Qui était Şerife Bacı ?
Şerife Bacı faisait partie des femmes volontaires qui transportaient des munitions d’İnebolu à Kastamonu pendant la guerre d’indépendance turque. Son rôle attesté se résume précisément à cela : elle acheminait des munitions en char à bœufs entre İnebolu et Kastamonu.
La page consacrée à l’histoire de Seydiler sur le site de la municipalité la présente comme une femme originaire du village de Satı, dans le secteur de Seydiler, à Kastamonu. Wikipédia en anglais indique que sa date de naissance est incertaine et la situe vers 1900.
C’est à peu près tout ce que les sources permettent d’établir sur sa vie. Elles s’accordent sur sa fin. Elle est morte de froid durant l’hiver 1921, près de la caserne de Kastamonu, alors qu’elle transportait des munitions pour la lutte nationale. Sa petite fille l’accompagnait.
On la surnomme souvent « la mère morte de froid en transportant des munitions ». Cette expression correspond aux faits rapportés.
Pourquoi les munitions devaient franchir les montagnes
Le ravitaillement des forces nationales arrivait par la mer à İnebolu, un port de la côte de la mer Noire. Les munitions transportées par Şerife Bacı faisaient partie du matériel militaire débarqué à İnebolu pendant la lutte nationale.
Depuis le port, il fallait acheminer les marchandises vers l’intérieur des terres. Cet itinéraire est connu sous le nom de route de l’Indépendance (İstiklal Yolu). Il reliait İnebolu à Kastamonu, puis passait par Çankırı pour rejoindre Ankara.
Şerife Bacı assurait la première étape, entre la côte et Kastamonu. Elle n’était pas une soldate sur le front. Elle participait à la chaîne de ravitaillement.
Les récits précisent qui d’autre empruntait cette route. Les convois de munitions de 1921 comprenaient, à ses côtés, des hommes âgés et d’autres femmes.
Le dernier voyage
Şerife Bacı a entrepris son dernier trajet avec sa petite fille à ses côtés. Anadolu Ajansı rapporte qu’elle avait emmené l’enfant. Elle transportait des munitions en char à bœufs en plein hiver.
Elle est morte de froid près de la caserne de Kastamonu (Kastamonu Kışlası).
Sa fille a survécu. Selon le reportage publié par Anadolu Ajansı en 2019, la petite a été retrouvée vivante lors du trajet qui a coûté la vie à sa mère.
Pour vous représenter la situation, imaginez que vous remontez une côte avec de lourdes courses par une soirée glaciale. Un enfant vous tient la main et vous apercevez votre porte d’entrée. Retirez maintenant la voiture, le chauffage et l’éclairage public. Voilà, à peu près, la situation décrite par les sources, avec un chargement de munitions à la place des provisions.
Quand est-elle morte ? Février ou décembre
Les sources ne s’accordent pas sur le mois. C’est l’un des premiers points que vous devez connaître si vous comptez écrire sur elle ou visiter les lieux.
- Le portail du ministère de la Culture et du Tourisme situe sa mort en décembre 1921.
- L’histoire publiée par la municipalité de Seydiler indique février 1921.
Seydiler lui rend hommage chaque année le 21 février. En 2019, le maire Mehmet Şahin a déclaré que des informations contradictoires circulaient sur la date de sa mort, comme l’a rapporté Anadolu Ajansı.
On peut affirmer avec certitude qu’elle est morte durant l’hiver 1921, près de la caserne de Kastamonu. Un texte rigoureux donne l’année et le lieu, tout en signalant que le mois fait débat.
Sa fille : un prénom et un âge qui varient
Les sources divergent aussi au sujet de l’enfant.
Wikipédia en turc décrit un bébé de deux mois. Le reportage d’Anadolu Ajansı de 2019 lui donne huit à neuf mois. Ces deux indications ne peuvent pas être exactes en même temps.
Le prénom varie également. Wikipédia en turc appelle la fille Elif. Pourtant, le même article cite une déclaration de Mustafa Nurettin Peker datant de 1972, dans laquelle l’enfant porte le prénom Sıdıka.
Ces incertitudes sont courantes dans une histoire transmise surtout par la mémoire orale et des récits ultérieurs. Toutes les versions conservent le même fait central : une mère transportant des munitions, un petit enfant et un voyage hivernal auquel seule l’enfant a survécu.
Comment son identité a été retrouvée : le récit de Nurettin Peker
Le nom « Şerife Bacı » n’était pas accompagné d’une biographie complète. Selon Wikipédia en turc, Mustafa Nurettin Peker a ensuite mené des recherches pour découvrir qui elle était. En 1972, il a fait part de ses découvertes au journaliste Mustafa Baydar.
La direction de l’Éducation nationale du district de Seydiler publie un récit attribué à Peker. Vous y trouverez de petits détails que la plupart des résumés omettent. Ils sont repris plus bas, dans la section « Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides ».
Chronologie
- Vers 1900 : Naissance estimée de Şerife Bacı. La date exacte est inconnue.
- Hiver 1921 : Elle meurt de froid près de la caserne de Kastamonu alors qu’elle transporte des munitions depuis İnebolu. Les sources indiquent février ou décembre.
- 1972 : Mustafa Nurettin Peker présente au journaliste Mustafa Baydar les résultats de ses recherches sur son identité.
- 1973 : La municipalité de Seydiler fait réaliser un relief de Şerife Bacı devant son bâtiment, à l’occasion du 50e anniversaire de la République.
- 1990 : Le monument à Atatürk et à la martyre Şerife Bacı (Atatürk ve Şehit Şerife Bacı Anıtı), œuvre de Tankut Öktem, est installé sur la place de la République (Cumhuriyet Meydanı) de Kastamonu.
- 4 décembre 2001 : Le monument à la martyre Şerife Bacı (Şehit Şerife Bacı Anıtı), sur le front de mer d’İnebolu, est inauguré.
- 22 mai 2020 : Anadolu Ajansı rapporte qu’une tombe symbolique a été aménagée pour elle à Seydiler.
Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides
La direction de l’Éducation nationale du district de Seydiler transmet un récit de Nurettin Peker. Trois détails retiennent l’attention.
Deux sergents ont été envoyés sur place. Selon ce récit, les hommes dépêchés à l’endroit où le char de munitions s’était arrêté étaient le sergent Cemil, de Devrekâni, et le sergent Rıfat, de Beşiktaş.
Les bœufs étaient trop faibles. Le récit précise que les bœufs n’avaient plus la force de tirer le char. Les sergents Cemil et Rıfat ont alors aidé à le tirer eux-mêmes.
Un tablier et un foulard ont permis de retrouver son village. Selon le même récit, le sergent Cemil a déterminé d’où elle venait grâce à deux indices : son tablier multicolore (alaca) et le çar, un foulard qu’elle portait sur la tête. Ces indices l’ont conduit aux villageois de Seydiler.
Ces détails proviennent d’un seul récit. Ils montrent comment son identité a été reconstituée à partir de ses vêtements.
Sa sépulture et la tombe symbolique
L’emplacement de sa véritable tombe est inconnu. Aucun lieu signalé ne permet d’affirmer qu’elle y repose.
Seydiler a répondu à cette absence par une tombe symbolique. Le 22 mai 2020, Anadolu Ajansı a annoncé qu’une tombe symbolique avait été construite pour Şerife Bacı à Seydiler. Elle offre aux visiteurs un lieu où se recueillir, même si l’emplacement de la véritable sépulture est perdu.
Les monuments : où les voir
Trois lieux perpétuent sa mémoire dans la pierre et le bronze. Si vous suivez l’ancien itinéraire, vous pouvez tous les voir.
Seydiler
En 1973, à l’occasion du 50e anniversaire de la République, la municipalité de Seydiler a fait réaliser un relief de Şerife Bacı devant son bâtiment. C’est le monument le plus proche de son lieu d’origine. La tombe symbolique se trouve elle aussi à Seydiler, et la ville lui rend hommage chaque 21 février.
Kastamonu
Le sculpteur Tankut Öktem a réalisé le monument à Atatürk et à la martyre Şerife Bacı. Il a été installé sur la place de la République de Kastamonu en 1990. Selon le portail du ministère de la Culture et du Tourisme, il est aussi connu sous le nom de monument aux femmes turques de Kastamonu (Kastamonu Türk Kadınları Anıtı). Si vous passez dans le centre-ville, vous aurez probablement l’occasion de le croiser.
İnebolu
Le sculpteur Metin Yurdanur a réalisé le monument à la martyre Şerife Bacı sur le front de mer d’İnebolu. Il a été inauguré le 4 décembre 2001. Les munitions étaient débarquées à İnebolu : le monument se trouve donc au départ de son itinéraire.
Ensemble, ces trois lieux retracent son histoire. Le chargement partait du port, Kastamonu est le lieu de sa mort et Seydiler est son secteur d’origine.
Ce que son histoire nous apprend
Les faits rapportés ne font d’elle ni une cheffe militaire ni une combattante. La lutte nationale dépendait du ravitaillement, qui reposait lui-même sur des gens ordinaires avec leurs chars et leurs animaux. Les convois de 1921 comprenaient des hommes âgés et d’autres femmes. Son histoire est l’un de ces parcours.
Le portail du ministère de la Culture et du Tourisme donne au monument de Kastamonu un nom qui englobe les femmes turques en général. Cette appellation correspond à ce que décrivent les sources : Şerife Bacı représente un vaste groupe de volontaires, et c’est sa mort que la mémoire a retenue.
FAQ
Qui était Şerife Bacı ?
Elle faisait partie des femmes volontaires qui transportaient des munitions d’İnebolu à Kastamonu pendant la guerre d’indépendance turque. La municipalité de Seydiler la présente comme une femme originaire du village de Satı, dans le secteur de Seydiler. Elle est morte de froid près de la caserne de Kastamonu durant l’hiver 1921.
Quand est-elle morte ?
Elle est morte durant l’hiver 1921. Le portail culturel indique décembre 1921, tandis que l’histoire publiée par la municipalité de Seydiler mentionne février 1921. Seydiler lui rend hommage le 21 février.
Où se trouve sa tombe ?
L’emplacement de sa véritable tombe est inconnu. Une tombe symbolique a été aménagée à Seydiler. Anadolu Ajansı en a fait état le 22 mai 2020.
Qu’est devenue sa fille ?
Selon le reportage d’Anadolu Ajansı de 2019, sa petite fille a été retrouvée vivante lors du trajet. Les sources divergent sur son prénom, Elif ou Sıdıka, et sur son âge : deux mois ou huit à neuf mois.
Où voir ses monuments ?
Vous pouvez voir un relief devant le bâtiment de la municipalité de Seydiler (1973), un monument sur la place de la République de Kastamonu (1990) et un monument sur le front de mer d’İnebolu (2001).
Sources
- Ministère de la Culture et du Tourisme — Monument à Atatürk et à Şerife Bacı kulturportali.gov.tr
- Municipalité de Seydiler — Histoire de Seydiler seydiler.bel.tr
- Anadolu Ajansı — Şerife Bacı, symbole de l’héroïsme des femmes turques aa.com.tr
- Wikipédia — Şerife Bacı en.wikipedia.org
- Wikipédia en turc — Şerife Bacı tr.wikipedia.org
- Direction de l’Éducation nationale du district de Seydiler — Histoire seydiler.meb.gov.tr
- Habertürk / Anadolu Ajansı — Une sépulture symbolique pour la martyre Şerife Bacı haberturk.com
FAQ
Qui était Şerife Bacı ?
Elle faisait partie des femmes volontaires qui transportaient des munitions d’İnebolu à Kastamonu pendant la guerre d’indépendance turque. La municipalité de Seydiler la présente comme une femme originaire du village de Satı, dans le secteur de Seydiler, à Kastamonu. Elle est morte de froid près de la caserne de Kastamonu durant l’hiver 1921.
Quand Şerife Bacı est-elle morte ?
Elle est morte durant l’hiver 1921. Le mois fait débat : le portail du ministère de la Culture et du Tourisme situe sa mort en décembre 1921, tandis que l’histoire publiée par la municipalité de Seydiler indique février 1921. Seydiler lui rend hommage chaque année le 21 février.
Où se trouve la tombe de Şerife Bacı ?
L’emplacement de sa véritable tombe est inconnu. Une tombe symbolique a été construite pour elle à Seydiler. Anadolu Ajansı en a fait état le 22 mai 2020.
Où voir les monuments consacrés à Şerife Bacı ?
Il y en a trois. Un relief réalisé en 1973 se trouve devant le bâtiment de la municipalité de Seydiler. Le monument à Atatürk et à la martyre Şerife Bacı, œuvre de Tankut Öktem, se dresse sur la place de la République de Kastamonu depuis 1990. Un monument de Metin Yurdanur, sur le front de mer d’İnebolu, a été inauguré le 4 décembre 2001.
Qu’est devenue sa fille ?
Selon un reportage d’Anadolu Ajansı publié en 2019, sa petite fille a été retrouvée vivante lors du trajet qui a coûté la vie à sa mère. Les sources divergent sur le prénom et l’âge de l’enfant.
Image: Inebolu Şerife Bacı monument 2233.jpg — Dosseman, CC BY-SA 4.0





