République de Turquie · 1923 –

Kâzım Karabekir : chef du front de l’Est (1882-1948)

Kâzım Karabekir a combattu dans les Balkans, à Gallipoli, en Irak et dans le Caucase avant de commander le front de l’Est pendant la guerre d’indépendance turque, où il a pris Kars le 30 octobre 1920 et dirigé la délégation signataire du traité d’Alexandropol. Il a ensuite fondé des écoles pour les orphelins de guerre, présidé un parti d’opposition, été jugé puis acquitté et est mort en 1948 alors qu’il présidait la Grande Assemblée nationale.

8 min de lecture11 sourcesPublié le: 2 novembre 2026Dernière vérification: 2 novembre 2026
La rédaction de Köküne Kadar TVNotre politique en matière de sources
Kâzım Karabekir : chef du front de l’Est (1882-1948)
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Kâzım Karabekir est né à Istanbul en 1882 et mort à Ankara en 1948. Entre ces deux dates, il a combattu sur les fronts des Balkans, de Gallipoli (Gelibolu), d’Irak et du Caucase. Il a ensuite commandé le front de l’Est pendant la guerre d’indépendance turque. Il a pris Kars le 30 octobre 1920 et dirigé la délégation turque lors du traité d’Alexandropol. Si vous avez déjà croisé en Turquie une école ou une rue portant son nom, voici l’homme auquel elle rend hommage.

Qui était Kâzım Karabekir ?

Son nom de naissance était Mûsâ Kâzım. Son père s’appelait Mehmed Emin Paşa et sa mère Havva Hanım. Il a servi l’Empire ottoman, puis la République de Turquie, d’abord comme militaire, ensuite comme homme politique.

Sa formation a été militaire dès le départ. Il a fréquenté le collège militaire de Fâtih et le lycée militaire de Kuleli, à Istanbul. Il est sorti diplômé de l’École de guerre en 1902 et a achevé sa formation à l’École d’état-major en 1905.

Sa première intervention majeure remonte à 1909. Il a servi dans l’Armée d’action, qui a réprimé le soulèvement du 31 mars à Istanbul.

D’où venait Kâzım Karabekir ?

Il était stambouliote de naissance. Sa famille venait toutefois de Kasaba, une ancienne localité de la province de Karaman, en Anatolie centrale. Cette localité est aujourd’hui le district de Kâzımkarabekir, dans la province de Karaman. Si vous cherchez d’où venait Karabekir, deux réponses sont donc justes : Istanbul pour sa naissance, Karaman pour ses racines familiales.

Sur quels fronts Kâzım Karabekir a-t-il combattu ?

Avant la guerre d’indépendance, Karabekir a combattu sur quatre fronts en une seule décennie.

Guerre des Balkans. Il a participé à la défense d’Andrinople (Edirne). En 1913, il a été fait prisonnier par les Bulgares.

Gallipoli. En 1915, il a combattu les forces françaises dans le secteur de Kerevizdere, sur le front des Dardanelles.

Irak. En 1916, il a reçu le commandement du 18e corps d’armée, qui a participé au siège de Kut-el-Amara.

Caucase. En 1918, à la tête du 1er corps d’armée du Caucase, il a pris Erzincan, Erzurum et Hasankale.

Ce parcours explique pourquoi il a de nouveau été envoyé dans l’Est en 1919. Il connaissait déjà le terrain entre Erzincan et Erzurum.

Commandant du front de l’Est

Karabekir a été nommé à la tête du 15e corps d’armée, à Erzurum. Il est arrivé dans la ville le 3 mai 1919.

Deux mois plus tard, il a fait un choix décisif. Mustafa Kemal a démissionné de l’armée en juillet 1919. Karabekir lui a fait savoir qu’il continuait à le reconnaître comme son commandant. À l’ouverture du congrès d’Erzurum, le 23 juillet 1919, Karabekir a soutenu l’élection de Mustafa Kemal à sa présidence.

Pendant la guerre d’indépendance, il a dirigé le front de l’Est. Ses opérations se concentraient autour de Sarıkamış, Kars et Alexandropol.

L’offensive a commencé le 28 septembre 1920. Ses forces ont pris Sarıkamış dès le lendemain, le 29 septembre. Le 30 octobre 1920, les troupes turques sous ses ordres ont pris Kars à l’armée arménienne. Après cette victoire, il a été promu en 1920 au grade de ferik, équivalent à celui de lieutenant-général. Ses victoires dans l’Est lui ont valu le titre de « Şark Fatihi », le « Conquérant de l’Orient ».

La campagne s’est achevée à la table des négociations. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1920, la délégation turque dirigée par Karabekir a signé le traité d’Alexandropol avec les représentants arméniens. L’Arménie soviétique ne l’a pas ratifié. Les traités de Moscou et de Kars de 1921 l’ont remplacé.

L’Armée des enfants d’Erzurum

La guerre a laissé de nombreux enfants de l’Anatolie orientale sans les soins dont ils avaient besoin. Karabekir a créé deux institutions pour eux : l’Armée des enfants d’Erzurum et la Cité des enfants de Sarıkamış. Toutes deux accueillaient, protégeaient et instruisaient des enfants éprouvés par la guerre.

Une lettre montre le regard que ses pairs portaient sur ce travail. Le 7 mai 1922, İsmet Paşa a écrit à Karabekir pour saluer ses écoles et ses efforts en faveur des enfants.

Opposition, procès et présidence de l’Assemblée

En 1924, Karabekir est devenu président du Parti républicain progressiste, qui venait d’être fondé.

En 1926, il a été jugé dans le cadre de l’enquête sur le projet d’attentat d’Izmir. Il a été acquitté le 23 juillet 1926.

Un épisode de ces années reste débattu. Selon les mémoires de Karabekir, il s’est opposé à Mustafa Kemal le 14 août 1923, lors d’une réunion au Foyer turc d’Ankara, au sujet de la traduction du Coran en turc. Les historiens interprètent différemment ce projet de traduction. Dans son étude de 2003, Osman Zümrüt présente l’initiative d’Atatürk comme un effort pour permettre à la population de comprendre le texte, et non comme une tentative de supprimer la religion. Vous devez donc lire ce passage des mémoires comme une version du débat, et non comme un fait établi.

Karabekir est revenu tardivement au premier plan de la vie publique. Le 5 août 1946, il a été élu président de la Grande Assemblée nationale avec 379 voix au premier tour. Il est mort à Ankara le 26 janvier 1948, alors qu’il occupait toujours cette fonction.

Où découvrir son héritage aujourd’hui ?

Pour découvrir Karabekir au plus près, rendez-vous dans le quartier d’Erenköy, à Istanbul. Il y a acheté une demeure le 15 novembre 1930. Ses filles Hayat et Timsal ainsi que sa petite-fille Gülden Gazioğlu ont créé la Fondation Kâzım Karabekir le 2 décembre 2002. La demeure a ouvert ses portes comme maison-musée le 1er octobre 2005. Ses objets personnels et ses documents y sont exposés.

Si vous voyagez dans l’Est, les noms des lieux racontent à eux seuls son parcours. Erzurum a été son quartier général à partir de mai 1919. Sarıkamış et Kars sont les villes que ses troupes ont prises à l’automne 1920.

Chronologie

  1. 1882 naissance à Istanbul.
  2. 1902 obtention du diplôme de l’École de guerre.
  3. 1905 fin de sa formation à l’École d’état-major.
  4. 1913 fait prisonnier par les Bulgares pendant la défense d’Andrinople.
  5. 1915 combats de Kerevizdere, à Gallipoli.
  6. 1916 nomination au commandement du 18e corps d’armée en Irak.
  7. 3 mai 1919 arrivée à Erzurum comme commandant du 15e corps d’armée.
  8. 29 septembre 1920 ses forces prennent Sarıkamış.
  9. 30 octobre 1920 prise de Kars.
  10. 2–3 décembre 1920 direction de la délégation turque signataire du traité d’Alexandropol.
  11. 1924 accession à la présidence du Parti républicain progressiste.
  12. 23 juillet 1926 acquittement au procès de l’attentat d’Izmir.
  13. 5 août 1946 élection à la présidence de la Grande Assemblée nationale.
  14. 26 janvier 1948 mort à Ankara.
  15. 1er octobre 2005 ouverture de la maison-musée à Erenköy.

Des détails que vous ne trouverez pas dans les guides

  • Il a composé une marche. Pour son organisation d’enfants, Karabekir a écrit les paroles et la musique de la marche « Türk Yılmaz ».
  • La demeure à la girafe. Sa demeure d’Erenköy était connue sous le nom de « Zürafalı Köşk », la « Demeure à la girafe », en raison d’une statue de girafe dans son jardin.
  • Une seconde inhumation. Le 30 août 1988, sa dépouille a été transférée du cimetière des Martyrs de l’air d’Ankara au cimetière national.
  • Des archives désormais accessibles. La fondation a commencé à numériser ses archives personnelles en 2021. En 2026, elle a commencé à les mettre à la disposition des chercheurs.
  • Les éloges d’İsmet Paşa. La lettre du 7 mai 1922 saluait tout particulièrement les écoles de Karabekir et son travail pour les enfants.

FAQ

Quel front Kâzım Karabekir commandait-il pendant la guerre d’indépendance turque ?

Le front de l’Est. Ses opérations se concentraient autour de Sarıkamış, Kars et Alexandropol. Ses forces ont pris Sarıkamış le 29 septembre 1920 et Kars le 30 octobre 1920.

Pourquoi le surnomme-t-on « Şark Fatihi » ?

Ce titre signifie « Conquérant de l’Orient ». Il l’a obtenu grâce à ses victoires sur le front de l’Est en 1920, surtout la prise de Kars.

Kâzım Karabekir a-t-il été jugé ?

Oui. En 1926, il a été jugé dans le cadre de l’enquête sur le projet d’attentat d’Izmir. Il a été acquitté le 23 juillet 1926.

Peut-on visiter sa maison ?

Oui. Vous pouvez visiter sa demeure d’Erenköy, à Istanbul, devenue une maison-musée le 1er octobre 2005. Elle présente ses objets personnels et ses documents.

Quelle a été sa dernière fonction publique ?

Président de la Grande Assemblée nationale. Il a été élu le 5 août 1946 et est mort en fonction le 26 janvier 1948.

Sources

  1. Wikipédia en turc — Kâzım Karabekir tr.wikipedia.org
  2. Encyclopédie de l’islam de la TDV — Kâzım Karabekir islamansiklopedisi.org.tr
  3. Direction provinciale de la culture et du tourisme de Kars — Kazım Karabekir kars.ktb.gov.tr
  4. Wikipédia en anglais — Kâzım Karabekir en.wikipedia.org
  5. Encyclopédie Atatürk — Kâzım Karabekir (1882-1948) ataturkansiklopedisi.gov.tr
  6. Encyclopédie Atatürk — Les relations entre la Turquie et l’Arménie à l’époque d’Atatürk ataturkansiklopedisi.gov.tr
  7. Derya Keser — Étude sur la protection des enfants orphelins par Kazım Karabekir Paşa dergipark.org.tr
  8. Hürü Sağlam-Tekir et Süleyman Tekir — Kazım Karabekir et ses contributions à l’éducation dergipark.org.tr
  9. TBMM — Les présidents de notre Assemblée tbmm.gov.tr
  10. Fondation Kâzım Karabekir — À propos kazimkarabekirvakfi.org.tr
  11. Fondation Kâzım Karabekir — Musée kazimkarabekirvakfi.org.tr

Image: Kazım Karabekir.jpg — Album of the Grand National Assembly of Turkey, Vol. 1, p. 3, Public domain

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