Seldjoukides et beylicats · 1037 – 1500

Première croisade : Nicée, Dorylée et Antioche en Anatolie

La première croisade (1096–1099) traverse l’Anatolie en 1097, prend Nicée pour les Byzantins, remporte la bataille de Dorylée et atteint Antioche après une marche éprouvante. Découvrez son itinéraire, ses chefs et ses batailles, à travers des lieux que vous pouvez encore repérer sur une carte de la Turquie actuelle.

8 min de lecture10 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
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Première croisade : Nicée, Dorylée et Antioche en Anatolie
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Première croisade : dates et appel du pape

La première croisade se déroule en 1096–1099. Les préparatifs commencent un an plus tôt. En 1095, l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène demande une aide militaire à l’Occident contre les Turcs seldjoukides. Cette demande constitue l’un des principaux déclencheurs de la campagne.

Le pape Urbain II lui répond. Le 27 novembre 1095, au concile de Clermont, il appelle à la croisade. L’objectif religieux est de placer la Terre sainte, dont Jérusalem, sous domination chrétienne.

Cet article suit une partie de cette histoire : la traversée de l’Anatolie. Vous suivrez la route de Nicée (İznik) à Dorylée, puis jusqu’à Antioche (Antakya).

Qui combat qui ? Les chefs en présence

Les principaux chefs croisés sont Godefroy de Bouillon, Raymond IV, comte de Toulouse, Bohémond de Tarente, Tancrède et Baudouin de Boulogne.

Face à eux se trouve le souverain seldjoukide d’Anatolie, le sultan Kilij Arslan Ier. Alexis Ier Comnène règne sur l’Empire byzantin. Au cours de la campagne, les croisés et les forces byzantines affrontent les Seldjoukides d’Anatolie, les Danichmendides, les émirs turcs de Syrie et les Fatimides.

Alexis impose aussi ses exigences. Il demande aux chefs croisés arrivés à Constantinople (İstanbul) de restituer à l’Empire tous les anciens territoires byzantins qu’ils reprendront aux Turcs. Retenez cette demande : elle jouera de nouveau un rôle à Antioche.

Carte de la première croisade : l’itinéraire en Anatolie

Ouvrez une carte de la Turquie : vous pouvez suivre du doigt la progression de l’armée. Voici les étapes dans l’ordre :

  1. Nicée, le premier grand objectif.
  2. Osmaneli, puis Dorylée, près d’Eskişehir.
  3. Akşehir et Konya.
  4. Ereğli.
  5. Kayseri et Maraş.
  6. Antioche, la ville aujourd’hui appelée Antakya.

Un second itinéraire, emprunté par des effectifs plus réduits, se détache à Ereğli. Tancrède et Baudouin conduisent chacun leurs propres troupes par le col de Gülek et descendent en Cilicie.

La réponse à la question « Où s’est déroulée la première croisade ? » couvre donc un vaste espace. La guerre traverse l’Anatolie occidentale et centrale, puis la Syrie, et s’achève à Jérusalem.

Avant les grandes armées : la croisade populaire

Le premier groupe à passer en Anatolie n’est pas l’armée principale. Il s’agit de la croisade populaire. Le 21 octobre 1096, Kilij Arslan Ier la bat dans la vallée du Drakon, qui s’étend de Kibotos à Nicée.

Les armées principales arrivent ensuite. Elles atteignent Constantinople, rencontrent l’empereur, puis passent en Anatolie en 1097.

Nicée : le premier grand objectif

Nicée correspond à l’actuelle İznik. En 1097, elle est la capitale de Kilij Arslan Ier. C’est le premier objectif majeur des croisés en Anatolie.

Le siège commence le 14 mai 1097. Il prend fin dans la nuit du 18 au 19 juin, lorsque la ville est remise aux Byzantins, et non aux croisés.

Les Byzantins recourent à une manœuvre ingénieuse. Pour couper le ravitaillement qui arrive à la ville par le lac, ils transportent des bateaux par voie terrestre. Le 17 juin 1097, ces bateaux atteignent le lac d’İznik.

La remise de la ville s’accompagne d’une règle stricte. Le commandant byzantin Manuel Boutoumitès, qui en prend possession, n’autorise les croisés à entrer que par groupes de dix au maximum.

Le résultat est net. Nicée revient à l’Empire byzantin, tout comme une bonne partie de l’Anatolie occidentale.

Dorylée : la bataille du 1er juillet 1097

Après Nicée, les croisés poursuivent leur marche sous la conduite du commandant byzantin Tatikios. Ils passent par Osmaneli pour rejoindre Dorylée, près d’Eskişehir.

Pour faciliter le ravitaillement, l’armée s’est divisée en deux colonnes. Ce choix manque de lui coûter cher. L’avant-garde de Bohémond subit une attaque turque. Les troupes qui la suivent finissent par la rejoindre, et leur arrivée fait basculer la bataille.

Le 1er juillet 1097, la bataille de Dorylée s’achève par une victoire des croisés sur les forces de Kilij Arslan Ier.

La difficile marche vers Konya et au-delà

Dorylée ouvre la route vers l’intérieur de l’Anatolie. La marche reste pourtant éprouvante.

Selon l’étude d’Ebru Altan sur les itinéraires, Kilij Arslan Ier a fait brûler les récoltes et combler les puits dans les régions que les croisés s’apprêtaient à traverser. Le ravitaillement devient donc très difficile.

Imaginez un long trajet en voiture où toutes les stations-service et tous les points d’eau seraient fermés. Voilà à quoi ressemble l’été des croisés.

L’armée cherche de la nourriture et de l’eau. Après Bolvadin, elle fait un détour par Yalvaç. Elle passe ensuite par Akşehir et atteint Konya à la mi-août 1097.

Cet itinéraire permet aussi d’éviter un danger. Les croisés ne prennent pas le chemin plus court par Ankara, Kulu et Cihanbeyli. Cette direction les obligerait à traverser en été le bassin du lac Salé (Tuz Gölü), dépourvu d’eau. Ils choisissent donc de passer par Akşehir et Konya.

Après Ereğli, l’armée principale suit la route Kayseri–Maraş. Tancrède et Baudouin gagnent la Cilicie par le col de Gülek avec leurs propres troupes.

Antioche : huit mois de siège

Le siège d’Antioche commence le 20 octobre 1097. La ville est défendue par Yaghi Siyan. Le siège dure environ huit mois. Dans l’armée croisée, la faim, la maladie et la soif provoquent des morts.

La ville tombe le 3 juin 1098. Le contact établi par Bohémond avec un gardien des remparts nommé Firuz joue un rôle décisif. Dans la nuit du 2 au 3 juin 1098, les croisés escaladent les murailles et entrent dans la ville.

Le répit est bref. Les croisés se retrouvent bientôt eux-mêmes assiégés dans Antioche, cette fois par l’armée de Kerbogha, le maître de Mossoul.

Le 28 juin 1098, ils sortent de la ville et battent l’armée de Kerbogha. Cette victoire leur permet de poursuivre vers Jérusalem.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

  • Des bateaux transportés par voie terrestre. Les Byzantins acheminent des bateaux jusqu’au lac d’İznik pour couper le ravitaillement de la ville par les eaux. Ils y arrivent le 17 juin 1097.
  • Dix à la fois. Lors de la remise de Nicée, Manuel Boutoumitès ne laisse entrer les croisés que par groupes de dix au maximum.
  • Le détour pour éviter le lac Salé. Les croisés renoncent au trajet plus court par Ankara, Kulu et Cihanbeyli, car il traverse en été le bassin du lac Salé, dépourvu d’eau.
  • Un détour pour trouver de l’eau. En quête de nourriture et d’eau, l’armée bifurque vers Yalvaç après Bolvadin, puis rejoint Konya par Akşehir.
  • Une relique contestée. En juin 1098, Pierre Barthélemy affirme avoir trouvé à Antioche la Sainte Lance, censée avoir percé le flanc de Jésus. Raymond le croit. Le représentant du pape, Adhémar, et Bohémond doutent de son récit.

L’armure des croisés

Une publication du Metropolitan Museum of Art décrit la protection du corps à l’époque des croisades comme une cotte de mailles : un tissu d’anneaux métalliques reliés entre eux.

Gardez ce détail à l’esprit lorsque vous imaginez la marche. Les soldats portent cette protection pendant l’été anatolien, sur des routes où les puits ont été comblés.

La route de Jérusalem

À Antioche, les relations entre Byzance et les croisés prennent un tournant décisif. Alexis avait demandé la restitution des anciens territoires byzantins. Antioche ne lui est pas rendue. Elle devient le centre de la principauté de Bohémond.

La même année, en 1098, le comté d’Édesse (Urfa) voit le jour sous l’autorité de Baudouin.

Le 15 juillet 1099, les croisés prennent Jérusalem, alors sous domination fatimide. Ils y perpètrent un massacre de grande ampleur visant les musulmans et les juifs.

La croisade s’achève par une victoire des croisés. Elle contribue à la naissance du royaume de Jérusalem. Elle permet aussi à l’Empire byzantin de récupérer Nicée et une partie importante de l’Anatolie occidentale.

Chronologie

  • 1095 : Alexis Ier demande une aide militaire à l’Occident contre les Turcs seldjoukides.
  • 27 novembre 1095 : Urbain II lance l’appel à la croisade à Clermont.
  • 1096 : La croisade populaire, puis les principales armées croisées, partent vers l’Orient.
  • 21 octobre 1096 : Kilij Arslan Ier bat la croisade populaire dans la vallée du Drakon.
  • 14 mai 1097 : Le siège de Nicée commence.
  • 18–19 juin 1097 : Nicée est remise aux Byzantins.
  • 1er juillet 1097 : La bataille de Dorylée s’achève par une victoire des croisés.
  • Mi-août 1097 : L’armée principale atteint Konya.
  • 20 octobre 1097 : Le siège d’Antioche commence.
  • 1098 : Le comté d’Édesse est fondé sous l’autorité de Baudouin.
  • 3 juin 1098 : Antioche tombe aux mains des croisés.
  • 28 juin 1098 : Les croisés battent l’armée de Kerbogha devant Antioche.
  • 15 juillet 1099 : Jérusalem est prise et un massacre s’ensuit.

FAQ

Quand la première croisade a-t-elle eu lieu ?

En 1096–1099. L’appel a été lancé le 27 novembre 1095 à Clermont.

Qui dirigeait la première croisade ?

Godefroy de Bouillon, Raymond IV de Toulouse, Bohémond de Tarente, Tancrède et Baudouin de Boulogne en étaient les principaux chefs.

Que s’est-il passé à Dorylée ?

Le 1er juillet 1097, près d’Eskişehir, les croisés ont battu les forces de Kilij Arslan Ier. L’arrivée des renforts depuis l’arrière a fait basculer la bataille après l’attaque de l’avant-garde de Bohémond.

Combien de temps le siège d’Antioche a-t-il duré ?

Du 20 octobre 1097 au 3 juin 1098, soit environ huit mois. La faim, la maladie et la soif ont fait de nombreux morts dans l’armée croisée.

À quoi ressemblait l’armure des croisés ?

C’était une cotte de mailles, constituée d’anneaux métalliques reliés entre eux.

Sources

  1. Wikipedia — Première croisade en.wikipedia.org
  2. Historical Association — La première croisade, chronologie de 1095–99 history.org.uk
  3. Vikipedi — Première croisade tr.wikipedia.org
  4. Ebru Altan — Les routes empruntées par les armées croisées en Anatolie, Belleten belleten.gov.tr
  5. Wikipedia — Siège de Nicée en.wikipedia.org
  6. Wikipedia — Bataille de Dorylée (1097) en.wikipedia.org
  7. Wikipedia — Siège d’Antioche en.wikipedia.org
  8. Andrew Buck — La croisade en crise : le siège et la bataille d’Antioche, 1097–98, université de Cardiff orca.cardiff.ac.uk
  9. Historical Association — La première croisade history.org.uk
  10. The Metropolitan Museum of Art — Armes et armures, Bulletin 32/4 resources.metmuseum.org

Image: Map of First Crusade – Roads of main armies-ar.png — Original: QWerk
Derivative work: باسم, CC BY-SA 3.0

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