La mosquée Selimiye à Andrinople : où se trouve le chef-d’œuvre de Sinan ?
La mosquée Selimiye se dresse dans le centre-ville d’Andrinople (Edirne). Commandée par le sultan ottoman Sélim II (II. Selim), elle a été conçue par Mimar Sinan, architecte en chef de l’Empire ottoman. Sa coupole centrale repose sur huit grands piliers. Pour comprendre l’édifice, il faut partir de cette relation entre une vaste coupole et la structure qui la porte.
Selon l’UNESCO, Sinan considérait le complexe de Selimiye comme son œuvre architecturale la plus importante. Si vous venez découvrir son chef-d’œuvre, commencez par la structure qui surmonte la salle de prière. Observez ensuite les éléments plus petits situés en dessous : la tribune surélevée en bois du muezzin, ses supports en marbre et le bassin placé sous la tribune.
Le site compte lui aussi. Selimiye occupe Kavak Meydanı, à l’emplacement d’un ancien palais d’Andrinople. Cette implantation appartient à l’histoire documentée de la mosquée. Gardez-la en tête lorsque vous découvrirez le récit d’un jardin de tulipes qui aurait occupé le terrain avant la construction.
Histoire de la mosquée Selimiye : la commande et l’ouverture au culte
Sélim II a commandé la mosquée et son complexe social. La TDV İslâm Ansiklopedisi situe la construction de la mosquée et des médersas entre 976–982 du calendrier hégirien, soit 1568–1574. Ces dates correspondent au chantier. L’ouverture au culte a eu lieu le 14 mars 1575.
Cette distinction explique pourquoi les récits retiennent à la fois 1574 et 1575 comme dates importantes. Sélim II est mort en décembre 1574. Il n’a donc pas vu la mosquée entièrement achevée.
Le complexe qui l’entoure prolonge cette histoire au-delà de la salle de prière. La médersa Dârülhadis accueille le musée des Arts turcs et islamiques. La médersa Dârülkurra accueille le musée des Œuvres des fondations. La mosquée et ces bâtiments associés relèvent d’une même commande architecturale.
Architecture de la mosquée Selimiye : comment la coupole tient-elle ?
La coupole principale repose sur un système porteur composé de huit grands piliers. Six sont dégagés des murs. Les deux piliers du côté sud occupent les angles de la partie du mihrab. Lorsque vous examinez l’intérieur, leurs positions respectives vous aident à comprendre l’articulation des supports avec l’espace central et la zone du mihrab.
Le système qui porte la coupole se prolonge au-delà de ces piliers. La TDV décrit huit tours de charge autour de la coupole centrale. Par l’intermédiaire d’arcs de contrebutement, elles participent au transfert des charges vers les contreforts des murs. La coupole visible est donc un élément d’un ensemble solidaire de piliers, d’arcs, de tours et de contreforts.
Prenez l’exemple d’une table et de ses pieds : regarder uniquement le plateau ne vous apprend pas grand-chose sur la manière dont son poids se transmet au sol. À Selimiye, il faut de même observer la coupole avec ses supports. Le dispositif à huit piliers fournit le cadre essentiel pour comprendre cette structure.
La mosquée possède aussi quatre minarets. Chacun comporte trois balcons. Leur disposition extérieure répétée dissimule un autre détail architectural : dans les deux minarets situés à la jonction de la cour et de la salle de prière, des escaliers séparés offrent différents parcours vers les balcons.
Quelles sont les dimensions de la coupole de Selimiye ?
La présentation en anglais du ministère de la Culture et du Tourisme donne à la coupole principale un diamètre de 31.28 mètres. Elle situe sa hauteur à 43.28 mètres au-dessus du sol. Ces mesures vous donnent une idée précise de l’échelle de l’édifice, mais les chiffres publiés varient.
L’UNESCO indique un diamètre de 31.5 mètres. La TDV mentionne un diamètre de 31.30 mètres et une hauteur de 42.25 mètres. Une description rigoureuse doit rattacher chaque chiffre à sa source. Associer le diamètre donné par une source à la hauteur indiquée par une autre masquerait ces écarts.
La comparaison avec Sainte-Sophie (Ayasofya) exige la même attention. Dans son étude de 1993, Gülru Necipoğlu donne un diamètre de 31.22 mètres pour la coupole de Selimiye. Elle situe celui de Sainte-Sophie dans une fourchette de 30.90–31.80 mètres. Ces valeurs se recoupent, ce qui complique toute affirmation selon laquelle la coupole de Selimiye serait plus large.
Selon l’interprétation de Necipoğlu, lorsque Sinan affirme avoir surpassé Sainte-Sophie, il se réfère davantage à la circonférence et à la hauteur mesurée depuis la base de la coupole. Ce point de référence diffère du sol de la mosquée. La comparaison dépend donc de ce que l’on mesure et du point de départ de la mesure.
Intérieur de Selimiye : carreaux, bois, marbre et eau
Au centre de la salle de prière se trouve une tribune surélevée en bois destinée au muezzin. Un bassin avec une fontaine est aménagé en dessous. Le bois et l’eau prennent ainsi place dans la composition centrale, sous la coupole. La tribune mérite aussi d’être observée comme un élément architectural à part entière.
L’un de ses supports en marbre porte le motif de la tulipe inversée de Selimiye. Son emplacement est précis : il se trouve sur le support situé sous la tribune du muezzin. Connaître cette position vous permet de replacer la célèbre sculpture dans la structure qui l’abrite.
Les carreaux du XVIe siècle de Selimiye ont été fabriqués à İznik selon la technique du décor sous glaçure. Leur histoire comporte aussi des pertes. Selon le ministère de la Culture et du Tourisme, certains carreaux ont été emportés en Russie pendant l’occupation russe de 1878. Le décor conservé témoigne donc d’une histoire qui se poursuit après la construction.
Photographier la mosquée Selimiye : les détails à repérer
Pour une photographie d’architecture, cherchez à montrer la relation entre la coupole centrale et ses huit piliers porteurs. Un cadrage qui réunit les deux aide à comprendre la structure du bâtiment.
La tribune du muezzin offre un autre sujet. Sa structure surélevée en bois, ses supports en marbre et le bassin placé en dessous forment un ensemble à observer. Un gros plan de la tulipe inversée permet ensuite de replacer ce petit motif sculpté dans cet ensemble, en conservant son contexte architectural.
Les photographies extérieures peuvent montrer les quatre minarets et leurs trois balcons chacun. Mais l’apparence extérieure ne permet pas, à elle seule, de comprendre les escaliers indépendants aménagés dans deux de ces minarets. Les images des balcons et l’explication des parcours intérieurs répondent à des questions architecturales différentes.
Les détails que vous ne trouverez pas dans les guides
Les deux minarets situés à la jonction de la cour et de la salle de prière contiennent chacun trois escaliers indépendants. Ceux-ci permettent à trois personnes de rejoindre des balcons distincts sans se voir. Ce détail concerne la circulation à l’intérieur des minarets, au-delà des balcons répétés que l’on distingue à l’extérieur.
La tulipe inversée a nécessité une protection physique après avoir été usée par les visiteurs qui la touchaient. En 2013, la Direction régionale des fondations a enfermé le motif dans une protection en plastique transparent. Cette enveloppe protectrice appartient à l’histoire récente de la sculpture, au même titre que les récits plus anciens associés à sa signification.
Une légende fait de la tulipe le symbole d’une femme réticente à céder son terrain. Une autre l’associe au chagrin de Sinan après la mort de sa petite-fille Fatma à Andrinople. Ce sont des légendes. L’implantation documentée sur les anciens terrains du palais, à Kavak Meydanı, remet en cause le récit du jardin censé avoir occupé le site.
Sous la terrasse de la mosquée, l’arasta, une galerie marchande, a été construit sous le règne de Mourad III (III. Murad) pour procurer des revenus à Selimiye. Cet élément commercial relie la mosquée à la question concrète de son financement. Le complexe comprenait un moyen de générer des revenus, ainsi que des espaces consacrés au culte et à l’enseignement.
Chronologie
- 1568 : Début de la construction de la mosquée et des médersas, selon la datation de la TDV.
- 1574 : Fin de la période de construction indiquée par la TDV. Sélim II meurt en décembre.
- 14 mars 1575 : Ouverture de la mosquée Selimiye au culte.
- Règne de Mourad III : Aménagement de l’arasta destiné à produire des revenus.
- 1878 : Des carreaux sont emportés en Russie pendant l’occupation russe, selon le ministère.
- 2011 : Inscription de la mosquée Selimiye et de son complexe social sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 2013 : Pose d’une protection transparente sur la tulipe inversée contre l’usure causée par les contacts des visiteurs.
La mosquée Selimiye au patrimoine mondial de l’UNESCO
L’UNESCO a inscrit la mosquée Selimiye et son complexe social sur la Liste du patrimoine mondial en 2011, au titre des critères culturels i et iv. Le bien inscrit couvre 2.5 hectares. Sa zone tampon s’étend sur 37.5 hectares. L’inscription englobe la mosquée et son complexe social.
FAQ
Où se trouve la mosquée Selimiye de Sinan ?
Elle se trouve dans le centre-ville d’Andrinople, sur Kavak Meydanı, à l’emplacement d’un ancien palais. Il s’agit de la Selimiye commandée par Sélim II et conçue par Mimar Sinan.
Qui a commandé et conçu la mosquée Selimiye ?
Le sultan ottoman Sélim II a commandé la mosquée et son complexe social. Mimar Sinan, architecte en chef de l’Empire ottoman, en a conçu les plans. Selon l’UNESCO, il considérait ce complexe comme son œuvre architecturale la plus importante.
Quelles sont les dimensions de la coupole de Selimiye ?
Le ministère indique un diamètre de 31.28 mètres et une hauteur de 43.28 mètres au-dessus du sol. L’UNESCO et la TDV publient des chiffres différents. Il faut donc préciser la source de chaque mesure.
Quand la mosquée Selimiye a-t-elle été ouverte au culte ?
Elle a été ouverte au culte le 14 mars 1575. La TDV date la construction de la mosquée et des médersas de 1568–1574. Sélim II est mort en décembre 1574, avant l’achèvement complet de la mosquée.
Que représente la tulipe inversée ?
Des récits l’associent à une propriétaire réticente à céder son terrain ou au deuil de Sinan après la mort de sa petite-fille Fatma. Ces deux explications sont des légendes. La sculpture se trouve sur un support en marbre sous la tribune du muezzin.
Sources
- UNESCO — Mosquée Selimiye et son complexe social whc.unesco.org
- Ministère de la Culture et du Tourisme — Mosquée Selimiye ktb.gov.tr
- Encyclopédie de l’islam de la TDV — Mosquée Selimiye et son complexe, Andrinople islamansiklopedisi.org.tr
- Agence Anadolu — La mosquée Selimiye, joyau de l’architecture turco-islamique, fascine par sa splendeur depuis 449 ans aa.com.tr
- Gülru Necipoğlu — Défier le passé, Muqarnas 10, 1993 scholar.harvard.edu
- Agence Anadolu — Protection de la tulipe inversée de la mosquée Selimiye aa.com.tr
- Agence Anadolu — La tulipe inversée sculptée sur le pied en marbre de la tribune du muezzin de Selimiye commence à être cultivée à Andrinople h.aa.com.tr
- Direction provinciale de la Culture et du Tourisme d’Andrinople — Mosquée Selimiye edirne.ktb.gov.tr
FAQ
Où se trouve la mosquée Selimiye de Sinan ?
Elle se trouve dans le centre-ville d’Andrinople, sur Kavak Meydanı, à l’emplacement d’un ancien palais.
Qui a commandé et conçu la mosquée Selimiye ?
Le sultan ottoman Sélim II a commandé la mosquée et son complexe social. Mimar Sinan, architecte en chef de l’Empire ottoman, en a conçu les plans.
Quelles sont les dimensions de la coupole de Selimiye ?
Le ministère de la Culture et du Tourisme indique un diamètre de 31.28 mètres et une hauteur de 43.28 mètres au-dessus du sol. D’autres sources donnent des mesures différentes.
Quand la mosquée Selimiye a-t-elle été ouverte au culte ?
Selimiye a été ouverte au culte le 14 mars 1575. La TDV date la construction de la mosquée et des médersas de 1568–1574.
Que représente la tulipe inversée de Selimiye ?
Le motif est sculpté sur un support en marbre sous la tribune du muezzin. Des récits l’associent à une propriétaire réticente à céder son terrain ou au deuil de Sinan après la mort de sa petite-fille Fatma. Ces explications sont des légendes.
Image: Turkish postage stamp, Selimiye Mosque, Scott No. J61, issued 1913.jpg — Unknown authorUnknown author, Public domain






