République de Turquie · 1923 –

Congrès d’Erzurum : premier pas vers la souveraineté

Réuni du 23 juillet au 7 août 1919, le congrès d’Erzurum adopte une déclaration qui subordonne l’aide étrangère au respect de l’indépendance et de l’intégrité territoriale. Il réclame aussi une assemblée nationale et forme un Comité représentatif de neuf membres dirigé par Mustafa Kemal.

8 min de lecture11 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Congrès d’Erzurum : premier pas vers la souveraineté
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Le 23 juillet 1919, les délégués des provinces orientales se réunissent dans un établissement scolaire d’Erzurum. Seize jours plus tard, ils repartent avec une déclaration signée, un comité de neuf membres et une position claire sur la tutelle étrangère. Vous découvrirez ici ce qu’était le congrès d’Erzurum (Erzurum Kongresi), qui y participait, ses décisions et les raisons de son importance durable.

Qu’était le congrès d’Erzurum ?

Le congrès d’Erzurum se tient à Erzurum du 23 juillet au 7 août 1919. Deux organisations le préparent ensemble : la section d’Erzurum de la Société de défense des droits nationaux des provinces orientales et la Société de protection des droits nationaux de Trabzon.

Les organisateurs d’Erzurum se sont entendus avec ceux de Trabzon. Le 17 juin 1919, ils reçoivent une réponse favorable au projet de congrès de la part du siège de la société, à Istanbul.

Le congrès ne naît pas de rien. Un congrès provincial s’ouvre à Erzurum le 17 juin 1919. Il rassemble 21 délégués et dure cinq jours. Cette réunion constitue l’une des étapes préparatoires du congrès plus large de juillet.

Pourquoi Erzurum et pourquoi ce report ?

L’article 8 de la circulaire d’Amasya désigne Erzurum. Il annonce qu’un congrès s’y tiendra le 10 juillet 1919 au nom des provinces orientales.

Cette date ne peut être respectée. Certains délégués ne peuvent pas arriver à temps. L’ouverture est donc reportée au 23 juillet 1919.

Si vous avez déjà décalé une réunion de famille parce que des proches étaient encore en route, vous comprenez la logique. Une réunion qui entend parler au nom d’une région doit rassembler ses représentants.

Où les délégués se réunissaient-ils ?

Le congrès siège dans une salle d’un bâtiment situé rue du Congrès, à Erzurum. À cette époque, le bâtiment accueille l’İdadi Mektebi, un établissement d’enseignement secondaire.

Son histoire est plus ancienne. Il a auparavant abrité le collège Sanassarian (Sanasaryan), un établissement arménien d’enseignement et de culture.

Qui participait au congrès ?

Les délégués viennent des provinces d’Erzurum, de Trabzon, de Sivas, de Bitlis et de Van.

Hoca Raif Efendi ouvre le congrès comme président provisoire. Un vote suit. Mustafa Kemal Pacha est élu président.

La proposition de mandat américain

Le moment le plus tendu survient pendant les travaux du congrès. Le 25/26 juillet 1919, Bekir Sami Bey adresse un télégramme à Mustafa Kemal. Il propose un mandat américain limité dans le temps. Selon lui, cette solution empêcherait le démembrement du pays.

Les échanges entre les deux hommes s’étendent du 25 juillet au 3 août 1919. Ils ont donc lieu alors que les délégués poursuivent leurs travaux.

Mustafa Kemal répond que les propositions de mandat sont contradictoires. Il juge aussi peu judicieux de soumettre la question aux délégués du congrès.

Les historiens débattent encore de l’ampleur du soutien à cette idée. Dans le Nutuk, Mustafa Kemal affirme que Rauf Bey a interprété à tort les décisions d’Erzurum et de Sivas comme une acceptation du mandat. Il souligne que l’article 7 ne mentionne ni l’Amérique ni un mandat. Dans ses mémoires politiques, Rauf Orbay affirme qu’il n’a penché en faveur d’un mandat lors d’aucun des deux congrès.

Que disait la déclaration ?

La déclaration est issue d’un projet en dix articles préparé par le comité exécutif (Heyet-i Faale). Le congrès en débat, puis l’adopte.

Voici les points essentiels pour vous repérer dans le texte :

  • L’intégrité territoriale. Le congrès considère la patrie, à l’intérieur des frontières nationales, comme un tout. Ses différentes parties ne peuvent être séparées les unes des autres.
  • L’article 3. Les Forces nationales doivent être rendues effectives et la volonté nationale doit devenir souveraine.
  • L’article 7. L’aide technique, industrielle et économique étrangère est autorisée à une seule condition : préserver l’indépendance intérieure et extérieure de l’État ainsi que l’intégrité de la patrie.
  • L’article 8. Le congrès demande la réunion immédiate d’une assemblée nationale et le placement de l’action gouvernementale sous son contrôle.
  • Un gouvernement provisoire. Si le gouvernement central ne peut pas protéger l’indépendance, un gouvernement provisoire sera formé. Ses membres seront choisis par un congrès national. Si aucun congrès ne siège, le Comité représentatif les choisira.

Le texte évoque la volonté nationale et une assemblée qui contrôle le gouvernement.

« Le mandat et le protectorat ne peuvent être acceptés »

Dans le Nutuk, Mustafa Kemal résume les décisions du congrès sous forme de liste. En sixième position figure le principe suivant : « Le mandat et le protectorat ne peuvent être acceptés. » Il le fonde sur l’article 7 de la déclaration.

Le 13 août 1919, il adresse un télégramme chiffré à Ali Fouat Pacha. Il y explique sa position dans les débats sur le mandat en renvoyant à l’article 7.

Le Comité représentatif

Le congrès forme un Comité représentatif (Temsil Heyeti) de neuf membres, dirigé par Mustafa Kemal.

Ce comité joue un rôle important, car la déclaration lui confie une mission. Si aucun congrès national ne peut se réunir, il choisira les membres d’un gouvernement provisoire.

Comment la nouvelle s’est diffusée

Les délégués ne gardent pas le texte pour eux. Le soir de la clôture, la déclaration est transmise par télégraphe dans toute la Turquie. Des milliers d’exemplaires imprimés, datés du 10 août 1919, sont ensuite distribués.

Le journal Albayrak publie lui aussi le texte, article par article, sous le titre « Les provinces orientales ne peuvent pas être l’Arménie ! »

Chronologie

  • 17–21 juin 1919 : Le congrès provincial d’Erzurum se réunit et prépare le terrain pour le congrès plus large.
  • Avant le 10 juillet 1919 : La circulaire d’Amasya annonce un congrès des provinces orientales à Erzurum pour le 10 juillet.
  • 10 juillet 1919 : L’ouverture prévue est reportée, car certains délégués ne sont pas arrivés.
  • 23 juillet 1919 : Le congrès d’Erzurum s’ouvre. Mustafa Kemal est élu président.
  • 25/26 juillet 1919 : Bekir Sami Bey transmet par télégraphe sa proposition de mandat américain à Mustafa Kemal.
  • 7 août 1919 : La déclaration est signée, le congrès se clôt et les décisions sont transmises par télégraphe le soir même.
  • 10 août 1919 : Date figurant sur les exemplaires imprimés de la déclaration.
  • 13 août 1919 : Mustafa Kemal renvoie Ali Fouat Pacha à l’article 7 sur la question du mandat.
  • Après le congrès d’Erzurum : Le congrès de Sivas adopte les principes d’Erzurum pour l’ensemble du pays.

Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides

  • Un siège obtenu par désistement. Mustafa Kemal et Rauf Bey deviennent membres du congrès après le retrait des délégués Kâzım Yurdalan et Cevat Dursunoğlu.
  • 45 signatures. La déclaration est signée par 45 délégués lors de la troisième séance de la dernière journée de travaux, le 7 août 1919.
  • Une erreur de numérotation. Dursun Ali Akbulut a étudié les procès-verbaux. Le calendrier de 16 jours comprend deux pauses du vendredi. Les séances des 30 et 31 juillet portent toutes deux, par erreur, le numéro sept.
  • Le télégramme sur l’article 7. Le télégramme du 13 août à Ali Fouat Pacha montre que Mustafa Kemal s’appuie sur la déclaration elle-même dans le débat sur le mandat.

Que se passe-t-il ensuite ?

Le congrès de Sivas reprend les principes adoptés à Erzurum. Il les étend à l’ensemble de l’Anatolie et de la Roumélie (Rumeli).

Cette étape donne une portée nationale à une décision régionale. C’est pourquoi le texte d’Erzurum est aujourd’hui considéré comme le début d’un cheminement plus long.

FAQ

Quand le congrès d’Erzurum a-t-il eu lieu ?

Il s’est réuni du 23 juillet au 7 août 1919. Son ouverture était initialement prévue le 10 juillet, mais certains délégués ne pouvaient pas arriver à temps.

Qui le présidait ?

Hoca Raif Efendi a ouvert la séance comme président provisoire. Mustafa Kemal Pacha a ensuite été élu président.

Le congrès a-t-il accepté un mandat américain ?

Non. Bekir Sami Bey en a proposé un par télégramme pendant le congrès. Mustafa Kemal a jugé les propositions contradictoires et ne souhaitait pas que le sujet soit soumis aux délégués. L’article 7 subordonnait l’aide étrangère à la protection de l’indépendance et de l’intégrité territoriale.

Que s’est-il passé après ?

La déclaration a été transmise par télégraphe dans tout le pays et imprimée à des milliers d’exemplaires. Le congrès de Sivas a ensuite étendu ses principes à l’ensemble de l’Anatolie et de la Roumélie.

Sources

  1. Wikipédia — Congrès d’Erzurum tr.wikipedia.org
  2. Encyclopédie Atatürk — Congrès d’Erzurum ataturkansiklopedisi.gov.tr
  3. Revue d’histoire et de pensée académiques, 2018, 5(14), p. 158 dergipark.org.tr
  4. TBMM — Guide du député, bâtiment du congrès d’Erzurum cdn.tbmm.gov.tr
  5. Wikipédia — Congrès d’Erzurum en.wikipedia.org
  6. Ministère des Affaires étrangères — 50 ans : notre guerre d’indépendance, 1919–1922 diad.mfa.gov.tr
  7. Lütfi Arslan — Les débats sur le mandat et le protectorat et les positions favorables au mandat pendant la Lutte nationale dergipark.org.tr
  8. Dursun Ali Akbulut — Le dernier jour du congrès d’Erzurum dergipark.org.tr
  9. Université Aydın d’Istanbul — Sur le chemin de l’indépendance : le centenaire de la Lutte nationale aydin.edu.tr
  10. Nutuk — Déclaration et décisions du congrès d’Erzurum tr.wikisource.org
  11. Centre de recherche Atatürk — Le centenaire de la Lutte nationale, le journal Albayrak pendant la période des congrès atam.gov.tr

FAQ

Quand le congrès d’Erzurum a-t-il eu lieu ?

Il s’est réuni à Erzurum du 23 juillet au 7 août 1919. Son ouverture était initialement prévue le 10 juillet, mais certains délégués n’ont pas pu arriver à temps.

Qui présidait le congrès d’Erzurum ?

Hoca Raif Efendi a ouvert la séance comme président provisoire. Lors du vote qui a suivi, Mustafa Kemal Pacha a été élu président du congrès.

Le congrès a-t-il accepté un mandat américain ?

Non. Dans un télégramme du 25/26 juillet 1919, Bekir Sami Bey a proposé un mandat américain limité dans le temps. Mustafa Kemal lui a répondu que les propositions étaient contradictoires. L’article 7 de la déclaration subordonnait l’aide étrangère à la protection de l’indépendance et de l’intégrité territoriale. Dans le Nutuk, Mustafa Kemal a ensuite résumé la position du congrès ainsi : « Le mandat et le protectorat ne peuvent être acceptés. »

Que s’est-il passé après le congrès d’Erzurum ?

La déclaration a été transmise par télégraphe dans tout le pays le soir de la clôture, puis des exemplaires imprimés ont été distribués. Le congrès de Sivas, réuni du 4 au 11 septembre 1919, a ensuite étendu ces principes à l’ensemble de l’Anatolie et de la Roumélie.

Image: ErzurumKongresiKararlari.JPG — Bahar, Public domain

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