Le débarquement de la baie des Cochons (Domuzlar Körfezi) a échoué parce que des avions cubains avaient survécu aux premières attaques, que des navires de ravitaillement avaient été mis hors de combat et que le soulèvement attendu contre Fidel Castro n’a jamais eu lieu. Un terrain mal choisi et les restrictions imposées à l’appui aérien ont aggravé ces échecs. Les forces de Castro ont ainsi vaincu les exilés cubains soutenus par la CIA en trois jours environ, en avril 1961.
L’opération reposait aussi sur une contradiction centrale : Kennedy voulait renverser Castro tout en dissimulant l’implication américaine. En suivant les décisions prises depuis les camps d’entraînement au Guatemala jusqu’aux plages de Playa Girón et de Playa Larga, vous pouvez voir comment le secret, la géographie et les revers militaires se sont conjugués. Le débat sur la cause principale de l’échec a commencé presque aussitôt.
Débarquement de la baie des Cochons : quel était le plan ?
L’opération visait à renverser le gouvernement de Fidel Castro à Cuba. Son noyau était la brigade 2506, composée d’environ 1 400 exilés cubains entraînés et financés par la CIA. Il s’agissait d’une invasion soutenue par les États-Unis et menée principalement par une force d’exilés.
Le président Dwight D. Eisenhower a approuvé le programme d’action clandestine de la CIA contre Castro le 17 mars 1960. Cette année-là, l’agence a établi des camps au Guatemala pour préparer des exilés cubains à un débarquement et à la guérilla. John F. Kennedy a hérité du plan d’invasion et en a autorisé l’exécution sous sa présidence.
Les attentes politiques comptaient autant que les préparatifs militaires. Selon le rapport du Congrès conservé aux Archives nationales des États-Unis, Washington avait largement sous-estimé le soutien populaire dont bénéficiait Castro. Le soulèvement intérieur attendu n’a pas eu lieu. La force de débarquement n’a donc reçu aucun des soutiens de masse sur lesquels reposaient ces attentes.
Quand le débarquement de la baie des Cochons a-t-il eu lieu ?
L’invasion a commencé le 17 avril 1961 et les principaux combats se sont poursuivis jusqu’au 19 avril. Des attaques aériennes contre les aérodromes cubains avaient déjà eu lieu le 15 avril. En distinguant ces dates, vous comprenez mieux l’échec : la lutte pour la maîtrise du ciel avait commencé avant l’arrivée des troupes sur les plages.
Chronologie
- 17 mars 1960 : Eisenhower approuve le programme d’action clandestine de la CIA contre Castro.
- 1960 : La CIA entraîne des exilés cubains dans des camps au Guatemala.
- 15 avril 1961 : Des B-26 portant les marques de nationalité cubaines attaquent des aérodromes cubains.
- 16 avril 1961 : Kennedy reporte les attaques contre les aérodromes prévues le lendemain matin.
- 17 avril 1961 : La brigade 2506 débarque à Playa Girón et à Playa Larga.
- 19 avril 1961 : L’essentiel de la résistance des forces d’invasion s’effondre et les forces cubaines l’emportent.
- 24 avril 1961 : La Maison-Blanche annonce que Kennedy assume seul la responsabilité de l’opération.
- Novembre 1961 : L’administration Kennedy se tourne vers le programme Mongoose.
- Juillet 1962 : Castro et Nikita Khrouchtchev s’accordent sur l’installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba.
- Décembre 1962 : Au total, 1 113 prisonniers capturés lors de l’invasion sont libérés en échange de nourriture et de fournitures médicales.
Où le débarquement de la baie des Cochons a-t-il eu lieu ?
La baie des Cochons se trouve sur la côte sud de Cuba. C’est une échancrure du littoral donnant sur la mer des Caraïbes, dans l’actuelle province de Matanzas. Les principaux points de débarquement étaient Playa Girón, nom de code Blue Beach, et Playa Larga, nom de code Red Beach. À Cuba, les combats sont notamment désignés sous le nom de Batalla de Playa Girón.
Si vous cherchez à situer l’invasion sur une carte, ces deux plages sont vos principaux repères. Les marécages environnants et l’éloignement des grandes localités ont pesé directement sur l’opération. Ils rendaient plus difficile le déclenchement d’un soulèvement populaire ou, après une défaite, un repli vers des zones propices à la guérilla.
Environ un mois avant l’opération, le lieu du débarquement avait été déplacé de Trinidad à la baie des Cochons. Selon le récit de la CIA, cette décision répondait à la volonté de Kennedy de dissimuler l’implication américaine. Le nouveau site ajoutait des handicaps géographiques à un plan qui dépendait toujours du soutien politique de la population et de la possibilité de poursuivre la résistance.
Pourquoi l’opération a-t-elle échoué dans les airs ?
Le 15 avril, des bombardiers B-26 ont attaqué des aérodromes cubains en portant les marques de l’armée de l’air cubaine. Ce camouflage devait dissimuler l’origine de l’opération. L’attaque n’a ni détruit toute l’aviation cubaine ni préservé l’effet de surprise nécessaire au débarquement imminent.
Le 16 avril, Kennedy a décidé de reporter les attaques contre les aérodromes prévues le lendemain matin. Elles devaient attendre la prise de l’aérodrome situé dans la zone de débarquement. Les avions cubains ayant survécu restaient donc disponibles lorsque les assaillants ont atteint la côte. Les conséquences ont rapidement dépassé les aérodromes pour toucher le ravitaillement de la brigade.
Le 17 avril, des avions cubains ont mis hors de combat les navires de transport Houston et Río Escondido. La brigade a perdu une part importante de ses munitions et de son ravitaillement. Les appareils ayant survécu aux attaques préliminaires ont ainsi pu frapper les ressources dont les troupes débarquées avaient besoin pour poursuivre le combat.
Un autre défaut de coordination est survenu le 19 avril. Selon la CIA, une heure de couverture par des chasseurs de l’USS Essex était prévue. Elle s’est révélée inefficace en raison d’un décalage d’une heure entre leur horaire et celui des bombardiers. L’appui aérien exigeait une arrivée simultanée des appareils. Cette protection n’a pas fonctionné comme prévu.
Pourquoi le soulèvement attendu n’a-t-il jamais eu lieu ?
Washington s’était lourdement trompé sur le soutien dont bénéficiait Castro. Le soulèvement intérieur attendu ne s’est pas produit. Les exilés n’ont donc pas obtenu la percée politique que leur arrivée était censée provoquer. Entraîner environ 1 400 hommes permettait de préparer une force armée. Cela ne pouvait pas faire advenir la révolte populaire annoncée.
Le choix du lieu a aggravé cette erreur. La baie des Cochons était entourée de marécages et éloignée des grandes localités. Ces conditions rendaient difficile la transformation d’un débarquement en soulèvement général. Elles limitaient aussi les possibilités de repli pour mener une guérilla en cas d’échec.
L’effet de surprise avait déjà été entamé avant avril. Dès octobre 1960, les services de renseignement cubains avaient informé Castro de l’existence des camps d’entraînement au Guatemala. Les raids aériens du 15 avril ont encore réduit la surprise entourant l’invasion imminente. Le secret n’a pas empêché le gouvernement cubain d’être averti.
Comment la perte du ravitaillement a-t-elle transformé les revers en défaite ?
Les attaques contre le Houston et le Río Escondido ont directement relié la bataille aérienne aux combats à terre. La brigade a perdu une grande partie de ses munitions et de son matériel de ravitaillement parce que l’aviation cubaine restait opérationnelle. La puissance aérienne et la logistique étaient donc deux composantes liées du même échec.
Vous pouvez faire le rapprochement avec une situation courante : lorsqu’une livraison n’arrive pas, la personne qui l’attend est privée des biens qu’elle comptait utiliser. Dans la baie des Cochons, il s’agissait notamment de munitions et de fournitures militaires. Leur perte a frappé une force déjà confrontée à un terrain difficile et à l’absence du soulèvement attendu.
Les forces de Castro ont vaincu les troupes débarquées en trois jours environ. Le 19 avril, l’essentiel de leur résistance s’était effondré. La tentative de renverser son gouvernement s’est achevée sur les plages, sans déboucher sur la révolte générale espérée par ses soutiens.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
José Miró Cardona, pressenti pour assurer la présidence provisoire en cas de succès de l’invasion, avait auparavant fait partie du gouvernement de Castro. Le rôle envisagé pour lui montre que l’opération prévoyait un remplacement politique du pouvoir en place, en plus du débarquement militaire.
Les efforts pour dissimuler l’implication américaine sont allés jusqu’à mettre en scène une défection. Selon la CIA, un avion envoyé à Miami avec un pilote se faisant passer pour un transfuge avait été percé d’impacts de balles. Ils devaient faire croire qu’il avait fui Cuba sous le feu.
La reconnaissance du terrain a elle aussi échoué. Des récifs coralliens ont endommagé des embarcations pendant le débarquement, alors que la CIA les avait d’abord pris pour des algues. Cette erreur d’identification a ajouté un obstacle concret à l’endroit où les hommes et le ravitaillement devaient atteindre la terre ferme.
Le récit de la CIA fait état de la mort de quatre aviateurs américains sous contrat : Pete Ray, Leo Baker, Riley Shamburger et Wade Gray. En décembre 1962, 1 113 prisonniers capturés lors de l’invasion ont été libérés en échange de nourriture et de fournitures médicales d’une valeur de 53 millions de dollars.
La décision de Kennedy sur les frappes aériennes a-t-elle été l’erreur décisive ?
L’enquête Taylor a désigné l’annulation de l’attaque aérienne du 17 avril comme la cause la plus grave de la défaite. Pourtant, Richard Bissell, responsable de la CIA, a reconnu plus tard dans ses mémoires que la tête de pont aurait peut-être été impossible à tenir, même si les attaques aériennes et le ravitaillement avaient continué. Ces analyses n’accordent pas le même poids à la décision concernant les frappes aériennes.
La première évaluation du comité Taylor, datée du 11 mai 1961, formulait une conclusion institutionnelle plus large. L’opération Zapata avait dépassé les capacités d’organisation de la CIA. Elle aurait dû être transférée au département de la Défense ou annulée. Ce constat situait le problème au-delà d’une seule attaque non menée.
Le 24 avril, la Maison-Blanche a annoncé que Kennedy assumait seul la responsabilité de l’opération. Son administration a néanmoins poursuivi ses efforts pour renverser Castro. En novembre 1961, elle s’est tournée vers un nouveau programme clandestin, Mongoose.
Quel lien entre la baie des Cochons et le déploiement de missiles soviétiques à Cuba ?
L’échec de l’invasion et le programme Mongoose ont contribué au contexte dans lequel Cuba a ensuite conclu un accord de sécurité avec l’Union soviétique. En juillet 1962, Castro et Nikita Khrouchtchev ont secrètement convenu de déployer des missiles nucléaires soviétiques à Cuba pour dissuader une nouvelle invasion.
La baie des Cochons s’inscrit dans cet enchaînement : la tentative de renversement a été suivie de nouvelles actions clandestines, puis d’un accord destiné à protéger Cuba contre une autre attaque.
FAQ
Quand le débarquement de la baie des Cochons a-t-il eu lieu ?
Le débarquement a commencé le 17 avril 1961. Les principaux combats se sont déroulés du 17 au 19 avril, après les attaques aériennes du 15 avril.
Où le débarquement a-t-il eu lieu ?
Les principaux sites de débarquement étaient Playa Girón et Playa Larga, sur la côte sud de Cuba, dans la baie des Cochons, au sein de l’actuelle province de Matanzas.
Qui a mené l’invasion ?
La brigade 2506 constituait le noyau de la force. Elle regroupait environ 1 400 exilés cubains entraînés et financés par la CIA.
Sources
- Département d’État des États-Unis — Le débarquement de la baie des Cochons et ses suites history.state.gov
- Bibliothèque et musée présidentiels John F. Kennedy — La baie des Cochons jfklibrary.org
- Agence centrale de renseignement — Le débarquement de la baie des Cochons cia.gov
- Département d’État des États-Unis — Relations extérieures des États-Unis, Cuba 1961–1962 : synthèse history.state.gov
- Archives de la sécurité nationale, université George Washington — Chronologie de la baie des Cochons nsarchive2.gwu.edu
- Archives nationales des États-Unis — Commission spéciale de la Chambre des représentants sur les assassinats : conclusions archives.gov
- Université de Houston, Histoire numérique — Cuba et le débarquement de la baie des Cochons digitalhistory.uh.edu
- Wikipédia — Débarquement de la baie des Cochons en.wikipedia.org
- Wikipédia — Baie des Cochons en.wikipedia.org
FAQ
Quand le débarquement de la baie des Cochons a-t-il eu lieu ?
Le débarquement a commencé le 17 avril 1961. Les principaux combats se sont déroulés du 17 au 19 avril, après les attaques aériennes contre les aérodromes cubains du 15 avril.
Où le débarquement de la baie des Cochons a-t-il eu lieu ?
Il a eu lieu sur la côte sud de Cuba, principalement à Playa Girón et à Playa Larga. La baie des Cochons est une échancrure du littoral donnant sur la mer des Caraïbes, dans l’actuelle province de Matanzas.
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