Les États pontificaux (Papalık Devleti en turc) formaient un État centré sur Rome. Dans leur plus grande extension, ils couvraient une grande partie du Latium, de l’Ombrie, des Marches et de la Romagne actuels, en Italie centrale. Les papes perdirent la plupart de ces territoires au profit du Piémont-Sardaigne en 1860. Puis l’armée italienne leur enleva Rome le 20 septembre 1870, mettant fin à cet État.
La perte de Rome ne mit pourtant fin ni au Saint-Siège ni à sa diplomatie. En suivant cette histoire, des premières propriétés de l’Église au traité du Latran de 1929, vous comprendrez pourquoi les États pontificaux, le Saint-Siège et la Cité du Vatican désignent des réalités différentes. Pour vous y retrouver, distinguez la propriété des terres, le gouvernement d’un territoire et la direction de l’Église catholique.
Où se trouvaient les États pontificaux ?
Rome était la capitale d’un État sur lequel le pape exerçait une souveraineté politique et militaire dans la péninsule italienne. Ses territoires s’étendaient à travers l’Italie centrale. Dans leur plus grande extension, ils comprenaient une grande partie des régions aujourd’hui appelées Latium, Ombrie, Marches et Romagne.
Si vous repérez seulement la Cité du Vatican sur une carte, vous ne mesurez pas l’étendue de cet ancien État. La Cité du Vatican occupe environ 44 hectares à l’intérieur de Rome. Les États pontificaux gouvernaient des territoires répartis dans toute l’Italie centrale. Rome en était le centre politique et le siège de l’autorité religieuse du pape.
Comment les territoires pontificaux se sont-ils constitués ?
Cette histoire commence par la propriété, avant de devenir une histoire de souveraineté. La loi de Constantin de 321 autorisa l’Église à acquérir des biens. Ces premières terres de l’Église restaient toutefois des possessions privées. Leur propriété ne faisait pas initialement de l’Église le pouvoir souverain d’un État.
Une nouvelle étape fut franchie en 728. Le roi des Lombards Liutprand fit la donation de Sutri au pape Grégoire II. Ce don marqua un premier tournant dans la formation des territoires pontificaux. Il précéda les donations franques qui renforcèrent l’assise territoriale du pape.
En avril 754, le roi des Francs Pépin le Bref promit des terres à Quierzy. Cet engagement prépara sa donation au pape Étienne II en 756. Celle-ci posa les bases de la souveraineté temporelle du pape sur des territoires d’Italie centrale, dont l’exarchat de Ravenne et la Pentapole.
Cette distinction compte lorsque vous cherchez à comprendre les origines de cet État. La loi de 321 concernait la capacité de l’Église à posséder des biens. La donation de Pépin en 756 concernait les fondements d’une souveraineté territoriale. Il s’agissait de deux étapes différentes dans le développement de l’autorité du pape sur les terres italiennes.
Comment les papes gouvernaient-ils leurs territoires tout en dirigeant l’Église ?
Les responsabilités du pape dépassaient le gouvernement de l’Église catholique. Comme souverain des États pontificaux, il levait aussi des armées, menait des guerres et signait des traités de paix. La direction religieuse et les pouvoirs concrets d’un souverain territorial relevaient de la même fonction.
Cela ne signifiait pas que chaque territoire était gouverné selon un système identique. Dans son étude consacrée à la période 1500–1800, Irene Fosi décrit les États pontificaux comme une structure composite. Des pouvoirs locaux forts et des pouvoirs féodaux restaient intégrés à leur organisation. La souveraineté pontificale coexistait avec ces formes établies d’autorité locale.
Le territoire s’agrandit aussi au gré des changements de familles régnantes. Ferrare et Urbino comptaient parmi les duchés passés sous le gouvernement pontifical après l’extinction de leurs dynasties régnantes. Leur incorporation constituait une autre voie d’entrée sous l’autorité du pape, à côté des donations antérieures.
Pendant la période 1500–1800, les organes du gouvernement pontifical à Rome correspondaient avec les gouverneurs et les légats. Ces échanges leur permettaient d’adapter l’administration financière et le maintien de l’ordre public aux conditions locales. Vous retrouvez ici une dimension de la vie quotidienne : gouverner ces territoires impliquait de gérer l’argent et l’ordre, en plus des devoirs religieux du pape.
Comment l’époque napoléonienne et l’unification italienne ont-elles transformé ces territoires ?
L’intervention française interrompit le gouvernement pontifical en février 1798. Le général Louis-Alexandre Berthier proclama une République romaine. Le pouvoir territorial du pape à Rome fut ainsi supprimé pendant un temps. Ce n’était toutefois pas encore la fin définitive des États pontificaux.
Napoléon imposa une nouvelle rupture majeure le 17 mai 1809. Il annexa à l’Empire français les territoires pontificaux restants, dont Rome. L’État italien du pape fut donc directement absorbé par un autre empire à l’époque napoléonienne.
Le règlement du congrès de Vienne de 1814–1815 rétablit les territoires pontificaux en Italie. Cette restauration explique pourquoi il faut distinguer l’annexion de 1809 de la perte définitive de 1870. Le gouvernement territorial du pape fut rétabli après l’interruption napoléonienne.
Une autre république fut proclamée à Rome en février 1849. Une intervention française y mit fin la même année. La France joua donc des rôles différents selon les périodes. Son action avait interrompu le gouvernement pontifical en 1798, tandis que son intervention mit fin à la république ultérieure en 1849.
L’unification italienne entraîna une perte territoriale plus durable. En 1860, le Piémont-Sardaigne s’empara de la plupart des terres pontificales, dont l’Ombrie et les Marches. Rome et le territoire environnant du Latium restèrent sous l’autorité du pape. L’État survécut, mais sur un territoire beaucoup plus réduit.
Le royaume d’Italie fut proclamé le 17 mars 1861. Sa dynastie régnante, la maison de Savoie, avait gouverné le Piémont-Sardaigne. Le pape conservait encore Rome et le territoire environnant. La création du royaume précéda donc la disparition définitive des États pontificaux.
Pourquoi la prise de Rome en 1870 marque-t-elle un tournant ?
Les troupes françaises constituaient un obstacle militaire à la prise de Rome par l’Italie. En 1870, Napoléon III retira ses soldats d’Italie en raison de la guerre franco-prussienne. Leur départ supprima cette protection et modifia la situation militaire autour du territoire pontifical restant.
L’armée italienne prit Rome le 20 septembre 1870. Ce fut la fin des États pontificaux. Après un plébiscite organisé au début d’octobre, Rome et les derniers territoires pontificaux furent annexés au royaume d’Italie. La prise militaire et l’annexion officielle constituèrent deux étapes successives de cette perte définitive.
Rome devint ensuite la capitale du royaume. À l’été 1871, l’Italie y transféra sa capitale depuis Florence. La ville qui avait été la capitale du gouvernement territorial du pape devint celle du royaume d’Italie.
Le Saint-Siège rejeta la loi italienne des Garanties du 13 mai 1871. Ses objections portaient notamment sur son caractère unilatéral et sur les dispositions qui n’accordaient que des droits d’usage sur certaines propriétés. La prise de Rome mit donc fin au pouvoir territorial du pape sans régler les relations entre l’Italie et le Saint-Siège.
Chronologie
- 321 : la loi de Constantin autorise l’Église à acquérir des biens.
- 728 : Liutprand fait la donation de Sutri à Grégoire II.
- 754–756 : la promesse territoriale et la donation de Pépin renforcent la souveraineté pontificale.
- 1798 : Berthier proclame une République romaine.
- 1809 : Napoléon annexe Rome et les territoires pontificaux restants.
- 1814–1815 : le règlement de Vienne rétablit les territoires pontificaux en Italie.
- 1849 : une intervention française met fin à une autre République romaine.
- 1860 : le Piémont-Sardaigne s’empare de la plupart des territoires pontificaux.
- 17 mars 1861 : le royaume d’Italie est proclamé.
- 20 septembre 1870 : l’armée italienne prend Rome.
- Octobre 1870 : l’annexion suit un plébiscite.
- 1871 : l’Italie adopte la loi des Garanties et transfère sa capitale à Rome.
- 11 février 1929 : le traité du Latran est signé.
- 7 juin 1929 : le traité entre en vigueur.
Quelle différence entre les États pontificaux, le Saint-Siège et le Vatican ?
Les États pontificaux étaient les territoires italiens gouvernés par le pape en tant que souverain politique et militaire. Le Saint-Siège désigne le gouvernement central de l’Église catholique, dirigé par le pape. Cette institution est distincte de l’État de la Cité du Vatican, créé en 1929.
La période comprise entre 1870 et 1929 permet de comprendre cette distinction. Durant ces années, la Cité du Vatican n’existait pas. Le Saint-Siège entretenait pourtant des relations diplomatiques avec d’autres États. La disparition des États pontificaux ne mit donc pas fin à son activité internationale.
Le 11 février 1929, le cardinal Pietro Gasparri signa le traité du Latran pour le Saint-Siège. Benito Mussolini le signa pour l’Italie. Le traité créa l’État de la Cité du Vatican afin de garantir l’indépendance du Saint-Siège. Il entra en vigueur le 7 juin, lors de l’échange des instruments de ratification.
L’article 26 consignait la reconnaissance de Rome comme capitale de l’Italie par le Saint-Siège et déclarait la question romaine définitivement réglée. Avec ses quelque 44 hectares à l’intérieur de Rome, la Cité du Vatican constituait une unité géographique différente de l’ancien État d’Italie centrale. L’accord garantissait l’indépendance grâce à ce nouvel État, sans rétablir les anciens territoires.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
La restauration décidée à Vienne avait ses limites. Si le règlement de 1814–1815 rendit les territoires pontificaux en Italie, il ne restitua ni Avignon ni le Comtat Venaissin. Toutes les anciennes possessions pontificales ne furent donc pas récupérées.
La convention financière de 1929 prévoyait des versements précis. L’Italie devait remettre au Saint-Siège 750 millions de lires en espèces et des titres d’État d’une valeur nominale d’un milliard de lires, portant intérêt à cinq pour cent.
L’article 3 du traité du Latran prévoyait aussi un dispositif inhabituel pour la place Saint-Pierre. La place faisait partie du territoire du Vatican, mais les autorités italiennes devaient normalement y exercer les pouvoirs de police. L’accord traitait donc séparément l’appartenance territoriale et l’exercice des pouvoirs de police.
FAQ
Quand les États pontificaux sont-ils apparus ?
Leur formation s’est faite en plusieurs étapes. La donation de Sutri en 728 marqua un premier tournant. La donation de Pépin en 756 posa les bases de la souveraineté temporelle du pape en Italie centrale.
Napoléon a-t-il définitivement mis fin aux États pontificaux ?
Non. Napoléon annexa leurs territoires restants en 1809. Le règlement de Vienne de 1814–1815 rétablit les territoires pontificaux en Italie. Leur disparition définitive intervint avec la prise de Rome en 1870.
Pourquoi les troupes françaises ont-elles quitté Rome en 1870 ?
Napoléon III retira ses troupes d’Italie en raison de la guerre franco-prussienne. Leur retrait supprima la protection militaire française autour de Rome avant sa prise par l’armée italienne.
Le traité du Latran a-t-il rétabli les anciens États pontificaux ?
Non. Il créa l’État de la Cité du Vatican en 1929 pour garantir l’indépendance du Saint-Siège. Le Saint-Siège reconnut également Rome comme capitale de l’Italie en vertu de l’article 26.
Sources
- Wikipedia — États pontificaux en.wikipedia.org
- Vikipedi — États pontificaux tr.wikipedia.org
- Wikipedia — Donation de Pépin en.wikipedia.org
- Cambridge University Press — Les papes et les États pontificaux, 1500–1800 cambridge.org
- Département d’État des États-Unis, Bureau de l’historien — États pontificaux history.state.gov
- Saint-Siège — Saint-Siège / État de la Cité du Vatican : informations générales vatican.va
- Saint-Siège — Accords du Latran, traité et convention financière vatican.va
- État de la Cité du Vatican — Histoire vaticanstate.va
FAQ
Où se trouvaient les États pontificaux ?
Les États pontificaux avaient pour centre Rome, en Italie centrale. Dans leur plus grande extension, ils couvraient une grande partie du Latium, de l’Ombrie, des Marches et de la Romagne actuels.
Comment les papes ont-ils perdu leurs territoires italiens ?
Le Piémont-Sardaigne s’empara de la plupart des territoires pontificaux en 1860. Après le retrait des troupes françaises en 1870, l’armée italienne prit Rome le 20 septembre. L’annexion suivit un plébiscite organisé au début d’octobre.
Le Saint-Siège a-t-il disparu avec les États pontificaux ?
Non. Le Saint-Siège conserva ses relations diplomatiques avec les autres États pendant toute la période 1870–1929, alors que la Cité du Vatican n’existait pas encore.
Le Vatican et les États pontificaux désignent-ils le même État ?
Non. Les États pontificaux couvraient de vastes territoires en Italie centrale. L’État de la Cité du Vatican fut créé par le traité du Latran en 1929 et occupe environ 44 hectares à l’intérieur de Rome.
Image: Italy Papal States 1689-I Quadrupla Scudo d'Oro.jpg — Antonio Travani, Public domain






