Venise (Venedik) s’est enrichie en reliant marchandises, ports et investissements. La vente du sel lui a procuré ses premiers revenus. Les privilèges byzantins lui ont ouvert des marchés. Ses possessions d’outre-mer ont étendu son influence en Méditerranée orientale. Des contrats permettaient aux investisseurs de financer les marchands. Les banques et une monnaie d’or acceptée à l’international facilitaient les échanges.
Sa chute a suivi un autre rythme. La concurrence commerciale et les conquêtes ottomanes ont affaibli Venise au fil des siècles. Mais les transformations économiques n’ont pas immédiatement fait disparaître l’État. La république a survécu à la perte de Chypre et de la Crète (Girit). Son gouvernement a finalement pris fin sous la pression de Napoléon (Napolyon) en 1797.
Où se trouvait la république de Venise ?
La capitale de la république était Venise. Elle s’étendait sur 118 petites îles d’une lagune, sur la côte adriatique du nord-est de l’Italie. Si vous vous limitez à la ville, une grande partie de la géographie de la république vous échappe. Ses possessions ont fini par s’étendre sur la terre ferme italienne et au-delà de la mer.
La date traditionnellement retenue pour les débuts de la république est 697. Paolo Lucio Anafesto serait alors devenu le premier doge.
Une autre tradition situe la fondation de la ville au 25 mars 421. Dans une étude de 2022, Lorenzo Calvelli et Giovannella Cresci Marrone ont considéré ce récit comme une construction historique. Leurs objections portaient à la fois sur sa chronologie et sur les fondateurs supposés de la ville.
Comment Venise est-elle devenue riche ?
Le sel a été l’une des premières sources de richesse de Venise. Produit dans les salines de Chioggia, il était acheminé vers l’intérieur des terres par le Pô et l’Adige. La prospérité vénitienne reposait donc en partie, à ses débuts, sur un produit courant vendu sur les marchés italiens.
Un avantage majeur est venu en 1082. L’empereur byzantin Alexis Ier Comnène (I. Aleksios Komnenos) a accordé aux marchands vénitiens le droit de commercer sans payer de taxes en territoire byzantin. Il leur a aussi donné le droit de s’établir à Constantinople (Konstantinopolis). Ces privilèges leur ouvraient les marchés à des conditions favorables.
Les galères vénitiennes transportaient également des marchandises provenant des marchés du monde islamique. Leurs cargaisons comprenaient des épices, du savon, du coton et des matières destinées à la fabrication. Des tapis, de la soie et des objets en métal ouvragé circulaient par les mêmes réseaux commerciaux. Ce commerce associait des produits du quotidien à des articles finis coûteux.
Pensez au savon que vous utilisez ou au coton que vous portez. Le savon et le coton faisaient aussi partie des cargaisons des galères vénitiennes. Ce lien avec votre quotidien permet de mesurer l’étendue de ce commerce. Les marchands vendaient des produits utiles aussi bien que de la soie et des tapis.
La prise de Constantinople lors de la quatrième croisade, en 1204, a étendu le réseau colonial et commercial de Venise. Sa richesse ne dépendait plus seulement des droits accordés par un autre souverain. Venise disposait désormais d’un réseau plus vaste de possessions d’outre-mer et de relations commerciales en Méditerranée orientale.
Comment les marchands finançaient-ils le commerce vénitien ?
Le contrat de colleganza associait l’investissement au voyage et à la vente. Selon une formule courante au Moyen Âge, l’investisseur apportait le capital et recevait 75 % des bénéfices. Le marchand qui effectuait le voyage et menait les transactions en recevait 25 %.
Au début du XIVe siècle, Venise avait développé les banques de dépôt, les lettres de change et des marchés où les titres de dette pouvaient être revendus. Son économie commerciale comprenait des services financiers, en plus des navires et de leurs cargaisons. L’argent pouvait être déposé, transféré par des mécanismes de crédit ou investi dans des titres de dette.
Venise a introduit son ducat d’or en 1284, en suivant l’exemple du florin de Florence (Floransa). Le ducat s’est imposé dans le commerce international. Avec les contrats commerciaux et les banques, cette monnaie faisait partie du système financier qui soutenait les échanges vénitiens.
Gouvernement de la république de Venise : qui détenait le pouvoir ?
Le doge était élu à vie selon une procédure complexe faisant intervenir le Grand Conseil. Son autorité était limitée par des règles contraignantes appelées promissione. Occuper la plus haute fonction ne lui donnait pas un pouvoir sans limites.
L’accès à la vie politique s’est restreint au cours du processus de la Serrata, entre 1297 et 1323. L’appartenance au Grand Conseil est devenue liée à la noblesse héréditaire. Le pouvoir s’est concentré entre certaines familles. Le statut hérité est ainsi devenu déterminant pour accéder au gouvernement.
Le Conseil des Dix a d’abord été créé comme organe temporaire pour juger la tentative de coup d’État de 1310. Il est ensuite devenu permanent. Ses compétences se sont étendues à la sécurité de l’État et à la politique étrangère. Une nouvelle institution puissante prenait ainsi place dans le gouvernement de la république.
Carte et territoires de la république de Venise à son apogée
Lors de son expansion à la fin du XVe siècle, les possessions vénitiennes s’étendaient du nord-est de l’Italie à la Dalmatie et à la Crète. Chypre s’y est ajoutée en 1489. Si vous situez ces territoires sur une carte, vous voyez apparaître une puissance à la fois continentale et maritime.
Sa géographie administrative comprenait trois grandes divisions. Le Dogado couvrait Venise et ses environs. Le Stato da Tera regroupait les possessions de terre ferme en Italie. Le Stato da Mar réunissait les possessions d’outre-mer. Ces noms vous permettent de distinguer le territoire immédiat de la capitale des possessions plus lointaines de la république.
Cette situation de la fin du XVe siècle montre aussi pourquoi une carte doit être datée. Chypre est devenue une possession vénitienne en 1489, mais les Ottomans l’ont prise en 1571. La domination vénitienne sur la Crète a pris fin en 1669, même si certaines bases sont restées aux mains de Venise.
L’armée de la république de Venise : comment défendait-elle ses possessions ?
Au cours de son expansion sur la terre ferme italienne, au XVe siècle, Venise a employé des mercenaires dans son armée de terre. Ses engagements militaires dépassaient donc les routes maritimes parcourues par ses galères.
La défaite d’Agnadel (Agnadello), le 14 mai 1509, a provoqué une grave crise militaire pour la domination vénitienne sur la terre ferme italienne. L’expansion outre-mer n’avait pas écarté le risque d’une défaite terrestre. La république devait défendre militairement ses possessions continentales aussi bien que ses intérêts maritimes.
Venise et les Ottomans : guerre, commerce et portrait
La guerre vénéto-ottomane de 1463–1479 s’est déroulée sous le règne du sultan Mehmed II (II. Mehmed). Elle s’est achevée par la paix de 1479. Pourtant, la guerre ne résumait pas les relations entre les deux États.
Aux XVe et XVIe siècles, Venise et l’État ottoman étaient aussi des partenaires commerciaux. Chacun donnait à l’autre accès à des ports et à des marchandises de valeur. Si vous visitez la Turquie, cette relation commerciale relie directement l’histoire vénitienne au passé ottoman.
Un échange artistique a suivi la paix de 1479. Mehmed a demandé à Venise de lui envoyer un peintre. Gentile Bellini s’est alors rendu à Istanbul. En 1480, Bellini a peint son célèbre portrait du sultan. Ce tableau appartient à la même histoire de contacts que les guerres et les accords commerciaux.
Drapeau de la république de Venise : signification et détails pour le dessiner
Le motif principal du drapeau de la république était un lion ailé représentant saint Marc (Aziz Markos), le saint patron de Venise. La bannière de San Marco comportait aussi six bandes caractéristiques qui la prolongeaient. Elles représentaient les six quartiers historiques de Venise, appelés sestieri.
Si vous dessinez le drapeau historique, retenez ces deux éléments essentiels : le lion ailé et les six bandes. Le lion renvoie à saint Marc. Les bandes relient la bannière à la géographie des quartiers de la ville.
Pourquoi la république de Venise a-t-elle disparu ?
La concurrence commerciale a réduit les avantages de Venise. Au début du XVIe siècle, Anvers (Anvers) est devenue un centre de distribution du poivre et des épices rapportés d’Asie (Asya) par les Portugais. Le marché d’Europe du Nord accessible aux marchands vénitiens s’en est trouvé réduit.
Les pertes territoriales ont également diminué les possessions d’outre-mer de la république. Venise a perdu Chypre au profit des Ottomans en 1571. La guerre de Crète a duré de 1645 à 1669. Elle s’est terminée par la reddition de Candie (Kandiye) et la fin de la domination vénitienne sur la Crète, à l’exception de quelques bases conservées.
Venise a néanmoins continué à produire et à commercer. La fabrication de soieries et de draps de laine s’est développée au XVIe siècle. Le verre de Murano est devenu un autre produit important vendu en Europe (Avrupa). Les transformations du commerce se sont accompagnées d’une croissance de ces industries.
Les historiens ont débattu de la manière de décrire cette évolution économique. Selon une interprétation, le passage du commerce maritime à l’agriculture et à l’industrie constituait un déclin. En 1976, Richard Rapp a soutenu que le déclin de Venise était relatif à la croissance d’Amsterdam et de Londres (Londra).
La fin politique est survenue le 12 mai 1797. Après l’ultimatum de Napoléon, le dernier doge, Ludovico Manin, a capitulé. Le Grand Conseil a déclaré la fin de la république. La concurrence commerciale explique une partie de son affaiblissement sur le temps long. La pression de Napoléon explique la disparition finale de son gouvernement.
La France (Fransa) et l’Autriche (Avusturya) ont signé le traité de Campo-Formio le 17 octobre 1797. Il attribuait Venise et une part importante de ses possessions à l’Autriche. Le traité a réglé ce transfert après la disparition du gouvernement de la république.
Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides
Le ducat d’or introduit en 1284 a conservé un poids d’environ 3,5 grammes et le même dessin de base tout au long de sa longue histoire de production. Cette constance matérielle accompagnait son acceptation dans le commerce international.
Certaines monnaies vénitiennes ont reçu un portrait du doge en 1472. Cette pratique a été abandonnée, car elle était jugée incompatible avec les principes républicains. Même le dessin des monnaies pouvait soulever des questions sur les rapports entre un dirigeant et l’État.
Les ouvriers des chantiers navals de l’Arsenal, appelés arsenalotti, avaient aussi un rôle armé en période de crise. Ils pouvaient être affectés à la défense du palais des Doges. Leurs responsabilités reliaient ainsi la construction navale à la protection du siège du gouvernement.
Chronologie
- 697 : Date traditionnelle de l’entrée en fonction du premier doge.
- 1082 : Les privilèges byzantins accordent aux marchands vénitiens des droits commerciaux favorables.
- 1204 : Constantinople est prise ; le réseau d’outre-mer de Venise s’étend.
- 1284 : Venise introduit son ducat d’or.
- 1297–1323 : La Serrata établit des privilèges politiques héréditaires.
- 1310 : Le Conseil des Dix est fondé.
- 1463–1479 : Venise et les Ottomans s’affrontent sous le règne de Mehmed II.
- 1479 : La paix est conclue ; Bellini est envoyé à Istanbul.
- 1489 : Chypre rejoint les possessions vénitiennes.
- 14 mai 1509 : Venise subit une défaite à Agnadel.
- 1571 : Venise perd Chypre au profit des Ottomans.
- 1669 : Candie capitule, mettant fin à la domination vénitienne sur la Crète, même si Venise conserve quelques bases.
- 12 mai 1797 : Le gouvernement républicain prend fin sous la pression de Napoléon.
- 17 octobre 1797 : Le traité de Campo-Formio attribue Venise à l’Autriche.
FAQ
Comment Venise est-elle devenue riche ?
La vente du sel, les privilèges byzantins, les ports d’outre-mer et les échanges avec les marchés du monde islamique ont produit sa richesse. Les contrats d’investissement, les banques et le ducat d’or soutenaient ce commerce.
Où se trouvait la république de Venise ?
Sa capitale occupait 118 îles d’une lagune sur la côte adriatique du nord-est de l’Italie. Ses territoires s’étendaient sur la terre ferme italienne et, au-delà de la mer, jusqu’en Dalmatie, en Crète et à Chypre.
Que représentait son drapeau ?
Le lion ailé représentait saint Marc. Les six bandes prolongeant la bannière représentaient les six quartiers historiques de Venise.
Pourquoi la république a-t-elle pris fin en 1797 ?
L’ultimatum de Napoléon a entraîné la capitulation du doge Ludovico Manin le 12 mai 1797. Le Grand Conseil a ensuite déclaré la fin de la république.
Sources
- UNESCO — Venise et sa lagune whc.unesco.org
- Wikipedia — République de Venise en.wikipedia.org
- Vikipedi — République de Venise tr.wikipedia.org
- Université Ca’ Foscari — Au-delà de la légende iris.unive.it
- Wikipedia — Drapeau de la république de Venise en.wikipedia.org
- Metropolitan Museum of Art — Venise et le monde islamique, 828–1797 metmuseum.org
- Puga et Trefler — The Quarterly Journal of Economics, 2014 academic.oup.com
- Ministère italien de la Culture, Musée archéologique national de Venise — L’atelier monétaire de Venise archeologicovenezia.cultura.gov.it
- Musées civiques de Venise, palais des Doges — Bâtiment et histoire palazzoducale.visitmuve.it
- Musées civiques de Venise, palais des Doges — Salles institutionnelles palazzoducale.visitmuve.it
- Musées civiques de Venise, palais des Doges — Collections et parcours palazzoducale.visitmuve.it
- National Gallery — Gentile Bellini, Le sultan Mehmet II nationalgallery.org.uk
- Metropolitan Museum of Art — Chapitre deux : Venise et le monde islamique metmuseum.org
- Université d’Amsterdam — Maartje van Gelder, Trading Places, 2007 pure.uva.nl
- Université de Tel-Aviv — La République de Venise tau.ac.il
- Treccani — Campo-Formio, traité de treccani.it
FAQ
Comment Venise est-elle devenue riche ?
Venise s’est enrichie grâce à la vente du sel, aux privilèges commerciaux byzantins, aux ports d’outre-mer et aux échanges avec les marchés du monde islamique. Les contrats d’investissement, les banques et un ducat d’or accepté dans le commerce international soutenaient ces échanges.
Où se trouvait la république de Venise ?
Sa capitale occupait 118 petites îles dans une lagune, sur la côte adriatique du nord-est de l’Italie. Ses possessions s’étendaient dans le nord-est de l’Italie et, au-delà de la mer, jusqu’en Dalmatie, en Crète et à Chypre.
Que représentait le drapeau de la république de Venise ?
Son lion ailé représentait saint Marc, le saint patron de Venise. Les six bandes caractéristiques qui prolongeaient la bannière représentaient les six quartiers historiques de la ville, appelés sestieri.
Pourquoi la république de Venise a-t-elle disparu ?
La concurrence commerciale et les pertes subies dans les guerres ont progressivement affaibli Venise. Son gouvernement a pris fin sous la pression de Napoléon le 12 mai 1797. Le traité de Campo-Formio a ensuite attribué Venise et une grande partie de ses territoires à l’Autriche.
Image: Canaletto – Embarkation of the Doge of Venice, for the Ceremony of the Marriage of the Adriatic.jpg — Giovanni Antonio Canal, Public domain






