur ordre de Lin, cet opium est détruit à Humen, près de Canton.

En mai 1840, le gouvernement britannique décide d’envoyer une expédition militaire en Chine. Ses objectifs déclarés sont d’indemniser les marchands d’opium et de garantir la sécurité future du commerce. Le gouvernement ne défend pas une loi. Il défend les stocks de ses marchands.

Où se déroulent les guerres de l’opium ?

Les combats ont lieu en Chine. La première guerre commence autour de Canton et de la rivière des Perles. Elle s’étend ensuite à la côte orientale chinoise. Les forces britanniques remontent le Yangtsé jusqu’aux environs de Nankin.

La seconde guerre s’étend plus au nord. Les forces franco-britanniques combattent aux forts de Taku, près de Tianjin, puis marchent sur Pékin. Pour suivre ces guerres sur une carte, longez les fleuves et la côte de Canton à Pékin.

Le traité de Nankin de 1842

La première guerre de l’opium se termine par le traité de Nankin. Il est signé le 29 août 1842 à bord du navire de guerre britannique Cornwallis. Ses conditions sont lourdes.

  • Article 2 : les sujets britanniques et leurs familles peuvent résider et commercer à Canton, Xiamen, Fuzhou, Ningbo et Shanghai.
  • Article 3 : l’île de Hong Kong est cédée à perpétuité à la Couronne britannique.
  • Sommes à payer : la Chine doit verser 21 millions de dollars. Cela comprend 6 millions pour l’opium confisqué, 3 millions pour les dettes des marchands et 12 millions pour les frais de guerre.
  • Article 5 : les marchands britanniques ne sont plus obligés de traiter exclusivement avec le Cohong.

Un an plus tard vient le traité supplémentaire du Bogue, daté du 8 octobre 1843. Il fait partie des accords d’après-guerre qui établissent le privilège de faire juger les sujets britanniques par leurs propres autorités plutôt que par les tribunaux chinois.

Remarquez ce que le traité ne dit pas. Il ne légalise pas l’opium. Cela viendra plus tard.

La seconde guerre de l’opium, 1856–1860

En octobre 1856, les autorités chinoises saisissent l’Arrow, un navire dont l’équipage est chinois. La Grande-Bretagne invoque cet incident pour déclencher une seconde guerre. La France se joint à elle. Elle invoque le meurtre d’un missionnaire français en Chine.

Les traités de Tianjin de 1858 apportent de nouveaux privilèges. Les représentants étrangers peuvent résider à Pékin. Les étrangers peuvent voyager à l’intérieur de la Chine. Après ces traités, les négociations de Shanghai légalisent les importations d’opium. C’est à ce moment que le commerce de la drogue devient légal. Pas en 1842.

La guerre ne s’arrête pas là. Le 25 juin 1859, les défenseurs chinois repoussent l’attaque contre les forts de Taku. Une nouvelle campagne commence en 1860. Environ 6 000 soldats français rejoignent les 11 000 soldats britanniques et indiens placés sous les ordres de Hope Grant.

L’incendie du palais d’Été

En octobre 1860, le palais impérial d’Été, près de Pékin, est pillé. Le 18 octobre, il est incendié. Lord Elgin en donne l’ordre. Il présente cet acte comme des représailles pour la torture et la mort de prisonniers.

La convention de Pékin suit en 1860. Elle confirme les dispositions des traités de Tianjin. Elle cède aussi à la Grande-Bretagne la partie sud de la péninsule de Kowloon. Elle met fin à la seconde guerre de l’opium.

Chronologie

  • 1839 : Lin Zexu intervient contre le commerce de l’opium à Canton. Les stocks remis aux autorités sont détruits à Humen. La première guerre de l’opium commence.
  • Mai 1840 : le gouvernement britannique décide d’envoyer une expédition militaire en Chine.
  • 29 août 1842 : le traité de Nankin est signé. L’île de Hong Kong passe à la Grande-Bretagne et cinq ports s’ouvrent au commerce britannique.
  • 8 octobre 1843 : le traité supplémentaire du Bogue est signé.
  • Octobre 1856 : l’incident de l’Arrow déclenche la seconde guerre de l’opium.
  • 1858 : les traités de Tianjin sont signés. Les importations d’opium sont légalisées lors des négociations de Shanghai qui suivent.
  • 25 juin 1859 : les forces chinoises repoussent l’attaque contre les forts de Taku.
  • 1860 : les forces britanniques, indiennes et françaises marchent sur Pékin.
  • 18 octobre 1860 : le palais d’Été est incendié.
  • 1860 : la convention de Pékin confirme les traités de Tianjin et met fin à la guerre.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

  • L’atelier de Patna. Un ouvrier qualifié devait y préparer au moins 100 boules d’opium par jour. Le produit était emballé dans des caisses fabriquées avec du bois népalais.
  • Le lien avec le thé. En 1839, les ventes d’opium en Chine financent la totalité des achats britanniques de thé chinois.
  • L’article 9 du traité de Nankin. Il promet l’amnistie aux Chinois qui ont traité avec les Britanniques ou les ont servis. Les personnes arrêtées pour ces raisons doivent être libérées.
  • Taku, 1859. Les assaillants se retirent après avoir perdu 91 hommes tués et 355 blessés. La défense chinoise tient bon.
  • Un insigne de dragon. Le 6e régiment d’infanterie de Madras participe à la première guerre. Il reçoit un insigne représentant un dragon chinois.

S’agissait-il seulement de drogue ? Les historiens en débattent

Le titre de cet article est sans détour. Les historiens discutent du caractère plus ou moins catégorique d’une telle formulation.

Une première lecture est celle du projet Visualizing Cultures du MIT. Elle souligne que l’enjeu à l’origine des guerres est l’exigence britannique d’un commerce de la drogue sans restriction.

Richard S. Horowitz propose une autre lecture dans une analyse universitaire de 2020. La légalisation de l’opium est l’un des objectifs britanniques. L’accès à de nombreux ports et l’établissement de relations diplomatiques sur le modèle européen en sont d’autres.

Les traités étayent les deux lectures. Ils légalisent l’opium. Ils ouvrent aussi des ports, permettent l’installation de représentants diplomatiques à Pékin et accordent aux étrangers le droit de voyager à l’intérieur du pays.

Guerres de l’opium : définition et signification

Pour faire simple, les guerres de l’opium sont les deux guerres que la Grande-Bretagne mène contre la Chine des Qing entre 1839 et 1860, avec la France lors de la seconde. Elles portent sur le commerce, notamment celui de l’opium. Elles se terminent par des traités favorables aux puissances occidentales.

Leurs conséquences sont durables. La Grande-Bretagne obtient l’île de Hong Kong et une partie de Kowloon. La Chine verse des indemnités et ouvre des ports. Les importations d’opium deviennent légales.

Pour aller plus loin : un livre sur les guerres de l’opium

Commencez par The Opium War, 1840–1842 de Peter Ward Fay. Le livre paraît pour la première fois en 1975. Il retrace le commerce de l’opium, depuis sa production en Inde jusqu’à sa consommation en Chine, puis étudie la première guerre de l’opium. Pour approfondir le débat, lisez le chapitre de Horowitz publié chez Cambridge University Press et indiqué ci-dessous.

FAQ

Quand ont eu lieu les guerres de l’opium ?

En 1839–1842 et en 1856–1860.

Où se sont-elles déroulées ?

Dans la Chine des Qing, de Canton et de la rivière des Perles jusqu’au Yangtsé, à Nankin, à Tianjin et à Pékin.

Qu’a obtenu la Grande-Bretagne ?

L’île de Hong Kong, une partie de Kowloon, l’accès au commerce dans plusieurs ports, un versement de 21 millions de dollars et des importations légales d’opium après 1858.

L’Inde a-t-elle joué un rôle important ?

Oui. L’opium venait d’Inde et Patna en était le centre de production.

Sources

  1. Wikipédia — Guerres de l’opium en.wikipedia.org
  2. MIT Visualizing Cultures — Le commerce de l’opium visualizingcultures.mit.edu
  3. MIT Visualizing Cultures — Production et consommation visualizingcultures.mit.edu
  4. National Army Museum — Première guerre de Chine nam.ac.uk
  5. National Army Museum — Seconde guerre de Chine nam.ac.uk
  6. USC US-China Institute — Traité de Nankin (Nanking), 1842 china.usc.edu
  7. Université Columbia — Extraits du traité de Nankin, août 1842 afe.easia.columbia.edu
  8. Cambridge University Press — Les guerres de l’opium de 1839–1860 cambridge.org
  9. University of North Carolina Press — La guerre de l’opium, 1840–1842 uncpress.org

Image: Opium Wars.jpg — Upendra Bhojani, CC BY 4.0

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