Si vous atterrissez à l’aéroport international Sabiha-Gökçen d’Istanbul, son nom est la première chose que vous lisez sur les panneaux du terminal. L’aéroport a ouvert le 8 janvier 2001, environ deux mois avant sa mort. La plupart des voyageurs passent sous ce nom sans connaître son histoire. Cet article vous la raconte, y compris les épisodes dont les historiens débattent encore.
Qui était Sabiha Gökçen ?
Sabiha Gökçen est née à Bursa le 22 mars 1913. Les biographies de Wikipédia en turc et en anglais donnent toutes deux cette date. Elle a perdu sa mère et son père pendant son enfance.
En 1925, Atatürk s’est rendu à Bursa. Il l’a adoptée lors de cette visite. Son frère aîné a donné son accord, et Atatürk l’a emmenée de Bursa à Ankara.
Elle a étudié à l’école primaire de Çankaya, à Ankara. Elle a ensuite fréquenté le collège américain de jeunes filles d’Üsküdar, à Istanbul.
Du planeur à l’avion à moteur : Türkkuşu
En 1935, Gökçen est entrée à l’école d’aviation civile Türkkuşu. L’établissement dépendait de l’Association aéronautique turque (Türk Hava Kurumu, THK). Sa formation a commencé sur des planeurs à Ankara.
Elle a ensuite été envoyée en Crimée avec sept élèves masculins. Elle y a suivi une formation avancée au vol à voile.
Son premier vol en avion à moteur a eu lieu le 25 février 1936. Moins d’un an après son entrée à Türkkuşu, elle était passée du planeur à l’avion à moteur.
Pilote militaire à Eskişehir
En 1936, Gökçen est entrée à l’école d’aviation militaire d’Eskişehir. Après une formation spéciale, elle est devenue pilote militaire.
Cette formation spéciale mérite votre attention. En 1936–1937, les femmes n’étaient pas admises dans les écoles militaires. Sa formation a donc été organisée en dehors des règles habituelles. Son ancienne institutrice, Nüveyre Uyguç, l’a accompagnée pendant cette période.
Guinness World Records répertorie Sabiha Gökçen comme la première femme pilote de combat au monde. Il cite son record de 1936. La Gathering of Eagles Foundation ajoute qu’elle a piloté le Breguet XIX, de fabrication française, et le Curtiss Hawk, de fabrication américaine.
Chronologie
- 1913 naissance à Bursa.
- 1925 adoption par Atatürk.
- 1934 elle reçoit le nom de famille Gökçen.
- 1935 début de sa formation aéronautique à Türkkuşu.
- 1936 formation de pilote militaire à Eskişehir.
- 1937 participation à l’opération de Dersim et obtention de son brevet de pilote militaire.
- 1938 tournée aérienne dans les pays des Balkans.
- 1981 publication de ses mémoires, Atatürk’le Bir Ömür.
- 1991 elle reçoit la médaille d’or de la FAI.
- 1996 hommage de Gathering of Eagles et dernier vol.
- 2001 décès à Ankara.
- 2004 débat public autour d’affirmations sur ses origines.
1937 : distinctions et opération de Dersim
En 1937, l’Association aéronautique turque lui a décerné sa médaille Murassa. Le 30 août 1937, elle a reçu son brevet de pilote militaire.
La même année, elle a participé aux frappes aériennes de l’opération de Dersim. C’est l’épisode le plus controversé de sa carrière, et les sources divergent.
La Gathering of Eagles Foundation salue son action. Elle présente la mission comme un appui aérien aux troupes au sol qui combattaient une insurrection. Wikipédia en anglais donne une autre version. Selon ce récit, elle a bombardé des civils à Dersim et tiré à la mitrailleuse sur des survivants. Il s’agit d’une affirmation rapportée par cette source, et non d’un fait établi.
Lisez ces deux versions côte à côte. Elles décrivent la même mission en des termes opposés. Si vous ne connaissez que les distinctions, ou seulement l’accusation, vous n’avez que la moitié du tableau.
La tournée des Balkans de 1938
En juin 1938, Gökçen a effectué une tournée aérienne dans les Balkans (Balkanlar). Elle est passée par la Grèce (Yunanistan), la Bulgarie (Bulgaristan), la Yougoslavie (Yugoslavya) et la Roumanie (Romanya).
À Belgrade (Belgrad), le chef de l’état-major général yougoslave lui a remis l’ordre de l’Aigle blanc.
Elle a également rédigé un compte rendu de ses visites. Le 1er juillet 1938, elle l’a remis aux services du Premier ministre sous forme de rapport. Cette tournée aérienne a donc aussi fait l’objet d’un dossier officiel.
Elle forme d’autres femmes au pilotage
Après sa tournée des Balkans, Gökçen est devenue instructrice en chef à Türkkuşu. Selon la biographie de la THK, elle a occupé ce poste jusqu’en 1955. Elle est donc restée longtemps dans cette fonction.
Elle a formé d’autres femmes au pilotage, notamment Edibe Subaşı, Yıldız Uçman, Sahavet Karapas et Nezihe Viranyalı.
Dernières distinctions et dernier vol
En 1981, l’Association aéronautique turque a publié ses mémoires, Atatürk’le Bir Ömür. Cette année marquait le centenaire de la naissance d’Atatürk.
En 1991, la Fédération aéronautique internationale (FAI) lui a décerné une médaille d’or pour ses réalisations dans l’aviation. La notice de Gathering of Eagles mentionne l’hommage qui lui a été rendu en 1996.
Cette même année, elle a aussi effectué son dernier vol. Elle avait 83 ans. Elle a piloté un Falcon 2000 avec Daniel Acton.
Sa mort et l’aéroport qui porte son nom
Gökçen est morte le 22 mars 2001 à l’Académie de médecine militaire de Gülhane, à Ankara. La cause de sa mort était une insuffisance cardiaque. Elle a été enterrée au cimetière militaire de Cebeci. Elle est décédée le jour de son 88e anniversaire.
L’aéroport international Sabiha-Gökçen d’Istanbul avait ouvert le 8 janvier 2001. Il fonctionnait donc depuis environ deux mois au moment de sa mort. Aujourd’hui, lorsque vous vous y enregistrez, vous utilisez un nom qu’Atatürk lui a lui-même donné en 1934.
Le débat de 2004 sur ses origines
En février 2004, le journal Agos a publié un entretien avec Hripsime Sebilciyan. Celle-ci affirmait que Gökçen était d’origine arménienne. Elle affirmait aussi que son nom de naissance était Hatun Sebilciyan.
Le même mois, Ülkü Adatepe et Orhan Karaveli ont rejeté cette affirmation lors d’une conférence de presse. Selon eux, sa mère était Hayriye Hanım, une Bosniaque, et son père Hafız Mustafa İzzet Efendi. Bianet a publié cet arbre généalogique sous le titre « İşte Soyağacı ».
Ce sont deux prises de position publiques de 2004. Cet article ne tranche pas entre elles. Il rapporte qui a dit quoi.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
- Atatürk lui a donné le nom de famille Gökçen en 1934. Elle n’avait alors encore manifesté aucun intérêt pour l’aviation.
- Pendant sa formation militaire spéciale en 1936–1937, son ancienne institutrice, Nüveyre Uyguç, l’a accompagnée.
- Elle a rédigé un rapport sur ses visites dans les Balkans et l’a remis aux services du Premier ministre le 1er juillet 1938.
- Ses mémoires ont été publiés en 1981 par l’Association aéronautique turque, pour le centenaire de la naissance d’Atatürk.
- Elle a effectué son dernier vol à 83 ans, dans un Falcon 2000, avec Daniel Acton.
FAQ
Était-elle vraiment la première femme pilote de chasse au monde ?
Guinness World Records la reconnaît comme la première femme pilote de combat au monde, en citant son record de 1936.
Quels avions a-t-elle pilotés ?
La Gathering of Eagles Foundation cite le Breguet XIX et le Curtiss Hawk.
Combien de temps a-t-elle été instructrice en chef à Türkkuşu ?
Elle a pris ce poste après sa tournée des Balkans de 1938 et l’a occupé jusqu’en 1955.
Sources
- Vikipedi — Sabiha Gökçen tr.wikipedia.org
- Wikipedia — Sabiha Gökçen en.wikipedia.org
- Türk Hava Kurumu — Sabiha Gökçen thk.org.tr
- Guinness World Records — Première femme pilote de combat guinnessworldrecords.com
- Gathering of Eagles Foundation — Gökçen, Sabiha goefoundation.org
- bianet — Voici l’arbre généalogique bianet.org
Image: Sabiha-gökçen.jpg — İnkanyezi, CC0




